Paul Jorion

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

ˆ

Paul Jorion

Naissance 22 juillet 1946 (67 ans)
Bruxelles (Belgique)
Nationalité Flag of Belgium.svg Belge
Profession anthropologue

Paul Jorion[1], né le 22 juillet 1946[2] à Bruxelles, est un chercheur en sciences sociales, de nationalité belge, ayant fait usage des mathématiques dans de nombreux champs disciplinaires : anthropologie, sciences cognitives, et économie[3].

Il a enseigné dans les universités de Bruxelles, Cambridge, Paris-VIII[réf. nécessaire] et de Californie à Irvine. Il a également été fonctionnaire des Nations-unies (FAO), participant à des projets de développement en Afrique. Il détient depuis 2012 la chaire « Stewardship of Finance » (la finance au service de la communauté), à la Vrije Universiteit Brussel.

Anthropologie[modifier | modifier le code]

Modélisation algébrique des systèmes de parenté[modifier | modifier le code]

Élève de Claude Lévi-Strauss et du mathématicien Georges-Théodule Guilbaud, Paul Jorion a fait progresser la modélisation algébrique de systèmes de parenté, résolvant en particulier le système matrimonial des Pendé du Congo (en collaboration avec Gisèle de Meur et Trudeke Vuyk), et réconciliant plusieurs interprétations contradictoires du système de parenté des Murngin d'Australie (à partir d’une recherche menée en commun avec Edmund Leach, son professeur à l’université de Cambridge[réf. nécessaire]). Il est coauteur avec Douglas R. White (en) de plusieurs articles relatifs à la formalisation de l’algèbre de la parenté. En 1981, alors qu’il enseigne à Cambridge, il met au point le P-graphe (un type particulier de dual d’un graphe) qui sera utilisé dans l’analyse des réseaux et plus spécialement des généalogies[4],[5].

De février 1973 à mai 1974, Paul Jorion étudie l'anthropologie à l'île de Houat au large de Quiberon (Morbihan), comme matelot occasionnel. Reprenant ses cahiers, il publie ses observations dans son livre Les Pêcheurs de l'île de Houat, Hermann, 1983[6]

La transmission des savoirs traditionnels[modifier | modifier le code]

En 1984, il publie en collaboration avec Geneviève Delbos La Transmission des savoirs, un ouvrage sociologique et épistémologique consacré à la transmission des savoirs empiriques traditionnels et dont les exemples couvrent la petite pêche, la saliculture et l'ostréiculture. Les auteurs mettent en évidence les contraintes auxquelles sont soumis ces savoirs en raison des impératifs de la reproduction de l’unité familiale. Les savoirs traditionnels sont du coup de nature essentiellement privée et portent sur le singulier plutôt que sur l'universel. Les auteurs offrent des exemples de malentendus nés entre praticiens et scientifiques, faute pour ces derniers de comprendre les objectifs propres du savoir empirique : « faire avec » l’ici et le maintenant.

Sciences cognitives[modifier | modifier le code]

Intelligence artificielle[modifier | modifier le code]

En 1989, Jorion participe aux travaux du laboratoire d'intelligence artificielle des British Telecom, où il développe le logiciel « ANELLA » (Associative Network with Emerging Logical and Learning Abilities) dont l'« intelligence » est guidée par une dynamique d'affect — qui s'avère être également une dynamique de pertinence. Son ouvrage Principes des systèmes intelligents (1990) fait le pari que c'est la psychanalyse qui offrira à l’intelligence artificielle son authentique cadre de référence.

Psychologie[modifier | modifier le code]

En 1993, Jorion fonde le groupe de recherche appelé « Théorie et clinique des pathologies de la pensée » qui par la suite s'appellera STP (Du sujet, Théorie et Praxis).

Dans un article publié en 1999, Jorion propose une nouvelle théorie de la conscience où il considère que ce ne sont pas certaines de nos décisions dont les motivations sont inconscientes mais toutes, dénonçant du coup le libre arbitre comme une illusion. Il explique la conscience comme la conséquence du mécanisme qui nous permet d’appréhender simultanément les sensations produites par nos cinq sens, condition à remplir pour qu’une mémoire puisse se constituer, c’est–à–dire aussi pour qu’un apprentissage puisse avoir lieu. Tirant les conséquences de l’observation faite par Benjamin Libet, que l’intention est un artefact, n’apparaissant à la conscience qu’une demi seconde après qu’a été posé l’acte dont elle est censée avoir été à l’origine, il avance que la conscience est leurrée quand elle se représente comme la cause des actions humaines, n’intervenant en réalité qu’a posteriori comme conséquence adventice du processus d’entérinement qui permet à la mémoire de se construire.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Paul Jorion commente également l'interprétation des mondes multiples d’Hugh Everett et le théorème de Gödel dans son blog[7],[8].

Finance[modifier | modifier le code]

Paul Jorion et la Crise financière de 2008, composition allégorique par Little Shiva.

Il s'installe aux États-Unis en 1997 et y travaille dans le secteur du crédit à la consommation en tant qu’expert dans le calcul du prix et la validation des modèles financiers de 1990 à 2007 jusqu'à la faillite de son employeur, la banque Countrywide Financial. Il publie en 2003, Investing in a Post-Enron World, un ouvrage en anglais relatif aux répercussions pour les marchés boursiers de la faillite de la compagnie Enron. Il publie ensuite une série d'articles consacrés aux implications sociales et politiques du système financier américain. De 2005 à 2009, il est chercheur associé du programme inter-départemental « Human Complex Systems » de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA).

En 2004, il rédige La Crise du capitalisme américain qu'aucun éditeur français ne veut alors publier. En 2005, la Revue du MAUSS publie l'introduction de l'ouvrage. Finalement, c'est en 2007, qu'Alain Caillé, informé de l'intérêt que porte Jacques Attali au manuscrit, édite le livre aux éditions de La Découverte en le réintitulant euphémiquement Vers la crise du capitalisme américain ?[9]. Paul Jorion y annonce la crise des subprimes qui se révélera au grand public effectivement quelques semaines plus tard[10]. Il publie ensuite en mai 2008, L’Implosion. La finance contre l'économie : ce qu’annonce et révèle la crise des subprimes où il décrit et explique le déroulement de la crise des subprimes, puis en novembre 2008, La Crise. Des subprimes au séisme financier planétaire, en octobre 2009, L'argent mode d'emploi, en septembre 2010, Le prix, en mars 2011, Le capitalisme à l'agonie, enfin en octobre 2012, Misère de la pensée économique. Il participe au groupe de réflexion pour une économie positive présidé par Jacques Attali (commandé en septembre 2012 et remis en septembre 2013)[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice BnF no FRBNF11909001c
  2. Nicola Cori, « Portrait - Paul Jorion » Libération, 17 décembre 2009.
  3. (en) Entretien : An Anthropological Perspective
  4. Voir l'article P-graph sur le site InterSciWiki [lire en ligne]
  5. Representing and Computing Kinship: A New Approach. Douglas R. White, Paul Jorion. Current Anthropology 192 33(4): 454-463. [lire en ligne]
  6. Fiche de lecture dans la revue L'homme, 1985, n° 95 p. 181 [lire en ligne].
  7. « Pourquoi nous avons neuf vies comme les chats », 2000, sur le blog de P. Jorion.
  8. « Le mathématicien et sa magie : théorème de Gödel et anthropologie des savoirs », 2001, sur le blog de P. Jorion.
  9. V. Rémy, « Crise financière : la loi du silence », Télérama, no 3065,‎ 18 octobre 2008, p. 46-48
  10. « Prophète en subprimes », Libération, décembre 2009.
  11. « Pour une économie positive - Groupe de réflexion présidé par Jacques Attali », La documentation française.

Publications[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Les Pêcheurs de Houat : anthropologie économique, coll. « Savoir », Hermann, Paris, 1983 (ISBN 2-7056-5951-x)
  • La Transmission des savoirs (avec Geneviève Delbos), éd. de la Maison des sciences de l’Homme, Paris, 1984 (ISBN 2-7351-0113-4)
  • Principes des systèmes intelligents, Dunod, Paris, 1997 (ISBN 2-225-81938-6) (original éd. Masson, 1990)
  • Investing in a Post-Enron World, McGraw-Hill, New York, 2003 (ISBN 0-07-140938-6)
  • Vers la crise du capitalisme américain ?, La Découverte, Paris, 2007 (ISBN 978-2-7071-5092-9) ; Éditions du Croquant, Broissieux, 2009 (ISBN 2914968620)
  • L'Implosion : la finance contre l'économie : ce qu’annonce et révèle la « crise des subprimes », Fayard, Paris, 2008 (ISBN 978-2-213-63741-9)
  • La Crise : des subprimes au séisme financier planétaire, Paris, Fayard,‎ 2008 (ISBN 978-2-213-63860-7)
  • L'Argent, mode d’emploi, Paris, Fayard,‎ 2009 (ISBN 978-2-213-64404-2)
  • Comment la vérité et la réalité furent inventées, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines »,‎ 2009 (ISBN 978-2-07-012600-2)
  • Le Prix, Broissieux, Éditions du Croquant,‎ 2010 (ISBN 978-2-9149-6878-2)
  • Le Capitalisme à l'agonie, Paris, Fayard,‎ 2011 (ISBN 978-2-213-65488-1)
  • La Guerre civile numérique, Paris, Textuel,‎ 2011 (ISBN 2845974205)
  • Misère de la pensée économique, Paris, Fayard, 360 p., 2012 (ISBN 978-2-213-66631-0)
  • La survie de l'espèce (avec Grégory Maklès), Paris, Futuropolis, 2012 (ISBN 978-2754807258)
  • Comprendre les temps qui sont les nôtres, Paris, Odile Jacob, 2014 (ISBN 978-2738130891)
  • Penser l'économie autrement (avec Bruno Colmant), Paris, Fayard, 2014 (ISBN 2213682267)

Articles[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]