The Wall

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The Wall
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Logo de The Wall.
Album de Pink Floyd
Sortie Drapeau : Royaume-Uni
Drapeau : États-Unis
Enregistré d'avril à
aux studios CBS (New York), au Producers Workshop (Los Angeles) et au studio Super Bear (France)
Durée 81 minutes (approx.)
Genre Art rock, rock progressif
Format Double 33 tours
Producteur Bob Ezrin, David Gilmour, Roger Waters
Label Harvest (originale anglaise)
Columbia (originale américaine)
EMI (réédition anglaise)
Capitol (réédition américaine)
Critique

Albums de Pink Floyd

Singles

Another Brick in the Wall, Part II (1979)
Comfortably Numb (1980)
Run Like Hell (1980)

The Wall (en français : « le Mur ») est le onzième album studio du groupe britannique de rock progressif Pink Floyd et leur second double album après Ummagumma. Enregistré sur une période de huit mois, l'album est sorti le en Grande-Bretagne et le 8 décembre aux États-Unis. Il est souvent considéré comme l'un des plus grands albums de Pink Floyd et marque l'apogée du groupe, qui ne rencontrera plus de succès équivalent par la suite. L'album fait partie des dix meilleures ventes d'albums aux États-Unis, et est le double-album le plus vendu au monde.

L'album The Wall fait partie d'un grand projet concept à trois volets, le premier étant l'album lui-même, sa représentation sur scène et, finalement, un long métrage basé sur l'histoire de l'album. La réalisation du projet dura quatre ans ; le projet fut créé en 1978 et le film sortit en 1982. Comme les trois albums précédents du groupe (The Dark Side of the Moon, Wish You Were Here et Animals), The Wall est un album-concept, mais aussi un opéra-rock ; il traite du thème de l'isolement et de ses conséquences mentales, et les chansons suivent toutes un fil conducteur pour former une histoire. De ce fait, l'album sonne plus dur et théâtral que les précédents albums de Pink Floyd.

The Wall marque la dernière véritable entente entre les deux auteurs-compositeurs du groupe, Roger Waters et David Gilmour. Les tensions sont alors croissantes au sein du groupe, avec Waters devenu sa seule force motrice — il signe seul la quasi-totalité des titres de l'album —, et finissent par mener à l'exclusion du claviériste Richard Wright, qui ne réintègre le groupe officiellement qu'en 1994, longtemps après le départ de Waters. Ce dernier quitte le groupe en 1985, après l'album suivant, The Final Cut, pour entamer une carrière solo.

Historique[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1970, le gouvernement britannique de James Callaghan élève les taux d'imposition pour les plus riches à 83 %. Pink Floyd, qui génère alors de gros bénéfices grâce aux ventes de ses albums précédents, se voit obligé d'investir cet argent pour échapper au fisc[5]. Le groupe confie alors la gestion de ses finances à la société Norton Warburg, qui convainc les membres d'investir dans différents commerces, tels que des restaurants flottants[6]. Le travail principal d'Andrew Warburg, le fondateur de Norton Warburg, est en soit de déplacer l'argent gagné par Pink Floyd dans des comptes d'investissements afin d'éviter la taxation directe. En réalité, Warburg se livre une énorme commission à chaque transfert et fait perdre au groupe une large partie de ses économies. Roger Waters a déclaré plus tard que les pertes du groupe s'élevaient à près de deux millions de livres sterling, soit pratiquement l'ensemble des gains réalisés avec The Dark Side of the Moon[5]. Le groupe se retrouve alors dans une situation très précaire, et n'a d'autre choix que de sortir un nouvel album[6].

En plus de problèmes financiers, les membres de Pink Floyd sont extrêmement fatigués et déçus de leur dernière tournée, In the Flesh, qui suit la sortie de l'album Animals. La notoriété du groupe fait que presque tous les concerts sont joués dans des stades, devants plusieurs milliers de personnes. Pour David Gilmour, les spectateurs ne semblent plus venir aux concerts de Pink Floyd pour les mêmes raisons que lors des tournées passées : « ils voulaient des tubes sur lesquels danser ». Pink Floyd en vient alors à regretter les concerts de la tournée de Wish You Were Here, lors desquels le public était généralement très silencieux[7]. Le groupe est alors très critiqué par la presse, et ce dès le premier concert de la tournée, après lequel le critique musical Tim Lott du magazine Sounds traite les membres de « machines » à l'« enthousiasme minimum »[8].

Le membre de Pink Floyd qui souffre le plus de ce détachement avec le public est certainement Roger Waters, leader officieux du groupe[9]. Il exprime déjà son dégoût après un concert au Madison Square Garden le (fête nationale américaine), durant lequel il supporte difficilement les cris du public. Il finit par lâcher prise deux jours plus tard, au stade olympique de Montréal[10]. Alors que près de 80 000 personnes assistent au dernier concert de la tournée, certains présents déjà depuis la fin d'après-midi alors que le concert commençait à 20h30, un groupe de fans au premier rang se fait particulièrement remarquer par Waters. Celui-ci demande à plusieurs occasions au public de se calmer, en vain, et finit par céder : « il y avait un gars au premier rang qui criait et hurlait en permanence à propos de tout et rien. À la fin, je l'ai invité [à se rapprocher] et quand il a été assez proche, je lui ai craché au visage ». Waters indiquera plus tard être « choqué par [sa] réaction », mais l'incident donne naissance au concept de The Wall[11].

Écriture[modifier | modifier le code]

Durant l'été 1978, alors que le reste du groupe travaille sur des projets personnels, Roger Waters enregistre deux démos à son domicile au sud de l'Angleterre. Désireux de renflouer les comptes du groupe, il partage ces deux projets avec ses collègues et son manager pour en faire un nouvel album de Pink Floyd. Le premier, nommé The Pros and Cons of Hitch Hiking, intéresse seulement Steve O'Rourke et devient plus tard le premier album solo de Waters. C'est ainsi sur Bricks in the Wall, transformé en The Wall, que se tournent les membres de Pink Floyd. David Gilmour a déclaré au sujet des deux démos : « les bandes enregistrées pour The Wall comme pour Pros and Cons étaient inaudibles. [Elles] sonnaient exactement pareil, on ne pouvait pas les distinguer »[12]. Quant à Richard Wright, il se souvient avoir pensé : « Oh non ! Ça recommence. Tout est sur la guerre, sur sa mère, sur le père qu'il a perdu […] Il faisait une fixation » en précisant que c'est la situation financière du groupe qu'il l'avait poussé à accepter le projet[13].

Roger Waters voit dans The Wall plus qu'un simple album, il veut créer une réelle œuvre multimédia : un double album accompagné d'un film et d'un spectacle digne des productions de Broadway. Pour l'écriture, Waters sent cependant qu'il ne peut pas compter sur Wright et Mason, pas assez impliqués, et ses relations avec Gilmour s'étant détériorées, il ne lui fait pas entièrement confiance. Il contacte alors Bob Ezrin, un producteur canadien qui a travaillé avec sa femme et a produit des albums pour Alice Cooper, Lou Reed, Aerosmith et Peter Gabriel. Ce dernier se met alors à restructurer l'album afin de respecter la longueur usuelle d'un double album[14]. Il élimine quelques chansons, en réécrit d'autres, mais les membres se battent au sujet des crédits de production : Waters ne veut que lui-même, Gilmour et Ezrin comme producteurs, ce que Mason accepte mais qui pose problème à Wright, qui veut garder le même statut que pour les albums précédents. Ne trouvant pas d'accord, les membres de Pink Floyd s'accordent pour commencer à travailler sur l'album et à décider des crédits une fois l'enregistrement terminé, tout en confiant le rôle d'arbitre à Ezrin[15].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

Les premières sessions d’enregistrement ont lieu aux studios Britannia Row entre à , mais le groupe n'y enregistre que des démos. C'est à ce moment que Waters contacte Gerald Scarfe afin de commencer à travailler sur les illustrations et l'esthétique de l'album, du spectacle et du film. Scarfe dit alors avoir « imaginé Pink comme une créature vulnérable, sous l'emprise de ses professeurs, de sa femme et de sa mère ». En studio, Brian Humphries, qui travaille avec le groupe depuis cinq ans, décide de cesser sa collaboration avec Pink Floyd. Sur conseil d'Alan Parsons, c'est James Guthrie qui prend le poste d'ingénieur du son pour l'album et se voit même proposer un rôle de coproducteur par Steve O'Rourke. « Avec son expérience, notamment son travail avec le groupe Runner qui nous avait beaucoup impressionnés, nous pensions que James pouvait nous apporter un peu de fraîcheur et de vivacité » explique Nick Mason. La préproduction de l'album continue durant la première partie de 1979, certains enregistrements de basses et de batteries de cette période étant conservés dans la version finale de l'album[16].

Les difficultés financières du groupe l'obligent à s'expatrier pour continuer l'enregistrement de l'album, ceux-ci évitant de payer des impôts à l'étranger. Comme The Rolling Stones avant eux, les Floyd choisissent de s'exiler en France, à Berre-les-Alpes, du au [6]. Pink Floyd travaille alors au studio Super Bear, un ancien restaurent reconverti où la partie la plus importante de The Wall va être enregistrée. David Gilmour et Richard Wright connaissent déjà les lieux puisqu'ils y ont enregistré leur premier album solo l'année précédente. Le studio se situant en altitude, le groupe doit trouver un autre studio pour effectuer les prises vocales : « on sait que c'est plus difficile de chanter dans ce genre d'endroit [à cause d'une moins bonne oxygénation], alors on a trouvé un autre studio, Miraval, où Roger se rendait avec Bob [Ezrin] » explique David Gilmour. Le groupe fait alors venir une bonne partie du matériel de Britannia Row en France, et Roger Waters fixe les heures de travail de 10 à 18 heures le soir. Wright est le seul à ne pas respecter les horaires : il ne travaille que le soir, de 19 heures à 1 heure du matin, avec Guthrie[17]. « Il y avait des tensions entre les membres du groupe et même entre les épouses des membres du groupe. Pendant cette période, je suis devenu un peu parano et je redoutais d'aller affronter ces tensions. J'aimais mieux ne pas être là quand Roger y était » confie Bob Ezran[18]. Les quatre membres ne jouent alors presque jamais ensemble, et Roger Waters tente de contrôler le processus du début à la fin[17].

Les premières sessions de batterie de Mason sont jouées dans un espace ouvert au dernier étage des studios de Britannia Row afin de retrouver un « son live ». Les enregistrements 16 pistes de ces sessions sont mixés et copiés sur un master 24 pistes, comme pistes de guidage pour le reste du groupe. Cela donne aux ingénieurs une plus grande flexibilité[note 1], mais a également amélioré la qualité audio du mixage, car les enregistrements originaux des tambours sur 16 pistes sont synchronisés avec le master sur 24 pistes et les pistes de guidage dupliquées sont supprimées[19]. Ezrin a plus tard relaté la surprise du groupe face à cette méthode de travail ; ils ont apparemment considéré l'effacement du matériel du master sur 24 pistes comme de la « sorcellerie »[20].

Le Prophet-5 utilisé par Richard Wright sur The Wall[21].

Au cours de l'été, un conflit naît entre Wright et Waters. Wright n'accepte toujours pas la présence d'Ezrin, qu'il juge dispensable, et peine à se remettre du fait qu'il a été écarté du cercle des producteurs du groupe. Selon David Gilmour, « quand on quittait le studio en fin d'après-midi, il avait toute la soirée et la nuit pour réfléchir, mais il n'a contribué à rien. Il se contentait de rester assis là, ce qui nous rendait tous dingues »[22]. Lorsque Waters réalise que la sortie programmée en octobre est compromise, il demande à Wright de partir avec Ezrin à Los Angeles pour rattraper son retard. Waters charge O'Rourke d'en parler à Wright. En plein divorce, celui-ci refuse catégoriquement : « dis à Roger d'aller se faire foutre »[18]. Waters, qui juge inacceptable le comportement de Wright, lui laisse alors deux choix : « soit tu choisis d’entamer un long combat, soit tu acceptes la chose suivante : tu termines l'album, tu gardes la totalité de tes droits dessus, mais dès qu'il est terminé, tu quittes le groupe sans faire de vagues »[23]. Wight pense d'abord résister pour frustrer Waters, mais il finit par accepter de terminer l'album et reste même pour la tournée qui suit au titre d'employé[18].

Columbia Records propose finalement à Pink Floyd une nouvelle date de sortie, proche de Noël[24]. En août 1979, l'ordre des pistes est en grande partie terminé. Wright termine ses travaux aux Cherokee Studios de Los Angeles, aidé par les musiciens de studio Peter Wood et Fred Mandel, et Jeff Porcaro joue de la batterie à la place de Mason sur Mother[25]. Mason laisse le mixage final à Waters, Gilmour, Ezrin et Guthrie, et se rend à New York pour enregistrer son premier album solo, Nick Mason's Fictitious Sports[26]. Avant la sortie de l'album, des contraintes techniques conduisent à modifier l'ordre de passage et le contenu de The Wall : What Shall We Do Now est remplacé par Empty Spaces, similaire mais plus courte, et Hey You est déplacé de la fin de la troisième face au début. À l'approche de l'échéance de , le groupe oublie de modifier les pochettes intérieures de l'album, qui comporte plusieurs erreurs[27].

Orchestre[modifier | modifier le code]

Aux studios Super Bear, Waters accepte la suggestion d'Ezrin selon laquelle plusieurs morceaux, dont Nobody Home, The Trial et Comfortably Numb, devraient être accompagnés par un orchestre. Michael Kamen, qui a déjà travaillé avec David Bowie, est chargé de superviser ces arrangements, qui sont interprétés par des musiciens de l'Orchestre philharmonique de New York et du New York Symphony Orchestra, ainsi que par un chœur du New York City Opera. Les sessions sont enregistrées aux studios CBS de New York sans la présence de Pink Floyd. Kamen finit par rencontrer le groupe une fois l'enregistrement terminé[28].

« Je pense qu'un projet comme Comfortably Numb a été la dernière lueur de ma capacité à travailler en collaboration avec Roger »[29].

David Gilmour

Comfortably Numb trouve son origine dans le premier album solo de Gilmour, et est la source de nombreuses disputes entre Waters et Gilmour[30]. Ezrin a affirmé que la chanson a d'abord été interprétée comme « la chanson de Roger, sur Roger, pour Roger », bien qu'il pensait qu'elle avait besoin d'être retravaillée. Waters change la tonalité du couplet et ajoute plus de paroles au refrain, et Gilmour ajoute des mesures supplémentaires pour la ligne « I have become comfortably numb ». L'enregistrement « dépouillé et plus dur » joué par Wright et demandé par Waters n'est pas du goût de Gilmour ; celui-ci préfère la « version Technicolor, orchestrale » d'Ezrin, bien qu'Ezrin lui-même préfère la version de Waters. À la suite d'une dispute majeure dans un restaurant de North Hollywood, les deux hommes font un compromis ; le corps de la chanson comprend l'arrangement orchestral, avec le deuxième et dernier solo de guitare de Gilmour seul[29].

Bruitage[modifier | modifier le code]

Ezrin et Waters supervisent la capture des effets sonores de l'album. Waters enregistre l'appel téléphonique utilisé sur la démo originale de Young Lust en appelant Mason chez lui. Négligeant d'informer le destinataire du coup de téléphone, celui-ci suppose qu'il s'agit d'une blague téléphonique et raccroche avec colère[31]. Pour l'enregistrement final de Young Lust, c'est l'ingénieur du son James Guthrie qui appelle son voisin à Londres depuis les studios de Los Angeles en reliant son téléphone à un magnétophone. Il lui demande alors de décrocher à chaque appel, de laisser parler la standardiste, puis de raccrocher. Il faut trois essais pour que l'astuce fonctionne[32]. Waters enregistre également des sons ambiants le long d'Hollywood Boulevard en accrochant un microphone à la fenêtre du studio. L'ingénieur Phil Taylor enregistre certains des bruits de pneus crissant pour Run Like Hell depuis le parking du studio, tandis que la destruction d'un téléviseur est utilisé sur One of My Turns. Aux studios Britannia Row, Nick Griffiths enregistre le cassage de la vaisselle pour la même chanson[33]. Des extraits d'émissions de télévision sont également utilisées ; un des acteurs, reconnaissant sa voix et se déclarant responsable d'une partie du succès du groupe, accepte finalement un règlement financier afin d'éviter un procès[34].

La suggestion d'Ezrin de sortir Another Brick in the Wall, Part 2 en single avec un rythme de style disco ne convainc pas Gilmour, bien que Mason et Waters soient plus enthousiastes. Waters s'oppose à la sortie d'un single, mais devient réceptif après avoir écouté le mix d'Ezrin et de Guthrie. Avec deux couplets identiques, la chanson est ressentie comme pas tout à fait complète, et une copie est donc envoyée à Griffiths à Londres avec la demande de trouver des enfants pour interpréter plusieurs versions des paroles[35]. Griffiths contacte alors Alun Renshaw de l'école Islington Green, toute proche de Britannia Row. Celui-ci se montre enthousiaste : « Je voulais faire de la musique qui soit pertinente pour les enfants - et pas seulement rester assis à écouter Tchaïkovski. J'ai trouvé les paroles géniales : « Nous n'avons pas besoin d'éducation, nous n'avons pas besoin qu'on nous contrôle la pensée... ». J'ai juste pensé que ce serait une expérience merveilleuse pour les enfants »[36].

Griffiths enregistre d'abord de petits groupes d'élèves, puis il en invite d'autres, leur disant de faire un accent cockney et de crier plutôt que de chanter. Il enregistre les voix sur plusieurs pistes, ce qui fait sonner les groupes plus nombreux, avant d'envoyer ses enregistrements à Los Angeles. Le résultat enchante Waters, et la chanson sort en single et devient numéro un à Noël[37]. La presse britannique rapporte plus tard que les efforts des enfants n'avaient pas été rémunérés, ce qui crée une controverse ; ils reçoivent finalement des exemplaires de l'album, et l'école reçoit un don de 1 000 livres (4 320 livres de 2020[38])[39].

Parution et accueil[modifier | modifier le code]

Mur blanc rappelant la pochette de The Wall sur lequel sont taguées les paroles de Another Brick in the Wall.

L'album achevé est joué pour la première fois devant un groupe de cadres réunis au siège de Columbia Records, en Californie, qui sont loin d'être impressionnés par ce qu'ils viennent d'entendre[40]. La situation ne se facilite pas lorsque Columbia Records propose à Waters des droits d'édition réduits sous le prétexte que The Wall est un double album. C'est une position qu'il n'accepte pas et, lorsqu'un cadre propose de régler le différend à pile ou face, Waters répond qu'il ne va pas parier sur quelque chose qu'il possède[34]. Il finit par l'emporter, et les inquiétudes de la maison de disques sont apaisées lorsque Another Brick in the Wall Part 2 devient numéro un au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Norvège, au Portugal, en Allemagne de l'Ouest et en Afrique du Sud[40]. Le single est certifié platine au Royaume-Uni en , et platine aux États-Unis trois mois plus tard[41].

The Wall sort au Royaume-Uni le et aux États-Unis le [42]. Coïncidant avec sa sortie, Waters est interviewé par Tommy Vance, qui fait passer l'album dans son intégralité sur BBC Radio 1[43]. Les critiques sur son contenu sont mitigées. En , Kurt Loder, critique pour Rolling Stone, salue l'album comme « une synthèse étonnante des obsessions thématiques désormais familières de Waters » qui « s'anime d'une rage lyrique implacable, clairement authentique et, dans sa particularité minutieuse, finalement horrifiante »[44]. En revanche, le critique du The Village Voice , Robert Christgau, la considère comme « une stupide épopée de tribulations d'une star du rock » soutenue par « un maximalisme minimal kitsch avec des effets sonores et des fragments de discours », ajoutant dans le New York Times que sa vision du monde est « complaisante » et « présente l'apitoiement sur soi-même de son riche, célèbre et décidément postadolescent protagoniste comme une espèce d'héroïsme »[45],[46]. Le critique de Melody Maker a quant à lui déclaré : « Je ne sais pas si c'est brillant ou terrible, mais je trouve cela tout à fait convaincant »[47].

En France, Jean-Marc Bailleux de Rock & Folk compare The Wall à Joe's Garage de Frank Zappa : « le délire paranoïaque de Roger Waters exclut tout humour alors que la critique zappaienne jusque dans ses moments les plus tragiques est traversée de part en part par un rire énorme ». Il mentionne également la « production fabuleuse » d'un album qui est, selon lui, « le nouveau gadget pour tester les chaînes haute-fidélité » et parle de The Wall comme de l'« album le plus subtil et le plus cohérent de Pink Floyd depuis bien longtemps ». François Ducray du magazine Best n'est pas du même avis. Il parle de « l'épuisement d'une légende » et dresse un parallèle avec Led Zeppelin qui, selon lui, impose « sa totale et arrogante non-évolution » alors que Pink Floyd « voudrait bien faire éclater la sienne ». Il trouve Waters « incroyablement complaisant dans son très égoïste et très vaporeux pessimisme » et pense que le groupe est devenu « trop célèbre pour trop peu de raisons ». Enfin, Ducray pense que la production de Bob Ezrin gâche « jusqu'aux plus rares instants de sincère émotion des musiciens »[48].

L'album reste en tête des hit-parades du Billboard pendant 15 semaines, se vendant à plus d'un million d'exemplaires au cours de ses deux premiers mois de vente[49]. Il est certifié 23x platine en 1999[50]. Il reste l'un des albums les plus vendus de tous les temps aux États-Unis, se vendant à plus de 19 millions d'exemplaires dans le monde entre 1979 et 1990[51]. The Wall est le deuxième album de Pink Floyd à s'être le mieux vendu après The Dark Side of the Moon en 1973. Les efforts de l'ingénieur James Guthrie sont récompensés en 1980 par un Grammy Award pour le meilleur enregistrement technique (non classique)[52]. Rolling Stone le place à la 87e place de sa liste des 500 meilleurs albums de tous les temps de 2003, et maintient cette place dans la liste révisée de 2012[53]. Sur la base de ces classements, le site web agrégé Acclaimed Music classe The Wall comme le 152e album le plus acclamé de l'histoire[54]. L'album figure également dans le livre des 1001 albums à écouter avant de mourir[55].

Postérité[modifier | modifier le code]

Rééditions et influences[modifier | modifier le code]

Originellement publié par Columbia aux États-Unis et par Harvest au Royaume-Uni, The Wall a été réédité en CD remasterisé en 1994 au Royaume-Uni par le major EMI. En 1997, Columbia a publié une nouvelle édition, avec un son supérieur au « remaster » d'EMI, aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Amérique du Sud et au Japon. Après le vingtième anniversaire de l'album, en 2000, Capitol a relancé la réédition de 1997 avec la reprise du « remaster » européen aux États-Unis et EMI au Canada, en Australie, en Amérique du Sud et au Japon.

En plus de son succès commercial et critique, The Wall a également influencé plusieurs artistes de leur époque tels que David Bowie, Genesis et Yes[56],[57], mais aussi une myriade de nouveaux artistes progressifs (rock progressif, metal progressif) comme Nine Inch Nails[58], Dream Theater[59] et Radiohead.

Représentations scéniques[modifier | modifier le code]

Tournée The Wall[modifier | modifier le code]
Marionnette géante du professeur tyrannique de Pink surplombant le mur durant le concert The Wall en 1990

The Wall n'est interprété en public que dans cinq villes à cause de son caractère grandiose. Les 32 représentations ont lieu à la Los Angeles Memorial Sports Arena et au Nassau Veterans Memorial Coliseum de New York en , au Earls Court Exhibition Centre de Londres en , au Westfalenhallen (en) de Dortmund en et à nouveau à Earl's Court en [60]. Tous les concerts sont joués dans des salles, en intérieur, car Waters ne veut plus revivre l'incident de Montréal. Il va même jusqu'à refuser une offre d'un million de dollar par concert faite par un promoteur de Philadelphie car celui-ci prévoit d'organiser les concerts au John F. Kennedy Stadium[61].

« Je suis allé marcher au fond de la salle, en faisant le tour de la rangée supérieur de sièges. […] Des frissons me parcouraient le dos. Et je pensais qu'il était vraiment fantastique que les gens puissent réellement voir et entendre quelque chose de partout où ils étaient assis. […] Après la tournée de 1977, j'ai eu de sérieux problèmes à propos des concerts en stade, parce que je crois vraiment qu'ils sont atroces[62]. »

— Roger Waters

Les concerts nécessitent un équipement important — dont de nombreuses grues — et leur production coûte très cher ; si cher que Richard Wright, engagé comme musicien, est le seul membre de Pink Floyd à générer des bénéfices durant la tournée[63]. Près de 450 briques en carton sont crées par la société Fischer-Park afin réaliser un mur de dix mètres de haut pour cinquante de large[64]. Gerald Scarfe réalise plusieurs films d'animations qui sont diffusés sur le mur au moyen de trois projecteurs, et il conçoit également trois marionnettes géantes : un maître d'école de 7,5 mètres de haut, la femme de Pink, plus petite, et sa mère en ballon gonflable. Un cochon gonflable est aussi utilisé, tandis que le décor de la chambre de Pink est aménagé dans un trou dans le mur[62]. Lorsque le groupe joue Comfortably Numb, David Gilmour se trouve au sommet du mur, d'où l'éclairage projette son ombre sur le public et, pour pendant certaines chansons, Waters interprète le rôle de Pink , chantant et jouant, délaissant sa basse[65],[63].

The Wall à Berlin[modifier | modifier le code]
Roger Waters sur scène en 2006. Les marteaux croisés sont l'un des symboles récurrents de l'album.

Après le départ de Roger Waters du groupe en 1985, une bataille judiciaire a lieu à propos du nom « Pink Floyd » et de ses chansons. À la fin du procès, Waters se voit accorder le droit de jouer The Wall et ses chansons, son nom étant étroitement associé à cet album. Il est ainsi propriétaire des droits d'auteur de toutes les chansons (sauf Young Lust, Comfortably Numb et Run Like Hell, qui ont été coécrites avec David Gilmour), ainsi que des produits reliés à The Wall utilisés pendant les tournées réalisées sans lui en 1987–1990 et 1994–1996, qui lui ont été payés, incluant le fameux cochon gonflable, bien que Gilmour ait réussi à diminuer le coût des droits d'auteur en faisant ajouter des testicules au cochon pendant leurs tournées[63].

Le , Waters met sur pied une gigantesque représentation de The Wall au Potsdamer Platz de Berlin avec plusieurs artistes invités, entre autres Scorpions, Cyndi Lauper, Bryan Adams et Van Morrison, pour célébrer le premier anniversaire de la chute du Mur de Berlin et pour financer le World War Memorial Fund for Disaster Relief (« Fondation commémorative de la Guerre mondiale pour la prévention des désastres »). Ce concert comporte des différences majeures au concert original de The Wall, autant sur le plan musical que scénique.

The Wall Live[modifier | modifier le code]

En 2010, Roger Waters a entamé sa tournée The Wall Live, dans laquelle il remonte en entier, et dans plusieurs endroits, les concerts de la tournée de 1980-1981, avec son propre groupe. Cette tournée s'est achevée en France au Stade de France le samedi .

Adaptations[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Une adaptation cinématographique de The Wall est sortie en salles en 1982. S'appelant tout simplement The Wall, elle fut réalisée par Alan Parker, avec le chanteur Bob Geldof dans le rôle de Pink. Le scénario a bien sûr été écrit par Roger Waters, le père de l'œuvre. Le film utilise la musique de l'album comme bande-son, mais la plupart des chansons ont été ré-enregistrées par le groupe avec quelques changements dans les paroles et la musique[63].

Le film devait initialement être un film « pour les fans » de Pink Floyd. Entre les scènes, il devait y avoir des séquences prises lors des concerts de la tournée The Wall à Earl's Court. Plusieurs de ces concerts ont été filmés, mais une dispute entre Alan Parker et Roger Waters a abouti à leur exclusion du film, et Waters refusa de rendre les séquences publiques après son départ du groupe. Ces séquences ont été publiées par des amateurs sur différents sites web, dont YouTube. Ce sont des publications illégales, ces séquences n'étant pas du domaine public et ne pouvant être diffusées qu'avec le documentaire Behind the Wall sous licence de l'éditeur[66].

À l'opéra[modifier | modifier le code]

Une version lyrique composée par Julien Bilodeau et intitulée Another Brick in the Wall, basée sur les textes et la musique de The Wall, est produite par l'Opéra de Montréal dans le cadre du 375e anniversaire de la ville. La production, qui implique dix solistes, quarante-huit choristes et soixante-dix musiciens, est présentée en à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts dans une mise-en-scène de Dominic Champagne[67]. L'œuvre est reprise en par l'Opéra de Cincinnati[68].

Caractéristiques artistiques[modifier | modifier le code]

Concept[modifier | modifier le code]

The Wall est un album-concept d'opéra-rock qui explore l'abandon et l'isolement, symbolisés par un mur. Les chansons créent un scénario approximatif des événements de la vie du protagoniste, Pink, un personnage inspiré de Syd Barrett ainsi que de Roger Waters, dont le père a été tué pendant la Seconde Guerre mondiale[69]. Le père de Pink meurt également à la guerre, et c'est là qu'il commence à construire un mur métaphorique autour de lui. L'album comprend plusieurs références à Barrett, dont Nobody Home, qui fait allusion à son état pendant la tournée de Pink Floyd aux États-Unis en 1967 qui doit être abandonnée, avec des paroles telles que « wild, staring eyes » (des yeux fous et fixes) et « elastic bands keeping my shoes on » (des élastiques pour garder mes chaussures). Comfortably Numb est inspiré par l'injection d'un relaxant musculaire que Waters a reçu pour combattre les effets de l'hépatite contractée pendant la tournée In the Flesh, lors de son passage à Philadelphie[70].

Le concept de l'album naît après l'incident de Montréal en 1977. Waters s'image alors un mur qui séparerait le groupe de ses spectateurs pendant les concerts, idée que David Gilmour refuse. Waters explique qu'il a poussé l'idée très loin : « à l'origine, j'avais deux images, de la construction d'un mur tout le long de la scène, et de la relation sadomasochiste entre le public et le groupe, l'idée du public qui serait bombardé, avec des gens déchiquetés mais applaudissant plus fort que jamais parce qu'ils seraient au centre de l'action ». Waters va si loin qu'il s'imagine même un système audio si puissant qu'il endommagerait les oreilles des spectateurs les plus proches de la scène, idée reprise dans le film The Wall, les ondes étant remplacées par des soldats[71].

Histoire[modifier | modifier le code]

Roger Waters interprétant Another Brick in the Wall, Part 2 en 2006.

Pink est une rockstar, et c'est l'une des nombreuses raisons qui le dépriment. Pink s'imagine une foule de fans entrant à l'un de ses concerts, et l'album commence ainsi sur un flashback de sa vie. Il est révélé que son père a été tué en défendant le pont d'Anzio pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que Pink n'est encore qu'un enfant (In the Flesh?)[72]. La mère de Pink l'élève seul (The Thin Ice), et Pink commence à construire un mur métaphorique autour de lui, dont la première brique représente la mort de son père (Another Brick in the Wall, Part 1)[73],[74].

En grandissant, Pink est tourmenté à l'école par des professeurs tyranniques et abusifs (The Happiest Days of Our Lives), et les souvenirs de ces traumatismes deviennent des « briques dans le mur » métaphoriques (Another Brick in the Wall, Part 2)[75],[76]. Aujourd'hui adulte, Pink se souvient de sa mère oppressive et surprotectrice (Mother) et de son éducation pendant le Blitz (Goodbye Blue Sky)[77],[78]. Pink se marie bientôt et est sur le point d'achever son « mur » (Empty Spaces) mais, en tournée en Amérique, il jette son dévolu sur une groupie consentante (Young Lust)[79],[80]. Après avoir appris l'infidélité de sa femme, il ramène la groupie dans sa chambre d'hôtel, pour ensuite tout démolir dans un violent accès de rage ; la groupie, terrifiée, s'échappe de la chambre (One of My Turns)[81]. Pink, déprimé, pense à sa femme et se sent piégé dans sa chambre (Don't Leave Me Now)[82]. Il rejette toutes les expériences traumatisantes qu'il a vécues sous forme de « briques » dans le mur métaphorique (Another Brick in the Wall, Part 3)[83]. Le mur de Pink est maintenant terminé, complétant son isolement de tout contact humain (Goodbye Cruel World)[84].

Immédiatement après l'achèvement du mur, Pink remet en question ses décisions, (Hey You), et s'enferme dans sa chambre d'hôtel (Is There Anybody Out There?)[85],[86]. Il commence à se sentir déprimé, se tourne vers ses biens pour se réconforter (Nobody Home) et aspire à l'idée de renouer avec ses racines personnelles (Vera)[87],[88]. L'esprit de Pink revient à la Seconde Guerre mondiale, et il imagine alors des gens exigeant que les soldats rentrent chez eux (Bring the Boys Back Home)[89]. De retour au présent, le manager et les roadies de Pink font irruption dans sa chambre d'hôtel, où ils le trouvent drogué et inerte. Un ambulancier lui injecte de la drogue pour lui permettre d'être opérationnel pour un concert à venir (Comfortably Numb)[90].

Il en résulte une performance hallucinatoire sur scène (The Show Must Go On) où il croit être un dictateur fasciste et que son concert est un rassemblement néonazi, au cours duquel il ordonne à des hommes en chemise brune d'arrêter des fans qu'il considère indignes (In the Flesh)[91],[92]. Il s'en prend aux minorités ethniques (Run Like Hell), puis organise un rassemblement dans la banlieue de Londres, ce qui symbolise sa descente aux enfers (Waiting for the Worms)[93],[94]. L'hallucination de Pink cesse alors, et il supplie que tout s'arrête (Stop)[95]. Affichant des émotions humaines, il est tourmenté par la culpabilité et se fait un procès (The Trial), son juge intérieur lui ordonnant de « démolir le mur », ouvrant ainsi Pink au monde extérieur (Outside the Wall)[96],[97]. La boucle est bouclée avec les derniers mots de l'album, « N'est-ce pas ici que… », qui viennent compléter la première phrase de l'album, « … nous sommes entrés… »[72],[97]. La mélodie de la dernière chanson est quant à elle reprise au début de l'album, signifiant ainsi que l'histoire de Pink n'est pas unique à lui-même, mais est commune à tout être humain[98].

Analyse musicale[modifier | modifier le code]

L'album est réparti en 4 parties, chacune d'entres-elles racontant une partie spécifique de l'histoire avec une dynamique différente[99]. Alors que Pink Floyd a pris l'habitude de remplir des faces complètes de leurs albums avec des titres très longs, comme dans Meddle avec Echoes, The Wall ne comporte que des chansons relativement courtes qui portent un même thème tout au long de l'album, et ce sans avoir recours à des titres qui pourraient être considérés de « remplissage »[100]. Selon Philippe Gonin et Aymeric Leroy, cet album est un « retour à des structures plus courantes, dans lesquels l'expression instrumentale […] reste confinée à des chorus très cadrés. […] Vraisemblablement dicté par un souci de clarté du propos, cette normalisation [n'étant] pas suspecte d'opportunisme, même si elle apparaît des plus opportunes à un moment où le rock progressif et ses longs développements […] n'ont plus vraiment le vent en poupe »[101].

En plus du thème, on retrouve plusieurs sonorités à travers l'album qui lient les titres entre eux, très évidemment dans les trois parties de Another Brick in the Wall, mais également dans certains titres plus éloignés musicalement. On peut ainsi retrouver le thème vocal de Is There Anybody Out There?, la voie de la groupie de One of My Turns et l'enseignant de Another Brick in the Wall entre Bring the Boys Back Home et Comfortably Numb. Plus subtilement, le motif récurrent de Another Brick in the Wall est audible dans In the Flesh? et est plus facilement perceptible dans Empty Spaces, Hey You, Waiting for the Worms et The Trial[102].

Disque 1[modifier | modifier le code]

L'album s'ouvre sur In the Flesh?, dont le titre est un hommage direct à la tournée éponyme qui a grandement influencé l'écriture de The Wall. Vers la fin du morceau, l'idée de Waters de bombarder le public est illustrée par ses cris — « Lights. Roll the sound effects. Action! Drop it on them! » (« Lumière. Lancez les effets sonores. Action ! Lâchez-le sur eux ! ») — qui sont suivis par des bruits de Stuka descendant en piqué et des explosions. In the Flesh? est lié au titre suivant The Thin Ice par des pleurs de bébé. David Gilmour y joue le rôle de la mère, débutant le titre avec la ligne « Mama loves her baby » (« Maman aime son bébé »), avant d'être relayé par Roger Waters au chant. The Thin Ice se termine sur une explosion musicale lors du troisième segment qui amène Another Brick in the Wall, Part 1. Première de trois parties, elle introduit le motif de Another Brick in the Wall, un à la pédale réutilisé dans les autres parties, et possède une partie instrumentale longue comparée aux deux autres parties[103].

Un bruit d'hélicoptère lie ensuite Another Brick in the Wall, Part 1 à The Happiest Days of Our Lives, titre probablement inspiré par le film Cette Sacrée Jeunesse de Frank Launder, qui raconte l'histoire d'une école pour garçons qui doit fusionner avec une école pour fille en temps de guerre. Le titre est musicalement scindé en deux parties : dans la première, Waters raconte l'humiliation qui subissent les élèves par leur enseignant, puis dans la seconde il y raconte la relation du professeur avec sa femme. La chanson débute également sur un bruit d'hélicoptère, depuis lequel on peut entendre Waters crier « You! Yes you! Stand still, laddy! » (« Toi ! Oui toi ! Bouge pas mon garçon ! »), puis se termine avec une section à la cadence suspendue qui repart pour le début de Another Brick in the Wall, Part 2 sur un cri rappelant ceux de Careful with That Axe, Eugene[104].

Disque 2[modifier | modifier le code]

Autres chansons[modifier | modifier le code]

Plusieurs titres ont dû être coupé de l'album avant sa sortie, certains d'entre-eux étant disponibles entre les centaines d'enregistrements pirates de Pink Floyd. What Shall We Do Now? est écarté à cause d'un manque de place sur la face B du vinyle et remplacé par une version raccourcie nommée Empty Space. La fabrication des pochettes étant déjà en cours lorsque la décision est prise, les paroles de What Shall We Do Now? sont restées imprimées sur la pochette intérieur, entre Goodbye Blue Sky et Young Lust. Parfois appelé Do Now?, ses paroles sont en grande partie une critique de la société de consommation et correspondent à un instant de questionnement pour Pink, qui en vient à s'intéresser obsessionnellement aux incertitudes des autres pour venir à bout de son isolement. Malgré le fait que What Shall We Do Now? n'est pas sur l'album, elle est remplace Empty Space dans les concerts et le film d'Alan Parker, venant se placer juste après Mother[105].

Également écarté de l'album mais présent dans le film, When the Tigers Broke Free est supprimé en raison d'un texte jugé trop personnel, la chanson racontant en détail la mort du père de Pink dans des événements très proches de la réelle mort du père de Waters. Elle comporte deux parties distinctes : dans le premier couplet, le père de Pink se prépare au combat puis, dans les deux derniers couplets, Pink raconte avoir trouvé la lettre officielle annonçant la mort de son père avant de revêtir l'uniforme de celui-ci. When the Tigers Broke Free est finalement utilisé comme single pour la promotion du film The Wall et est rajouté à The Final Cut en 2004 lors de la réédition de celui-ci[106].

Certains titres, comme Is There Anybody Out There, Part II, The Thin Ice, Part II ou Empty Spaces, Part II, sont présents dans la démo de Waters mais ne sont pas choisis pour faire partie de l'album. Entre autres, The Thin Ice, Part II est monter de façon à terminer l'album en reprenant le solo de The Thin Ice. Enfin, The Last Few Bricks est jouée pendant la tournée de The Wall, juste avant Another Brick in the Wall, Part III. Sorte de medley des chansons du disque 1 de l'album, elle est en réalité une façon pour le groupe d'attendre que les techniciens achèvent la construction du mur[63].

Pochette[modifier | modifier le code]

La pochette de The Wall peinte sur le mur de Berlin.

The Wall est le premier album de Pink Floyd depuis The Piper at the Gates of Dawn, en 1967, dont la pochette n'est pas réalisée par Storm Thorgerson et son studio Hipgnosis. Waters s'étant brouillé avec le designer quelques années auparavant lorsque ce dernier inclut la couverture de Animals dans son livre The Work Of Hipgnosis : "Walk Away René", c'est Gerald Scarfe qui est chargé du design de la pochette[43]. Celle-ci est ouvrante, comme pour tout double album, et le recto-verso extérieur n'est rien d'autre qu'un mur blanc dessiné[107].

À l'intérieur, sur le volet gauche, on peut apercevoir à travers un trou dans le mur un stade semblable au stade olympique de Montréal, où Pink Floyd a donné le concert inspirant The Wall en 1977. Ce dernier est dominé par un juge à la tête semblable à un fessier et un avion qui descend en piqué et rappelle celui du morceau Mother. Enfin, en bas à gauche, on retrouve des marteaux qui défilent tels des soldats sous la lumière des projecteurs. Le volet droite, qui a été modifié plusieurs fois avant d'être imprimé, comprend également un mur troué à travers lequel on peut y apercevoir plusieurs personnages : le professeur tyrannique, qui essaie de s'extirper du mur, la femme de Pink caricaturée en mante religieuse et sa mère aux bras protecteurs. Les illustrations de Scarfe se trouvent également sur les macarons de disque. Chaque face comprend ainsi un personnage important au récit de l'album : sur la face 1 le professeur, sur la face 2 sa femme, cette fois en scorpion, sur la face 3 Pink, désarticulé, et sur la face 4 le juge[108].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Liste des chansons[modifier | modifier le code]

Toutes les paroles sont écrites par Roger Waters. Les musiques furent composées à la base par Waters, puis arrangées par le groupe après que Waters leur présenta la maquette de l'album. Trois musiques sont de David Gilmour : Young Lust, Comfortably Numb et Run Like Hell.

Disque 1
Face A
No TitreChant principal Durée
1. In the Flesh?Roger Waters 3:19
2. The Thin IceDavid Gilmour, Roger Waters 2:29
3. Another Brick in the Wall, Part IRoger Waters 3:10
4. The Happiest Days of Our LivesRoger Waters 1:51
5. Another Brick in the Wall, Part IIDavid Gilmour, Roger Waters, chorale d'Islington Green School 3:59
6. MotherDavid Gilmour, Roger Waters 5:36
Face B
No TitreChant principal Durée
7. Goodbye Blue SkyDavid Gilmour 2:48
8. Empty SpacesRoger Waters 2:08
9. Young Lust (Roger Waters, David Gilmour)David Gilmour, Roger Waters 3:30
10. One of My TurnsRoger Waters 3:37
11. Don't Leave Me NowRoger Waters, David Gilmour 4:16
12. Another Brick in the Wall, Part IIIRoger Waters 1:15
13. Goodbye Cruel WorldRoger Waters 1:14
39:13
Disque 2
Face C
No TitreChant principal Durée
1. Hey YouDavid Gilmour, Roger Waters 4:42
2. Is There Anybody Out There?Roger Waters 2:40
3. Nobody HomeRoger Waters 3:25
4. VeraRoger Waters 1:33
5. Bring the Boys Back HomeRoger Waters 1:27
6. Comfortably Numb (Roger Waters, David Gilmour)David Gilmour, Roger Waters 6:24
Face D
No TitreChant principal Durée
7. The Show Must Go OnDavid Gilmour 1:35
8. In the FleshRoger Waters 4:17
9. Run Like Hell (Roger Waters, David Gilmour)Roger Waters 4:24
10. Waiting for the WormsDavid Gilmour, Roger Waters 3:58
11. StopRoger Waters 0:30
12. The Trial (Roger Waters, Bob Ezrin)Roger Waters 5:20
13. Outside the WallRoger Waters 1:43
41:58

Personnel[modifier | modifier le code]

L'équipe réunie pour l'enregistrement et la production de l'album est composée des personnes suivantes[109] :

Pink Floyd
Musiciens additionnels

Richard Wright, ayant été évincé du groupe par Roger Waters, ne faisait donc plus partie de Pink Floyd à la sortie de l'album, mais il apparut pour la tournée à titre de simple employé.

Équipe de production[modifier | modifier le code]

Classements et certifications[modifier | modifier le code]

Classements album
Pays Durée du
classement
Meilleur
classement
Drapeau de l'Allemagne Allemagne[110] 155 semaines 1er
Drapeau de l'Australie Australie[110] 2 semaines 20e
Drapeau de l'Autriche Autriche[110] 49 semaines 1er
Drapeau de la Belgique Belgique (W)[110] 57 semaines 20e
Drapeau de la Belgique Belgique (V)[110] 29 semaines 44e
Drapeau du Canada Canada[111] 49 semaines 1er
Drapeau du Danemark Danemark[110] 28 semaines 6e
Drapeau de l'Espagne Espagne[110] 53 semaines 9e
Drapeau des États-Unis États-Unis[112] 150 semaines 1er
Drapeau de la Finlande Finlande[110] 6 semaines 17e
Drapeau de la France France[113] 155 semaines 1er
Drapeau de l'Italie Italie[110] 439 semaines 4e
Drapeau de la Norvège Norvège[110] 50 semaines 1er
Drapeau de la Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande[110] 109 semaines 1er
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas[110] 35 semaines 1er
Drapeau du Portugal Portugal[110] 36 semaines 10e
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni[114] 68 semaines 3e
Drapeau de la Suède Suède[110] 29 semaines 1er
Drapeau de la Suisse Suisse[110] 54 semaines 1er
Certifications
Pays Certification Ventes Date
Drapeau de l'Allemagne Allemagne[115] Disque de platine 4 × Platine 2 000 000 + 1994
Drapeau de l'Australie Australie[116] Disque de platine 11 × Platine 770 000 + 2011
Drapeau du Canada Canada[117] Disque de diamant 2 × Diamant 2 000 000 + 31/08/1995
Drapeau des États-Unis États-Unis[118] Disque de platine 23 × Platine 23 000 000 + 29/01/1999
Drapeau de la France France[119] Disque de diamant Diamant 1 000 000 + 1991
Drapeau de l'Italie Italie[120] Disque de platine 3 × Platine 150 000 + 2016
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas[121] Disque de platine Platine 100 000 + 1979
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni[122] Disque de platine 5 × Platine 1 500 000 + 16/06/2017

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En plus d'offrir plus de flexibilité, la lecture répétée de la bande magnétique peut, avec le temps, réduire la qualité du matériel enregistré.

Références[modifier | modifier le code]

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  122. BPI.co.uk/certified-awards/search/pink floyd consulté le 24 janvier 2019

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mark Blake, Comfortably Numb: The Inside Story of Pink Floyd, Hachette Books, , 448 p. (ISBN 978-0-7867-2708-7)
  • Philippe Gonin, Pink Floyd The Wall, Gémenos, Le Mot et le Reste, , 173 p. (ISBN 9782360541478)
  • Jean-Michel Guesdon et Philippe Margotin, Pink Floyd, la totale : Les 179 chansons expliquées, EPA Editions, , 592 p. (ISBN 978-2-37671-256-5)
  • Nick Mason, Pink Floyd, l'histoire selon Nick Mason NED, Éditions du Chêne, , 312 p. (EAN 9782851208934)
  • (en) Andy Mabbett, The Complete Guide to the Music of Pink Floyd, Omnibus, , 150 p. (ISBN 978-0-7119-4301-8)
  • Glenn Povey, Pink Floyd, Éditions Place des Victoires, (ISBN 978-2-8099-0092-7).
  • (en) Nicholas Schaffner, Saucerful of Secrets: The Pink Floyd Odyssey, Harmony Books, (ISBN 978-0-517-57608-3)
  • (en) Stuart Shea et Pink Floyd, Pink Floyd FAQ: Everything Left to Know ... and More!, Backbeat Books, (ISBN 978-1-61713-394-7, lire en ligne)

Sources et liens externes[modifier | modifier le code]

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