Émail de Limoges

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Châsse représentant le martyre de Thomas Becket, XIIe siècle, musée national du Moyen Âge (Cl.22596)

L'émail de Limoges, ou Œuvre de Limoges (opus lemovicense en latin), est une technique de travail de l'émail, dite émail champlevé qui apparaît au milieu du XIIe siècle dans la ville française de Limoges. Après avoir connu un vif succès en Europe occidentale, elle disparaît au milieu du XIVe siècle.

Pendant le XIVe et le XVe siècle, l'orfèvrerie d'émaux translucides sur relief est un procédé que Limoges ne semble pas avoir beaucoup pratiqué.

Mais à la fin du XVe siècle, une nouvelle méthode d'utilisation de l'émail apparait en France : l'émail peint. Les émaux peints devinrent, comme en leur temps les émaux champlevés, le monopole des ateliers limousins.

Enfin, aujourd'hui encore, quelques créateurs perpétuent ou renouvellent une production d'émaux par des réalisations contemporaines.

Les émaux champlevés[modifier | modifier le code]

Technique[modifier | modifier le code]

L'émail de Limoges repose sur l'usage de trois techniques : le champlevé, le pseudo-champlevé et le cloisonné. D'abord, l'orfèvre martèle des feuilles ou plaques de cuivre jusqu'à obtenir une épaisseur de quelques millimètres. Il creuse ensuite au burin et à l'échoppe — selon la technique du champlevé — des alvéoles d'environ un millimètre d'épaisseur. Alternativement, l'artiste peut utiliser deux plaques soudées l'une à l'autre : la plaque supérieure est découpée alors que celle du dessous sert de support — c'est le pseudo-champlevé. Il est possible d'ajouter dans ces alvéoles des rubans de cuivre qui forment le dessin — c'est le cloisonné.

Les alvéoles sont ensuite remplies de poudre de verre, obtenu en pilant au mortier des morceaux de verre coloré. Le verre lui-même est obtenu à partir de sable ou de quartz additionné de fondants alcalins (cendres végétales ou natron) destinés à abaisser la température de fusion. Dans la très grande majorité des œuvres, l'artiste a utilisé du verre au sodium, comme le faisaient les verriers romains : il présente la particularité d'être plus stable que le verre au potassium, utilisé abondamment dans les vitraux de l'époque.

La plaque est ensuite mise au four : une fois le verre fondu, la température est abaissée graduellement. Le cuivre possédant un coefficient de dilatation proche du verre, la pièce refroidit harmonieusement. La surface est ensuite polie, nettoyée puis dorée avec un mélange d'or et de mercure.

Histoire[modifier | modifier le code]

La première mention de la technique se trouve dans un texte rédigé vers 1167-1169 par un clerc proche de Thomas Becket, qui emploie l'expression « œuvre de Limoges » au sujet de la plaque de reliure d'un livre conservé à l'abbaye Saint-Victor, à Paris. Les témoignages se multiplient ensuite, évoquant des couvertures de livres et surtout des objets de piété : châsses-reliquaires, crucifix, vases sacrés (ciboires, calices et pyxides) ou encore encensoirs.

Plaque funéraire de Guy de Mejos, 1307, musée du Louvre (OA 7495)

Les premiers objets pouvant être rattachés à Limoges sont précisément des châsses commandées par le comte de la Marche. L'une, dite « châsse de Bellac », date de 1120-1140 et est actuellement conservée à l'église Notre-Dame de Bellac ; elle représente le Christ en majesté entouré des évangélistes et d'anges. L'autre, actuellement au Metropolitan Museum of Art de New York, date de 1150 environ ; elle accorde une large place à saint Martial, premier évêque de Limoges.

Progressivement, le répertoire des orfèvres-émailleurs s'élargit à des thèmes iconographiques moins locaux, comme la mort de Thomas Becket : les châsses en émail de Limoges sont les plus anciennes connues sur ce thème. Les artistes s'intéressent également à de nouveaux styles : ainsi du fond vermiculé, c'est-à-dire gravé de rinceaux enroulés. De même, un certain nombre d'artistes choisissent de réserver les figures, dont les détails sont gravés, l'émail étant appliqué au fond orné de rosettes. Enfin, certains éléments sont désormais fabriqués à part, puis fixés sur les plaques de cuivre à l'aide de rivets : c'est par exemple le cas des têtes des saints représentés sur les châsses.

C'est alors l'âge d'or des ateliers limousins : leurs œuvres sont exportées jusqu'en Suède, en Espagne et en Italie. Ce succès s'explique d'abord par le faible coût du cuivre émaillé par rapport à l'or ou l'argent : les églises et monastères peuvent ainsi acquérir à peu de frais leurs objets liturgiques. En outre, l'œuvre de Limoges se prête bien à la représentation de scènes narratives, particulièrement importantes sur les objets liturgiques.

Panneau de la châsse de saint Calmin (fin XIIe siècle, conservée en l'abbaye de Mozac)

Au milieu du XIIIe siècle, l'œuvre de Limoges continue d'évoluer : tombeaux et objets en ronde-bosse sont désormais prépondérants et le décor héraldique fait son apparition. Les orfèvres adaptent leur style aux évolutions de l'art gothique. Néanmoins, malgré des chefs-d'œuvre comme la plaque funéraire de Guy de Mejos, la production est de moins en moins abondante. Quand le Prince Noir met Limoges à sac en 1370, les ateliers ont déjà disparu.

Collections[modifier | modifier le code]

France (principales collections)

De nombreux trésors d'églises en France, notamment en Limousin et Auvergne, conservent des champlevés limousins.

Les émaux peints[modifier | modifier le code]

Triptyque de la Crucifixion par Monvaerni

Technique[modifier | modifier le code]

Le procédé peut varier selon le résultat qu'on veut obtenir. D'une manière générale, à chaque couleur correspondent une couche d'émail et une cuisson ; les contours sont faits à l'aiguille, l'artiste grattant finement la couche claire supérieure jusqu'à ce qu'apparaisse le fond plus sombre.

Historique[modifier | modifier le code]

Les émaux de Limoges connaissent une renaissance au XVIe siècle avec l'atelier de la famille Limosin dont Léonard Limosin est resté le représentant le plus célèbre.

La famille Laudin s'est particulièrement illustrée au XVIIe siècle avec Nicolas Laudin, Jacques I Laudin, Jacques II Laudin, Noël Laudin.

D'autres familles se distinguent comme les Nouailher.

Les collections[modifier | modifier le code]

France (principales collections):

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Émaux médiévaux :

  • « Les Émaux de Limoges au Moyen Âge », Dossier de l'art no 26H, novembre-décembre 1995.
  • Burcu Kirmizi, Philippe Colomban, Monique Blanc, On-site analysis of Limoges enamels from sixteenth to nineteenth centuries : an attempt to differentiate between genuine artefacts and Copies, J. Raman Spectroscopy, 2010, vol. 41, 1240-1247.http://dx.doi.org/10.1002/jrs.2566
  • L'Œuvre de Limoges : art et histoire au temps des Plantagenets : actes du colloque organisé au Musée du Louvre par le Service culturel, le 16 et 17 novembre 1995, Documentation Française, 1998.
  • Véronique Notin, L'art de l'émail à Limoges, Culture et Patrimoine en Limousin, 2005.
  • Élisabeth Taburet-Delahaye, « L'“Œuvre de Limoges” au XIIIe siècle », feuillets du Musée du Louvre, 1990.
  • « Camille Fauré : Impossible Objects», auteur Cork Marcheschi - 2007.
  • Danielle Gaborit-Chopin, "La Châsse du Massacre des Innocents et l'œuvre de Limoges", Grande Galerie - Le Journal du Louvre, sept./oct./nov. 2011, n° 17.
  • Marie-Madeleine Gauthier, Danielle Gaborit-Chopin et Élisabeth Antoine (dir.), Corpus des émaux méridionaux, catalogue international de l'Œuvre de Limoges, tome II, l'Apogée, 1190-1215, coéd. musée du Louvre et Comité des travaux historiques et scientifiques, 2011, (ISBN 978-2-7335-0728-3[à vérifier : ISBN invalide]).

Émaux de l'époque moderne :

  • Maryvonne Beyssi-Cassan, Le métier d'émailleur à Limoges: XVIe-XVIIe siècle, Limoges, Presses Univ. de Limoges, 2006.
  • Monique Blanc, Émaux peints de Limoges, XVIe-XVIIIe siècles. Collection du musée des Arts décoratifs, Paris, Les Arts Décoratifs, 2011.