Alcuin

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Raban Maur (gauche), soutenu par Alcuin (milieu), dédicace son œuvre à l'archevêque Otgar de Mayence (droite).

Alcuin d'York, en vieil anglais Ealhwine, latinisé Albinus et surnommé Flaccus (Northumbrie, vers 730Tours, 19 mai 804), était un savant et religieux anglais. C'était l'un des principaux amis et conseillers de Charlemagne, et un artisan important de la Renaissance carolingienne au VIIIe siècle et au IXe siècle. Il fut à la tête de la plus grande école de l'Empire carolingien : l'Académie palatine. Il a mené de grandes réformes et il fut un des premiers à défendre l'idée d'une identité européenne[Informations douteuses] qui s'appuie sur la civilisation antique plutôt que sur les héritages barbares. L'historien Eginhard le tient pour « l'homme le plus savant de son temps ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Alcuin et Charlemagne, œuvre de 1830 de Jean-Victor Schnetz.

Le moine anglais, originaire de Northumbrie, étudie, sous la direction d'un disciple de Bède le Vénérable, Aelbert, les sciences religieuses et profanes à l'école épiscopale d'York dont il devient le maître en 778[1].

Il se rend à Rome, rencontre Charlemagne à Parme en 781 et prend à la demande du roi la tête de l'école palatine d'Aix-la-Chapelle en 782. Il est alors l'un des maîtres à penser du monde franc, et l'un des promoteurs de la renaissance intellectuelle. Il devient le professeur de Charlemagne, et de ses fils.

Il prend part aux principaux conciles et y combat l'adoptianisme. Il participe à la réforme liturgique, et en particulier à la révision des livres comme le Lectionnaire et le Sacramentaire grégoriens.

Il organise l'enseignement nécessaire à la formation des futures élites administratives du royaume et de l'Église. Il met en place un programme d'enseignement, passant des disciplines de base comme la lecture et l'écriture à l'ensemble des sept arts libéraux (trivium et quadrivium).

Alcuin figure naturellement au premier plan dans les réunions dites d'Académie palatine, où les beaux esprits de la cour disputent sous la présidence du roi, surnommé pour la circonstance David, Alcuin étant surnommé Flaccus, qui est le cognomen d'Horace, ou Albion[1],[2] et Théodulf : Pindare.

Abbé de Saint-Martin de Tours en 796, il se fixe à Tours en 801 et fait de son abbaye un foyer de la renaissance. En étroites relations épistolaires avec Charlemagne et avec les principaux personnages de son temps, il continue jusqu'à sa mort d'exercer un véritable magistère intellectuel dans l'empire. « À l'abbaye Saint-Martin de Tours, il a fondé une académie de philosophie et de théologie si innovatrice qu'elle fut surnommée “mère de l'Université” [...] L'abbaye de Tours était le centre d'une production de manuscrits à la qualité remarquable. » [3].

Alcuin meurt le 19 mai 804 à l'abbaye Saint-Martin de Tours[4].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Il a laissé de nombreux ouvrages, extrêmement divers, notamment des traités de pédagogie et de théologie. On ne conserve de son activité littéraire, outre quelques poèmes latins, qu'une bible corrigée, et le fameux Capitulaire de Villis dont cependant, la paternité pose encore question (voir ci-dessous). Il y a aussi des échanges de lettres et des commentaires sur la question théologique de l'Adoptianisme en Espagne, dont Charlemagne se servit volontiers pour se démarquer des arabes présents dans la péninsule et pour se rapprocher du Pape Adrien Ier. À titre d'exemple voici, dans une suite de questions réponses, comment Alcuin enseignait alors : « - Qu'est-ce que la parole ? - L'interprète de l'âme. - Qu'est-ce que l'amitié ? - La similitude des âmes. - Qu'est-ce que la foi ? - La certitude des choses ignorées et merveilleuses. - Qu'est-ce qui est et n'est pas en même temps ? - Le néant. - Comment peut-il être et ne pas être ? - Il est de nom et n'est pas de fait. » On voit ici comment, déjà, Alcuin annonçait le grand essor philosophique Thomiste du XIIIe siècle notamment en posant le fondement du principe d'identité ou de non contradiction (rien ne peut être et ne pas être en même temps et sous le même rapport) sans lequel aucune science ni aucun jugement raisonnable ne sont possibles.

Bible corrigée[modifier | modifier le code]

Alcuin, par sa formation, prépare une Bible « corrigée ». On admet généralement que la Bible d’Alcuin a été préparée sur les ordres directs de l’empereur, et qu’il s’agissait avant tout d'un texte « impérial » dont la logique semble commander l’existence. La « Bible corrigée » fut éditée au Concile de Mayence (813). Toutefois, le manuscrit original ayant tôt disparu, les progrès de la critique permettent désormais la reconstitution textuelle de la « Bible d'Alcuin », à l'exemple des moines de Beuron (Vetus Latina), pour le texte latin d'avant saint Jérôme, et à celui des moines de Saint-Jérôme de Rome, pour le texte original de la Bible de saint Jérôme, dont l'oeuvre d'Alcuin n'est autre que la recension.

Le Capitulaire De Villis[modifier | modifier le code]

Une page du cartulaire.

Plus exactement le « Capitulare de villis vel curtis imperii (ou imperialibus) », dit Capitulaire de Villis. C'est une ordonnance émanant de Charlemagne qui y édicte à l'intention des gouverneurs (Villici) de ses domaines (Villae/Villis) un certain nombre d'observances et de règles.

Il ne s'agit pas (comme il est souvent dit) de simples recommandations mais de règles strictes à respecter scrupuleusement, sous peine de lourdes sanctions (amendes, révocation, emprisonnement, bannissement…) car ce texte est une Ordonnance royale dont l'application concrète sera contrôlée sur le terrain par les « Missi dominici » (les envoyés du Seigneur).

En fait, cette suite d'édits s'adresse aux Villici, les intendants des domaines royaux ; elle commence ainsi :

« Nous, Charles Premier, voulons que nos grands domaines, que nous avons constitués pour subvenir à nos besoins, soient intégralement à notre service et non à celui d'autres hommes. »
« Que notre domesticité soit bien traitée et ne soit conduite à la pauvreté par personne… »
« Que chaque administrateur ait dans son office de bons ouvriers, c'est-à-dire des forgerons, des orfèvres ou des argentiers, des cordonniers, des tanneurs… » (suit une longue énumération de plusieurs dizaines de professions).

L'auteur réel et la date de ce long texte, dont le seul exemplaire encore existant est conservé à la Bibliothèque de Wolfenbüttel, en Allemagne, nous sont (comme c'est souvent le cas pour les manuscrits carolingiens) malheureusement inconnus.

Cependant, par cette imposante suite de 120 articles (les fameux capitula) Charlemagne entendait réformer entièrement l'Agriculture et l'Administration de ses domaines, immenses puisqu'ils s'étendaient de l'Allemagne à l'Espagne. Domaines, dont, il faut bien le dire, certains, notamment à l'Ouest, en Francie, étaient connus et reconnus pour être fort mal gérés et entretenus. Il est évident que cette Ordonnance, véritable Somme, éminemment technique, d'une quarantaine de pages, n'a certes pu être écrite, in extenso, par Charlemagne, bien que celui-ci l'ait voulu, aux plans politique, économique et culturel. Cependant certains auteurs pensent qu'il aurait pu participer à certains articles comme : la Chasse à courre, la Vénerie, la Fauconnerie.

Ce texte, qui s'intéresse et décrit minutieusement mille choses et activités : les Métiers, les Tissus et les Vêtements, la Chasse, la Boucherie, la Médecine et surtout la Botanique et l'Agriculture piliers de l'Alimentation, mais aussi à l'autorité dévolue à la Reine, à l'Enseignement et à la création d'écoles, etc., n'a pu non plus, à l'évidence, être écrit par un seul homme, mais bien plutôt par une équipe complète ; équipe qui devait obligatoirement être dirigée par un (ou des) chef(s) fort compétent(s). C'est une œuvre collective : l'une des premières du genre.

Pour tenter d'attribuer une paternité à ce fameux capitulaire, Charlemagne — qui passait le plus clair de son temps à chasser, guerroyer et se soigner [réf. nécessaire] (il souffrait de rhumatismes invalidants) — étant, majoritairement, écarté pour la plupart des 120 articles (quoiqu'il ait pu lui-même en dicter quelques-uns), il ne reste que les érudits, les savants de l'époque, au premier rang desquels arrivent les moines.

En revanche, sur d'autres domaines, en désordre[réf. nécessaire] : l'autorité dévolue à la Reine, la prostitution, la chasse à courre, la vénerie, la fauconnerie, un recours a nécessairement été demandé à des nobles (plus ou moins[Combien ?]) familiers de ces exercices. Certains auteurs[Qui ?] parlent ici de Charlemagne lui-même.

Écrits théologiques dans la querelle de l'adoptianisme[modifier | modifier le code]

Cette querelle se réfère à une controverse qui a eu lieu pendant près de quinze ans, à partir de la fin du VIIIe siècle en Espagne et en France. En 794, l'évêque de Tolède, Élipand adresse une lettre aux évêques de France et à Félix d'Urgel où il affirme que la personne du Fils de Dieu n'est pas la même que la personne du fils de Joseph. Pour lui, le Christ serait seulement le fils de Marie, qui plus tard aurait été adopté par Dieu le Père.

Tôt dans la controverse Félix, évêque d'Urgel se joint à à lui, et Charlemagne a tôt fait de rallier “le sage Alcuin” pour rétablir l'unité de la doctrine dans l'empire d'Occident. Devant l'affaiblissement des chrétiens d'Espagne qui sont sous domination musulmane, il espère sans doute appuyer l'Église, en prenant le côté du pape dans cette doctrine, sans doute aussi pour établir une partie de son autorité politique dans la zone occupée. Il veillera, par son épée, au service de l'empire chrétien, et Alcuin secondera le Pape par l'épée de la doctrine (doctrine des deux épées, où le pape défend la foi, et lui, l'empire chrétien latin).

Enseignement[modifier | modifier le code]

Alcuin est de ceux auxquels on doit la reprise d'un véritable enseignement des arts libéraux. La structure des sept arts libéraux (trivium et quadrivium) était issue de Martianus Capella ; au VIe siècle, Cassiodore avait développé le trivium, et Boèce le quadrivium. Ce fut Bède le Vénérable qui transmit à l'Occident du haut Moyen Âge les arts libéraux, avec le comput.

Alcuin favorisa la multiplication des ateliers de copie (scriptoria) qui permettaient la diffusion des textes sacrés aussi bien que des œuvres profanes de l'Antiquité romaine.

Bibliographie et références[modifier | modifier le code]

Œuvres d'Alcuin[modifier | modifier le code]

  • Adversus Elipandi libri IV[5]
  • Adversus Felicem Libri VII[6]
  • Adversus Felicis Haeresim [7]
  • De animae ratione.
  • De dialectica
  • De grammatica
  • De orthographia.
  • De trinitate
  • "De Villis". (?).
  • Vita Richarii (« Vie de Saint Riquier[8] »).
  • Dialogue sur la rhétorique et les vertus

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Alibert, Jean-Claude Cheynet, Catherine de Firmas, Bruno Saint-Sorny, Vivien Prigent, Chrétientés médiévales ; VIIe - XIe siècle, Atlante, 1997. (ISBN 2-912232-01-5)
  • Michel Banniard, Genèse culturelle de l'Europe ; Ve-VIIIe siècle, Paris, Seuil, 1989, 255 p. (ISBN 2-02-010972-7)
  • Jean Chelini, Le vocabulaire politique et social dans la correspondance d'Alcuin, Aix-en-Provence, Pensée universitaire, 1959.
  • Jean Houssaye (dir.), Les premiers pédagogues, ISF, 2002, p. 150-174 (par Pierre Riché).
  • Pierre Riché, Écoles et enseignement dans le Haut Moyen Âge (1979), Picard, 1999.
  • M. Roger, L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin, Paris, 1905.
  • Vincent Seralda, La philosophie de la personne chez Alcuin, Paris, Nouvelles éditions latines, 1978, 549 p. (ISBN 2-7233-0045-5)
  • Philippe Wolff, L'Éveil intellectuel de l'Europe, Paris, Seuil, 1971, 255 p.

Recueil de textes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Chrétientés médiévales, p.116
  2. en référence à sa patrie d'origine
  3. L'Express 03/08/2006
  4. D. A. Bullough, « Alcuin (c.740–804) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 ; édition en ligne, mai 2010 Consulté le 6 mai 2013.
  5. Migne, Patrologia Latina", 101.
  6. Migne, Patrologia Latina, 101.
  7. Migne, Patrologia Latina, 101.
  8. Cf. sur ce texte l'article de Michel Banniard, « Les deux Vies de Saint Riquier : du latin médiéval au latin hiératique », Médiévales, no 25,‎ 1993, p. 45-52 (DOI 10.3406/medi.1993.1283, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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