The Dark Side of the Moon

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The Dark Side of the Moon
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Un prisme similaire à celui représenté sur la pochette.
Album de Pink Floyd
Sortie Drapeau des États-Unis
Drapeau du Royaume-Uni [1]
Enregistré -
aux studios Abbey Road (Londres)
Durée 42 minutes 58 secondes
Genre Rock progressif
Format 33 tours
Producteur Pink Floyd
Label Drapeau du Royaume-Uni Harvest, EMI
Drapeau des États-Unis Harvest, Capitol
Classement Drapeau du Royaume-Uni N° 2
Drapeau des États-Unis N° 1
Critique

AllMusic 5/5 étoiles
Rolling Stone (très favorable)
Blender 5/5 étoiles
Sputnikmusic 4/5 étoiles
MSN Music 5/5 étoiles
Robert Christgau (B)

Albums de Pink Floyd

Singles

  1. Money
    Sortie : 7 mai 1973
  2. Us and Them
    Sortie : 4 février 1974

The Dark Side of the Moon (litt. « la face cachée de la Lune ») est le huitième album studio du groupe de rock progressif britannique Pink Floyd. Paru le aux États-Unis et le au Royaume-Uni, il est souvent considéré comme leur album le plus abouti. Il aborde des thèmes universels, comme le travail, l'argent, la vieillesse, la guerre, la folie et la mort.

The Dark Side of the Moon a la particularité d'avoir été joué pour la première fois en concert le , soit plus de treize mois avant sa sortie, et d'avoir été joué et retravaillé sur scène durant tout ce temps. Le matériel alors utilisé était d'ailleurs bien plus sophistiqué que celui utilisé pour l'enregistrement de l'album. Le groupe se servit, pour l'enregistrement, de techniques encore rares à l'époque, et utilisa des synthétiseurs analogiques, comme le VCS 3, sur plusieurs des pièces. Alan Parsons était l'ingénieur du son responsable de l'enregistrement, et notamment des principaux aspects sonores présents comme la performance de Clare Torry sur The Great Gig in the Sky.

La pochette, réalisée par Storm Thorgerson, est la réponse à la demande du groupe d'un concept graphique « simple et audacieux ». Le célèbre prisme représente l'éclairage scénique du groupe, et le livret original de l'album contenait les paroles des chansons de l'album.

Présent dans le Billboard 200 américain pendant une période record de 942 semaines — l'équivalent de près de dix-huit ans — dont 591 consécutives, le disque représente le troisième album le plus vendu de tous les temps (derrière Back in Black d'AC/DC et Thriller de Michael Jackson), avec des ventes estimées entre 45 et 50 millions d'exemplaires.

Les titres Money et Us and Them/Time sont sortis en single, et Money est ainsi devenu le premier à propulser Pink Floyd en tête des ventes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

« [...] Je crois qu'alors nous pensions tous — Roger [Waters] le premier — que beaucoup des paroles que nous écrivions étaient un peu trop indirectes. Nous avions désormais le sentiment que les mots allaient enfin pouvoir être clairs, et précis »[2],[C 1].

Suite à la sortie de Meddle en , Pink Floyd entame une tournée aux États-Unis. Conscients qu'ils jouent les mêmes morceaux depuis près d'un an, les membres du groupe décident de débuter l'écriture d'un nouvel album[3]. Lors d'une réunion chez Nick Mason, à Camden Town, Roger Waters propose de jouer l'album durant la tournée de 1972. Ses bases naissent alors pendant des répétitions aux Broadhurst Gardens de Londres[4],[5].

Waters, seul auteur du concept de l'album, crée alors une tragédie moderne en trois parties, séparée par des thèmes précis : d'abord l'aliénation de l'enfance, inspirée de sa propre expérience, suivi d'une critique de la société — soit la politique, l'argent et la religion — et enfin la course contre la mort, et le néant qu'elle amène[6].

Écriture[modifier | modifier le code]

icône haut parleur Audio externe
Première démo de Money par Roger Waters.

Globalement, les trois autres membres sont d'accord avec Waters sur l'idée d'unifier l'album sur une idée centrale[2]. Eux quatre participent à l'écriture des paroles et de la musique. Waters amène alors la première démo de l'album, avec Money, qu'il tire d'improvisations datant de la fin des années 1960, notamment audible lors du direct de la BBC lors de l'atterrissage d'Apollo 11 sur la Lune sous le titre de Moonhead[7],[8]. Money n'est pas le seul titre à utiliser des travaux préexistants : la ligne d'ouverture de Breathe provient d'un travail de Waters avec Ron Geesin sur l'album Music from the Body, et la structure du piano sur Us and Them est écrite par Richard Wright lors du travail sur le film Zabriskie Point[9],[10]. Le groupe répète dans une salle de répétition qui appartient alors aux Rolling Stones. Pour compléter les chutes d'anciens projets, le groupe improvise lors de jam sessions, Gilmour ayant expliqué : « on jouait deux heures en mi mineur ou en la et ça prenait cinq minutes de l'album »[7].

Pour ses concerts à venir, le groupe fait l'acquisition d'un nouveau système de sonorisation, avec une table de mixage à 28 canaux et un système quadriphonique à quatre canaux ; ce nouveau matériel permet dès lors d'enregistrer des boucles sonores jouées en concerts. Les membres de Pink Floyd achètent également leur premier équipement d'éclairage sur-mesure, qu'ils confient à leur nouvel éclairagiste Arthur Max. Au total, le matériel de tournée des Floyd pèse plus de 9 tonnes et doit être transporté par camion. Wright a commenté cette situation : « J'observe parfois notre immense semi-remorque et nos tonnes de matériel, et je me dis : « Bon Dieu, tout ce que je fais, c'est de jouer de l'orgue ! » »[11].

Le Rainbow Theater, à Londres.

Pink Floyd n'a pas l'habitude de jouer ses albums en entier en tournée, mais cette méthode de travail leur permet de revoir et parfaire chaque morceau. Après trois jours de répétition au Rainbow Theater, le , les Floyd y jouent la première représentation de ce qu'ils appellent alors Dark Side of the Moon: A Piece for Assorted Lunatics ; des problèmes de bandes préenregistrées les empêchent cependant de jouer l'album dans son intégralité ce soir-là. Le lendemain, après une prestation complète au Plymouth Guildhall, le magazine New Musical Express rend une critique des nouveaux morceaux très positive : « les Floyd ont inauguré la première partie de leur tournée avec un nouveau set […], montrant du même coup que leur écriture avait pris une forme nouvelle et de nouveau très innovante »[12]. À ce stade, l'album est déjà très proche du résultat final : l'ordre des titres est déjà le bon, bien qu’Echoes ne soit pas encore écrit, et On the Run et The Great Gig in the Sky s'appellent encore respectivement Travel Sequence et Mortality Sequence[13]. Ces derniers sont également différents musicalement par rapport à leur version finale : On the Run ne comporte pas de synthétiseur et des passages bibliques préenregistrés sont lus pendant The Great Gig in the Sky, qui est alors principalement un solo de piano électrique[14].

Dark Side of the Moon est joué à la presse le au Rainbow Theatre[13]. Michael Whale, du Times, écrit alors que l'album « apporte les larmes aux yeux. C'était si limpide, et un tel questionnement musical à la fois »[15],[C 2]. Derek Jewell, du Sunday Times, écrit quant à lui : « L'ambition des intentions artistiques des Floyd sont aujourd'hui vastes »[C 3],[16]. Melody Maker est cependant moins enthousiaste : « Musicalement, il y a d'excellentes idées, mais les effets sonores étaient tels que je me demandais parfois si je n'étais pas dans une cage d'oiseau, au Zoo de Londres »[C 4],[17].

Le nom de l'album est changé temporairement car Medicine Head, un autre groupe britannique, vient de sortir un album appelé The Dark Side of the Moon, une coïncidence qui embête Gilmour : « il fut baptisé un moment Eclipse […]. Mais ce n'était pas vendeur et c'était l'horreur. J'étais personnellement contre Eclipse et on se sentait un peu ennuyés parce qu'on avait déjà pensé au titre avant la sortie de l'album de Medicine Head. Non pas ennuyés contre eux, mais parce qu'on voulait quand même utiliser le titre »[18]. L'échec commercial de l'album de Medicine Head décide finalement Pink Floyd à utiliser le nom The Dark Side of the Moon[13].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

La longue tournée de Pink Floyd à travers l'Europe et l'Amérique du Nord leur permet d'améliorer constamment l'ampleur et la qualité de leurs représentations[19]. Le travail sur l'album est interrompu fin février 1972 alors que le groupe se rend en France pour enregistrer la musique du film de Barbet Schroeder La Vallée, qui devient l'album Obscured by Clouds[14]. Ils se produisent ensuite au Japon et reviennent en France en mars pour terminer leur travail sur le film. Après une série de concerts en Amérique du Nord, le groupe s'envole pour Londres afin de commencer l'enregistrement[20].

The Dark Side of the Moon est enregistré aux studios 2 et 3 d’Abbey Road, selon Povey à partir du , selon Vernon Fitch à partir du , en une quarantaine de séances[21],[22]. Alan Parsons tient le rôle d’ingénieur du son, alors qu'il a déjà travaillé avec Pink Floyd en tant qu’assistant sur le titre Point Me at the Sky et sur les albums Ummagumma et Atom Heart Mother, et qu'il est également connu pour avoir enregistré les albums Abbey Road et Let It Be des Beatles[23]. L'enregistrement est réalisé au moyen de techniques peu communes pour l'époque : le studio dispose d’un enregistreur à seize pistes, ce qui offre une flexibilité bien plus importante que les huit et quatre pistes, plus courants à l'époque et que le groupe a utilisé jusqu'alors. À certaines occasions, le groupe a besoin de tellement de pistes que certaines bandes sont enregistrées en parallèle les unes des autres, pour pouvoir être lues comme une seule bande[24].

La première chanson à être enregistrée est Us and Them, suivie six jours plus tard par Money[25]. Time et The Great Gig in the Sky sont enregistrées ensuite, suivies d'une pause de deux mois, durant laquelle les membres du groupe passent du temps avec leurs familles et préparent la tournée aux États-Unis à venir[26]. Malgré tout, l'enregistrement souffre de nombreuses interruptions : Waters, supporter inconditionnel du Arsenal Football Club, quitte régulièrement les studios pour voir son équipe jouer, et le groupe s'arrête occasionnellement de travailler afin de regarder le Monty Python's Flying Circus à la télévision, laissant Parsons s'occuper des pièces enregistrées[24]. Ces moments de solitudes ne dérangent cependant pas Parsons, qui a déclaré en avoir profité pour « y laisser [son] emprunte »[27]. Waters réfute cependant ces affirmations lors d'une interview en 2003 : « Nous les regardions parfois, mais lorsque nous avions un travail en cours, nous le terminions »[C 5],[28].

De retour des États-Unis, en , ils enregistrent Brain Damage, Eclipse, Any Colour You Like, et On the Run, bien que les finitions soient déjà décidées lors des sessions précédentes. Le groupe appelle un quatuor de quatre femmes choristes afin de chanter sur Time, Brain Damage et Eclipse, et les services du saxophoniste Dick Parry sont requis pour Us and Them et Money. Avec le réalisateur Adrian Maben, le groupe enregistre également les passages studio du long métrage Pink Floyd: Live at Pompeii[29]. Une fois les sessions d'enregistrement achevées, le groupe entame finalement sa tournée en Europe[30].

Instruments[modifier | modifier le code]

Le synthétiseur EMS VCS3, notamment utilisé sur Any Colour You Like.

Pour l'enregistrement de The Dark Side of the Moon, Waters utilise sa Fender Precision Sunburs comme à ses habitudes. Gilmour expérimente en échangeant les manches de ses deux guitares Stratocaster, utilise une pedal steel guitar Fender 1000 à double manche et, pour le troisième solo de Money, joue avec une Bill Lewis 24 frettes. Il réalise la saturation sur ses morceaux avec une pédale d'effet Colorsound Powerboost, et pourrait également avoir utilisé un Kepex Valley People pour le trémolo de Money et un Hi-Fli d'Electronic Music Studio[31].

Mason joue sur sa batterie Ludwig, en ajoutant des Rototoms pour la première fois pour Time. Wright utilise ses claviers habituels, en plus d'un Hammond RT-3, un Minimoog Sythesizer et un Wurlitzer EP-200, et fait également un usage intense de synthétiseurs, notamment du EMS VCS3 sur Any Colour You Like, et du EMS Synthi A sur Time et sur On the Run[31],[32].

Effets sonores[modifier | modifier le code]

Nick Mason crée une maquette de Speak to Me chez lui avant de la revoir et de la compléter en studio ; c'est l'une des rares chansons sur lesquelles il est crédité comme soliste. Cette chanson, qui ouvre l'album, contient des fondus de diverses parties d'autres chansons de l'album, ainsi que des battements de cœur créés avec une grosse caisse rembourrée frappée avec une mailloche — aussi présents sur Eclipse en fermeture de l'album ; l'idée initiale de Mason est d'utiliser un vrai cœur, mais cela se révèle trop stressant à l'écoute[33]. Les effets sonores développés sur Money sont créés par Waters et Mason[a]. Il s'agit alors de sept sons d'une seconde chacun qui se suivent pour donner une boucle en sept temps[34]. Les sons qui se suivent sont ainsi : du papier déchiré, un uni-sélecteur (la partie des vieux téléphone permettant de choisir un numéro de téléphone), des pièces, encore l'uni-sélecteur, un collier de pièces, à nouveaux des pièces, et enfin une caisse enregistreuse[35].

Le groupe conçoit et enregistre également des sons peu conventionnels, comme celui d'un ingénieur du son courant autour de la chambre à écho du studio sur On the Run[32]. Les horloges et le carillon synchronisés, accompagnés par une série de rototoms, et sonnant en même temps au début de Time, sont à l'origine un test créé par Alan Parsons afin d'expérimenter la quadriphonie[36]. L'ingénieur du son enregistre séparément chaque montre, horloge et carillon chez un antiquaire, et, bien que l'enregistrement ne soit pas créé spécifiquement pour l'album, il est rajouté au mix final[37].

Chants[modifier | modifier le code]

L'orgue Hammond B3 et sa cabine Leslie, notamment utilisé sur On the Run.

Plusieurs chansons, dont Us and Them et Time, démontrent la capacité de Richard Wright et de David Gilmour d’accorder leur voix. Selon Roger Waters, cela viendrait du fait que leurs voix sont très similaires[38]. Afin d’exploiter au mieux cette qualité, Parsons utilise certaines techniques d’enregistrement comme l’enregistrement à deux pistes pour voix et guitare, ce qui permet à Gilmour d’harmoniser son chant et son instrument. Parallèlement, Parsons utilise souvent des effets flanger et de décalage de phase sur les chants et la guitare, une astuce utilisant la réverbération, ainsi que le déplacement des sons entre les canaux (surtout notables sur le mix quadriphonique d’On the Run lorsque les sons de l'orgue Hammond B3, joués dans une cabine Leslie, entourent l’auditeur)[39].

Clare Torry en 2003.

Les crédits de l’album incluent notamment Clare Torry, une musicienne de session habituée des studios Abbey Road. Elle a auparavant travaillé sur de nombreux morceaux de pop et sur de nombreuses reprises d’albums, et, après avoir écouté l’un de ses travaux, Parsons l’invite à chanter en studio sur The Great Gig in the Sky. Elle décline l’invitation pour voir jouer Chuck Berry au Hammersmith Odeon, mais s’arrange finalement pour venir le dimanche suivant. Le groupe lui explique le concept de l’album, mais personne ne sait alors ce qu’elle devrait chanter. Après quelques courtes prises, le soir, Torry improvise une mélodie sans paroles en accompagnement au piano de Wright. Elle est initialement embarrassée par son exubérance lors de l’enregistrement, tandis qu’eux-mêmes sont très satisfaits par sa performance[40],[41]. Ses prises sont éditées sélectivement afin de produire la version finale présente dans l’album[41]. Elle est alors payée 30 livres sterling pour sa contribution (365 livres de 2021[42]), cependant, en 2004, elle intente un procès contre EMI et Pink Floyd, déclarant qu’elle a, au même titre que Wright, écrit la chanson. La Haute Cour de justice lui donne raison, et toutes les éditions de l’album parues après 2005 créditent Clare Torry pour sa composition vocale[43].

Voix[modifier | modifier le code]

Des phrases sont audibles tout le long de l'album. Afin d'enregistrer ces voix, les membres de Pink Floyd déposent des cartes sur un pupitre à l'entrée des studios Abbey Road. Chaque personne qui passe dans le studio doit retourner une carte et répondre à la série de questions qui y est inscrite. Des questions anodines telles que « Quelle est votre couleur préférée ? », ou « Quel est votre plat préféré ? » débutent l'interrogatoire, avant de s'orienter vers les thèmes centraux de l'album[44].

Dans Speak to Me, c'est Chris Adamson, un manager de tournée et technicien de Pink Floyd, qui dit la première phrase, « I've been mad for fucking years, absolutely years, been over the edge for yonks, been working me buns off for bands » (en français, « Je suis fou depuis un putain de nombre d'années, une paye, ça fait une éternité que je n'en peux plus, que je me tue à travailler pour des groupes »), tandis que Gerry O'Driscoll, un concierge irlandais des studios Abbey Road, dit « I've always been mad, I know I've been mad, like the most of us are… very hard to explain why you're mad, even if you're not mad » (« j'ai toujours été cinglé, je sais que je suis cinglé, comme la plus part d'entre nous… Très dur d'expliquer pourquoi l'on est fou, même si l'on est pas fou »)[45].

À la question « as-tu peur de la mort ? », le roadie Roger « The Hat » Manifold répond : « Live for today, gone tomorrow, that's me » (« vivre au jour le jour, parti demain, c'est moi »)[46],[47]. Manifold est le seul à avoir été interrogé de manière plus conventionnelle, car les cartes sont alors perdues[47]. Il est également l'auteur d'une tirade pendant Us and Them : « I mean, they're gonna kill ya, so like, if you give 'em a quick short, sharp, shock, they don't do it again, dig it? I mean he got off light, 'cos I could've given 'im a real thrashing - I only 'it 'im once! It was only a difference of opinion, but really… I mean good maners don't cost nothing, do they? Eh? » (« Je veux dire, ils vont te tuer, aussi, si tu leur donnes un coup rapide, brusque, ils ne recommenceront pas, vois-tu ? Je vais te dire, il s'en est tiré à bon compte, sinon je lui aurais filé une sacrée raclée — je ne l'ai frappé qu'une seule fois ! Juste parce qu'on n'avait pas la même opinion, mais vraiment… je veux dire, les bonnes manoères, ça coûte rien, pas vrai ? »)[48].

The Great Gig in the Sky comprend deux phrases sur le sujet de la mort. Dans la première, O'Driscoll dit : « And I am not frightened of dying. Any time will do, I don't mind. Why should I be frightened of dying? There's no reason for it, you've gotta go sometime » (« Je n'ai pas peu de la mort. Qu'elle vienne, je m'en tape. Pourquoi devrais-je avoir peur de mourir ? Il n'y aucune raison ; un jour ou l'autre, il faut bien partir »). La deuxième est une réponse de Patricia Watts, femme de Peter Watts, un manager de tournée du groupe — et père de l'actrice Naomi Watts —, dans laquelle elle dit : « I never said I was frightened of dying » (« je n'ai jamais dit que j'avais peur de mourir »)[49]. Peter Watts a également contribué à l'album sur Brain Damage, durant lequel il est audible trois fois : d'abord seulement par son rire, puis avec la phrase « I can't think of anything to say, ha ha ha! » (« je ne sais pas quoi dire ») et enfin juste avant le morceau suivant, avec « I think it's nice, ha ha ha » (« je pense que c'est bien »)[50].

Dans les derniers instants de l'album, une nouvelle phrase de Gerry O'Driscoll est utilisée : « There is no dark side of the moon, really. As a matter of fact it's all dark » (« Il n'y a pas vraiment de face cachée de la lune, en fait tout est noir »). La citation a en réalité été coupée, O'Driscoll ayant également dit « et ce qui la rend lumineuse, c'est le Soleil », mais le message est probablement jugé comme trop positif pour être inclus[51]. Paul McCartney aurait également été interrogé par Waters, mais ses réponses, jugées trop sur la défensive et pas assez spontanées, n'ont pas été conservées[45],[47].

Finitions[modifier | modifier le code]

Après la fin de l'enregistrement des voix, le producteur Chris Thomas est engagé, mais son travail sur l'album est sujet à débat. Selon Waters, il vient amener une « nouvelle paire d'oreilles », mais Gilmour et Mason parlent plutôt d'un rôle d'arbitre quant à la version final du mix. Selon eux, Waters désirerait un enregistrement « sec » et « propre », qui reposerait plus sur l'utilisation des éléments non musicaux, tandis que Gilmour voudrait un mix davantage axé sur les échos. Gilmour a déclaré à ce sujet : « Je voulais que Dark Side sonne énorme, […] avec des réverbérations [très profondes]. […] Et Roger [Waters], lui, voulait un disque avec un son plutôt très sec. Je pense qu'il était en quelque sorte influencé par le premier album solo de John Lennon [Plastic Ono Band], qui était très sec »[52].

Selon Thomas, « il n'y avait aucune divergence d'opinion entre eux. Je ne me souviens pas que Roger ait jamais demandé de mettre moins de réverbération. En fait, il n'y avait aucun indice de leur future brouille. C'était une ambiance très créative. Plutôt sympa »[52]. Bien que les faits exacts ne soient pas certains, l'intervention de Thomas résulte en un compromis entre les idées de Waters et de Gilmour, laissant les deux musiciens parfaitement satisfaits du résultat final. Thomas est responsable de changements significatifs sur l'album, comme le timing parfait de l'écho sur Us and Them, et est également présent lors de l'enregistrement de The Great Gig in the Sky[53]. Lors d'une interview en 2006, lorsqu'il lui est demandé si ses buts concernant l'enregistrement ont été atteints en studio, Waters a répondu : « Lorsque l'enregistrement était terminé, j'ai ramené une copie de l'album chez moi, et je me souviens l'avoir fait écouter à ma femme d'abord, et je me rappelle qu'elle a fondu en larmes lorsqu'il était fini. Alors, j'ai pensé : « Ça a évidemment touché une corde sensible, quelque part », et l'idée avait tendance à me plaire. Vous savez, quand on fait quelque chose, en particulier un morceau de musique, on l'entend avec de nouvelles oreilles lorsqu'on le fait écouter à quelqu'un d'autre. Et à ce moment-là je me suis dit : « Wow, c'est un travail joliment complet », et j'étais sûr que les gens répondraient à cela[C 6],[54]. »

Parution et accueil[modifier | modifier le code]

The Dark Side of the Moon est dévoilé à la presse pour la première fois le lors d'une réception au Planétarium de Londres. Wright est le seul membre du groupe alors présent, les autres ayant décidé de boycotter cet évènement car le mixage quadriphonique de l'album n'est pas terminé et le système sonore installé par EMI est défectueux[63]. Cela n'empêche cependant pas la presse d'être enthousiaste ; Roy Hollingworth, de Melody Maker, décrit la première face comme « si complètement confuse avec elle-même qu'elle est difficile à suivre »[C 7], mais fait l'éloge de la deuxième face, écrivant : « Les chansons, les sons, les rythmes sont solides et bons, le saxophone frappe l'air, le groupe « rocked and rolled », puis jaillit et disparaît dans la nuit »[C 8],[64]. Steve Peacock de Sounds écrit quant à lui : « Je me fiche que vous n'ayez jamais entendu une note de la musique des Pink Floyd dans votre vie, je recommanderais sans réserve à tout le monde The Dark Side of the Moon »[C 9],[65]. Dans sa critique de 1973 pour le magazine Rolling Stone, Loyd Grossman déclare que Dark Side est « un bel album, avec une richesse de concept et de texture qui non seulement invite mais provoque à l'implication »[66]. Dans Christgau's Record Guide: Rock Albums of the Seventies, paru en 1981, Robert Christgau écrit qu'il trouve les paroles remplies de clichés et la musique prétentieuse, mais qualifie l'album de « chef-d'œuvre kitsch » qui peut être charmant avec des points forts tels que les fragments de discours dispersé au cours de l'écoute, le saxophone de Parry et les effets de studio qui mettent en valeur les solos de guitare de Gilmour[57].

The Dark Side of the Moon sort d'abord aux États-Unis le , puis au Royaume-Uni le [66]. L'album connaît un succès immédiat en Grande-Bretagne et dans toute l'Europe occidentale[65] ; un mois après sa sortie, il est certifié or aux États-Unis. Tout au long du mois de , le groupe joue l'album dans le cadre de sa tournée américaine, notamment lors d'une représentation de minuit au Radio City Music Hall de New York le devant un public de 6 000 personnes. L'album atteint la première place du Billboard 200 le , et connaît un tel succès que le groupe revient aux États-Unis deux mois plus tard pour une nouvelle tournée[67].

Postérité[modifier | modifier le code]

Impact sur le groupe[modifier | modifier le code]

Le succès de l'album est la source d'une aisance financière jusqu'alors inconnue aux quatre membres du groupe : Richard Wright et Roger Waters s'achetent de grandes maisons et Nick Mason commence à collectionner les voitures haut de gamme[68]. Une part des bénéfices est investie dans la production du film Monty Python : Sacré Graal ! [69]. L'ingénieur du son Alan Parsons est nommé pour le Grammy Award de la meilleure conception d'enregistrement, catégorie non classique pour son travail sur The Dark Side of the Moon[70], et cela le mène à une carrière d'artiste très prolifique. Bien que Waters et Gilmour ont à l'occasion minimisé sa contribution à l'album, Mason l'a souvent loué[71]. En 2003, Parsons a déclaré : « Je crois qu'ils ont tous ressenti que j'avais rattaché tout le reste de ma carrière à The Dark Side of the Moon, ce qui n'est pas entièrement faux. Mais je me lève encore, parfois, frustré à l'idée du fait qu'ils ont gagné des millions à l'insu de tous, contrairement à nombre de personnes qui ont travaillé avec eux sur cet enregistrement »[C 10]. Lors de l'enregistrement de l'album, il n'est en effet payé que 35 livres sterling par semaine pour son travail (426 livres de 2021[42])[72].

Reprises, hommages et influences[modifier | modifier le code]

Selon Rick Wright, l'album de jazz modal de Miles Davis, Kind of Blue (1959), est l'une des sources d'inspiration pour The Dark Side of the Moon[73].

Le titre de l'album a souvent été repris et parodié. En 1974 est sorti le seul album solo de Keith Moon, le batteur des Who, intitulé Two Sides of the Moon. Il ne connut pas un grand succès. En 1976, le groupe anglais Colosseum II enregistre un morceau instrumental intitulé Dark Side of the Moog sur son album Strange New Flesh. Le groupe belge Sttellla signe en 1995 l'album intitulé The Dark Side of The Moule[74]. Le groupe Ministry a lui aussi parodié le titre de cet album en intitulant un de ses disques Dark Side of the Spoon (1999). Le groupe Easy Star All-Stars a repris le titre de l'album, l'arrangeant en Dub, et l'intitulant Dub Side of the Moon (2003). En 2006, Richard Cheese a appelé son album The Sunny Side of the Moon en parodiant également la pochette, dont le prisme est remplacé par un verre à cocktail[75]. Le groupe italien MusicArt Project (Pier Gonella, Giorgia Gueglio, Peso, Steve Vawamas[76]) a repris le titre de l'album, l'arrangeant en rock et l'intitulant The Black Side of the Moon (2012)[77].

En 1994, Klaus Schulze et Pete Namlook sortent une série de onze CD intitulés Dark Side of the Moog où chaque titre est un détournement d'un titre de Pink Floyd (Wish you were there, A Saucerful Of Ambience, Phantom Heart Brother, Three Pipers at the Gates of Dawn, Psychedelic Brunch, The Final DAT, Obscured By Klaus, Careful with the AKS, Peter, Set the Controls for the Heart of the Mother, Astro know me domina, The Heart Of Our Nearest Star).

Le groupe de metal progressif Dream Theater a joué l'intégralité de l'album lors d'un concert[78].

En 2012 Thierry Balasse et la compagnie Inouïe créent La Face Cachée de la Lune, un spectacle qui reprend l'intégralité du disque, ainsi que certains extraits de One of These Days et de Echoes. L'originalité du spectacle est que la quasi-totalité des effets, notamment les boucles sonores, préparés en studio par Pink Floyd, sont produites sur scène par les dix musiciens, à l'aide des mêmes outils et synthétiseurs que ceux utilisés originellement par le groupe[79],[80].

Par sa perfection plastique, The Dark Side of the Moon, préfigure une tendance esthétisante du rock qui, via la pop sophistiquée de groupes tels Supertramp et Steely Dan aboutira au rock FM aseptisé des années 80, même si cette paternité encombrante s'avère bien involontaire[81]. D'une certaine manière le groupe par cet album devient la vitrine grand public du rock progressif. Cela mènera dès lors le quatuor vers un succès de masse intemporel, voire trans-générationnel que les autres groupes phares de ce genre comme Yes ou Emerson, Lake & Palmer n'ont pas su atteindre, malgré leurs incontestables réussites artistiques et commerciales.

Rééditions[modifier | modifier le code]

En 1979, The Dark Side of the Moon ressort en LP remasterisé par Mobile Fidelity Sound Lab[82], et en sur le format CD Ultradisc[83]. En 1984, EMI fait ressortir l'album sur le nouveau format compact disc, et huit ans plus tard dans le coffret Shine On[84]. Cette édition ressort un an plus tard pour le 20e anniversaire du disque dans un coffret comportant des cartes postales. La pochette est à nouveau signée Storm Thorgerson, le graphiste à l'origine de la couverture de 1973[85]. Sur certains pressages du CD, on pourrait faiblement entendre après Eclipse une version orchestrale de la chanson des Beatles Ticket to Ride, pendant les battements de cœur qui clôturent l'album, due à une erreur de remasterisation[86].

Le mix quadriphonique original[b] demandé par EMI, ne fut jamais approuvé par le groupe[87] mais afin de célébrer le 30e anniversaire de l'album, une version mise à jour sortit en 2003. Le groupe décida étonnamment de ne pas réutiliser le mix d'Alan Parsons (réalisé peu de temps après la première parution de l'album), mais choisit à la place l'ingénieur du son James Guthrie qui créa un nouveau mix 5.1 surround pour le format SACD[87],[88]. Guthrie avait déjà travaillé avec Pink Floyd en tant que coproducteur et ingénieur du son de The Wall, paru en 1979, et avait précédemment travaillé sur les versions surround du DVD de The Wall et de l'album SACD In the Flesh de Roger Waters. En 2003, Alan Parsons exprima une légère déception vis-à-vis du mix SACD de Guthrie, en déclarant qu'il était « peut-être un peu trop vrai par rapport au mix original[C 11] » mais fut généralement plus flatteur lors de la sortie du disque[87].

Parsons déclara, à propos de On the Run : « Après avoir écouté ce mix pendant un moment, j'ai l'impression d'avoir surtout écouté du stéréo, avec une pointe de surround[C 12]. » Il loua le mix d'autres chansons, en particulier The Great Gig in the Sky : « Je tire mon chapeau à James pour avoir réussi à obtenir le timbre original de la voix de Clare Torry. Il a fait mieux que le mix original, sur lequel il est un peu fade. Le mix stéréo est lourd sur l'orgue Hammond, et la voix de Clare est un peu trop éloignée. Dans mon mix quadriphonique, l'Hammond est à peine présent, ce qui vous montre que je n'ai pas vraiment été fidèle au mix stéréo. Le mix quadriphonique sonne bien, mais celui de James est meilleur. Son mix est réellement plus clair, et il a remis Clare en avant[C 13]. »[réf. nécessaire] L'édition 30e anniversaire remporte quatre Surround Music Awards en 2003[89] et s'est écoulée à plus de 800 000 exemplaires[90]. La pochette est réalisée par une équipe de graphistes qui, à nouveau, inclut Storm Thorgerson. Il s'agit de la photographie d'un vitrail personnalisé, conçu pour correspondre aux dimensions et proportions exactes du prisme original. Du verre transparent, maintenu par des bandes de plomb, est utilisé pour remplacer les couleurs opaques de l'image de 1973. L'idée vient du « sentiment de pureté dans la qualité du son, qui est en 5.1 surround[C 14]... » L'image est créée dans l'intention d'être « la même mais différente, tel que le design fasse clairement DSotM, encore reconnaissable avec le prisme, mais différente et donc nouvelle[C 15],[91] ».

The Dark Side of the Moon est également reparu en 2003 sur un vinyle vierge de 180 grammes, masterisé par Kevin Gray à AcousTech Mastering, et incluait alors des versions légèrement différentes des posters et des autocollants originaux vendus avec la version originale, ainsi qu'un poster de la pochette de l'édition 30e anniversaire[92]. En 2007, l'album fut inclus dans la compilation Oh, By the Way, coffret créé à l'occasion du 40e anniversaire de Pink Floyd[93], et une version sans GDM fut publiée sur l'iTunes Store. En septembre 2011, l'album parut de nouveau à l'occasion de la sortie Why Pink Floyd... ?. Le coffret de six disques (3 CD, 2 DVD et un Blu-Ray) Immersion Edition incluent une nouvelle remasterisation de l'album par Guthrie, une performance live de l'album de 1974, le mix quadriphonique original de Parsons, le mix SACD 5.1 surround par Guthrie, le mix original en stéréo de 1973, des versions haute définition de ces trois mixes (quadriphonique, 5.1 et stéréo), un mix alternatif de Parsons de 1972, des prises alternatives et des démos. Le coffret contient également des images de concert et un documentaire. Un disque simple Discovery Edition et une édition deux disques, Experience Edition, sortirent également à la même occasion[94].

Caractéristiques artistiques[modifier | modifier le code]

Concept et musique[modifier | modifier le code]

Roger Waters interprétant un extrait de l'album Dark Side of the Moon, Time en 2007 ; en arrière-plan, des montres tirées du clip de la chanson.

The Dark Side of the Moon est construit sur les expérimentations que les membres de Pink Floyd avaient faites tout au long de leurs précédents albums et concerts, mais abandonne les longues parties instrumentales qui, d'après le critique David Fricke, étaient devenues la marque de fabrique du groupe dès le départ de Syd Barrett, en 1968. David Gilmour, qui avait alors remplacé Barrett, se référa plus tard à ces instrumentaux comme « ces trucs psychédéliques repêchés[38] », et lui et Waters citèrent plus tard l'album Meddle de 1971 comme le tournant qui mena à Dark Side of the Moon[38]. Les paroles de cet album abordent les thèmes du conflit, de la cupidité, du temps qui s'écoule, de la mort et de la folie, cette dernière étant notamment inspirée par la détérioration de l'état psychique de Barrett, qui avait été le principal compositeur et parolier du groupe[38]. The Dark Side of the Moon est également marqué par son usage notable de musique concrète[95] et conceptuelle, plus en tout cas que tous les travaux antérieurs de Pink Floyd.

Chaque face du vinyle est une pièce musicale continue. Les cinq chansons de chaque face reflètent différentes étapes de la vie humaine : son commencement et sa fin par un battement de cœur, l'exploration de la nature humaine par l'expérience, et (d'après Waters), une certaine empathie (« Dark Side of the Moon était l'expression d'une empathie politique, philosophique, humanitaire qui devait se manifester » - Roger Waters)[38]. Speak to Me et Breathe soulignent toutes deux la banalité et la futilité des éléments de la vie, avec également l'éternelle menace sous-jacente de l'aliénation, et l'importance de vivre sa propre vie : « Don't be afraid to care » (« N'aie pas peur de te faire du souci »)[96]. En déplaçant l'action dans un aéroport, l'instrumental dirigé par la litanie au synthétiseur On the Run évoque le stress et l'anxiété procurés par les voyages, en particulier la peur de l'avion de Wright[97]. Time examine la manière dont chacun peut diriger sa propre vie, et avertit ceux qui restent concentrés sur ses aspects futiles. Elle est suivie par un retrait dans la solitude et l'enfermement, avec une reprise de Breathe. La face A se termine sur la prestation tout particulièrement expressive de Clare Torry au chant avec Wright au piano, sur The Great Gig in the Sky[95]. Puis la face B commence avec le son de pièces de monnaie tombant au sol : Money, qui se moque de l'avidité et du consumérisme des gens, par l'usage de paroles ironiques et des effets sonores liés à l'argent (ironiquement, le single Money fut la chanson la plus vendue de l'album, plusieurs fois reprise par d'autres groupes)[98]. Us and Them est un message à l'isolation des gens abattus, avec le symbolisme significatif du conflit, et l'usage de dichotomies simples pour décrire les relations humaines. Brain Damage apparaît comme la maladie mentale résultant d'une montée vers la gloire et d'un succès trop rapide, passant avant les désirs et besoins personnels ; en particulier, la phrase « And if the band you're in starts playing different tunes » (« Et si ton groupe se met à jouer des airs différents ») est une référence à la détérioration psychique de l'ancien membre et fondateur du groupe, Syd Barrett. L'album se termine avec Eclipse, qui marie les concepts de l'altérité et de l'unité, en forçant l'auditeur à reconnaître les traits communs partagés par l'humanité entière[99],[100].

Pochette[modifier | modifier le code]

L'album est paru à l'origine dans une pochette LP conçue par Hipgnosis et George Hardie (en) et portant le prisme dispersif, devenu emblématique, du groupe. Hipgnosis avait déjà créé plusieurs des pochettes d'albums du groupe, et en avait obtenu des résultats parfois controversés ; EMI avait déjà réagi de façon confuse face aux pochettes de Atom Heart Mother et de Obscured by Clouds, s'attendant à des compositions plus classiques incluant des lettrages et des mots. Les concepteurs Storm Thorgerson et Aubrey Powell étaient alors en mesure d'ignorer de telles critiques, alors qu'ils étaient employés par le groupe. Pour The Dark Side of the Moon, Richard Wright leur demanda de créer quelque chose de « plus intelligent, de plus soigné et de plus chic » (smarter, neater—more classy). Le dessin du prisme fut inspiré par une photographie que Thorgerson avait vue lors d'une session de brainstorming avec Powell.

L'illustration fut créée par leur associé, George Hardie. Hipgnosis avait proposé au groupe un choix de sept pochettes différentes, mais les quatre membres du groupe furent immédiatement d'accord sur le fait que le prisme était de loin le meilleur. Le dessin représente trois éléments : l'éclairage de scène du groupe, les paroles de l'album et la requête de Richard Wright pour quelque chose de « simple et audacieux » (simple and bold)[38]. Le spectre lumineux s'étend à travers l'intégralité de la pochette, une idée de Waters[101]. Ajouté peu après, la pochette inclut également un électrocardiogramme du battement de cœur utilisé à travers l'album, et le dos de l'album fait apparaître un autre prisme recombinant la lumière diffractée, selon une suggestion de Thorgerson, facilitant ainsi une disposition esthétique de l'album pour les disquaires[101]. Les bandes de couleurs émanant du prisme de la pochette ne comportent en revanche que six couleurs, ne faisant pas paraître l'indigo par rapport à la division traditionnelle des couleurs en rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet (un prisme réel faisant apparaître un spectre continu, on ne distingue dans la réalité pas de frontières entre deux couleurs). À l'intérieur de la pochette, on pouvait trouver deux posters et divers autocollants autour du thème des pyramides. L'un des posters montre des photos des membres du groupe en concert, superposées avec des lettres éparpillées formant le mot PINK FLOYD, et l'autre une photographie infrarouge des pyramides de Gizeh, créée par Powell et Thorgerson[101].

Depuis le départ du membre fondateur Syd Barrett en 1968, la charge de l'écriture des paroles est retombée sur les épaules de Waters[102]. Il est par conséquent indiqué comme l'auteur des paroles de l'album, faisant de Dark Side of the Moon le premier d'une suite de cinq albums où Waters est crédité comme l'unique parolier du groupe (les livrets des albums Wish You Were Here, Animals et The Wall le créditent en effet comme seul parolier. The Final Cut est quant à lui considéré comme étant de facto un album de Waters)[103]. Le groupe avait tant confiance en la qualité de l'écriture de Waters que, pour la première fois, ils se sentirent en mesure d'imprimer les paroles dans le livret de l'album[102]. Lorsque, en 2003, il lui fut demandé si sa contribution à l'album fut « l'organisation des idées et des cadres » et celle de David Gilmour « la musique », Waters répondit :

« C'est des conneries. La question n'est même pas que Dave ait besoin d'être motivé pour sortir le meilleur de son jeu de guitare. Et c'est un excellent guitariste. Mais l'idée qu'il a essayé de propager toutes ces années, comme quoi il aurait un sens de la musique plus prononcé que le mien, est une putain d'absurdité. C'est une idée ridicule mais les gens semblent assez contents d'y croire. »[C 16],[2]

Dark Side of the Rainbow[modifier | modifier le code]

Les titres Dark Side of the Rainbow et Dark Side of Oz sont parfois utilisées pour désigner des rumeurs circulant depuis 1994 sur Internet selon lesquelles l'album aurait été écrit comme une bande-son du film de 1939 Le Magicien d'Oz[104]. Plusieurs observateurs ont remarqué que l'album et le film semblent présenter des synchronicités notamment lorsque Dorothy Gale commence à courir alors que les paroles correspondent à « no one told you when to run » (« Personne ne t'a dit quand partir ») ou quand elle se balance sur un fil de fer au moment de la phrase « balanced on the biggest wave[105] » (« en équilibre sur la plus grande vague »). David Gilmour et Nick Mason ont cependant nié la possibilité d'une quelconque connexion entre les deux œuvres, tandis que Roger Waters qualifie les rumeurs « d'amusantes[106] ». Alan Parsons a également déclaré que le film n'avait jamais été évoqué lors de la production de l'album[107].

Titres[modifier | modifier le code]

Toutes les paroles sont écrites par Roger Waters.

Face A
No TitreMusiqueChant Durée
1. Speak to MeMasonInstrumental 1:08
2. BreatheGilmour, Waters, WrightGilmour 2:49
3. On the RunGilmour, WatersInstrumental 3:30
4. Time (contient une reprise de Breathe)Gilmour, Mason, Waters, WrightGilmour, Wright 7:06
5. The Great Gig in the SkyWright, Torry[c]Torry 4:44
Face B
No TitreMusiqueChant Durée
6. MoneyWatersGilmour 6:22
7. Us and ThemWaters, WrightGilmour, Wright 7:50
8. Any Colour You LikeGilmour, Mason, WrightInstrumental 3:26
9. Brain DamageWatersWaters 3:50
10. EclipseWatersWaters 2:08

Musiciens[modifier | modifier le code]

Pink Floyd[modifier | modifier le code]

Musiciens additionnels[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Classements dans les charts[modifier | modifier le code]

  • Seul le meilleur classement par pays est indiqué ici quelle que soit l'année de l’édition.
Classement musical (1973) Meilleure
place
Drapeau de l'Autriche Autriche (Ö3 Austria Top 40)[108] 1
Drapeau de l'Australie Australie (Kent Music Report)[109] 2
Drapeau du Canada Canada (RPM 100 Albums)[110] 1
Drapeau des États-Unis États-Unis (Billboard 200)[111] 1
Drapeau de la France France (IFOP)[112] 1
Drapeau de la Norvège Norvège (VG-lista)[113] 2
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas (Mega Album Top 100)[114] 2
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni (UK Albums Chart)[115] 2
Classement musical (1974-2018) Meilleure
place
Drapeau de l'Allemagne Allemagne (Media Control AG)[116] 3
Drapeau de la Belgique Belgique (V) Ultratop[117] 42
Drapeau de la Belgique Belgique (W) Ultratop[117] 28
Drapeau du Danemark Danemark (Tracklisten)[118] 21
Drapeau de l'Espagne Espagne (Promusicae)[119] 15
Drapeau de la Finlande Finlande (Suomen virallinen lista)[120] 10
Drapeau de l'Italie Italie (FIMI)[121] 2
Drapeau de la Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande (RIANZ)[122] 1
Drapeau du Portugal Portugal (AFP)[123] 3
Drapeau de la Suède Suède (Sverigetopplistan)[124] 15
Drapeau de la Suisse Suisse (Schweizer Hitparade)[125] 8

Certifications[modifier | modifier le code]

Pays Certification Ventes Date
Drapeau de l'Allemagne Allemagne[126] Disque de platine 2 × Platine 1 000 000 + 1993
Drapeau de l'Australie Australie[127] Disque de platine 14 × Platine 980 000 + 2011
Drapeau de l'Autriche Autriche[128] Disque de platine 2 × Platine 100 000 + 20/01/1993
Drapeau du Canada Canada[129] Disque de diamant 2 × Diamant 2 000 000 + 14/03/2003
Drapeau des États-Unis États-Unis[130] Disque de platine 15 × Platine 15 000 000 + 04/06/1998
Drapeau de la France France[131] Disque de diamant 2 × Diamant 2 900 000 + 2017
Drapeau de l'Italie Italie[132] Disque de platine 4 × Platine 200 000 + 2018
Drapeau de la Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande[133] Disque de platine 16 × Platine 240 000 + 07/11/2011
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni[134] Disque de platine 14 × Platine 4 200 000 + 05/02/2016

Notes et références[modifier | modifier le code]

Citations originales[modifier | modifier le code]

  1. « ...I think we all thought—and Roger definitely thought—that a lot of the lyrics that we had been using were a little too indirect. There was definitely a feeling that the words were going to be very clear and specific. »
  2. Citation originale : « ... bringing tears to the eyes. It was so completely understanding and musically questioning ».
  3. Citation originale : « The ambition of the Floyd's artistic intention is now vast ».
  4. Citation originale : « Musically, there were some great ideas, but the sound effects often left me wondering if I was in a bird-cage at London zoo ».
  5. « We would sometimes watch them but when we were on a roll, we would get on » - Roger Waters
  6. « When the record was finished I took a reel-to-reel copy home with me and I remember playing it for my wife then, and I remember her bursting into tears when it was finished. And I thought, "This has obviously struck a chord somewhere", and I was kinda pleased by that. You know when you've done something, certainly if you create a piece of music, you then hear it with fresh ears when you play it for somebody else. And at that point I thought to myself, "Wow, this is a pretty complete piece of work", and I had every confidence that people would respond to it ».
  7. (en) « so utterly confused with itself it was difficult to follow ».
  8. (en) « The songs, the sounds, the rhythms were solid and sound, Saxophone hit the air, the band rocked and rolled, and then gushed and tripped away into the night ».
  9. (en) « I don't care if you've never heard a note of the Pink Floyd's music in your life, I'd unreservedly recommend everyone to The Dark Side of the Moon ».
  10. « I think they all felt that I managed to hang the rest of my career on Dark Side of the Moon, which has an element of truth to it. But I still wake up occasionally, frustrated about the fact that they made untold millions and a lot of the people involved in the record didn't. »
  11. « possibly a little too true to the original mix »
  12. « After hearing his mix for a while, I think I'm hearing stereo with a bit of surround. »
  13. « I tip my hat to James for sorting out the correct bits of Clare's vocals. And he has improved on the stereo mix, which is a bit wishy-washy. The stereo is heavy on the Hammond organ, and Clare's a little too far down. In my quad mix, the Hammond is barely there, which shows you I really wasn't being faithful to the stereo mix. The quad sounds pretty good, but James still has the edge. His mix is definitely cleaner, and he's brought Clare out a bit more. »
  14. « sense of purity in the sound quality, being 5.1 surround sound »
  15. « the same but different, such that the design was clearly DSotM, still the recognisable prism design, but was different and hence new »
  16. « That's crap. There's no question that Dave needs a vehicle to bring out the best of his guitar playing. And he is a great guitar player. But the idea which he's tried to propagate over the years that he's somehow more musical than I am is absolute fucking nonsense. It's an absurd notion but people seem quite happy to believe it. » - Roger Waters

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans une interview en 2007, Waters a déclaré être le seul auteur de la boucle. Selon Philippe Gonin, Waters est seul réalisateur de la boucle qui accompagne Pink Floyd lors des concerts de 1972, mais celle-ci est réenregistrée entièrement pour l'album[34].
  2. Harvest Q4SHVL-804
  3. Clare Torry est créditée pour sa participation vocale sur les récentes éditions de l’album à la suite d'une action en justice intentée contre le groupe.

Références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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