Harold et Maude

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Harold et Maude (homonymie).

Harold et Maude

Titre original Harold and Maude
Réalisation Hal Ashby
Scénario Colin Higgins
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Sortie 1971
Durée 91 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Harold et Maude (Harold and Maude) est un film américain sorti en 1971, avec Ruth Gordon dans le rôle de Maude et Bud Cort dans le rôle d'Harold. La musique est de Cat Stevens. Il est produit par Paramount Pictures et fut tourné dans la ville et la région de San Francisco en Californie.

Résumé[modifier | modifier le code]

Harold Chasen descend lentement les escaliers de sa demeure dans la pénombre et place un vinyle de Cat Stevens sur une platine (Don't Be Shy) avant d'écrire un mot qu'il accroche à sa chemise. Enfin, il allume les bougies d'un chandelier avant de s'avancer gravement dans son salon. On ne distingue plus alors que le bas de ses jambes qui, après un mouvement suivi d'un bruit sourd, pend soudain dans le vide. Harold s'est pendu.

Quelques secondes plus tard, sa mère arrive dans la pièce. Elle voit clairement son fils pendu, interrompt une seconde son mouvement puis s'avance jusqu'au téléphone, compose un numéro et dit simplement : « I suppose you think this is very funny Harold » ( « je suppose que tu trouves ça très drôle Harold ») avant de répondre à une amie au téléphone.

Harold entreprend alors de gesticuler et de simuler des râles d'étouffement mais sa mère ne s'en émeut guère et quitte la pièce en rappelant à son fils que le diner est à huit heures.

Lorsque sa mère entre plus tard dans la soirée dans la salle de bains, elle la découvre avec horreur couverte de taches rouge sang, avant de trouver son fils, la gorge lacérée et baignant dans ce qui semble être son propre sang. La mère ne croit pas au suicide, mais est remué par la mise en scène. Elle sort, tremblante et pleurante, Harold pousse un râle.

Après cet épisode, Harold se rend chez un psychologue. Une fois achevée sa première consultation, Harold va acheter un corbillard, et se rend à l'enterrement d'un parfait étranger. Il y aperçoit Maude pour la première fois, une femme de 80 ans.

Tandis qu'il fait peu à peu la connaissance de Maude, Harold doit se plier aux exigences de sa mère, qui tente par de « normaliser » son fils. Elle lui fait rencontrer des jeunes filles par l'intermédiaire d'un organisme de rencontres : il les traumatise avec de nouvelles mises en scène de suicides. Elle lui achète une nouvelle voiture : il la modifie pour lui donner l'allure d'un corbillard. Elle tente de le faire rentrer dans l'armée : il s'en libère en se faisant passer pour un psychopathe assoiffé de sang auprès de son oncle Victor.

Mais pendant ce temps, Harold se rapproche toujours plus de l'excentrique et pétillante Maude. Ensemble, ils assistent à des enterrements et visitent des chantiers de démolition. Ils font des virées dans des voitures volées par Maude et sèment des policiers tandis qu'ils se dirigent vers la forêt pour replanter un arbre qui étouffait dans la pollution urbaine. Maude emmène également Harold dans l'ancienne locomotive qui lui sert de maison. Elle lui fait découvrir son monde rempli d'odeurs, de saveurs, de mélodies, de formes et de couleurs. Elle lui montre la vie telle qu'il ne l'avait jamais vue.

Harold tombe amoureux de Maude, et c'est ainsi que, tout naturellement, il annonce à sa mère qu'il va finalement se marier. Sa mère est d'abord ravie mais déchante en voyant une photo de Maude.

Mais Maude en a décidé autrement. Ainsi, le jour de son anniversaire, Maude se suicide paisiblement après avoir absorbé des somnifères. Une ultime fois, Harold, désespéré, feint de se suicider en jetant sa voiture d'une falaise. Mais il reste en haut de la falaise, en train de jouer du banjo que Maude lui avait offert.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

  • Ruth Gordon : Marjorie Chardin, dite Maude. Une idéaliste de 79 ans qui, comme Harold, se rend souvent aux enterrements ; son spectacle préféré. Elle n'a pas le permis mais aime à voler des voitures. Elle aime collectionner les bibelots, la musique, poser nue, et, surtout, c'est une idéaliste qui se délecte de la vie. Elle a un nombre tatoué au bras qui suggère qu'elle est passé dans un camp de concentration lors de l'Holocauste.
  • Bud Cort : Harold Chasen. Harold est un jeune homme d'une vingtaine d'années. Il vit chez sa mère une existence oisive et morne. Dans la cage dorée qu'est sa demeure, il a tout ce qu'il veut mais il s'ennuie. Il ne croit guère en la vie et passe son temps à mettre en scène sa mort pour rendre sa mère folle, ou du moins la mener à bout. Ses seuls loisirs sont ses faux suicides et d'assister à des enterrements, ou encore de visiter des décharges. L'arrivée de Maude dans sa vie va tout bouleverser. Peu à peu, elle lui donne goût à la vie. Elle y parvient tellement bien qu'Harold tombe littéralement amoureux d'elle.
  • Vivian Pickles : la mère d'Harold, madame Chasen. Elle est rigide et un peu hystérique. C'est pour la mener à bout que Harold passe son temps à mettre en scène des suicides. Cette riche femme avait, selon ses propres dires, un mari tout aussi excentrique que Harold. La plupart du temps, elle ne réagit donc pas quand Harold simule sa propre mort.
  • Cyril Cusack : Glaucus. Ce vieil homme est l'ami de Maude. C'est un artiste qui sculpte la glace, et prend Maude pour modèle nu. Comme elle l'explique, Glaucus a besoin d'elle pour se remémorer les formes d'une femme.
  • Charles Tyner : l'oncle Victor. Il a participé à de nombreux combats et a perdu un bras, qu'il a remplacé par une prothèse originale : il peut faire le salut du soldat avec. La mère d'Harold espère qu'il sera capable de « dresser » Harold, afin qu'il devienne plus stable. En réalité, Harold ne tarde pas à ruiner ses espoirs. Il terrifie l'oncle en se faisant passer pour un dangereux psychopathe, aidé par Maude qui fait semblant de se battre avec Harold. Harold fait croire à l'oncle qu'il l'a jetée dans une falaise.
  • Ellen Geer : Sunshine Doré. C'est le troisième rendez-vous d'Harold organisé par sa mère. Cette jeune femme est une actrice (d'où son nom) et, contrairement aux deux premiers rendez-vous d'Harold, n'est guère effrayée par le faux suicide d'Harold. Celui-ci se transperce à l'aide d'un sabre de seppuku dans son salon. Elle est éblouie par ses talents d'acteur et poursuit le rendez-vous en faisant une démonstration de ses propres talents. Lorsqu'elle a achevé de se suicider à la façon de Juliette, dans la pièce de Shakespeare, la mère d'Harold découvre le corps faussement inanimé de la jeune fille et croit un instant que son fils a commis un meurtre.
  • Eric Christmas : le prêtre.
  • G. Wood : le psychiatre d'Harold. S'il tente de remettre Harold sur le droit chemin, il prouve par sa perplexité qu'il doute de la réussite de cette entreprise.
  • Judy Engles : Candy Gulf ; le premier rendez-vous d'Harold. Elle est étudiante et s'est inscrite à cette agence de rencontre après un pari avec des amies. Elle voit le corps d'Harold en feu et part en hurlant.
  • Shari Summers : Édith Phern, le deuxième rendez-vous d'Harold. Il se coupe le bras devant elle.

Musique[modifier | modifier le code]

La bande originale du film est de Cat Stevens. Les chansons Where Do the Children Play?, Miles from Nowhere, On the Road to Find Out et Tea for the Tillerman sont tirées de son album Tea for the Tillerman, sorti en 1970. Deux chansons de la bande originale, Don't Be Shy et If You Want to Sing Out, Sing Out, ont été spécialement composées pour le film, et furent introuvables sur vinyle pendant près de dix ans. Elles furent finalement éditées en 1984 dans une compilation : Footsteps in the Dark: Greatest Hits, Volume 2. Un vinyle LP de la bande originale fut édité au Japon, mais on ne pouvait y entendre les chansons en question. On y trouvait par contre 5 chansons ne faisant pas partie du film ("Morning Has Broken", "Wild World", "Father and Son", "Lilywhite" et "Lady D'Arbanville"). La première bande originale officielle du film n'est apparue qu'en décembre 2007 par Vinyl Films Records. Mais on ne peut la trouver qu'en vinyle et à un nombre limité d'exemplaires (2500 copies).

Cette bande originale officielle contient :

  1. "Don't Be Shy"
  2. "On The Road To Find Out"
  3. "I Wish, I Wish"
  4. "Miles From Nowhere"
  5. "Tea for the Tillerman"
  6. "I Think I See The Light"
  7. "Where Do The Children Play?"
  8. "If You Want To Sing Out, Sing Out"
  9. "If You Want To Sing Out, Sing Out" (version banjo)
  10. "Trouble"
  11. "Don't Be Shy" (version alternative)
  12. "If You Want To Sing Out, Sing Out" (version instrumentale)
  13. "Don't Be Shy" (version démo)
  14. "If You Want To Sing Out, Sing Out" (version alternative)

Prix et honneurs[modifier | modifier le code]

Harold et Maude, une époque, un état d'esprit[modifier | modifier le code]

Harold et Maude est un film typique de l'état d'esprit des années 1970, célèbrant la liberté, la nature et la spontanéité tout en s'opposant par l'humour au militarisme et aux conventions sociales. À l'époque de sa sortie, il a défrayé la chronique dans le monde entier, ayant à subir différentes restrictions ou interdictions (de l'interdiction aux moins de 12 ans à l'interdiction aux moins de 18 ans selon les pays). Sa popularité fut telle qu'il fut exploité en exclusivité pendant plusieurs années à Paris.

On appela dans les années 1980 des Harolds les adolescents qui, comme le personnage principal Harold, étaient obsédés par les cimetières ; l'écrivain canadien Douglas Coupland utilisa le néologisme to harold, dans son recueil Polaroids from the Dead, pour décrire l'activité consistant à visiter les cimetières et assister aux enterrements[3],[4] Le terme de maudianisme a aussi été forgé pour désigner la façon d'être, joyeuse et ouverte à la vie, développée par l'autre personnage-titre, Maude.[réf. nécessaire]

En 1998, Harold et Maude est cité dans le film Mary à tout prix de Peter et Bobby Farrelly où il est le film préféré de l'héroïne.

Thèmes centraux[modifier | modifier le code]

Hal Ashby, le producteur de ce film, a voulu confronter l'état d'esprit fermé et négatif de la jeunesse aliénée de son époque à l'optimisme durement acquis de ceux qui ont enduré les horreurs du début du vingtième siècle, en opposant le nihilisme à la foi en l'avenir et aux projets. Le passé de Maude est révélé pendant un court instant, lorsqu'Harold découvre son numéro d'identité tatoué dans un camp de concentration.

Harold fait partie d'une société dans laquelle il n'a pas d'identité propre ni d'importance. De façon plus existentielle, de plus, il s'estime personnellement sans but et sans intérêt.

Maude, quant à elle, a survécu aux camps de concentration et vit une vie riche de sens. À travers ces deux personnages, on peut constater deux cultures très différentes. L'une, personnifiée par Harold, poursuit un combat qui n'a pas de sens, tandis que l'autre, représentée par Maude, a expérimenté une véritable guerre qui a créé cette crise du sens qu'était l'Holocauste, et comprend bien mieux l'intérêt, la beauté mais aussi la fragilité de l'existence.

Suicides d'Harold[modifier | modifier le code]

  1. Scène d’ouverture : Harold se pend.
  2. Un peu plus tard, Harold simule un suicide dans sa baignoire, cette fois-ci en faisant croire qu’il s’est tranché la gorge.
  3. Il simule ensuite un suicide par noyade dans la piscine de sa mère. On la voit d’ailleurs se baigner, comme si de rien n’était, près du corps inerte.
  4. Alors que sa mère fait passer à Harold le questionnaire de l’organisme de rencontre, il pointe un pistolet vers sa mère avant de le diriger vers lui-même. Il se tire une balle dans le front.
  5. Lors de son premier rendez-vous, Harold se "suicide" par le feu dans son jardin, tandis que la jeune fille lui fait des signes de l’intérieur de la maison.
  6. Le second rendez-vous d'Harold cesse net quand ce dernier se coupe la main à la hache.
  7. Harold va plus loin encore pour son ultime rendez-vous (avec Sunshine Dore). Il se perfore le ventre avec un sabre de seppuku.
  8. À la toute fin du film, Harold jette son corbillard du haut d'une falaise.

Adaptations[modifier | modifier le code]

De son scénario, Colin Higgins a tiré par la suite un roman et une pièce de théâtre. La pièce fut traduite et adaptée en français par Jean-Claude Carrière et mise en scène par Jean-Louis Barrault. Une pièce fut aussi produite par Viola Léger en 1987[5] :

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. AFI's 100 YEARS...100 LAUGHS
  2. http://www.loc.gov/film/titles.html National Film Registry list of films, 1989-2006
  3. Douglas Coupland, « Harolding », New Republic, 21 février 1994.
  4. Paul McFedries, article Harold, Word Spy.
  5. Léonard E. Doucette, « Culture de l'Acadie - Théâtre », sur Encyclopédie canadienne (consulté le 11 mars 2013)

Liens externes[modifier | modifier le code]