In eminenti apostolatus specula

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In eminenti apostolatus specula
Blason du pape Clément XII
Bulle pontificale du pape Clément XII
Date 28 avril 1738
Sujet La franc-maçonnerie
Chronologie
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In eminenti apostolatus specula est une bulle pontificale émise le 28 avril 1738 par Clément XII contre la franc-maçonnerie. Quoique prononcée comme définitive (« constitution valable à perpétuité »), cette condamnation ne fut que la première d'une longue série, puisque pendant plus de deux siècles, pratiquement tous les successeurs de Clément XII l'ont reformulée. Fil rouge de la relation entre le Vatican et la société initiatique, la bulle apostolique constitue encore aujourd'hui le droit canonique en vigueur sur la franc-maçonnerie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Publication de la bulle pontificale In eminenti apostolatus specula dans le Clemens Episcopus, en 1738.
Clément XII, auteur de la bulle pontificale en 1738.

La bulle est émise le 28 avril 1738 par Clément XII. Le sévère et véhément réquisitoire évoque alors deux reproches principales à la franc-maçonnerie : le multiconfessionnalisme des loges et le fait que les initiés prononcent un serment secret qui ne peut être, selon le texte, que suspect. Le franc-maçon et historien Alain Bauer ajoute une autre supposition quant à la naissance des critiques catholiques : « En se faisant les héritiers des bâtisseurs du Moyen Âge, ils ont d'une certaine façon endossé le passif d'une corporation en délicatesse avec l'église »[1]. Ainsi, les racines historiques revendiquées par les maçons spéculatifs seraient également source des condamnations papales.

La publication du Vatican intervient quelques années après la création de la Grande Loge de Londres, en 1717, par Jean Théophile Désaguliers et James Anderson.

En 1738, la France ne compte pas plus de trois-cent ou quatre-cent francs-maçons, initiés alors depuis moins de dix ans.

Le texte papal, In eminenti apostolatus specula, est reprit par plusieurs des successeurs de Clément XII. Le 18 mai 1751, le pape Benoît XIV condamne « l'Ordre maçonnique » dans l'encyclique Providas romanorum pontificum. Celle-ci est interdit à tout chrétien catholique la fréquentation des francs-maçons[2].

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le pape Léon XIII qui, en avril 1884, publie l'encyclique Humanum genus, une violente attaque contre la franc-maçonnerie.

En 1821, le moine bénédictin Pie VII dénonce toute forme d'activité maçonnique dans le document Ecclesiam a Jesu Christo.

En 1826, Léon XIII y va de sa condamnation dans Quo Graviora. Le 24 mai 1829, Pie VIII publie les intentions de son pontificat dans l'encyclique Traditi Humilitati nostrae. Celle-ci témoigne également d'une prise de position houleuse envers la maçonnerie. Le 15 août 1832, l'encyclique Mirari Vos de Grégoire XVI ne mentionne pas la franc-maçonnerie mais condamne l'indifférentisme religieux, qui est l'une des charges souvent retenue contre la franc-maçonnerie par les textes pontificaux. Certaines sources catholiques romaines identifient ce document comme antimaçonnique[3].

Le pape Pie IX, qui effectua le plus long pontificat de toute l'histoire, prohiba lui aussi la franc-maçonnerie au travers du texte Qui pluribus.

Entre 1854 et 1873, quatre encycliques et une bulle, antimaçonniques, sont publiées par Pie VIII, dont Qui Pluribus, en 1846 et Quanta cura en 1864. Son successeur, le pape Léon XIII signera, de 1882 à 1902, huit encycliques condamnant la franc-maçonnerie. L'une d'elle est Humanum genus, une lettre écrite en 1884 d'une trentaine de pages adressée aux évêques « condamnant le relativisme philosophique et moral de la franc-maçonnerie »[4].

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le cardinal Joseph Ratzinger au centre de Mgr Wiktor Skworc et du cardinal Franciszek Macharski.

En 1917, le code de droit canonique déclare explicitement que l'appartenance à une loge maçonnique entraîne l'excommunication automatique.

Le 19 mars 1937, le pape Pie XI fait publier Divini Redemptoris, une encyclique portant sur le « communisme athée » et déclarant qu'il est « intrinsèquement pervers ».

Le 23 janvier 1983, le canon 2335, notifié dans le « Codex loris Canonici » de 1917 est remplacé par celui numéroté 1734, qui ne fait plus mention explicite de la franc-maçonnerie mais « d'association qui conspire contre l'Église »[5].

Le 26 novembre 1983, dix mois après la révision de la loi canonique, une déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger (devenu depuis le pape Benoît XVI) réaffirme l'interdiction faite aux catholiques de rejoindre la maçonnerie sous toutes ses formes ou tendances.

Au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Armoiries du Vatican.

Le 2 mars 2007 le Vatican redit son opposition aux francs-maçons.

« L'appartenance à la franc-maçonnerie et à l'Église catholique sont incompatibles » aux yeux de l'Église, rappelle Mgr Gianfranco Girotti, régent du tribunal de la pénitencerie apostolique. Ce prélature souligne que « l'Église catholique a toujours critiqué la conception mystique propre à la franc-maçonnerie, la déclarant incompatible avec sa propre doctrine »

Le Saint-Siège rappelle également avec la Congrégation pour la doctrine de la foi que l'adhésion à une loge maçonnique demeure interdite par l'Église. Ceux qui y contreviennent sont en état de « péché grave » et ne peuvent pas avoir accès à l'eucharistie[6].

En juin 2013, Pascal Vesin, prêtre catholique du diocèse d’Annecy, curé de Megève et franc-maçon est sommé, sur ordre du Vatican et d'après la bulle pontificale, d’abandonner toute fréquentation avec le Grand Orient de France[7]. L'affaire fait alors grand bruit et sera à l'origine de nombreuses parutions. L'écrivain Claude Thomas prend alors position et écrit « Je suis chrétien et franc-maçon, où est le problème ? » dans lequel il explique que la position de l’Église de Rome, qui considère comme incompatible le fait d’être franc-maçon et chrétien, est rétrograde[8]. José Gulino, grand maître du Grand Orient de France estime : « Alors que, depuis quelques années, nos relations avec l'Église catholique s'étaient améliorées, on se croirait revenu au temps de l'Inquisition. Au fond, l'Église reproche à Pascal Vesin d'avoir voulu réfléchir »[7]. Mgr Bernard Podvin, le porte-parole de la Conférence des évêques de France rappellera « l'incompatibilité entre l'engagement chrétien et l'engagement maçonnique, en particulier pour un ministre du culte. »

En avril 2014, un laïc québécois, André Aubert marguiller de sa paroisse est excommunié sur invocation de la bulle de 1738[9]. La lettre d’ex-communion précise que tous les gestes qu'il a posés en tant que marguillier depuis 1998, année durant laquelle il devient franc-maçon, seraient nuls et non avenus.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

L'intérieur de la basilique Saint-Pierre au Vatican en 1731. Huile sur toile par Giovanni Paolo Panini.

Dans le roman Le Protocole de Berne, écrit par Manuel Pontresina, le personnage de Serge évoque que l'excommunion des francs-maçons a été levée par Jean-Paul II car « il connaissait la poignée de main des francs-maçons ». Lorsque le commissaire Sepp l'interroge ensuite sur l'appartenance du pape, celui-ci émet qu'étant tenu par le secret, il ne peut répondre[10] .

Le roman noir Les Souriants, de la série les Larmes de Pierre écrite par Fabrice Daimler, relate la médiatisation de la révocation de la bulle papale par Clément XV et l'archevêque de Paris[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alain BAUER, Dictionnaire amoureux de la franc-maçonnerie
  2. (it) « Providas Romanorum », sur http://freemasonry.bcy.ca
  3. (en) « Freemasonry and Rome », sur http://freemasonry.bcy.ca
  4. « Humanum genus », sur vatican.va.
  5. Jacques Mitterrand, Serge Hutin et Alain Guichard, Encyclopédie Universalis, vol. 9 - Franc-maçonnerie, Paris,‎ 1992 (ISBN 2-85229-287-4)
  6. « Déclarations du Vatican », Le Figaro,‎ 5 mars 2007
  7. a et b Stéphanie Le Bars, « La sanction infligée à un prêtre franc-maçon ravive les tensions entre l'Eglise catholique et le Grand Orient », Le Monde,‎ 30 mai 2013 (lire en ligne)
  8. « L'affaire Pascal Vesin », sur http://www.hiram.be
  9. « L'évêque nie avoir excommunié André Aubert », sur http://www.lapresse.ca
  10. Manuel Pontresina, Le Protocole de Berne,‎ 2007, 232 p. (ISBN 9782748338010, lire en ligne), p.102
  11. Fabrice Daimler, Les Souriants - Les larmes de pierre (tome 1), Paris, IPANEMA, 424 p. (ISBN 2364781035)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Wikisource[modifier | modifier le code]

  • Clément XII (trad. du latin par Maurice Talmeyr), La franc-maçonnerie et la Révolution française [« In eminenti Apostolatus specula »], Paris, Perrin et Cie,‎ 1904 (lire sur Wikisource), « Bulle d’excommunication du pape Clément XII contre les francs-maçons », p. 69-72
  • Clément XII (trad. du latin par Anonyme), Le Spectateur belge [« In eminenti Apostolatus specula »], t. 11e, Bruges, Vve De Moor,‎ 1820 (lire sur Wikisource), « CLÉMENT, évêque, Serviteur des Serviteurs de Dieu, à tous les fidèles de Jésus-Christ, Salut et Bénédiction apostolique, p. 270-278
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « In eminenti apostolatus specula » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (la) Cf. Clemens XII, Litt. ap. In eminenti, 28 apr. 1738, in Bullarium Romanum, taurinensis ed., t. XXIV, 365-367.
  • Los Archivos secretos vaticanos y la Masoneria - Motivos politicos de una condensa pontificia, de José Antonio Ferrer-Benimeli publié par Universidad catolica "Andres Bello" et Instituto de investigaciones historicas-Caracas 1976 Traduit par G Brossard ed. Dervy-Livres 1989.
  • Émile Poulat et Jean-Pierre Laurant, L'Antimaçonnisme catholique. Les Franc-Maçons par Mgr de Ségur, Paris,‎ 1994, 203 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]