Sédition Nika

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Le consul Areobindus présidant les jeux sur l'Hippodrome, Constantinople, 506, Ivoire

La sédition Nika est un soulèvement populaire à Constantinople qui fait vaciller le trône de l'empereur Justinien en 532. Bien que nous disposions des témoignages capitaux de Jean Malalas, de Procope de Césarée, du Chronicon Pascale et de Théophane le Confesseur, de nombreuses obscurités subsistent quant au déroulement de cet événement majeur qui a failli coûter le trône à Justinien. En grec, Nika peut signifier « victoire » , « Sois vainqueur » ou « Remportons la Victoire » à cause de son cri de ralliement

Description[modifier | modifier le code]

Le 11 janvier 532, une série de courses de chars a lieu dans l'hippodrome de Constantinople en présence de l'empereur, de son épouse Théodora et de la cour. Le contexte politique est explosif car, depuis plusieurs années, Justinien et surtout l'impératrice ne cessent de favoriser la faction des Bleus au détriment des Verts. Or, à Byzance, ces factions ne se contentent pas d'être des « sociétés de courses », mais sont aussi des structures politiques qui influent sur les affaires publiques, et même militaires avec l'encadrement de la population dans des milices armées. Le soutien de Théodora encourage les Bleus (riches marchands et leurs fournisseurs, armateurs et leurs équipages, patrons d'artisans, joailliers...) à exploiter à l'excès leurs rivaux Verts (petits artisans et boutiquiers, débardeurs, blanchisseurs, artisans et vendeurs des rues, maraîchers, pêcheurs...), brutalisés par des nervis contre lesquels ils s'organisent en milices qui ripostent aussi avec violence. La composante religieuse (monophysisme) n'est pas absente de ce conflit. Un climat de guerre civile s'installe dans la capitale de l'empire.

Les Verts profitent des courses de chars pour insulter l'empereur et son épouse, et surtout le préfet Jean de Cappadoce, puis quittent en masse les gradins et se répandent dans la ville. Pour éviter que l'émeute ne dégénère, Justinien fait exécuter des meneurs Verts, mais aussi par erreur un important membre de la faction des Bleus. Les Bleus et Verts s'allient contre Justinien dans l'Hippodrome et exigent, le 13 janvier, des mesures d'amnistie. Devant le refus de l'empereur, les insurgés se ruent sur le quartier impérial et les quartiers adjacents au cri de Nika (« Victoire »), pillent les entrepôts impériaux et préfectoraux, incendiant les casernes et massacrent les soldats et les fonctionnaires impériaux.

Le 14 janvier Justinien cède, mais trop tard. L'émeute est devenue une insurrection. Le 15, la basilique Sainte-Sophie, le Sénat et le Palais impérial brûlent ; durant trois jours, l'incendie fait rage. Le 18, la ville est en grande partie en flammes. Réunies dans l'Hippodrome, les deux factions désignent un nouvel empereur : Hypace, un neveu de l'ancien empereur Anastase Ier, réputé favorable aux Verts. Justinien, dont le courage ne semble pas à la hauteur de ses qualités intellectuelles, songe à s'enfuir par la mer. C'est l'énergie et le courage de Théodora, qui refuse la fuite et préfère « mourir dans la pourpre » qui, semble-t-il, permettent de retourner la situation.

L'eunuque Narsès, dont la carrière politique est lancée à ce moment, détache les chefs des Bleus, en les achetant, de la révolution en cours. Avec leur aide, le général Bélisaire, prestigieux chef de l'armée d'Orient, qui rentre à peine d'une campagne victorieuse contre les Perses, encercle l'Hippodrome avec des contingents de Germains dirigés par Mundus et y massacre, selon les sources, entre 30 000 et 80 000 rebelles. Le 19 janvier, Hypace est exécuté. Le pouvoir des factions est dompté jusqu'à la fin du règne de Justinien.