Bertillonnage

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« À la préfecture de police. Le service d'identité des criminels ». Une du Supplément littéraire illustré du Petit Parisien, du 28 février 1892.
Types criminels
Planche parue dans Identification anthrométrique (1893)

Le bertillonnage, appelé aussi système Bertillon ou anthropométrie judiciaire, est une technique criminalistique mise au point par Alphonse Bertillon en 1879. La technique repose sur l'analyse biométrique (système d'identification à partir de mesures spécifiques) accompagnée de photographies de face et de profil.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis l'interdiction de marquer au fer rouge ou d'essoriller les criminels par la loi du et face à la recrudescence des récidives[1], la police se tourne vers l'identification judiciaire. Le procureur du Roi Arnould Bonneville de Marsangy crée en 1848 le casier judiciaire. Les policiers expérimentent différentes méthodes pour obtenir des informations sur les délinquants mais elles sont vite connues et déjouées par les malfaiteurs : « mouton » (policier se faisant passer pour un prisonnier) en prison, indicateurs[2].

En 1819, Huvet, employé au Bureau des prisons, propose la technique du « physionotrace ». Cette idée de compléter par l'image des récidivistes les « fiches de signalement », utilisées jusqu'alors mais se révélant peu fidèles, concorde avec le développement de la photographie, technique que va mettre à profit Bertillon lorsqu'il deviendra chef du service photographique de la préfecture de police de Paris[3].

Alphonse Bertillon dans son service photographique[modifier | modifier le code]

Bertillon est d'abord, en 1879, simple employé au sein d'un service photographique désorganisé : 60 000 photographies, prises sous des angles variés et classées sans logique, s'accumulent alors que la police parisienne arrête quotidiennement 100 personnes. Chargé des fiches de signalement, il s'inspire des travaux de statistique d'Adolphe Quetelet, notamment de son ouvrage Sur l'homme et le développement de ses facultés, ou Essai de physique sociale (1835), pour établir des « fiches d'identité » : les critères de sélection (basés sur des mesures osseuses) ont 19 683 divisions possibles, ce qui rationalise leur classement.

Sa technique prend le nom de bertillonnage en 1883. Autorisé à l'expérimenter trois mois sur des détenus, elle permet pour la première fois, quelques jours avant la fin de cette expérimentation, une identification anthropométrique le par l'analyse des mesures de Léon Durand, déjà fiché par ses soins pour un vol de bouteilles[4]. Malgré les critiques qui jugent cette méthode peu fiable et attentatoire aux libertés individuelles, elle est créditée de résultats significatifs[5], concourant notamment à l'arrestation de Ravachol. De nombreux pays décident de l'intégrer à leurs systèmes judiciaires : États-Unis en 1888 ou Angleterre en 1894.

Elle est utilisée en France jusqu'en 1970, pour être remplacée par l'analyse des seules empreintes digitales, méthode à laquelle Bertillon était farouchement opposé, même s'il fut le premier à l'appliquer pour l'arrestation d'Henri-Léon Scheffer en octobre 1902[6].

Les différents relevés[modifier | modifier le code]

Relevé du signalement anthropométrique
Planche parue dans Identification anthrométrique (1893).

Bertillon utilise les postulats de la loi de Quetelet pour établir neuf mesures osseuses (figures sur le relevé ci-contre) constituant le signalement anthropométrique :

  1. taille (fig. 1) ;
  2. envergure : longueur du corps depuis l'épaule gauche jusqu'au majeur droit (fig. 2) ;
  3. buste : longueur du tronc de la tête au postérieur, prise en position assise (fig. 3) ;
  4. longueur de la tête, du crâne au front (fig. 4) ;
  5. largeur de la tête, de la tempe gauche à la tempe droite (fig. 5) ;
  6. longueur de l'oreille droite (fig. 6) ;
  7. longueur du pied gauche (fig. 7) ;
  8. longueur du medius gauche (fig. 8) ;
  9. longueur de la coudée gauche (fig. 9).

Cependant, ce relevé est peu fiable pour les jeunes hommes (squelette osseux toujours en croissance), les femmes (leur chevelure perturbe la prise de mensuration) ou les jumeaux. Aussi Bertillon utilise en complément d'autres relevés : le « portrait parlé » (appelé aussi « formule signalétique » ou « signalement descriptif ») décrit morphologiquement le visage sur une quinzaine de critères (caractéristiques du nez, de l'œil[7]), le « relevé des marques particulières » (tatouage, grain de beauté, cicatrice, etc.)[8]. Enfin, il élabore progressivement la « photographie judiciaire » : photographie géométrique pour les lieux, photographie signalétique pour les individus (photographie de face et de profil, réduite au 1/7e)[9].

Désormais, chaque fiche d'identité judiciaire contient le « signalement anthropométrique » de la personne, son « portrait parlé » , son « relevé des marques particulières » et les deux photos.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Adolphe Quetelet écrit à ce sujet : « Ce sont toujours les mêmes individus qui commettent les mêmes crimes. »
  2. Michelle Perrot, Délinquance et système pénitentiaire en France au XIXe siècle, Annales Économies, Sociétés, Civilisations, 1975.
  3. Vigier, op. cit., p. 271-272.
  4. Charles Diaz, Les pratiques professionnelles du pénal, Éditions Lamy, 2001
  5. 49 identifications en 1883, 241 en 1884, 1187 en 1887
  6. Héliane de Valicourt de Séranvillers, La preuve par l'ADN et l'erreur judiciaire, Paris, L'Harmattan, p. 31-32, 2009.
  7. Bertillon choisit pour chaque caractéristique des mots, qu’il représente par des lettres : chaque formule est composée d’une suite de lettres que les inspecteurs doivent apprendre par cœur
  8. Vigier, op. cité, p.276
  9. Alphonse Bertillon, Photographie judiciaire à la préfecture de police de Paris, revue Nature, n° 833, 18 mai 1889

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Vigier, Maintien de l'ordre et polices en France et en Europe au XIXe siècle, Ed Creaphis, 1987.