Évaluation par les pairs

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Évaluation d'une proposition de financement par un spécialiste du NIH américain

Dans les disciplines scientifiques, l'évaluation par les pairs désigne l'activité collective des chercheurs qui jugent de façon critique les travaux d'autres chercheurs (leurs « pairs »). Ces évaluations peuvent porter sur une recherche précise soumise pour publication dans une revue scientifique ou destinée à être présentée à une conférence mais elles peuvent aussi couvrir l'ensemble des travaux du chercheur ou du groupe de chercheurs évalués, notamment lors du recrutement d'un candidat à un poste ou lors de l'évaluation de projets de recherche par des institutions publiques (comme le CNRS) ou privées (comme une fondation). Pour les revues scientifiques, l'évaluation par les pairs est menée par des comités de lecture qui décident si le compte rendu d'un travail de recherche soumis pour publication est acceptable ou non.

Présentation[modifier | modifier le code]

L'évaluation par les pairs est un principe fondamental de la recherche scientifique, que ce soit pour les sciences dites « exactes » ou les sciences humaines et sociales. Elle est utilisée aussi bien pour ce qui concerne la publication d'articles dans des revues que pour le recrutement et l'avancement des enseignants-chercheurs et le financement de leurs projets de recherche. Dans cet article cependant, seul le premier volet est abordé.

Les comités de lecture[modifier | modifier le code]

Les comités de lecture font partie intégrante de la démarche scientifique. Le parcours normal d'un nouveau résultat depuis sa découverte jusqu'à sa reconnaissance par la communauté scientifique passe en effet par la publication des travaux qui ont permis d'y aboutir dans des revues scientifiques où ils seront soumis à la critique des chercheurs travaillant dans le même domaine. Traditionnellement, la diffusion des travaux scientifiques se fait essentiellement au travers de conférences et de comptes rendus écrits qui, afin d'être acceptés, doivent d'abord faire l'objet d'une critique attentive par un nombre restreint d'experts nommés par l'organisateur de la conférence ou le comité éditorial de la revue scientifique. La même évaluation a lieu en ce qui concerne les revues scientifiques des sciences humaines et sociales. Néanmoins, une part plus importante du travail en ces domaines échappe aux revues, étant donné que celui-ci peut utiliser d'autres supports, en particulier les livres.

Certaines revues scientifiques ont poussé le système du comité de lecture jusqu'à inviter un très grand nombre voire l'ensemble des chercheurs du domaine à critiquer les articles qu'elles publient : c'est le commentaire ouvert aux pairs (anglais : open peer review). Seules les critiques jugées les plus intéressantes sont finalement publiées avec l'article original ainsi que, souvent, une réponse des auteurs à leurs critiques. C'est, par exemple, le cas de la revue Behavioral and Brain Sciences[1].

L'apparition des systèmes de publications en libre accès a légèrement changé la donne en matière de diffusion scientifique. En effet, selon l'une des modalités associées à ce système, les auteurs peuvent déposer dans un répertoire en libre accès leurs prépublications, c'est-à-dire les manuscrits des articles qu'ils soumettent à des revues. Ceux-ci deviennent donc disponibles, du moins dans leur forme initiale, longtemps avant leur éventuelle publication. Un exemple de ce type de répertoire est Arxiv, qui héberge des prépublications en physique, mathématiques et informatique, notamment. Précisons cependant qu'il existe quelques règles restreignant légèrement le dépôt dans Arxiv : un article doit être soumis depuis une adresse électronique hébergée par une institution scientifique et un auteur publiant pour la première fois peut devoir faire endosser sa soumission par une personne ayant déjà soumis avec succès un article[2].

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Dans le cas d'une publication dans une revue scientifique, le manuscrit proposé par un ou plusieurs chercheurs est reçu par le directeur de la revue, ou rédacteur en chef. Ce dernier est généralement un chercheur réputé dans son domaine, qui assume bénévolement cette fonction. Ses tâches consistent principalement à choisir, en collaboration avec le comité éditorial, les membres du comité de lecture, et à assurer la communication entre les relecteurs et les auteurs de l'article.

À la réception du manuscrit, le directeur décide, après une lecture rapide, si l'article est potentiellement publiable dans la revue. La pertinence de la question évoquée et l'intérêt des résultats pour les lecteurs de la revue sont évalués, en fonction des critères de publication propres à la revue. La proportion de manuscrits refusés dès cette première phase est très variable selon les revues ; ce pourcentage s'élève à 90% pour des revues multidisciplinaires comme Nature ou Science selon leurs dires[3].

Dans le cas où le directeur décide de poursuivre le processus, il contacte plusieurs (le plus souvent deux) spécialistes dont le profil correspond aux thèmes et aux techniques abordés dans l'article. Ces spécialistes disposent alors de quelques semaines pour lire le manuscrit de manière approfondie et rédiger un rapport livrant leur impression générale sur l'article, ainsi que leurs commentaires précis sur d'éventuelles erreurs ou imprécisions.

Le directeur prend alors connaissance des rapports des membres du comité de lecture, et fait part aux auteurs de sa décision de publier ou non l'article. L'éditeur suit fréquemment l'avis des relecteurs, mais sa décision reste indépendante. En cas de doute, par exemple si les rapports sont manifestement contradictoires, le directeur peut faire appel à une troisième, voire une quatrième évaluation. Dans tous les cas, il transmet aux auteurs une lettre d'explications sur sa décision, ainsi qu'une copie des rapports. Outre l'acceptation et le rejet sans conditions, la décision peut être plus nuancée (acceptation sous réserve de corrections, ou invitation à soumettre une nouvelle version).

Traditionnellement, les rapports sont anonymes, seul le nom du directeur étant connu des auteurs. De son côté, le nom des auteurs peut être connu ou non des relecteurs; on parle alors d'évaluation à simple ou double insu, respectivement. Cependant, de plus en plus de revues encouragent une gestion transparente du processus, et autorisent, voire imposent, la divulgation des noms des membres du comité de lecture. Quelques-unes vont même jusqu'à rendre publics les rapports des relecteurs, anonymes ou non.

Critiques[modifier | modifier le code]

Une des critiques les plus courantes au sujet du processus d'évaluation par les pairs est qu'il est lent, et qu'il faut généralement plusieurs mois, voire plusieurs années, dans certains domaines, pour qu'un article finisse par être publié[citation nécessaire]. En fait, une grande partie des communications, dans certains domaines comme l'astronomie et l'économie, se font avant l'évaluation par les pairs, au moyen de prépublications soumises sur des répertoires tels qu'arXiv [citation nécessaire].

D'autres critiques portent sur l'aptitude réelle de l'évaluation par les pairs à garantir la qualité des articles[4].

Drummond Rennie, rédacteur en chef adjoint du Journal of the American Medical Association et organisateur du Congrès international sur l'évaluation par les pairs et la publication biomédicale (International Congress on Peer Review and Biomedical Publication), qui a lieu tous les quatre ans depuis 1986[5] déclare, au sujet du contrôle par ce processus éditorial de ce qui est publié :

« Il semble qu'il n'y ait pas d'étude trop fragmentée, d'hypothèse trop triviale, de propos trop partiaux ou trop égoïstes, de protocoles d'études trop déformés, de méthodologies trop bâclées, de présentations des résultats trop imprécises, obscures et contradictoires, aucune analyse trop complaisante, aucun argument trop circulaire, aucune conclusion trop mince ou trop injustifiée, et pas de grammaire et de syntaxe trop offensives pour qu'un article soit publié. »[6]

Richard Horton, rédacteur en chef de la revue médicale britannique The Lancet, a déclaré que 

« L'erreur, bien sûr, était de penser que l'évaluation par les pairs était plus qu'un moyen grossier de découvrir l'acceptabilité - et non pas la validité - d'une nouvelle découverte. Les rédacteurs et les scientifiques insistent sur l'importance cruciale de l'évaluation par les pairs. Nous la dépeignons au public comme si c'était un processus quasi-sacré qui aide à faire de la science notre accès le plus objectif à la vérité. Mais nous savons que le système d'évaluation par les pairs est partial, injuste, non fiable, incomplet, facilement truqué, souvent insultant, souvent ignare, parfois bête, et souvent erroné »[7]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir son site ici
  2. (en)The arXiv endorsement system. Récupéré le 1er novembre 2013 du site Arxiv
  3. (en) « Decisions, decisions », Nature Neuroscience, vol. 5, no 10,‎ 2002, p. 917 (lire en ligne [PDF])
  4. (en)Nielsen, Michael (2009, 8 janvier). Three myths about scientific peer review. Récupéré du blogue de l'auteur.
  5. (en) Rennie D, Flanagin A, Smith R, Smith J, « Fifth International Congress on Peer Review and Biomedical Publication: Call for Research », JAMA, vol. 289, no 11,‎ March 19, 2003, p. 1438 (DOI 10.1001/jama.289.11.1438, lire en ligne)
  6. (en) Rennie D, Flanagin A, Smith R, Smith J, « Fifth International Congress on Peer Review and Biomedical Publication: Call for Research », JAMA, vol. 289, no 11,‎ March 19, 2003, p. 1438 (DOI 10.1001/jama.289.11.1438, lire en ligne). « There seems to be no study too fragmented, no hypothesis too trivial, no literature too biased or too egotistical, no design too warped, no methodology too bungled, no presentation of results too inaccurate, too obscure, and too contradictory, no analysis too self-serving, no argument too circular, no conclusions too trifling or too unjustified, and no grammar and syntax too offensive for a paper to end up in print. »
  7. (en) Horton, Richard, « Genetically modified food: consternation, confusion, and crack-up », MJA, vol. 172, no 4,‎ 2000, p. 148–9 (PMID 10772580, lire en ligne). « The mistake, of course, is to have thought that peer review was any more than a crude means of discovering the acceptability — not the validity — of a new finding. Editors and scientists alike insist on the pivotal importance of peer review. We portray peer review to the public as a quasi-sacred process that helps to make science our most objective truth teller. But we know that the system of peer review is biased, unjust, unaccountable, incomplete, easily fixed, often insulting, usually ignorant, occasionally foolish, and frequently wrong »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]