James Lovelock

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James Lovelock en 2005.

James Ephraim Lovelock (né le à Letchworth en Grande-Bretagne) est un penseur, scientifique et environnementaliste indépendant de nationalité britannique. Il est spécialiste des sciences de l'atmosphère. Il vit actuellement dans le comté de Cornouailles, en Grande-Bretagne. Son nom a été donné en hommage à la quinzième version de la célèbre distribution libre et gratuite de GNU/Linux Fedora, parue le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Premiers pas scientifiques : Mars et la Terre[modifier | modifier le code]

James Lovelock étudie la chimie à l'Université de Manchester avant d'entrer au Conseil de Recherche Médicale (Medical Research Council) de Londres. Dans les années 60, Lovelock était sous contrat avec la NASA et travaillait à mettre au point des instruments pour l'équipe chargée d'explorer les planètes, par des sondes. Il proposa alors l'analyse de l'atmosphère de Mars et soutint assez vite que s'il y en avait une, « il lui faudrait utiliser l'atmosphère pour y puiser des matières premières et évacuer ses déchets ; cela aboutirait à en modifier la composition » [1]. Dès lors, il estima que Mars n'a pu abriter la Vie, ce qui lui valut un certain ostracisme dans le milieu scientifique. Ce premier travail scientifique lui valut d'être mis au ban, notamment par les biologistes.

Lovelock travaille ensuite avec l'éminente biologiste américaine Lynn Margulis, avec laquelle il écrit son premier article scientifique. Il y développe la théorie selon laquelle la Terre est un système de contrôle actif capable de maintenir la planète en homéostasie. Par ailleurs, il découvre les porteurs moléculaires naturels des éléments soufre et iode : le sulfure de diméthyle (DMS) et l'iodure de méthyle, qui deviendront plus tard une brique fondamentale de sa théorie. Seuls quelques spécialistes lui font alors bon accueil ; et Lovelock affronte Richard Dawkins, défenseur international de la théorie de l'évolution darwinienne, à travers son concept de gène égoïste (selfish gene en anglais). Il finit néanmoins par tomber d'accord avec le biologiste évolutionniste quant à l'incompatibilité de son modèle avec les canons darwiniens. « Comme je ne doutais pas de Darwin, quelque chose devait clocher dans l'hypothèse Gaïa » [2] dit-il, revenant du même coup sur sa conjecture.

Daisyworld[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Daisyworld.

Pour démontrer ses postulats, Lovelock réalise alors, avec le géochimiste américain Lee Kump, en 1994[3], un modèle informatisé destiné à prouver un mécanisme autorégulateur simple : celui de la température terrestre, régulée par des végétaux. Ce modèle numérique, baptisé Daisyworld ("monde des pâquerettes" en français) montra qu'un système simple tendant à se préserver utilise la biosphère comme agent homéostatique. Par là même, Lovelock et son collègue prouvent que le darwinisme est compatible avec leur modèle numérique.

Le modèle CLAW[modifier | modifier le code]

En 1986, à Seattle, Lovelock et ses collègues Robert Charlson, M.O. Andreae et Steven Warren, découvrent que la formation des nuages et, par voie de conséquence, le climat, dépendent du DMS, engendré par les algues de l'océan (modèle CLAW, voir le chapitre expériences ayant conduit à l'hypothèse Gaïa). Lovelock découvre alors du même coup l'un des mécanismes de régulation de Gaïa ; pour cette découverte, il reçoit en 1988 le prix Norbert Gerbier de la communauté des climatologues.

Population[modifier | modifier le code]

En 2009, il est devenu un des dirigeants de Population Matters (en) (antérieurement Optimum Population Trust), qui prône une décroissance graduelle de la population humaine globale jusqu'à un niveau soutenable[4].

Ses travaux scientifiques[modifier | modifier le code]

C'est dans son article de 1972 que James Lovelock expose sa théorie scientifique selon laquelle la composition de l'atmosphère terrestre est régulée par les êtres vivants, notamment les bactéries. Cet article constituera le point de départ de sa théorie sur Gaïa. Ce sont ses articles publiés en 1974, en collaboration avec Lynn Margulis, qui exposeront l'hypothèse Gaia. Elle fut accueillie avec beaucoup d'indifférence, pour susciter vingt ans plus tard de nombreux débats.

Article détaillé : hypothèse Gaïa.

La Geological Society of London lui décerne la médaille Wollaston en 2006 pour la "création d'un champ d'études entièrement nouveau en sciences de la terre", la science du système Terre ou ESS (pour Earth Science System, officialisé lors de la conférence d'Amsterdam pour le Climat, en 2001).

James Lovelock est souvent présenté comme un défenseur de la nature, mais une lecture attentive de ses ouvrages montre qu'en réalité il s'attache surtout à une approche cybernétique du système climatique, qu'il considère de ce fait d'un point de vue utilitaire. Il va même jusqu'à calculer la valeur monétaire de la régulation de la composition de l'atmosphère par les êtres vivants pour montrer à quel point sa destruction pourrait être préjudiciable à l'économie. Enfin, Lovelock est membre de l'Association des Écologistes Pour le Nucléaire (AEPN), car il estime que cette industrie est bien moins dangereuse pour Gaïa que l'usage des combustibles fossiles et que les craintes qui entourent l'industrie nucléaire sont irrationnelles[5].

Rétractation sur le réchauffement climatique[modifier | modifier le code]

En janvier 2006, Lovelock écrivait dans le journal britannique The Independent que vers la fin du vingt-et-unième siècle, par suite du réchauffement global, « des milliards d'entre nous vont mourir et les quelques couples reproducteurs qui survivront seront dans l'Arctique, où le climat restera tolérable. » Il prédisait en outre que la température sélèverait de 8°C dans les régions tempérées et de 5°C dans les régions tropicales, ce qui rendrait une grande partie des terres du globe inhabitables et impropres à l'agriculture et provoquerait des migrations vers le nord et la création de villes dans l'Arctique. Il prédisait qu'une grande partie de l'Europe deviendrait un désert inhabitable et que la Grande-Bretagne, dont la température resterait stable du fait qu'elle est entourée par l'Océan, serait le radeau de survie de l'Europe. « Nous devons », disait-il, « garder présent à l'esprit le rythme effrayant du changement et comprendre comme il nous reste peu de temps pour agir, chaque communauté, chaque nation doit trouver le meilleur usage de ses ressources pour maintenir la civilisation aussi longtemps que possible[6]. »

Le Guardian a cité des propos de lui selon lesquels « 80 % des humains vont périr vers 2100 et ce changement climatique durera 100 000 ans. »[réf. souhaitée]

En septembre 2007, il déclara à des délégués du symposium annuel de l'Association nucléaire mondiale que le changement climatique se stabilisera et qu'il sera possible d'y survivre, et que la Terre elle-même n'est pas en danger parce qu'elle se stabilisera dans un nouvel état. La vie, cependant, pourrait être forcée de migrer en masse pour garder un environnement habitable[7].

En 2008, il soutenait que « vers 2040, la population mondiale, de plus de six milliards d'êres humains, aura été exterminée par les inondations, la sécheresse et la famine. Les peuples du sud de l'Europe, comme ceux de l'Asie du Sud-Est, pénétreront violemment dans des pays comme le Canada, l'Australie et la Grande-Bretagne. (...) Si vous prenez les prédictions du GIEC, alors, vers 2040, chaque été en Europe sera aussi chaud qu'en 2003 – entre 110 et 120 °F. Ce n'est pas la mort des gens qui est le principal problème, c'est le fait que les plantes ne pourront pas pousser. Il ne poussera presque pas d'aliments en Europe. Vers 2040, des parties du désert du Sahara se seront étendues jusqu'au cœur de l'Europe. Il s'agit de Paris et même de régions aussi loin au nord que Berlin. En Grande Bretagne, nous y échapperons en raison de notre position océanique. (...) Nous sommes sur le point de franchir un pas évolutif et mon espoir est que l'espèce émergera plus forte.Ce serait de l'orgueil de penser que les humains, tels qu'ils sont aujourd'hui, sont la race élue de Dieu[8]. »

En mars 2010, dans une interview avec le journal The Guardian, il a déclaré que la démocratie devrait peut-être être suspendue pour prévenir le changement climatique. « Même les meilleures démocraties, disait-il, admettent qu'à l'approche d'une guerre importante, la démocratie doit être suspendue provisoirement. Il me semble que le changement climatique est peut-être une chose aussi grave que la guerre. Il pourrait être nécessaire de suspendre la démocratie pour un certain temps. » Il reconnaissait cependant l'existence de « bons » sceptiques en matière de réchauffement climatique et se disait dégoûté par le scandale des e-mails de l'université d'East Anglia[9]

Dans des propos tenus en 2012, il continue à se montrer préoccupé par le réchauffement climatique, tout en critiquant l'extrémisme et en proposant d'adopter d'autres sources d'énergie que le pétrole, le charbon et les sources d'énergie dites vertes, dont il n'est pas partisan[10].

Dans une interview diffusée en avril 2012 par MSNBC, Lovelock a déclaré qu'il avait été « alarmiste » (« C'est vrai, j'ai commis une erreur ») au sujet du rythme du changement climatique. Il signalait le documentaire Une vérité qui dérange et le livre The Weather Makers (en) comme des exemples de la même sorte d'alarmisme. Il pensait toujours que le climat va se réchauffer, mais que le changement n'est pas aussi rapide qu'il l'avait cru à une certaine époque et il admettait qu'il avait trop extrapolé. Il disait croire que le changement climatique continue à se produire mais ne se fera sentir que dans l'avenir. « Le problème, disait-il, est que nous ne savons pas où va le climat. Nous pensions le savoir il y a 20 ans. Cela a produit quelques livres alarmistes – les miens inclus – parce que la tendance semblait très claire, mais ce qu'on prédisait ne s'est pas produit. Le climat joue ses tours habituels. Il n'y a plus vraiment grand-chose qui se produit. D'après les prévisions d'alors, nous serions aujourd'hui à mi-chemin d'un monde prêt à frire. Le monde ne s'est pas réchauffé beaucoup depuis le début du millénaire. Douze ans est une durée raisonnable. (...) Elle (la température) est restée presque constante, alors qu'elle aurait dû s'élever - la teneur en dioxyde de carbone s'élève, pas de doute là-dessus[11]. »

Dans une interview de juin 2012 au Guardian, il dit, au sujet des affirmations selon lesquelles « la science est fixée » sur le réchauffement global :  : « Une chose que la pratique de la science m'a enseignée, c'est qu'on ne peut jamais être sûr de rien. On ne connaît jamais la vérité. On peut seulement s'en approcher et espérer arriver un peu plus près à chaque fois. On chemine vers la vérité. On ne la connaît pas. » Dans la même interview, il reproche aux défenseurs de l'environnement de traiter le réchauffement global comme une affaire de religion. « Il se fait précisément que la religion verte prend la relève de la religion chrétienne. Je ne pense pas qu'on l'ait remarqué, mais elle a hérité de toute sorte de termes utilisés par les religions. Les verts utilisent la culpabilité. On ne peut pas se gagner les gens en disant qu'ils sont coupables de répandre du CO2 dans l'air. » Dans cette interview, il prône la Fracturation hydraulique comme moins polluante que le charbon. Il s'oppose à la notion de « développement durable », qu'il qualifie de sottise sans signification. Il garde sous sa vue un poster d'éolienne pour se rappeler à quel point il les déteste[12]. »

Interventions publiques[modifier | modifier le code]

James Lovelock prend la parole dans le film-documentaire de Pierre Barougier et Olivier Bourgeois Nous resterons sur Terre (sorti en salles le 8 avril 2009) [13] aux côtés de Wangari Maathai, Edgar Morin et de Mikhaïl Gorbatchev.

Distinctions et honneurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. James Lovelock, La Revanche de Gaïa, J'ai lu, Essais, 2007, p. 39
  2. James Lovelock, La Revanche de Gaïa, J'ai lu, Essais, 2007, p.41.
  3. Expérience publiée dans la revue Nature : Lovelock, J.E. and Kump, L.R., (1994), Failure of climate regulation in a geophysiological model, n° 369:732-734.
  4. (en) « Gaia scientist to be OPT patron », Optimum Population Trust,‎ 26 August 2009 (consulté le 27 August 2009)
  5. Préface de James Lovelock au livre de Bruno Comby Le nucléaire avenir de l'écologie?
  6. James Lovelock, « The Earth is about to catch a morbid fever that may last as long as 100,000 years », The Independent, 16 janvier 2006, [ http://comment.independent.co.uk/commentators/article338830.ece en ligne].
  7. Lovelock: "Respect the Earth", World Nuclear News, 6 September 2007. Retrieved 25 July 2009.
  8. (en) « Daily Mail – 22 March 2008 – We're all doomed ! 40 years from global catastrophe – says climate change expert », Daily Mail,‎ 2008-03-22 (consulté en 2012-09-01)
  9. James Lovelock: « Humans are too stupid to prevent climate change », The Guardian, 29 mars 2010, en ligne.
  10. (en) Ian Johnston, « 'Gaia' scientist James Lovelock: I was 'alarmist' about climate change », MSNBC (consulté en April 2012)
  11. (en) Ian Johnston, « 'Gaia' scientist James Lovelock: I was 'alarmist' about climate change », MSNBC (consulté en April 2012)
  12. Interview de James Lovelock par Leo Hickman, « James Lovelock: The UK should be going mad for fracking », The Guardian, 15 juin 2012, en ligne, et texte plus complet de l'interview sur le blog du journaliste, sur le site du Guardian.
  13. Zootrope Films.
  14. London Gazette : n° 56797, p. 26, 31-12-2002

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de James Lovelock[modifier | modifier le code]

  • (fr) James Lovelock, Les âges de Gaïa, Robert Laffont,‎ 1990, 291 p. (ISBN 2221065859)
  • (fr) James Lovelock, La Terre est un être vivant, l’hypothèse Gaïa, Flammarion, coll. « Champs »,‎ 1999, 11 cm x 18 cm, 192 p. (ISBN 2080812831)
  • (fr) James Lovelock, Gaïa. Une médecine pour la planète, Sang de la Terre, coll. « Guides Pratiques »,‎ 2001, 20 cm x 25 cm (ISBN 2869851405)
  • (fr) James Lovelock, La revanche de Gaïa, Flammarion, coll. « Nouvelle bibliothèque scientifique »,‎ 2007, 15 cm x 21 cm, 284 p. (ISBN 2082105881)
    première publication
  • (fr) James Lovelock, La revanche de Gaïa, J'ai Lu, coll. « J'ai Lu Essai, n° 8579 »,‎ 2008, 11 cm x 18 cm (poche), 256 p. (ISBN 2290007080)
    seconde publication
  • (en) (en) James Lovelock ; Michael Allaby, The Great Extinction.The Solution to One of the Great Mysteries of Science, the Disappearance of the Dinosaurs, New York, Doubleday,‎ 1983, 182 p. (ISBN 038518011X)
  • (en) (en) James Lovelock ; Michael Allaby, The Greening of Mars, London, André Deutsch Ltd,‎ 1984, 215 p. (ISBN 0446329673)
  • (fr) Bruno Comby, Le nucléaire, avenir de l’écologie ?, L'œil F.x. De Guibert,‎ 1996 ; 1998 (réimpr. 314) (ISBN 2868394175)
    préface de James Lovelock
  • 2009 : Nous resterons sur Terre, film environnemental réalisé par Olivier Bourgeois et Pierre Barougier (sortie prévue pour le 8 avril 2009)

Ouvrages en langue anglaise[modifier | modifier le code]

  • (en) (en) James Lovelock, The Vanishing face of Gaia: A final warning, Basic Books,‎ 2009 (ISBN 978-0-4650-1907-6)
  • (en) (en) James Lovelock, The Ages of Gaia: A Biography of Our Living Earth,‎ 1995 (ISBN 0-393-31239-9)
    Traduit sous le titre: Les âges de Gaïa
  • (en) (en) James Lovelock, Gaia: A New Look at Life on Earth,‎ 2000 (ISBN 0-19-286218-9)
  • (en) (en) James Lovelock, Hommage to Gaia: The Life of an Independent Scientist, Oxford University Press,‎ 2001 (ISBN 0-19-860429-7)
    Autobiographie de Lovelock
  • (en) (en) James Lovelock, How to think about science,‎ 2006
    entretien CBC Ideas (programme radiophonique du 3 janvier 2008)
  • (en) The Revenge of Gaia: Why the Earth Is Fighting Back - and How We Can Still Save Humanity, Santa Barbara (California), Allen Lane,‎ 2006, 0713999144 p.
    Traduit sous le titre: La Revanche de Gaïa.
  • (en) Gaia: Medicine for an Ailing Planet, Gaia Books,‎ 2005 (ISBN 1856752313)
    Traduit sous le titre Gaïa. Une médecine pour la planète.
  • (en) Scientists on Gaia, Cambridge, Mass., USA, MIT Press,‎ 1991 (ISBN 0262193108)
    Non traduit en français

Articles[modifier | modifier le code]

  • (en) (en) James Lovelock, « The Earth is about to catch a morbid fever », The Independent,‎ 16 January 2006
  • (en) « Gaia as seen through the atmosphere », Atmospheric Environment, no 6,‎ 1972, p. 579-580
  • (en) James Lovelock et Lynn Margulis, « Atmospheric homeostasis by and for the biosphere : the Gaia hypothesis », Tellus, no 26,‎ 19724, p. 1-10