Trope (musique)

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Un trope (ou tropaire) désigne différents types d'interventions musicales dans les rites de diverses religions ou cultes. Le mot vient du grec ancien : τρόπος, tropos, « mode, mélodie, ton, chant ».

Religion israélite[modifier | modifier le code]

Un trope est un élément important de la cantillation hébraïque, le mot est ici une translittération du yiddish טראָפּ trop.

Cantillation hébraïque[modifier | modifier le code]

La cantillation des versets bibliques utilise des motifs musicaux traditionnels stéréotypés nommés tropes. Ces tropes sont le signe sonore d'une ordonnance grammaticale qui règle la longueur des pauses entre les mots psalmodiés. Les tropes varient selon les rites (ashkénaze, sépharade), selon les pays, et selon les communautés juives. Des accents graphiques notés en marge du texte massorétique de la Bible hébraïque font référence aux tropes cantillés et aux ordonnances grammaticales (te'amim) qu'ils signalent à l'auditeur de la lecture de la Torah.

Rite chrétien romain[modifier | modifier le code]

Dans le chant grégorien de l'Église catholique romaine, un trope est une augmentation qui consiste à ajouter des paroles sur les mélismes de certains chants de la liturgie de la messe, aussi bien de l'Ordinaire (Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei) que du Propre (Introït, Offertoire, Communion).

Les tropes sont à l'origine des chants formés par le trope du mélisme de l'Alleluia, qui avait fini par être chanté sous forme de pièces à part entière à la fin du Moyen Âge.

Le procédé a pratiquement disparu avec l'invention de la notation musicale, et ne subsiste plus que par les "sous-titres" données aux pièces du Kyriale (lux et origo, cunctipotens, orbis factor…), qui sont, à l'origine, les premiers mots du trope correspondant.

Tropaires[modifier | modifier le code]

Un tropaire est un recueil de tropes liturgiques notés. Mais les tropaires médiévaux peuvent contenir d'autres pièces musicales comme des proses, et d'autres pièces du missel ou de l'antiphonaire.

  • Le tropaire de Winchester (Winchester troper) est la compilation de cent soixante-quinze pièces extraites de tropaires anglais et étrangers, d'abord copiées en un volume à la fin du Xe siècle. Il est en deux volumes, car il a été révisé et augmenté de 150 organa polyphoniques au XIe siècle. Il transmet ainsi, dans sa seconde partie seulement, les plus anciens témoignages de musique polyphonique occidentale. Oublié et devenu incompréhensible pendant des siècles, il a été publié pour le première fois à Londres en 1894[1].
  • Les tropaires d'Apt, Bibl. mun., 17 et 18, XIe siècle[2].
  • Le tropaire de l'abbaye Saint-Martial de Limoges, XIe siècle, neumes aquitains, Paris, BnF, lat. 1118.

Rite chrétien byzantin[3][modifier | modifier le code]

Un tropaire (troparion) est un type de chant de la musique byzantine. C'est une courte hymne, une strophe, ou une courte série de strophes chantée ; ce peut être aussi une hymne intercalée entre les versets d'un psaume. Le terme tropaire, employé seul, désigne le plus souvent l'hymne thématique chantée aux Vêpres, (appelé aussi apolytikon dans les Églises grecques) ; cette hymne spécifique à chaque journée est répétée lors des offices de la journée qui suit. Les strophes des canons sont aussi des tropaires ; ils sont calqués sur l'hirmos de l'ode. Des tropaires sont aussi parfois utilisés comme refrain des versets chantés des psaumes, mais ce sont des stichères qui sont le plus souvent consacrés à cet usage.

Théotokion[modifier | modifier le code]

Un theotokion (en slavon d'église : Богородичен, bohorodichnyj) est un tropaire adressé à la Theotokos (du grec ancien : Θεοτοκοσ « qui a enfanté Dieu »), la Mère de Dieu. Ces hymnes sont collectivement appelées theotokarion (en français : théotokions[4]).

Tropaires célèbres[modifier | modifier le code]

Tropaires historiques[modifier | modifier le code]

L'hymne vespérale Phos Hilaron (usuellement traduit Lumière joyeuse) est attestée dès le IVe siècle.

Le tropaire O monogenes Yios (O Fils unique), attribué à Justinien Ier (527-565), est chanté au début de la Divine Liturgie.

Pâques[modifier | modifier le code]

En raison de l'importance de la Pâque dans la vie liturgique, c'est sans doute la plus connue de toutes les hymnes du rite byzantin.

Tropaire pascal (ton 5)

Le Christ est ressuscité d'entre les morts,
Par la mort, Il a écrasé la mort
Et à ceux qui gisaient dans les tombeaux
Il a fait le don de la Vie.

Théotokion[modifier | modifier le code]

Ce théotokion est chanté à pratiquement tous les services de l'Église et en privé par de nombreux chrétiens.

Tropaire à la Mère de Dieu (ton 8)

Il est digne en vérité de te louer, ô Mère de Dieu,
Bienheureuse et très pure Mère de notre Dieu,
Toi plus vénérable que les chérubins et plus glorieuse, incomparablement, que les séraphins,
Qui sans tâche, enfantes Dieu le Verbe
Toi, véritablement Mère de Dieu, nous te magnifions !

Ascension[modifier | modifier le code]

Tropaire (ton 4)

Tu es monté dans la Gloire,
ô Christ notre Dieu,
après avoir rempli de joie Tes disciples
par la promesse du Saint Esprit.
Ta bénédiction leur confirma
que Tu es le Fils de Dieu,
le Libérateur de l'Univers !

Kondakion (ton 6)

Ayant accompli pour nous l'Economie divine
et ayant uni les habitants de la terre à ceux du ciel,
Tu T'es élevé au ciel dans la gloire, Christ Dieu,
sans Te séparer de nous, mais demeurant toujours parmi nous,
et Tu dis à ceux qui T'aiment :
« Je suis avec vous, et personne ne prévaudra contre vous. »

Noël[modifier | modifier le code]

Tropaire (en ton 4)

Ta naissance, ô Christ notre Dieu,
a fait resplendir dans le monde
la lumière de l’intelligence.
Ceux qui servaient les astres sont instruis
par l’astre de t’adorer Soleil de justice,
et te contempler, ::Orient venant des hauteurs :
Seigneur, gloire à toi ! [3 fois]

Kondakion (en ton 3)

La Vierge aujourd’hui met au monde l’Éternel,
et la terre offre une grotte à l’Inaccessible !
Les anges et les pasteurs le louent,
et les mages avec l’étoile s’avancent.
Car Tu es né pour nous,
Enfant nouvelet, Dieu pré-éternel !

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cf. La Musique au Moyen-Âge, par Richard H. Hoppin, Liège, Mardaga, 1991, 639 p., p. 233 sqq. (1ère éd. : W. W. Norton & Company, 1978)
  2. Gunilla Björkvall, Les deux tropaires d'Apt, mss. 17 et 18 : inventaire analytique des mss. et édition des textes uniques, Stockholm, 1986 (Corpus troporum).
  3. Rite des Églises d'Orient – Églises orthodoxes et Églises catholiques de rite byzantin.
  4. Depuis les rectifications orthographiques de 1990, l'Académie française recommande d'utiliser les pluriels français normaux pour les mots étrangers.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles liés[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]