Patience

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Une représentation de la patience par Wilhelm Trübner (1878)
Selon Charles Darwin les muscles des épaules sont ceux de la patience[1].

La patience est l'aptitude de quelqu'un à se maîtriser face à une attente, à rester calme dans une situation de tension ou face à des difficultés, ou encore la qualité de persévérance.

La patience est, à travers le monde et les croyances, une qualité essentielle requise pour celui qui aspire à la sagesse. Comme la méditation, la patience s'acquiert et s'exerce ; elle demande un effort de concentration et de maîtrise de soi qui est opposé en général à l'agitation naturelle, à l'impatience innée. Si la patience quotidienne est parfois « récompensée » par un bien – par exemple l'attente sage du petit enfant auquel on offre un cadeau en récompense – la patience religieuse est une clé pour l'aboutissement de soi et n'a pas exactement la même valeur morale. Le sens commun de la patience correspond à une réalité qui est à distinguer de la patience spirituelle, élément essentiel de nombres de croyances.

Éléments historiques et ontologiques[modifier | modifier le code]

Mais dans tous les cas, la patience s'oppose à la méditation par son lien à l'attente. On peut faire preuve de patience en réponse à un désir, dans l'espérance d'obtenir finalement ce dont l'accès immédiat est impossible ou dangereux. La méditation procède à l'inverse d'un abandon de toute attente, le but à atteindre étant précisément celui d'un calme intérieur où l'attente, le désir, l'agitation, bref le futur et la projection personnelle sont oubliés. La patience est suscitée, volontairement ou non, et elle s'exerce de façon consciente comme une réponse à un désir. À ce titre, les religions s'entendent sur le point que l'homme n'est pas « patient face à sa mort certaine », car la vie est sacrée pour le croyant et la patience est l'œuvre d'une existence vertueuse entière. Cependant, certaines sectes ont développé une croyance inverse et une vision morbide de la patience comme élément de la sagesse, tel l'Ordre du Temple solaire.

L'idée que se fait l'homme de la patience a varié de façon notable au cours des siècles, en suivant les changements sociologiques majeurs. Patiences du chasseur nomade, du moine copiste, du chevalier errant et de l'actionnaire en bourse ne sont pas tout à fait les mêmes : elles diffèrent non seulement dans le but vers lequel tous ces hommes tendent, mais aussi dans leur manière de s'exprimer. Elle est passée successivement du statut conscient de nécessité à celui de vertu, puis à celui de qualité. La patience décrite par saint Augustin, force de l'âme face aux maux nés de la passion, a laissé place dans les sociétés occidentalisées à une patience plus pragmatique, force d'inertie réactionnaire dans un système où la vitesse, le changement et l'adaptativité personnelle sont des réalités quotidiennes. La façon dont la patience, dans sa substance, s'adapte à celui qui en fait preuve tend à montrer que, comme nombre de qualités de l'âme, la patience est spirituelle par décret : elle reste facilement corruptible selon le but fixé par celui qui l'exerce, et c'est pourquoi elle est tout à la fois une épreuve et une voie d'accès à la sagesse depuis des siècles, jamais un but en soi.

Lévinas a analysé le rapport entre l'attente et la patience de façon originale, en considérant que ce qui distingue l'impatience de la patience, c'est non pas la préférence pour le présent, mais l'absence de but futur conscient. Là où l'un s'emporte et voudrait que le temps soit plus court, l'autre fait preuve de patience et se décide au contraire à attendre sans rien désirer en retour : il subit l'attente. La patience de Lévinas est une patience qui attend, mais dont l'attente n'est portée par aucune volonté, qui est contingente. C'est une forme d'ouverture sur l'inattendu, ce que Lévinas désigne par la formule de « responsabilité pour autrui. » Ce renversement du concept s'intègre bien dans les spiritualités orientales, notamment.

Proverbes[modifier | modifier le code]

  • « La patience est un arbre dont les racines sont amères et les fruits savoureux. » (proverbe arabe)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Darwin, L'expression des émotions chez l'homme et les animaux, Paris, Reinwald,‎ 1877