Groupe Octobre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le groupe Octobre est une troupe de théâtre française d'agit-prop, des années 1930. Raymond Bussières disait : « On a souvent parlé du groupe Octobre mais rarement avec justesse »[1].

1932-1936 : Le théâtre ouvrier[modifier | modifier le code]

La troupe de théâtre est issue de la scission de la troupe Prémices de la Fédération du théâtre ouvrier de France, dont quelques comédiens reprochaient au metteur en scène Roger Legris, la perte de l'idéal politique. Néanmoins, du 25 avril 1932[2], date de sa création, au 30 juin 1936, date à laquelle il représenta à la Mutualité son dernier spectacle Le Tableau des merveilles, mis en scène par Lou Tchimoukow, le groupe octobre appartint à la FTOF, née le 25 janvier 1931 comme section nationale de l'Union internationale du théâtre ouvrier (UITO) et étroitement liée au Parti communiste français (PCF) et la Confédération générale du travail unitaire (CGTU).

À la suite d'une indication par Paul Vaillant-Couturier et Léon Moussinac, le Groupe Octobre naissant, entre en contact avec Jacques Prévert. À cette époque, celui-ci n'écrivait pas encore beaucoup et ce fut un déclic : il se mit rapidement à écrire à la commande. Le groupe joua, lors des meetings politiques, dans les rues et dans les usines en grève, entre 1933 et 1936, de courtes pièces ou des chœurs[3], afin de diffuser les idées marxistes auprès du peuple.

Adeptes de l'agit-prop, pour un théâtre prolétarien proche d'Erwin Piscator, Prévert écrivit alors à charge contre l'ordre établi, caricaturant les politiciens et les gros industriels (La Bataille de Fontenoy 1932, Citroën[4] 1933), ou ridiculisant la bourgeoisie (La Famille Tuyau de Poêle, 1933), valorisant les ouvriers (Vive la presse, 1932, ou le Tableau des merveilles, joué dans les grands magasins parisiens en grève en 1935). Face au théâtre bourgeois, il veut favoriser l'émergence d'un théâtre du peuple. Les comédiens jouaient également Paul Éluard et Louis Aragon.

Le groupe Octobre et le communisme : histoire d'un mythe[modifier | modifier le code]

Des travaux contestables[modifier | modifier le code]

Les travaux portant sur le groupe Octobre datent de l'après-guerre. Ceux qui évoquent les relations entre Octobre et le communisme apparaissent en 1965. L'analyse critique des travaux concernant le groupe Octobre fait apparaître la construction progressive d'un mythe. Les relations entre le groupe Octobre et le Parti communiste français et celui d'Union soviétique (PCUS) ont été minimisées voire niées, notamment après l'annonce des "crimes" et "erreurs" de Staline, en février 1956, par le rapport Khrouchtchev, au XXe congrès du PCUS. C'est en tout cas ce que démontrent les travaux historiographiques récents qui se basent sur la consultation des archives du CRCEDHC (Centre russe de conservation et d'études des documents en histoire contemporaine), à Moscou[5].

De réelles relations avec le Parti communiste[modifier | modifier le code]

Le groupe Octobre était très proche du Parti communiste français. Dès mai 1933, le groupe comptait 10 membres ayant leur carte au Parti communiste[6]. Le groupe comptant 26 membres à la même date, cela signifie qu'il y avait environ 40 % (38,4 % exactement) de communistes au sein de la troupe de théâtre d'agit-prop, soit guère moins que les Blouses bleues de Bobigny (BBB), nées en 1931, dirigées par Gaston Clamamus et dont Raymond Bussières disait qu'elles étaient "vraiment communistes à 100 %"[7] alors qu'elles ne comptaient que 41,1 % de communistes.

Un premier Prix fantasmé[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce qu'écrit Michel Fauré dans son ouvrage[8] et beaucoup d'autres auteurs, le groupe Octobre n'a jamais remporté le premier prix de l'Olympiade du théâtre ouvrier de Moscou qui s'est déroulée à Moscou, en 1933. En effet, comme l'a précisé lui-même Raymond Bussières dans un témoignage antérieur, « il n'y avait pas de premier prix »[9] lors de cette Olympiade. En effet, celle-ci devait se terminer par une conférence, sans remise de prix, comme l'atteste le programme de l'Olympiade[10].

Dissolution du groupe[modifier | modifier le code]

La compagnie fut dissoute, comme la Fédération du théâtre ouvrier de France, après la victoire du Front populaire, sur fond de désaccord des membres quant à la nécessité de s'engager dans les Brigades internationales.

Membres du groupe Octobre[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Fauré, Le Groupe Octobre, éditions Christian Bourgois, 1977. (ISBN 2-267-00083-0)
  • Danièle Gasiglia-Laster, Jacques Prévert, celui qui rouge de cœur, Séguier, 1994, p. 80-118.
  • Danièle Gasiglia-Laster, « La dérision du théâtre bourgeois dans trois pièces de Prévert écrites pour le groupe Octobre » dans Le Théâtre dans le théâtre / Le Cinéma au cinéma, Centre d'études et de recherches francophones du Centre universitaire de Luxembourg, Lansman Editeur, 1998, p. 121-129 - (ISBN 2-87282-211-9)
  • Danièle Gasiglia-Laster, « Jacques Prévert au groupe Octobre : un autre théâtre pour changer la vie », dans Aden / Paul Nizan et années trente, Revue du GIEN (Groupe interdisciplinaire d'études nizaniennes), no2, octobre 2003 - (ISBN 2-86939-206-0)
  • Danièle Gasiglia-Laster, Jacques Prévert / Le groupe Octobre, Ministère de la culture et de la communication.
  • Guy Gauthier, « Il y a trente ans Octobre », dans Image et Son, décembre 1965, n° 189.
  • Haramila Jolly, « Le groupe Octobre et le communisme : une mémoire reconstruite » dans la Revue française d'histoire des idées politiques, Paris, no8, 1998, p. 339-354.
  • Jacques Prévert, Spectacles, éditions Gallimard, 1949.
  • Jacques Prévert, Octobre : sketches et chœurs parlés pour le groupe Octobre 1932-1936, textes réunis et commentés par André Heinrich (tous n'ont pas été écrits pour le groupe Octobre), Gallimard, 2007.
  • Maurice Baquet et le Groupe Octobre, par Dominique Widermann, 24 mai 1996, L'Humanité

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Parler, n° 19, décembre 1965, p. 16, Cité par Haramila Jolly, Théâtre et communisme : l'exemple du groupe Octobre (1932-1936), Mémoire de DEA d'histoire contemporaine, juin 1998, Université de Reims, p. 93
  2. Arch. CRCEDHC, Moscou. Questionnaire rempli par le représentant du collectif, Louis Bonin. Cité dans Haramila Jolly, op. cit., Mémoire de DEA, p. 11.
  3. Épisode Pas plus grosse qu’une allumette ! de la série Là bas si j'y suis, d'une durée de 60:00. Diffusé pour la première fois du 00:21 au 00:22 sur la chaîne France Inter du réseau Radio France. Autres crédits : Raymond Bussières. Visionner l'épisode en ligne
  4. ou Vive la grève
  5. Haramila Jolly, « Le groupe Octobre et le communisme : une mémoire reconstruite » dans la Revue française d'histoire des idées politiques, Paris, no8, 1998, p. 339-354
  6. Arch. CRCEDHC, Moscou. Cité dans Haramila Jolly, op. cit., p. 96.
  7. Raymond Bussières, cité dans Guy Gautier, « Il y a trente ans Octobre », in Image et son, décembre 1965, n° 189, p. 54
  8. Michel Fauré, Le Groupe Octobre, Paris, Bourgeois, 1977, p. 55
  9. Guy Gautier, op. cit., p. 203
  10. Arch. CRCEDHC, Moscou. Cité dans Haramila Jolly, op. cit., Mémoire de DEA, p. 108

Liens externes[modifier | modifier le code]