Hiérogamie

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Jupiter et Junon, estampe d'Agostino Carracci

Hieros Gamos ou Hiérogamie, (du Grec hieros = sacrée et gamos = mariage, rapport sexuel), désigne dans la mythologie, une union sacrée à caractère sexuel, un accouplement (parfois mariage) entre deux divinités ou entre un dieu et un homme ou une femme. Dans le domaine de la religion, elle désigne la représentation rituelle par des humains de cette alliance sexuelle divine[1].

Définition[modifier | modifier le code]

La hiérogamie se situe dans un cadre symbolique, souvent rituel, elle associe à l'activité sexuelle un signifiant d'ordre symbolique ou mystique.

Elle peut qualifier l'union sexuelle de principes divins, mais aussi les pratiques rituelles visant à remettre en scène ces phénomènes divins, ou simplement des relations sexuelles ritualisées, où la consommation sexuelle a valeur de symbole mystique.

Le psychanalyste Carl Gustav Jung la place parmi d'autres symboles fondamentaux universels de l'humanité, dans son ouvrage Métamorphoses de l'âme et ses symboles.

Histoire[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une notion très ancienne, retrouvée dans nombre de civilisations. La tradition véhicule une pléthore d'exemples tel Horus, fruit de l'union d'Isis et de son frère Osiris, qui montre de plus que cette notion ne prend pas en compte l'interdit de l'inceste. Le rite hiérogamique, présent dans une foule de cultes antiques, est repris dans le cérémonial de nombreuses sociétés secrètes.

On peut distinguer deux types de hiérogamies : la version rituelle et la version initiatique.

Dans l'optique rituelle[modifier | modifier le code]

Dans plusieurs traditions « païennes » et néo-païennes, où une analogie est établie entre la fertilité de la terre et la fécondité de la femme, la hiérogamie, le plus souvent accomplie dans la nuit précédant le 1er mai (célébration de Beltaine dans la mythologie celtique, nuit de Walpurgis dans le folklore germanique), est un rite de fertilité, censé symboliser la plantation de la graine dans la Terre et favoriser les pluies.

Ces traditions se réfèrent toutefois à des principes jugés divins[2].

Dans l'optique initiatique[modifier | modifier le code]

Dans d'autres contextes, le Hieros Gamos revêt la forme d'un rite initiatique qui permettrait aux participants d'acquérir une expérience religieuse profonde par des rapports sexuels, permettant l'accès à la spiritualité[1]. Certains experts y voient une référence à la théorie néo-platonicienne selon laquelle une âme est originellement androgyne et se scinde en deux lors de l'incarnation sur terre, sa part féminine allant dans un corps de femme et sa part masculine dans un corps d'homme. Dans cette optique, la plénitude spirituelle ne serait retrouvable que dans la réunion des principes complémentaires (« syzygie ») qu'offre une hiérogamie.

Une telle vision se retrouve dans le gnosticisme, qui pose l'“assomption syzygique” (réunion du masculin et du féminin) comme l'une des plus hautes fins de l'existence spirituelle d'un être humain. On peut citer à ce titre le logion 22 de l’Évangile selon Thomas (apocryphe chrétien issu de la bibliothèque de Nag Hammadi) : « [...] n°7 : Irons-nous dans le Royaume ? Jésus leur dit : Quand vous ferez le deux Un, [...] afin de faire le mâle et la femelle en un seul [...] ».

Exemples[modifier | modifier le code]

Représentation sur bois de l'histoire de Paulina et Decius Mundus, illustrant une version de l'Histoire des Juifs de Flavius Josèphe

En Mésopotamie, au printemps, le rite du mariage sacré unissait le Roi (remplaçant le dieu Dumuzi) et la prêtresse (représentante de la Déesse Ishtar). Les festivités étaient très joyeuses et se déroulaient dans l’allégresse.

L'existence de tels rituels depuis des temps immémorables a souvent laissé des traces dans plusieurs cultures, ce qui a suscité des accusations de relations incestueuses à l'égard de plusieurs groupes religieux jugés hérétiques comme les hellenistes[1] le paulicianisme, le bogomilisme, le catharisme, l'alévisme ou le sabbétaisme.

Sous Tibère, c'est le scandale de Decius Mundus abusant de Paulina qui pense s'offrir au dieu Anubis, qui provoque la chute provisoire du culte d'Isis et à terme, au IVe siècle l'interdiction des pratiques hiérogames[1].

Un exemple moderne de hiérogamie se trouve dans la religion Wicca, dans laquelle les participants s'engagent dans ce que Gerald Gardner, fondateur du culte, appelait le « Grand Rite ». Un homme et une femme, assumant les identités du Dieu cornu et de la Déesse, s'engagent dans une union sexuelle pour célébrer la conjonction sacrée des principes opposés/complémentaires masculin et féminin de l'Univers.

De tels rituels sont évoqués dans le film Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick et dans le roman Da Vinci Code de Dan Brown.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Jean-Pierre Chevillot D'Isis au Christ : aux sources hellenistiques du christianisme, Éditions L'Harmattan, 2011, (ISBN 9782296449282), 262 pages, lire en ligne
  2. Définition de Hiérogamique, CNRTL

Voir aussi[modifier | modifier le code]