Karuna (sanskrit)

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Karuṇā (IAST ; devanāgarī : करुणा) [1] en pāli et en sanskrit, traduit en français par compassion, est au cœur de la pensée bouddhiste en général, et du bouddhisme mahāyāna en particulier.

Dans le theravāda[modifier | modifier le code]

On trouve mention de la compassion en au moins deux usages distincts dans le bouddhisme theravāda. Le premier, en lien avec le Buddha, puisqu’il est né de la compassion pour le monde[2]. En effet, la tradition véhiculée par les textes canoniques veut que Śākyamuni ayant atteint le nirvana ait hésité à enseigner et qu’il ne le fit que par compassion pour les êtres[3] . Le second, appliqué aux moines. Dans ce cadre, la compassion est le plus souvent comprise comme un des quatre infinis (apramāṇa) ou résidence de Brahma (brahmavihāra). La karuṇā est alors associée à trois autres notions : la bienveillance (maitrī), l’équanimité (upekṣā) et la joie (muditā)[4]. Ces sentiments ou pensées sont la base d’un exercice spirituel dont le but est de réduire des pensées nuisibles. La compassion, en particulier, s'attache à réduire la nuisance (vihiṃsā)[5].

Dans le mahāyāna[modifier | modifier le code]

Notion fondamentale du mahāyāna, la compassion doit être mise en lien avec la notion de bodhisattva et de bodhicitta, l'esprit d'éveil. Le bodhisattva est une personne qui fait le vœu d’atteindre l’éveil (bodhi) et de ne pas abandonner les êtres à leurs souffrances mais au contraire de consacrer toute son énergie à les aider à trouver le moyen d’y échapper. "Ayant compris que le monde entier est consumé de la sorte par les flammes du feu de la souffrance, [le bodhisattva] fera la réflexion suivante : “Tout comme je n'aime pas la souffrance, les autres non plus ne l'aiment pas”, et il cultivera la pitié (kṛpā€) envers tous les êtres sans exception"[6]. Ainsi, contrairement au theravāda, la quête du mahāyāna est moins le nirvana que l’éveil. Sur le long chemin de l’éveil, grâce à l’exercice de la notion de vacuité (śūnyatā), le bodhisattva parviendra progressivement à éliminer l’idée que des êtres ou des choses existent en eux-mêmes[7]. Dès lors qu’il ne distingue plus d’être pour qui il pourrait réellement compatir, le bodhisattva manifeste une compassion mécanique, spontanée, qui ne se fixe plus sur aucun sujet, et n'a plus rien d'un sentiment. On parle alors de grande compassion (mahākaruṇā).

Personnification et représentation dans le bouddhisme[modifier | modifier le code]

Śākyamuni, le buddha historique, est traditionnellement considéré comme un buddha de compassion. Avalokiteśvara, dont le nom signifie « seigneur qui regarde vers le bas » et dont le nom tibétain est Chenrezig, est un bodhisattva associé à la compassion. Dans la tradition tibétaine, le Dalaï-lama est considéré comme une incarnation de Chenrezig.

Dans le jaïnisme[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet
  2. Aṅguttara-Nikāya, R. Morris, E. Hardy., 5 vol., London, 1883-1900, vol. I.22 (Anguttara Nikaya)
  3. Saṃyutta-Nikāya, L. Feer, 5 vol., London, 1884-1898, vol. I.136 (Samyutta Nikāya). On peut lire l'histoire dans le Lalitavistara. Ayant atteint l'éveil, le buddha fait cette réflexion: "Si j'enseignais cette loi aux autres, et s'ils ne la reconnaissaient pas, ce serait pour moi de la fatigue et un inutile effort; je resterai donc silencieux dans mon peu d'empressement" (Le Lalitavistara, L'histoire traditionnelle de la vie du Bouddha Çakyamuni, traduit du sanscrit par P.E. de Foucaux, Leroux, Paris,1884, (réé. Les Deux Océans, Paris, 1988), pp.326-327). Brahmā s'inquiète alors de ce que le monde court à sa perte et fait de nombreuses requêtes au buddha pour qu'il enseigne. Après plusieurs refus, celui-ci accepte pour venir au secours des nombreuses créatures, pour leur bonheur, par pitié pour le monde, etc.. (idem, p. 333)
  4. Voir Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Le Seuil, 2006 (2e éd.), article "quatre illimités"
  5. L. Viévard, Vacuité (śūnyatā) et compassion (karuṇā) dans le bouddhisme madhyamaka, Publication de l'Institut de civilisation indienne, Fasc. 70, Paris, 2002, p. 143
  6. J. Van Den Broeck, La progression dans la méditation (Bh€āvan€ākrama de Kamalaśīla), traduit du sanscrit et du tibétain, Bruxelles (Publications de l'Institut Belge des Hautes Études Bouddhiques, Série « Études et Textes », 6, 1977, p. 5. À noter que kṛpā, comme kāruṇya, est un des nombreux synonymes sanscrits de karuṇā. Voir L. Viévard, op. cit., p.122
  7. Sur la progression du bodhisattva, voir le texte de Ś€āntideva, le Bodhicary€āvatā€ra (trad par le Comité de traduction Padmakara d'après la traduction de Louis Finot, La marche vers l'éveil, Padmakara, Peyzac-le-Moustier, 1992

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]