Alcuin

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Raban Maur (gauche), soutenu par Alcuin (milieu), dédicace son œuvre à l'archevêque Otgar de Mayence (droite).

Alcuin (né dans le Yorkshire vers 732, et mort à Tours le 19 mai 804) est un poète, savant et théologien anglais de langue latine. L'un des principaux amis et conseillers de Charlemagne, il dirige la plus grande école de l'Empire carolingien, l'école palatine à Aix-la-Chapelle. Principal artisan de la Renaissance carolingienne[1], Alcuin est selon Éginhard, « l'homme le plus savant de son temps[2]».

Biographie[modifier | modifier le code]

Alcuin nait vers 732 dans le Yorkshire, de parents nobles et riches. Son frère, nommé Arnon et surnommé Aquila, sera évêque de Salzbourg. Alcuin est éduqué dans l'école cathédrale de York, une des plus renommées de l'époque, sous la direction de Egbert puis de Elbert[3], un disciple de Bède le Vénérable[4]. Il devient maître de l'école en 778[1].

En 781, à 49 ans, Alcuin effectue un voyage à Rome. De passage à Parme, Alcuin rencontre Charlemagne et accepte son invitation à Aix-la-Chapelle, où le roi rassemble les plus grands savants de son temps. À la tête de l'école palatine, Alcuin devient le professeur et conseiller de Charlemagne, et de ses fils[1]. Charlemagne donne à Alcuin la charge des abbayes de Ferrières en Gâtinais, de Saint-Loup de Troyes, et de Saint-Josse en Ponthieu[3]. Sous l’égide d’Alcuin, de grands centres culturels s’organisent autour des monastères et des cathédrales[5]. Il introduit les méthodes d'enseignement anglo-saxonnes dans les écoles franques, systématise le curriculum scolaire, et encourage l'étude des arts libéraux[1]. Simple diacre, Alcuin est chargé de l'éducation de jeunes nobles destinés aux plus hautes fonctions de l'Église et de l'État[6].

En 790, Alcuin est envoyé en Angleterre afin de faire la paix avec Offa de Mercie. Il retourne en France trois ans plus tard et participe au concile de Francfort en 794, puis au concile d'Aix-la-Chapelle en 799, où il combat l'adoptianisme, une hérésie selon laquelle Jésus ne serait que le fils adoptif de Dieu[7].

Parfaitement intégré à la vie de cour, Alcuin figure naturellement au premier plan dans les réunions du milieu palatin, où les beaux esprits de la cour disputent en compagnie du roi. Dans ce cercle de clercs cultivés, on s'attribue des noms illustres. Charlemagne est surnommé « David », Alcuin « Flaccus », Théodulfe « Pindare », Angilbert « Homère », et Éginhard « Béséléel[8]». Alcuin monte à cheval pour suivre les déplacements de Charles, se baigne avec lui et participe à la vie de cour. Il fait preuve cependant d'une grande piété et loue la supériorité de la vie monastique[9].

Alcuin est nommé par Charlemagne abbé de Saint-Martin de Tours en 796 où il rétablit l'observance régulière[7]. L'abbaye Saint-Martin de Tours devient l'un des foyers de la renaissance carolingienne, où vient étudier notamment le jeune Raban Maur[10]. Alcuin encourage la copie de nombreux textes au sein du scriptorium, l'atelier de copie de l'abbaye, d'après des modèles importés d'Angleterre[11], et augmente considérablement le fonds de la bibliothèque de Tours. Alcuin insiste particulièrement sur le soin de la calligraphie et de la ponctuation[12]. Sous son égide, la minuscule caroline se diffuse en quelques années et se perfectionne dans les magnifiques bibles produites par le scriptorium[1]. Il participe à la réforme de la liturgie catholique et à la révision de la Bible et du Sacramentaire grégorien[13], et établit en 800 une version de la Bible qui s’impose comme modèle[5]. Alcuin réorganise également la structure scolaire, et rédige des manuels dans chaque discipline[14].

« Ici venez prendre place, vous dont la fonction est de transcrire la loi divine et les monuments sacrés de la sagesse des Pères. Prenez garde de mêler à ces graves discours quelque propos frivole ; veillez à ce que votre main étourdie ne commette pas quelque erreur. Cherchez studieusement des textes purs, afin que votre plume, dans son vol rapide, aille par le droit chemin. C'est un grand honneur que de copier les livres saints, et ce travail trouve sa récompense. »

— Alcuin[15].

En étroites relations épistolaires avec Charlemagne et avec les principaux personnages de son temps, il continue jusqu'à sa mort d'exercer un véritable magistère intellectuel dans l'empire. « À l'abbaye Saint-Martin de Tours, il a fondé une académie de philosophie et de théologie si innovatrice qu'elle fut surnommée “mère de l'Université” [...] L'abbaye de Tours était le centre d'une production de manuscrits à la qualité remarquable[16]. »

Alcuin meurt le 19 mai 804 à l'abbaye Saint-Martin de Tours[17].

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Alcuin laisse de nombreuses œuvres dédiées à l'éducation, à la théologie et à la philosophie. Il laisse également de nombreuses lettres, des vies de saints, et des poèmes[13]. Bien qu'il fut le maître incontesté de son temps, Alcuin lègue une œuvre littéraire sans envergure[1],[18].

La querelle de l'adoptianisme[modifier | modifier le code]

Cette querelle se réfère à une controverse qui a eu lieu pendant près de quinze ans, à partir de la fin du VIIIe siècle en Espagne et en France. En 794, l'évêque de Tolède, Élipand adresse une lettre aux évêques de France et à Félix d'Urgel où il affirme que la personne du Fils de Dieu n'est pas la même que la personne du fils de Joseph. Pour lui, le Christ serait seulement le fils de Marie, qui plus tard aurait été adopté par Dieu le Père.

Tôt dans la controverse Félix, évêque d'Urgel se joint à à lui, et Charlemagne a tôt fait de rallier “le sage Alcuin” pour rétablir l'unité de la doctrine dans l'empire d'Occident. Devant l'affaiblissement des chrétiens d'Espagne qui sont sous domination musulmane, il espère sans doute appuyer l'Église, en prenant le côté du pape dans cette doctrine, sans doute aussi pour établir une partie de son autorité politique dans la zone occupée. Il veillera, par son épée, au service de l'empire chrétien, et Alcuin secondera le Pape par l'épée de la doctrine (doctrine des deux épées, où le pape défend la foi, et lui, l'empire chrétien latin).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Patrologia Latina, t. 100-101.
  • Monumenta Germaniæ Historica, Poeta latini ævi carolini, t. 1 à 6.
  • Monumenta Germaniæ Historica, Epistolæ, t. 4.
  • Alcuino, Commento al Cantico dei cantici - con i commenti anonimi Vox ecclesie e Vox antique ecclesie, ed. Rossana Guglielmetti, Firenze, SISMEL 2004

Études[modifier | modifier le code]

  • Histoire littéraire de la France, IV, Paris, 1866, p. 295-347. [lire en ligne]
  • Barthélemy Hauréau, Charlemagne et sa cour, Paris, 1888, p. 204. [lire en ligne]
  • Maurice Roger, L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin, Paris, 1905. [lire en ligne]
  • (en) Rolph Barlow Page, The Letters of Alcuin, New York, 1909. [lire en ligne]
  • (en) Ethel Mary Wilmot-Buxton, Alcuin, New York, 1922. [lire en ligne]
  • Arthur Kleinclausz, Alcuin, Les Belles Lettres, Paris, 1948.
  • Jean Chelini, Le vocabulaire politique et social dans la correspondance d'Alcuin, Aix-en-Provence, Pensée universitaire, 1959.
  • Jean Chelini, « Alcuin, Charlemagne et Saint-Martin de Tours », Revue d'histoire de l'Église de France, t. 47, n°144, 1961, p. 19-50. [lire en ligne]
  • Philippe Wolff, L'Éveil intellectuel de l'Europe, Paris, Seuil, 1971.
  • Vincent Seralda, La philosophie de la personne chez Alcuin, Paris, Nouvelles éditions latines, 1978. (ISBN 2-7233-0045-5)
  • Michel Banniard, Genèse culturelle de l'Europe ; Ve-VIIIe siècle, Paris, Seuil, 1989. (ISBN 2-02-010972-7)
  • Dominique Alibert, Jean-Claude Cheynet, Catherine de Firmas, Bruno Saint-Sorny, Vivien Prigent, Chrétientés médiévales, Atlante, 1997. (ISBN 2-912232-01-5)
  • Jean Houssaye (dir.), Les premiers pédagogues, ISF, 2002, p. 150-174 (par Pierre Riché).
  • Pierre Riché, Écoles et enseignement dans le Haut Moyen Âge (1979), Picard, 1999.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) « Alcuin », Encyclopaedia Britannica, 15th edition, 2010.
  2. Eginhard, Vie de Charlemagne.
  3. a et b Histoire littéraire [1866], p. 296.
  4. Hauréau [1888], p. 207.
  5. a et b Marie-Pierre Laffitte, Charlotte Denoël, Marianne Besseyre, Jean-Pierre Caillet, « Le règne des Carolingiens », Trésors carolingiens, BNF, 2007. [lire en ligne]
  6. (en) Page, p. 12.
  7. a et b Histoire littéraire [1866], p. 297.
  8. Hauréau, p. 204.
  9. Chelini [1961], p. 23-24.
  10. Chelini [1961], p. 35.
  11. Marie-Pierre Laffitte, Charlotte Denoël, Marianne Besseyre, Jean-Pierre Caillet, « La vallée de la Loire, d'Orléans à Fleury », Trésors carolingiens, BNF, 2007. [lire en ligne]
  12. Chelini [1961], p. 32-33.
  13. a et b Marie-Pierre Laffitte, Charlotte Denoël, Marianne Besseyre, Jean-Pierre Caillet, « Les principaux acteurs », Trésors carolingiens, BNF, 2007. [lire en ligne]
  14. Chelini [1961], p. 34.
  15. Hauréau [1888], p. 212.
  16. L'Express, 3 août 2006.
  17. Histoire littéraire [1866], p. 299.
  18. Hauréau [1888], p. 210.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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