Madame Cavé

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Marie-Élisabeth Blavot
Mme Edmond Cavé c1831-34 by Ingres - NY Met Museum of Art.jpg
Jean-Auguste-Dominique Ingres, Madame Edmond Cavé
(vers 1831–1834), New York, Metropolitan Museum of Art.
Naissance
Décès
Nom de naissance
Marie-Élisabeth BlavotVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
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Enfant
Albert Boulanger-Cavé (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Madame Cavé, née Marie-Élisabeth Blavot à Paris entre 1806 et 1810 et morte à Neuilly-sur-Seine en 1883[1], est une artiste peintre et enseignante de dessin française.

Elle épousa son cousin le peintre Clément Boulanger, puis le directeur des arts Edmond Cavé, dont elle resta veuve.

Connue pendant la Monarchie de Juillet comme Madame Cavé à cause des fonctions officielles de son mari, elle entretenait de bons rapports tant avec les néoclassiques admirateurs d'Ingres qu'avec les romantiques qui se reconnaissaient en Eugène Delacroix, dont elle était amie. Après son veuvage, elle enseigna le dessin aux jeunes filles et publia sous le second Empire deux plaquettes didactiques sur le dessin et la couleur, et, plus tard, des réflexions sur la conduite et la place des femmes dans la société.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de rentiers, Marie-Élisabeth Blavot naît en 1806[2], 1809[3] ou 1810[4], dans une famille apparentée au général Leclerc, époux de Pauline Bonaparte[5]. Élevée dans une pension de jeunes filles, elle apprend le dessin et l'aquarelle avec Camille Roqueplan, puis la peinture de genre avec Clément Boulanger, un élève d'Ingres, dont le maître fera son portrait vers 1830. Elle épousera Clément Boulanger, en 1831 après avoir eu de lui un fils, Albert, né à Rome en 1830[6]. Dans sa jeunesse, elle se fait aussi appeler Marie Monchablon, du nom de sa mère.

Se gouvernant avec prudence, sachant être belle et charmante, elle mène cependant une vie assez indépendante, avec une carrière de peintre ininterrompue jusqu'en 1855. À partir de 1836, elle donne des cours de dessin et de peinture dans une école de jeunes filles[7].

En 1833, elle rencontre Eugène Delacroix à un bal. Il lui offre en 1837 un petit tableau, Charles Quint au monastère de Yuste (18 × 26 cm). Ils voyagent en Flandre en 1839[6]. Ils resteront proches jusqu'à la mort du peintre.

Après la mort de Clément Boulanger, à Magnésie en Turquie où il avait obtenu un poste d'artiste au service de la mission archéologique dirigée par Charles Texier, le 28 septembre 1842[8], elle se remarie à Edmond Cavé, son aîné d'une dizaine d'années, en 1843. Il meurt en 1852. Elle poursuit son activité d'enseignement et ses publications, atteignant une certaine notoriété sous le nom de Madame Cavé, et obtenant plusieurs commandes officielles pour des peintures d'église. Bien que la position de son mari de 1843 à 1852 ait certainement été utile à sa carrière artistique, on ne peut, comme le font certains auteurs, attribuer à celui-ci une influence déterminante. En effet, Marie-Élisabeth Blavot est présente au Salon et appréciée par la critique avant son mariage à Cavé, et sa carrière, ainsi que les commandes officielles, se poursuivent après que la révolution de 1848 a coûté à son mari son poste, et après la mort de celui-ci. D'autres auteurs attribuent la notoriété de Madame Cavé à ses relations intimes avec Delacroix ; on peut leur faire la même objection. Marie-Élisabeth Blavot, puis Boulanger, puis Cavé, fut en relation avec le milieu artistique de son époque, et capable de comprendre en artiste les propos des artistes ses contemporains[9].

Peinture[modifier | modifier le code]

Elle paraît plusieurs fois au Salon, avec une critique assez favorable, qui la loue de ne pas être sortie de son rôle et de son talent de femme. Elle-même écrira dans son Le dessin sans maître de 1850 : « car trop souvent des idées de grande peinture, de peinture d'histoire, comme on dit de nos jours, viennent troubler [l'esprit des jeunes filles]. L'ambition d'égaler les hommes, de rivaliser avec eux, les perd[10]. ». En 1847, elle présente des tableaux montrant des enfants ; « sa touche est légère et sa couleur lumineuse : elle aime les belles étoffes chatoyantes et les ajustements coquets, et le luxe des parures des anciennes cours[11] ».

En 1863, elle expose des « aquarelles vigoureuses, hautes en couleur et d'une énergie toute masculine » à l'exposition permanente organisée à partir de cette année[12].

Pédagogie[modifier | modifier le code]

Elle écrit d'abord un ouvrage d'enseignement artistique, Le dessin sans maître (1850), qui expose la Méthode Cavé, qu'elle dit avoir mis au point dans son enseignement depuis 1847. Il s'agit d'exercer la mémoire visuelle, aptitude de base pour le dessin[13]. Eugène Delacroix écrit une critique favorable dans la Revue des Deux Mondes de septembre 1850. La méthode sera examinée favorablement par une commission en 1850, ainsi que la méthode Lecoq, inspirée par le même concept. Le ministère de l'Instruction publique mit la méthode Cavé à l'essai dans les écoles normales primaires de Caen et de Douai en 1862, et, plus tard la même année, à celle de Chartres[14], avec des résultats jugés assez satisfaisants pour en recommander l'adoption dans les autres écoles normales[15]. Les arguments des rapporteurs en faveur de l'enseignement du dessin n'empêchèrent pas que celui-ci fût considéré comme un art d'agrément, plutôt que comme une capacité industrielle ; il est impossible de dire jusqu'à quel point l'une et l'autre des méthodes furent appliquées, sinon par leurs inventeurs.

Madame Cavé, ainsi qu'elle était connue à cette époque, écrit ensuite L'aquarelle sans maître, où elle traite de la couleur. Ces deux petits livres mêlent une méthode d'apprentissage, des conseils pratiques, des réflexions d'ordre théorique sur l'art et les métiers artistiques, et des moralités sur la place des femmes dans la société. Les ouvrages qu'elle publie ensuite ne contiendront plus que des considérations morales. Madame veuve Cavé est une catholique de plus en plus fervente, en quoi elle diffère peu de ses contemporains de la génération née sous l'Empire.

Œuvres sociales[modifier | modifier le code]

Passé la soixantaine, veuve, toujours connue comme Madame Cavé, elle semble avoir abandonné la peinture. Elle fonde en 1866 une société dont le but est de permettre aux femmes tombées dans la pauvreté et qui « ne sont pas habituées à la misère » de vivre de leur travail, la « Corporation des abeilles ». Elles pouvaient y apporter des « ouvrages de dame » vendues ensuite à des personnes de la société[16].

Personnage de roman[modifier | modifier le code]

Alexandre Dumas (père) en fait un personnage dans un chapitre de ses mémoires, publiées entre 1852 et 1856, où s'entremêlent des faits qui concordent avec la documentation historique, d'autres qui la contredisent ou sont incohérents, et pour la plus grande partie invérifiables. Elle y apparaît comme la folle jeunesse romantique, artiste épouse et cousine de son premier mari, Clément Boulanger, auquel le chapitre, initialement publié dans le journal d'Alexandre Dumas Le Mousquetaire le 9 décembre 1853[17], puis dans la revue L'Artiste en 1856, est consacré.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bellier[modifier | modifier le code]

« Cavé (M.me veuve, épouse en premières noces du peintre Clément Boulanger; née Marie-Elisabeth Blavot); peintre; élève de Camille Roqueplan ; née à Paris en 1810 ; médailles 3° classe 1836 ; 2° classe 1839. Sous le nom de Boulanger S. 1835. Jeune enfant pleurant une chèvre, sa nourrice ; aquarelle. S. 1838. Jean-Jacques fait le bonheur de petits savoyards en leur donnant de l'argent pour acheter des pommes ; aquarelle. La pauvre femme ; aquarelle. Berquin surprenant deux petites filles qui lisent son Ami des Enfants ; aquarelle. Bernardin de Saint-Pierre causant avec de bons paysans ; aquarelle. – S. 1837. Les enfants du moissonneur ; le matin de Noël ; les œufs de Pâques ; mort de Geneviève; aquarelles. – S. 1838. Sujet tire de Jocelyn ; le bon ange; le mauvais ange ; Voltaire lisant Candide à Mme de Pompadour ; les premières cerises ; les enfants du pautre et les enfants du riche ; aquarelles. – S. 1839. Bataille d'Ivry aquarelle. S. 1840. Un tournoi; aquarelle. – S. 1842. Les étrennes. – Sous le nom de Cavé S. 1845. Enfance de Paul Véronèse. Episode. Plan de la bataille d'Ivry. Enfance d'Haydn (Vénerie Impériale). Enfance de Lawrence (Vénerie Impériale). – S. 1846.La consolation. Le songe. Le lever. Les premiers ennuis. Il nudino. Les bons amis. – S. 1847. Convalescence de Louis XIII aquarelle (réexposé en 1855). Un tournoi; aquarelle (réexposé en 1855; appartient à l'État). – S. 1848. Les Rois. Le mardi-gras. – S. 1849. L'orpheline et son petit frère. Le triomphe de Bacchus. Les plaisirs dp: la convalescence. – Sous 1e nom de veuve Cavé: S. 1855. Un triptyque et ses pendentifs représentant les sept Sacrements (fi l'État). La sainte Vierge après la mort de Notre -Seigneur Jésus-Christ (musée de Rouen). – Mme Cave est membre de l'Académie des Beaux-Arts d'Amsterdam, et a publié La couleur, Paris, Pion, 1863, in-8°. Le dessin sans maître, méthode Cavé, pour apprendre à dessiner de mémoire, Paris, Philipon, 1857, in-8° (4° édition). L'aquarelle sans maître, méthode pour apprendre l'harmonie des couleurs. Paris, Philipon, 1856, in-8°. »

(Émile Bellier de La Chavignerie, Dictionnaire général des artistes de l’école française…, 1870)

Peinture[modifier | modifier le code]

  • La Conversation auprès du lit (attribution), dessin aquarellé, Dijon, musée Magnin.
  • Les Derniers Moments (attribution), dessin aquarellé, Dijon, musée Magnin.
  • La Bataille d'Ivry, dessin, musée du Louvre.
  • Louis XIII, vainqueur d'un tournoi au Louvre, dessin, Paris, musée du Louvre.
  • La Vision de la Vierge, peinture, Rouen, musée des beaux-arts.
  • Le Sommeil de la Vierge, peinture, Rouen, musée des beaux-arts.

Illustration[modifier | modifier le code]

  • François de Harlay (par l'ordre de Monseigneur) et Élise Boulanger (illustrations), Catéchisme, ou Abrégé de la foi, L. Curmer, (lire en ligne).

Publications[modifier | modifier le code]

  • Cours de dessin sans maître, Paris, [s.d.], In-fol.
  • Le Dessin sans maître, méthode pour apprendre à dessiner de mémoire, Paris : Susse frères, 1850, in-8°, VIII-82 p., front. et pl. gravés ; 2° ed. Paris:Aubert 1852, 3° ed. Paris : Aubert 1852 ; 4e éd., Paris : bureau du "Journal amusant", 1857. In-8° , 134 p. ; Abrégé de la méthode Cavé pour apprendre à dessiner, Paris : H. Plon, (1860), in-12°, 71 p. ; Abrégé de la méthode Cavé pour apprendre à dessiner... précédé des rapports de l'inspecteur général des beaux-arts (F. Cottereau) et de M. Delacroix, Paris : H. Plon, (1862), in-12°, 71 p.
  • L'Aquarelle sans maître, méthode pour apprendre l'harmonie des couleurs (2e partie du Dessin sans maître), Paris : impr. de N. Chaix, 1851, in-8°, XIII-132 p., front. et pl. gravés ; 2° ed. Paris : Philippon fils, 1856, in-8°, 132 p., fig ; 3° éd. titrée La Couleur (« Ouvrage approuvé par M. Eugène Delacroix pour apprendre la peinture à l'huile et à l'aquarelle »), Paris : H. Plon, 1863 lire en ligne.
  • La Religion dans le monde, conseils à ma filleule, Paris : H. Plon, 1855, in-12°, 212 p. et pl. ; 2e éd. ibid., 1862.
  • La Femme aujourd'hui, la femme autrefois, Paris : H. Plon, 1863, in-8°, VI-288 p. et front. gravé.
  • Beauté physique de la femme, Paris : P. Leloup, (1868), in-32°, 128 p.
  • Drawing from memory, traduit de la 4° ed. du Dessin sans maître, New York: Putnam & son, 1869 lire en ligne
  • La Vierge Marie et la femme, Paris : C. Dillet, 1875

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives des Hauts-de-Seine, commune de Neuilly-sur-Seine, acte de décès no 503, année 1883, vue 136 / 188.
  2. Selon son acte de décès, elle serait née à Paris et morte à l'âge de 77 ans et demi : ce qui donnerait une date de naissance début 1806.
  3. d'après Angrand 1966.
  4. Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, (lire en ligne) ; Émile Bellier de La Chavignerie, Dictionnaire générale des artistes de l'école française, (lire en ligne).
  5. Joubin 1930, qui donne une naissance à la date impossible de 1815.
  6. a et b Correspondances de Delacroix.
  7. Joubin 1930, p. 55-56.
  8. Bellier 1:136.
  9. Tinterow 1999.
  10. p. 18.
  11. Théophile Thoré, Le Salon de 1847, Paris, Alliance des arts, (lire en ligne), p. 149.
  12. Edmond About, Dernières lettres d'un bon jeune homme à sa cousine Madeleine, Paris, (lire en ligne), p. 143.
  13. Marcellin Jobard revendique l'antériorité de l'invention des méthodes basées sur l'entraînement de la mémoire visuelle, dont il avait exposé l'idée en 1831 dans La Revue des Revues. Voir Les Beaux-Arts, revue nouvelle, tome 2, 1. janvier au 15 juin 1961, pp.76-78.
  14. « Méthode de dessin de Madame Cavé », Bulletin administratif, Ministère de l'instruction publique et des cultes, no 146,‎ , p. 37 (lire en ligne).
  15. « Méthode de dessin de Madame Cavé », Code répertoire de la nouvelle législation sur l'instruction primaire. Instructions et circulaires ministérielles, Ministère de l'instruction publique et des cultes,‎ , p. 1002 (lire en ligne).
  16. Angrand 1966, p. 169 ; M.me Cavé, Beauté physique de la femme, 1868 ; Hippolyte Nazet, « La Corporation des abeilles », Le Figaro,‎ , p. 2-3 (lire en ligne).
  17. Le Mousquetaire, 9 décembre 1853.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Joubin, « Deux amies de Delacroix », La revue de l'Art ancien et moderne, vol. LVII, no 312,‎ , p. 57-94 (lire en ligne).
  • Pierre Angrand, Marie-Élizabeth Cavé : disciple de Delacroix, Paris, Lausanne, Bibliothèque des arts, .
  • Alexandre Dumas, Mémoires, chapitre CCXXVI Clément Boulanger (lire en ligne).
  • (en) Gary Tinterow, Portraits by Ingres, Images of an Epoch, New York, The Metropolitan Museum of Art, , p. 396-398.

Liens externes[modifier | modifier le code]