Investiture du président de la République française

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Nicolas Sarkozy et François Hollande, lors de la passation de pouvoirs, le au palais de l'Élysée.

L'investiture du président la République française marque le début d'un nouveau mandat d'un président de la République.

La Constitution ne mentionne aucune règle établie concernant le déroulement de l'investiture. Cependant, avec les années, des traditions diverses et variées sont apparues, ce qui a fait de l'investiture plus seulement une simple passation de pouvoir mais un événement durant une journée entière et incluant des parades, des discours, des hommages civils et militaires, et des fêtes, en général. Contrairement à de nombreux autres pays, elle ne comporte aucune prestation de serment.

Ce jour, aujourd'hui connu sous le nom de journée d'investiture, est fixé une dizaine de jours après le second tour de l'élection présidentielle en France, au plus tard le dernier jour du mandat du président sortant.

Le terme d'« investiture » désigne donc non seulement la passation de pouvoir entre le président élu et le président sortant, mais aussi l'ensemble des dispositifs traditionnels et protocolaires, civils et militaires, qu'elle induit. Dans le cas d'une réélection, la journée conserve la même dénomination (on parle toujours d'« investiture ») Elle doit se tenir au plus tard le jour de l'expiration officielle du mandat du président sortant ou, s'il y a vacance à la suite d'une démission ou d'un décès, le plus tôt possible (quelques jours) après que les résultats de l'élection présidentielle ont été rendus officiels par le Conseil constitutionnel (le dixième jour après le scrutin). Sous les IIIe et IVe Républiques, le président élu après une vacance entrait immédiatement en fonction le jour même de son élection par les deux chambres du Parlement, la cérémonie se tenant alors traditionnellement dans le salon Marengo (attenant au bureau du président du Congrès) au château de Versailles. La cérémonie d'investiture du président de la République française se tient désormais dans la salle des fêtes du palais de l'Élysée, résidence officielle de la présidence.

Les différents temps forts de l'investiture[modifier | modifier le code]

La passation des pouvoirs[modifier | modifier le code]

Le président de la République élu se rend au palais de l'Élysée, généralement en voiture (à pied pour Valéry Giscard d'Estaing), puis arrive par la cour d'honneur où il passe en revue un détachement de la Garde républicaine, avant d'être accueilli sur le perron par son prédécesseur. Les deux hommes ont ensuite une conversation dans l'un des salons de l'Élysée, ce qui permet la passation des pouvoirs, entre autres la communication des codes d'accès de la frappe nucléaire, prérogative exclusive de la présidence de la République. Le nouveau chef de l'État raccompagne ensuite le président sortant jusqu'à la cour d'honneur (jusqu'en 1974, le président sortant assistait à l'ensemble de la cérémonie) où il quitte définitivement l'Élysée, avec les honneurs de la Garde républicaine. Cette partie de l'investiture n'a évidemment pas lieu lors de la réélection du président sortant.

La cérémonie d'investiture[modifier | modifier le code]

Le président élu revient ensuite dans le salon qui va accueillir la cérémonie d'investiture à proprement parler (qui a toujours été la salle des fêtes du palais de l'Élysée sous la Cinquième République ; auparavant, lorsqu'elle avait lieu à l'Élysée, elle se tenait dans le Salon des Ambassadeurs), en étant accompagné par le Premier ministre et les présidents en exercice des deux chambres du Parlement, tandis que l'orchestre de chambre de la Garde républicaine joue une marche solennelle choisie par le nouvel élu. L'investiture officielle n'a lieu que lorsque le président du Conseil constitutionnel proclame les résultats officiels de l'élection présidentielle. C'est cette intervention qui opère le transfert de pouvoirs et marque l'heure précise du début du nouveau mandat[1]. Le nouveau chef de l'État signe ensuite le procès-verbal d'investiture. Le grand chancelier de la Légion d'honneur effectue la remise des insignes : il épingle à la boutonnière du président la rosette de la Grand-croix et lui présente le grand collier de Grand maître de l'ordre de la Légion d'honneur (composé de seize anneaux en or massif) posé sur un coussin de velours rouge, en prononçant la formule rituelle : « Monsieur le président de la République, nous vous reconnaissons comme grand maître de l'ordre national de la Légion d'honneur ». À une seule occasion, en 1981, le nouveau président n'a pu recevoir cette insigne des mains du grand chancelier (le titulaire, le général Alain de Boissieu, gendre du général de Gaulle, avait en effet décidé de démissionner quelques jours auparavant plutôt que de participer à cette cérémonie, François Mitterrand ayant, par le passé, qualifié l'exercice politique de De Gaulle de « dictature ») et François Mitterrand fut alors reconnu grand maître par le doyen des grand-croix, le général André Biard. Le président de la République prononce ensuite son allocution d'investiture, puis les personnalités invitées (corps constitués, doyen du corps diplomatique, invités personnels) lui sont présentées une à une par le chef du protocole.

Honneurs militaires[modifier | modifier le code]

Sur l'esplanade des Invalides, la batterie d'honneur de l'artillerie française tirant la salve de 21 coups de canons le .

Une fois la cérémonie terminée, le président se rend sur la terrasse du parc de l'Élysée, en compagnie toujours du Premier ministre et des présidents des deux chambres, pour recevoir les honneurs militaires rendus par la Garde républicaine et rendre lui-même hommage au drapeau français pendant que La Marseillaise est jouée. Le nouveau président passe ensuite en revue les troupes stationnées au palais. Simultanément, vingt-et-un coups de canon sont tirés à partir de la place des Invalides par la batterie d'honneur de l'artillerie pour saluer l'investiture du nouveau président (la salve peut débuter soit après la lecture de la proclamation des résultats, soit pendant les honneurs militaires). Cette tradition remonte aux 101 coups qui étaient tirés sous l'Ancien Régime lors de l'inhumation du roi défunt et l'avènement de son successeur. Le nombre fut ramené à 21 par Charles de Gaulle en 1959[2]. Les pièces d'artillerie utilisés sont deux canons de 75 mm modèle 1897. Les tirs à blanc sont effectués à un rythme d'un coup toutes les huit secondes [3].

Série d'hommages hors de l'Élysée[modifier | modifier le code]

Gaston Doumergue lors de sa parade d'investiture en .
François Hollande circule à bord d'une Citroën DS5 Hybrid4 lors de son investiture, le .

Le président quitte ensuite, généralement dans l'après-midi, après un déjeuner restreint à quelques invités, le palais par la grille du coq à bord d'une voiture d'apparat décapotable :

Il se rend alors obligatoirement à l'Arc de Triomphe de l'Étoile, escorté par le régiment de cavalerie de la Garde républicaine et sa fanfare, pour y déposer une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu et y raviver la flamme, ainsi qu'à l'Hôtel de ville de Paris où il est reçu par le maire. Plusieurs présidents ont également tenu à adapter ces cérémonies par des hommages plus particuliers. Ainsi, en 1947, Vincent Auriol s'est rendu au Mont Valérien pour y honorer la mémoire des morts de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. François Mitterrand quant à lui se rend à pied, accompagné par une foule immense, jusqu'au parvis du Panthéon pour déposer une rose et se recueillir sur les tombes de Victor Schoelcher, de Jean Jaurès et de Jean Moulin. Suivi dans le bâtiment uniquement par quelques caméras et par l'air de la Symphonie n° 9 de Beethoven, les images, dirigées par le réalisateur Serge Moati, sont diffusées en direct à la télévision. Nicolas Sarkozy quant à lui a déposé des gerbes sous les statues de Georges Clemenceau et Charles de Gaulle sur les Champs-Élysées, avant de se rendre au Monument aux 35 fusillés de la cascade du Bois de Boulogne où la lettre de Guy Môquet a été lue par une lycéenne et que le Chant des partisans a été joué par la Garde républicaine. En 2012, François Hollande rend hommage successivement à Jules Ferry et à Marie Curie.

Passage à la mairie de Paris[modifier | modifier le code]

Tradition républicaine, le nouveau président se rend ensuite à la mairie de Paris pour y rencontrer notamment le maire, son équipe municipale, et d'autres personnalités de la société civile ou politique. Il y signe le parchemin de la ville qui attestera de son passage.

Tenue[modifier | modifier le code]

À l'origine, les présidents portaient le jour de leur investiture l'habit et ceignaient le grand collier de la Légion d'honneur. Cette tenue servait d'ailleurs pour la photographie officielle jusqu'à Georges Pompidou. C'est à partir de l'investiture de Valéry Giscard d'Estaing en 1974 que la « tenue de ville » remplace l'habit et que les présidents ne revêtent plus le grand-collier mais se le font présenter sur un coussin par le Grand chancelier de la Légion d'honneur.

Liste des cérémonies d'investitures[modifier | modifier le code]

Président Date de l'investiture Lieu de la cérémonie Notes
Louis Napoléon Bonaparte Palais Bourbon Cérémonie dans la salle des séances de l'Assemblée nationale constituante. Unique investiture lors de laquelle le président a prêté serment.
Adolphe Thiers Pas d'investiture : le chef du pouvoir exécutif devient président de la République française avec la promulgation d'une loi (la loi Rivet).
Patrice de Mac-Mahon Pas d'investiture : l'élection du président lui est communiquée par un groupe de députés, à la résidence privée du président.
Jules Grévy Château de Versailles Réalisation du grand collier de la Légion d'honneur en 1881.
Jules Grévy Pas d'investiture : la réélection du président lui est communiquée par le président du Conseil, au palais de l'Élysée.
Sadi Carnot Château de Versailles.
Jean Casimir-Perier Château de Versailles Remise du grand collier de la Légion d'honneur le , au palais Bourbon.
Félix Faure Château de Versailles.
Émile Loubet Château de Versailles.
Armand Fallières Palais de l'Élysée Cérémonie dans le Salon des Ambassadeurs.
Raymond Poincaré Palais de l'Élysée Cérémonie dans le Salon des Ambassadeurs.
Paul Deschanel Palais de l'Élysée Cérémonie dans le Salon des Ambassadeurs.
Alexandre Millerand Château de Versailles Cérémonie dans le Salon Marengo.
Gaston Doumergue Château de Versailles Cérémonie dans le Salon Marengo. Première utilisation d'une automobile pour la parade d'investiture.
Paul Doumer Palais de l'Élysée Cérémonie dans le Salon des Ambassadeurs.
Albert Lebrun Château de Versailles Cérémonie dans le Salon Marengo.
Albert Lebrun Palais de l'Élysée Cérémonie dans le Salon des Ambassadeurs.
Vincent Auriol Château de Versailles Cérémonie dans le Salon Marengo. Remise du Grand Collier à l'Élysée. Hommage aux Résistants au Mont Valérien. Réalisation d'un deuxième grand collier de la Légion d'honneur en 1953.
René Coty Palais de l'Élysée Cérémonie dans le Salon des Ambassadeurs.
Charles de Gaulle Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes.
Charles de Gaulle Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes.
Georges Pompidou Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes.
Valéry Giscard d'Estaing Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes. Le Grand Collier est juste présenté au nouveau président.
François Mitterrand Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes. Hommages au Panthéon.
François Mitterrand Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes.
Jacques Chirac Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes.
Jacques Chirac Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes.
Nicolas Sarkozy Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes.
François Hollande Palais de l'Élysée Cérémonie dans la Salle des Fêtes.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]