Beaujolais nouveau

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Beaujolais nouveau
Beaujolaisnouveau2008.jpg
Trois bouteilles de beaujolais nouveau 2008.
Désignation(s) Beaujolais nouveau
Appellation(s) principale(s) beaujolais et beaujolais-villages[1]
Type d'appellation(s) AOC-AOP
Reconnue depuis 1951
Pays Drapeau de la France France
Région parente vignoble du Beaujolais
Localisation Rhône et Saône-et-Loire
Climat tempéré océanique à tendance continentale
Sol argilo-calcaire et granitique
Superficie plantée 16 000 hectares
Cépages dominants gamay N[2]
Vins produits rouges ou rosés
Production 571 352 hectolitres en 2005[3]
Pieds à l'hectare minimum de 5 000 pieds à l'hectare[4]
Rendement moyen à l'hectare maximum de 52 hl/ha[4]

Le beaujolais nouveau, ou beaujolais primeur, est un vin de primeur produit dans le vignoble du Beaujolais, au sein des appellations d'origine contrôlée beaujolais et beaujolais-villages[1], essentiellement à partir du cépage gamay N.

La commercialisation est autorisée immédiatement à la fin de la vinification ; il est mis en vente dans le monde entier le troisième jeudi de novembre.

Historique[modifier | modifier le code]

Le 8 septembre 1951, un arrêté paru au Journal officiel dispose que les vins d'appellation d'origine ne peuvent être vendus qu'à partir du 15 décembre[5]. Cependant, suite aux réclamations des syndicats viticoles, une note du 13 novembre 1951 précise « dans quelles conditions certains vins peuvent être commercialisés dès maintenant sans attendre le déblocage du 15 décembre ». C'est cette note qui de fait a créé l'appellation « beaujolais nouveau ».

Pendant les quinze années suivantes, la date fut variable, et ce n'est qu'à partir de 1967 qu'elle fut fixée au 15 novembre[6] jusqu'en 1985, année lors de laquelle elle fut fixée au troisième jeudi de novembre[7], d'une part pour des raisons de calendrier, car il tombait trop près du jour férié du 11 novembre (anniversaire de l'armistice de 1918), d'autre part pour des raisons pratiques, car il arrivait que cela tombe un week-end.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : vignoble du Beaujolais.

Le beaujolais nouveau est produit sur l'ensemble de l'aire d'appellation des beaujolais et beaujolais-villages, soit sur une zone de 55 kilomètres de long entre Mâcon au nord et L'Arbresle, près de Lyon, au sud.

L'aire couvre la majeure partie de la plaine de Saône et du piémont des monts du Lyonnais, dans l'arrondissement de Villefranche-sur-Saône (département du Rhône) et le canton de la Chapelle-de-Guinchay (département de la Saône-et-Loire).

Orographie et géologie[modifier | modifier le code]

Le Beaujolais viticole est partagé entre deux formations géologiques séparées par la rivière Nizerand.

Au nord du Nizerand, le long du versant oriental des monts du Beaujolais, se situe une formation de roches plutoniques (granite) dite « granite de Fleurie »[8],[9]. Cette roche affleure en altitude sur des coteaux très pentus ; elle se désagrège en sable de pH acide (appelé arène granitique). Depuis longtemps, l'érosion a amassé du sable au pied du relief : c'est essentiellement dans cette partie que le vignoble a été planté. Cependant, la vigne a aussi conquis le bas du relief, donnant des vignes difficiles à travailler et à mécaniser avec des pentes importantes. La vigne pousse sur un sol plus ou moins profond, bien drainé par le sable et pauvre. Il fallait ces conditions de culture pour freiner la fertilité importante du gamay.

Au sud du Nizerand, se situe une formation géologique sédimentaire. Il s'agit de coteaux calcaires entre le Nizerand et l'Azergues appelé « pierres dorées » ; le gamay doit y être maîtrisé par le viticulteur sur un terrain qui ne le limite pas. C'est cette partie du vignoble qui est la vitrine du vignoble, visible depuis l'autoroute A6 après le péage de Limas près de Villefranche-sur-Saône. Sur la partie amont de la vallée de l'Azergues, le sous-sol est constitué de schistes, centré sur les communes de Sainte-Paule, Ternand, Saint-Vérand et Létra, le gamay retrouve un terrain à pH acide et pauvre. Il y donne des vins fins, fruités, charpentés et de bonne garde.

Climatologie[modifier | modifier le code]

La station météo de Charnay-lès-Mâcon, près de Mâcon216 mètres d’altitude) est proche de la limite nord de l’aire de production des deux appellations. Ses valeurs climatiques de 1961 à 1990 sont :

Relevés à Mâcon-Charnay 1961-1990
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) −0,6 0,7 2,5 5,2 8,9 12,3 12,4 13,9 11,1 7,5 2,9 0,1 6,6
Température moyenne (°C) 2,1 4 6,8 10 13,9 17,5 20,1 19,4 16,4 11,7 6 2,7 10,9
Température maximale moyenne (°C) 4,9 7,3 11,1 14,8 18,9 22,8 25,7 24,9 21,7 15,9 9,1 5,3 15,2
Ensoleillement (h) 56,1 87,8 146,5 185,9 211,6 249,3 288,9 250,2 202,8 124,5 68,6 52,5 1 924,7
Précipitations (mm) 66,3 60,9 58,7 69,4 85,9 74,7 58,1 77,1 75,7 71,7 72,7 70,4 841,4
Source : www.infoclimat.fr : Mâcon-Charnay (1961-1990)[10].


La station météo de Villefranche-sur-Saône195 mètres d’altitude) est proche de la limite sud-est de l’aire de production. Ses valeurs climatiques de 1961 à 1990 sont :

Relevés à Villefranche-sur-Saône 1961-1990
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) −0,6 0,6 2,4 5,1 8,9 12,2 14,3 13,5 10,7 7,2 2,7 0,1 6,4
Température moyenne (°C) 2,5 4,2 6,9 10,2 14,2 17,7 20,2 19,4 16,4 11,9 6,3 3 11,1
Température maximale moyenne (°C) 5,5 7,9 11,5 15,2 19,4 23,2 26,1 25,2 22,1 16,5 9,8 5,9 15,7
Précipitations (mm) 47,3 45,4 47,4 58,5 82 71,4 59,8 81,6 71,6 67,2 60,1 51,7 744
Source : www.infoclimat.fr : Villefranche-sur-Saône (1961-1990)[11].


Le climat du Beaujolais est un climat continental. Les hivers sont froids et relativement secs. L’influence continentale est renforcée par le vent du nord. Favorable à l’état sanitaire du raisin, il est bénéfique l’été et l’automne. En revanche, au printemps, il peut amener des gelées tardives dévastatrices. La fertilité des yeux secondaires du gamay N ne permet pas toujours de rattraper la perte et de donner un rendement correct. La Saône joue un rôle modérateur sur la rudesse du climat continental.

L’influence océanique est nettement atténuée par l’abri naturel des monts du Beaujolais. Parfois, les vents d’ouest donnent même un effet de fœhn. Ce vent d’ouest asséché et réchauffé sur le relief assainit le vignoble et accélère la maturité du raisin.

Le Beaujolais, le plus méridional des vignobles bourguignons, reçoit aussi une influence non négligeable du climat méditerranéen. Les étés sont généralement ensoleillés, aidant la maturité du gamay, un cépage précoce. Une sécheresse estivale modérée donne de la concentration au raisin. En revanche, les orages sont redoutés, particulièrement lorsqu’ils amènent de la grêle.

Les parcelles sont majoritairement orientées vers l’est ou le sud, assainissant le raisin des rosées matinales. L’altitude des coteaux par rapport à la rivière isole la plus grande part du vignoble des brouillards hivernaux qui envahissent fréquemment la vallée de la Saône.

La palette des vins du Beaujolais doit une partie de sa variété aux microclimats (liés à la pente, l’exposition, la protection du relief) tout autant qu’aux sols.

Vignoble[modifier | modifier le code]

Aire d'appellation[modifier | modifier le code]

Vignes au nord de Beaujeu.
Articles détaillés : Beaujolais (AOC) et Beaujolais-villages.

Selon le décret de 2009, la récolte des raisins, la vinification et l'élaboration des vins sont assurées sur le territoire des communes suivantes :

Département du Rhône : Alix, Anse, L'Arbresle, Les Ardillats, Arnas, Bagnols, Beaujeu, Belleville, Belmont-d'Azergues, Blacé, Bully, Cercié, Chambost-Allières, Chamelet, Charentay, Charnay, Châtillon, Chazay-d'Azergues, Chénas, Chessy, Chiroubles, Cogny, Corcelles-en-Beaujolais, Dareizé, Denicé, Émeringes, Fleurie, Frontenas, Gleizé, Jarnioux, Juliénas, Jullié, Lacenas, Lachassagne, Lancié, Lantignié, Le Bois-d'Oingt, Le Breuil, Légny, Létra, Liergues, Limas, Lozanne, Lucenay, Marchampt, Marcy, Moiré, Montmelas-Saint-Sorlin, Morancé, Nuelles, Odenas, Oingt, Les Olmes, Le Perréon, Pommiers, Pouilly-le-Monial, Quincié-en-Beaujolais, Régnié-Durette, Rivolet, Saint-Clément-sur-Valsonne, Saint-Cyr-le-Chatoux, Saint-Didier-sur-Beaujeu, Saint-Étienne-des-Oullières, Saint-Étienne-la-Varenne, Saint-Georges-de-Reneins, Saint-Germain-sur-l'Arbresle, Saint-Jean-d'Ardières, Saint-Jean-des-Vignes, Saint-Julien, Saint-Just-d'Avray, Saint-Lager, Saint-Laurent-d'Oingt, Saint-Loup, Saint-Romain-de-Popey, Saint-Vérand, Sainte-Paule, Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais, Sarcey, Ternand, Theizé, Vaux-en-Beaujolais, Vauxrenard, Vernay, Ville-sur-Jarnioux et Villié-Morgon.

Département de Saône-et-Loire : Chaintré, Chânes, La Chapelle-de-Guinchay, Chasselas, Crêches-sur-Saône, Leynes, Pruzilly, Romanèche-Thorins, Saint-Amour-Bellevue, Saint-Symphorien-d'Ancelles et Saint-Vérand. Certaines parcelles sur ces communes bénéficient du droit à l'appellation jusqu'à leur arrachage ou jusqu'à la récolte 2013 incluse[12].

Encépagement[modifier | modifier le code]

Grappes de gamay.
Article détaillé : Gamay.

L'essentiel de la production est faite avec du gamay N[2], appelé aussi « gamay noir à jus blanc » pour le différencier des autres gamay, mais la législation autorise d'autres cépages : le chardonnay B, l'aligoté B, le melon B, le pinot gris G, le pinot noir N, le gamay de Bouze N et le gamay de Chaudenay N. La proportion de ces cépages accessoires est limitée à 15 % de l'encépagement[4].

Le gamay noir à jus blanc est un cépage précoce, débourrant tôt. Il est un gros producteur (il peut atteindre des rendements de plus de 200 hectolitres par hectare), à tel point que pour faire un vin de qualité il faut limiter le rendement en plantant sur des sols peu fertiles (notamment sur les arènes granitiques de l'aire d'appellation beaujolais-villages, donnant un sol pauvre et acide), densément (plus que les 5 000 ou 6 000 pieds par hectare), en faisant des tailles sévères ou encore en faisant une vendange en vert. L'irrigation est interdite.

Rendement et production[modifier | modifier le code]

Les rendements sont les mêmes que ceux de l'ensemble des appellations beaujolais et beaujolais-villages : 64 (rendement d'entrée en production) à 69 (rendement butoir) hectolitres par hectare pour la première appellation, 60 à 65 hl/ha pour la seconde.

La production du beaujolais nouveau représente environ 450 000 hectolitres, variant selon les années, soit un tiers de la production de l'ensemble du vignoble du Beaujolais (regroupant les appellations beaujolais, beaujolais-villages et les dix appellations communales).

Vin[modifier | modifier le code]

Verre de beaujolais nouveau au Japon.

Vinification[modifier | modifier le code]

La vinification du beaujolais nouveau fait appel à la méthode de la vinification beaujolaise, qui utilise notamment la macération carbonique. Il s'agit de faire macérer les grappes entières environ quatre jours (ce qui est court) dans des cuves saturées en CO2. Cet oxyde de carbone est obtenu en faisant d'abord fermenter une partie de la récolte (10 à 30 %) en fond de cuve, foulée et levurée, auquel on rajoute le reste de la récolte dont les grappes doivent être le plus intact possible (non éraflées et non foulées, les baies ne doivent pas être écrasées)[13].

Ce procédé favorise la production de vins peu tanniques, une coloration pas trop soutenue et des arômes fruités aux nuances amyliques (bonbon anglais, banane, vernis à ongles) dues à un ester, l'acétate d'isoamyle. En contrepartie le beaujolais nouveau n'est pas un vin de garde, il ne se conserve pas au-delà de six mois.

L'arôme amylique étant très caractéristique et reconnaissable, des levures ont été sélectionnées, notamment l'ensemencement des cuves par la levure 71B, pour donner une année, un goût de banane, et l'année suivante, un goût de bonbon. La tendance actuelle est d'évoluer vers des arômes moins simplificateurs en sélectionnant d'autres souches de levures qui donnent des arômes de fruits rouges, la macération carbonique intervenant désormais faiblement dans la vinification[14]

Commercialisation[modifier | modifier le code]

Beaujolais nouveau dans un bistrot de pays sur le plateau d'Albion.
Bouteille de beaujolais-villages nouveau avec une étiquette colorée.

Environ la moitié du volume produit est exportée, jusqu'en Asie, notamment au Japon et en Corée du Sud. L'arrivée du beaujolais nouveau est une tradition fêtée depuis plusieurs années dans de nombreux pays. Le troisième jeudi du mois de novembre de chaque année marque le début de la vente des premiers vins beaujolais. À précisément h (soit le mercredi à 24 h), la commercialisation peut commencer. Pour cause de décalage horaire, les Japonais peuvent ainsi déguster la nouvelle récolte avant même les Français.

Le succès commercial du beaujolais nouveau a entraîné un développement des vins de primeur dans les autres vignobles, d'abord en France, puis dans les autres pays producteurs de vin, comme l'Italie ( vino novello (en) ).

En France, le lancement solennel du vin primeur a eu lieu lors de la fête traditionnelle des Sarmentelles à Beaujeu (dans le département du Rhône), la « capitale historique du Beaujolais », où une procession de brouettes remplies de sarments enflammés a précédé la mise en perce des premiers tonneaux aux douze coups de minuit.

Jours de lancement du beaujolais nouveau :
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
19/11 18/11 17/11 15/11 21/11 20/11 19/11 17/11 16/11 15/11 21/11

Gastronomie[modifier | modifier le code]

D'une façon générale, les beaujolais nouveau ont une robe rouge vif, limpide et brillante, rubis avec des reflets violets, un nez fruité le plus souvent amylique (banane mûre, bonbon anglais), avec une bouche gouleyante (il se boit facilement), peu tannique, acidulée et fruitée.

Ce vin est amicalement et affectueusement dénommé par les Français « beauj' », « beaujol' » ou « beaujolpif » (« pif » désignant le nez). Il s'accorde traditionnellement avec des cochonnailles (saucisson, grattons, tripes, boudin, cervelas, etc.) et des châtaignes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
  2. a et b Le code international d'écriture des cépages mentionne la couleur du raisin de la manière suivante : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris.
  3. Collectif, Le guide Hachette des vins 2012, Paris, Hachette livre,‎ 2011, 1402 p. (ISBN 978-2-01-237699-1), p. 144.
  4. a, b et c « Décret no 2009-1346 du 29 octobre 2009 relatif aux appellations d'origine contrôlées « Beaujolais », « Beaujolais Villages », « Beaujolais » suivie du nom de la commune d'origine, « Pouilly-Vinzelles » et « Pouilly-Loché » », sur http://www.legifrance.gouv.fr.
  5. Article 2 de l'arrêté du 8 septembre 1951 sur la commercialisation des vins de la récolte 1951. Source : « page 9464 du JORF du 9 septembre 1951 », sur http://www.legifrance.gouv.fr.
  6. Décret no 67-1007 du 15 novembre 1967 relatif à la commercialisation des vins à appellation d'origine contrôlée. Source : « page 11275 du JORF du 19 novembre 1967 », sur http://www.legifrance.gouv.fr.
  7. Décret no 85-1149 du 29 octobre 1985 relatif à la commercialisation des vins à appellation d'origine. Source : « page 12779 du JORF du 5 novembre 1985 », sur http://www.legifrance.gouv.fr.
  8. [PDF] « Notice de la carte BRGM no 650 (Belleville) », sur http://infoterre.brgm.fr/.
  9. Carte géologique centrée sur Villié-Morgon sur Géoportail.
  10. « Archives climatologiques mensuelles de Mâcon-Charnay de 1961 à 1990 », sur http://www.infoclimat.fr.
  11. « Archives climatologiques mensuelles de Villefranche-sur-Saône de 1961 à 1990 », sur http://www.infoclimat.fr.
  12. Titre XI sur les mesures transitoires, cahier des charges de l'appellation beaujolais, annexes du décret du 29 octobre 2009.
  13. « Macération carbonique », sur http://www.viticulture-oenologie-formation.fr.
  14. « Le vin est-il toujours un produit naturel ? » reportage de Céline Destève, Christophe Kenck et Pierre Toury pour Envoyé Spécial, 1er octobre 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]