Portrait photographique

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Portrait photographique d'auteur par Paolo Monti, 1955.

Le portrait photographique est un portrait visuel d'une personne réalisé par une autre personne à l'aide d'un appareil photographique ou d'un téléphone mobile.

Il apparaît au milieu du XIXe siècle à partir de 1850 sans concurrencer le portrait peint, en taille naturelle et de grand format, mais en élargissant très largement sa clientèle grâce à son prix largement inférieur. Dans l'histoire de la photographie, plusieurs photographes se sont fait une spécialité du portrait, soit exclusivement comme Nadar, Étienne Carjat, August Sander, Yousuf Karsh, Annie Leibovitz ou Bernard Poinssot, soit comme une facette de leur travail comme Helmut Newton, Jean-François Bauret, Philippe Halsman, Paolo Roversi ou Jean-Louis Swiners.

Il faut le distinguer de l'autoportrait photographique qui vient de prendre une extension considérable avec la généralisation des téléphones mobiles et du selfie.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'invention de la photographie, tout en bouleversant l'art et l'économie du portrait peint, n'a pas entraîné sa disparition. La photographie, dans son premier siècle d'existence, était incapable de rivaliser avec la peinture pour ce qui est du format et de la couleur. Elle a affecté la notion de ressemblance et mis en relief l'importance de l'éclairage, de la perspective et du matériel utilisé.

Dans un premier temps, on observe la proximité entre certaines photographies et les portraits peints les plus classiques. Puis l'art du portrait photographique s'est peu à peu affranchi du modèle pictural, inventant et affinant son propre vocabulaire et influençant à son tour le genre dont il s'était détaché.

La photographie inaugure une nouvelle ère dans la représentation puisque l'on est à présent capable d'obtenir l'illusion d'une représentation du réel indépendante de la perception humaine[1]. L'invention de la photographie détermine l'émergence de la notion d'« objectivité » au milieu du XIXe siècle[2]. Tant le photographe Nadar[3] que la professeur de dessin Madame Cavé[4] ont constaté à quel point le portrait, pour être reçu, doit être plus fidèle à la perception humaine qu'à la physique.

Les premiers portraits photographiques, ou daguerréotypes, étaient figés et formels. Dans les ateliers éclairés par la lumière indirecte pour éviter les ombres trop marquées, les portraiturés devaient tenir la pose plusieurs secondes, la nuque fixée par un support spécial. Dès 1842, Louis-Auguste Bisson réalise celui d'Honoré de Balzac, qui considère le procédé comme magique et fait des émules. Suivant son exemple, Théophile Gautier et Gérard de Nerval attribuent au portrait photographique quelque chose de surnaturel[5].

Autoportrait de Robert Cornelius (1839)
(Au dos : The first light picture ever taken.)

Robert Cornelius (1809–1893), photographe américain né aux Pays-Bas, intéressé par la chimie, travaillait à améliorer le daguerréotype lorsqu’il prit un portrait de lui-même devant la boutique familiale, en octobre 1839. Cette photographie est à la fois le premier portrait et le premier autoportrait photographique.

Le photographe Nadar a exécuté des portraits dont les poses visent à exprimer la psychologie et la position sociale de ses clients, sur le modèle des portraits peints. Son célèbre portrait de Victor Hugo en 1884 le montre courbé par les ans, appuyé sur une petite pile de livres, en costume de bourgeois prospère[6]. Dans la même veine, Julia Margaret Cameron fut une spécialiste du portrait évocatif victorien. Henri Cartier-Bresson, Richard Avedon et d'autres ont également beaucoup travaillé sur le portrait expressif. Depuis 1934, à Paris, le studio Harcourt a immortalisé bon nombre de personnalités en perpétuant la tradition du portrait en studio. Récemment, Cindy Sherman a étendu le genre de l’autoportrait par des variations sur les formes étables du portrait photographique, avec son propre corps comme sujet.

Avec l’évolution de la technologie, la notion de « naturel », opposé au « culturel » qui se réfère à une tradition picturale, s'établit dans le portrait photographique. Mathew Brady immortalise la vie quotidienne des soldats pendant la Guerre de Sécession américaine. Au XXe siècle, Dorothea Lange ou Robert Doisneau, élargissent le champ d’action du photographe en représentant des gens simples dans leur quotidien.

La retouche[modifier | modifier le code]

Le portrait comporte une certaine part d'idéalisation. Le maquillage, l'éclairage et la mise en scène y participent, mais aussi la retouche d'image, utilisée non seulement pour remédier à des défauts techniques passés inaperçus à la prise de vue, comme des ombres ou des reflets, mais à transformer peu ou prou l'apparence du sujet, de la suppression d'un bouton à la transformation des formes.

Les grands photographes portraitistes[modifier | modifier le code]

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Julia Jackson, par Julia Margaret Cameron, 1867.
Sir John Herschel, par Julia Margaret Cameron, 1867

Parmi les grands portraitistes du XIXe siècle, on doit citer : Julia Margaret Cameron, Étienne Carjat, Nadar, etc.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Patrick à la clarinette par Jean-Louis Swiners (1962), dans Le Développement et l'Épreuve, Time Life, 1972, p. 134-135. Leica M3, Summicron 50 mm, ciel voilé.

Parmi les grands portraitistes du siècle dernier, citons : Richard Avedon, Jean-François Bauret, Gisèle Freund, Philippe Halsman, Irmeli Jung, Yousuf Karsh, Arnold Newman, Irving Penn, Jeanloup Sieff, Horst Tappe, etc.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Parmi les grands portraitistes actuels, on peut citer :

Le portrait de rue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Portrait de rue.

C'est un genre particulier de portrait photographique qui se pratique en extérieur, généralement dans la rue, avec des inconnus rencontrés par hasard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maresca 1998.
  2. (en) Lorraine Daston et Peter Galison, « The image of Objectivity », Representation, no 40,‎ , p. 81-128.
  3. Nadar, « Clientes et client », dans Quand j'étais photographe, Actes Sud, , p. 45-64.
  4. Marie-Élisabeth Cavé, Le Dessin sans maître, méthode pour apprendre à dessiner de mémoire, Paris, Susse frères (lire en ligne), p. 63-66.
  5. Daniel Grojnowski, Photographie et langage, Éditions José Corti, Paris, 2002, p. 354
  6. notice au Musée d'Orsay

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sylvain Maresca, « Les apparences de la vérité », Terrain, no 30,‎ (lire en ligne).
  •  Années 1990
    • Xavier Lambours, Le Portrait, Contrejour, 1994.
  •  Années 2010
    • Bruno Levy, Le Portrait, Pearson, 2010.
    • René Bouillot, Clarke Drahce, Le Portrait photographique, Dunod, 2011.
    • Peter Hince, 100 plans d’éclairage pour la photo de portrait, Eyrolles, 2011.
    • Mark Jenkinson, Cours de portrait photographique, Pearson, 2012.
    • Jean Turco, L’Art de l’éclairage. Le portrait, Pearson, 2012.
    • (en) Natalie Dybisz, Creative portrait photography, Pixiq, 2012.
    • Collectif, « L’art délicat du portrait », dans : Compétence photo, n° 32, 2013.
    • Jean Turco, Le Guide des poses, Pearson, 2014.
    • (en) Carl Caylor, Portraiture Unplugged. Natural Light Photography, Armherst Media, 2015.
    • (en) Travis Gadsby, Portraiture Unleashed. 60 Powerful Design Ideas for Knockout Images, Armherst Media, 2015.
    • (en) David Miller, Capturing the Face. A Guide to Creative Photographic Portraiture, Amazon Digital Services, 2015.
    • (en) Peter Hurley, The Headshot. The Secrets to Creating Amazing Headshot, New Riders, 2016.

Article connexe[modifier | modifier le code]