Leïla Slimani

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Leïla Slimani
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Leïla Slimani en 2017.
Naissance (38 ans)
Rabat (Maroc)[1]
Nationalité Drapeau : France Française
Drapeau : Maroc Marocaine
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture français
Genres

Œuvres principales

Dans le jardin de l'ogre
Chanson douce
Sexe et Mensonges
Le Pays des autres

Leïla Slimani, née le à Rabat[2] au Maroc, est une journaliste et femme de lettres franco-marocaine. Elle a notamment reçu le prix Goncourt 2016 pour son deuxième roman, Chanson douce.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Leïla Slimani grandit dans une famille d'expression française[2]. Son père, Othman Slimani, est un banquier et un haut fonctionnaire marocain, secrétaire d'État chargé des Affaires économiques de 1977 à 1979[3]. Sa mère, Béatrice-Najat Dhobb Slimani[4], de mère alsacienne et de père algérien[5],[2], est médecin ORL et a été la première femme médecin à intégrer une spécialité médicale au Maroc[6]. Les parents de cette dernière se sont rencontrés en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale, quand Lakhdar, un soldat de l'armée coloniale, participe à la Libération du village d'Anne, issue de la bourgeoisie alsacienne ; après la guerre, elle s'installe avec lui au Maroc[7]. Leïla Slimani a deux sœurs[7].

Après son baccalauréat obtenu au lycée français Descartes à Rabat en 1999, elle vient à Paris pour ses études en classes préparatoires littéraires au lycée Fénelon[8]. Elle sort ensuite diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris[9],[10]. Elle s'essaie au métier de comédienne (en participant au Cours Florent) puis décide de compléter ses études à l'ESCP Europe pour se former aux médias. À cette occasion, elle rencontre Christophe Barbier, alors parrain de sa promotion, qui lui propose une formation à L'Express[2]. Finalement, elle est engagée au magazine Jeune Afrique en 2008[11] et y traite des sujets touchant à l'Afrique du Nord[12]. Elle démissionne de la rédaction de Jeune Afrique en 2012 pour se consacrer à l'écriture littéraire tout en restant pigiste pour le journal[13].

Carrière d'écrivain[modifier | modifier le code]

Leïla Slimani à la Frankfurter Buchmesse, Allemagne, 2017.

En 2013, son premier manuscrit est refusé par toutes les maisons d'édition auxquelles elle l'avait envoyé. Elle entame alors un stage de deux mois à l'atelier de l’écrivain et éditeur Jean-Marie Laclavetine. Elle déclare par la suite : Sans Jean-Marie, Dans le jardin de l'ogre n'existerait pas[7].

En 2014, elle publie son premier roman aux éditions Gallimard Dans le jardin de l'ogre. Le sujet (l'addiction sexuelle féminine) et l'écriture sont remarqués par la critique[2],[14],[12],[15] et l'ouvrage est sélectionné dans les cinq finalistes pour le prix de Flore 2014[16].

Son deuxième roman, Chanson douce, obtient le prix Goncourt en 2016[17],[18].

Le , elle devient la représentante personnelle du président Emmanuel Macron pour la francophonie, afin de siéger au Conseil permanent de l'Organisation internationale de la francophonie[19],[20].

Elle est la présidente du prix du Livre Inter en 2018 et est membre du jury du Festival du cinéma américain de Deauville 2018[21].

En 2020, elle publie son nouveau roman Le Pays des autres, premier tome d'une trilogie[22].

Double nationalité[modifier | modifier le code]

Dans une interview à Telquel, elle se confie sur sa double identité nationale :

« Je suis née avec la nationalité française et je me suis toujours sentie 100 % française et 100 % marocaine, donc je n’ai jamais eu de problème par rapport à ça. Le regard de l’autre je m’en fiche complètement. Je ne me laisse pas enfermer dans des identités. Ce serait un peu malvenu de ma part de me plaindre alors que c’est beaucoup plus une souffrance pour des gens qui sont nés en France, qui ont des noms maghrébins, et qui sont constamment ramenés à leur identité maghrébine. Pour moi, c’est différent. J’ai une “vraie” double nationalité, une vraie double appartenance. Donc, que les gens me ramènent à mon identité marocaine, eh bien tant mieux, je suis marocaine[4]. »

Vie privée[modifier | modifier le code]

Leïla Slimani est mariée depuis 2008 à un banquier[11] avec lequel elle a deux enfants (un garçon né en 2011 et une fille en 2017)[13],[7].

Décoration[modifier | modifier le code]

Prises de position[modifier | modifier le code]

Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 en France, elle rédige une tribune dans Le 1 intitulée « Intégristes, je vous hais »[7].

Au second tour de l'élection présidentielle de 2017, elle apporte son soutien à Emmanuel Macron pour contrer le déclinisme et la haine qu'incarne à ses yeux Marine Le Pen, mais aussi par adhésion, car la jeunesse, la modernité d’Emmanuel Macron – également fervent défenseur de l’égalité des hommes et des femmes – donneront un nouvel élan à la France, qui est actuellement enlisée dans une forme de grand pessimisme[24]. Elle refuse ensuite la proposition d'Emmanuel Macron de devenir ministre de la Culture, mais accepte le poste de représentante personnelle d'Emmanuel Macron pour la francophonie[3]. Malgré cette fonction, elle publie en novembre 2018 un pamphlet en réaction à un échange entre Emmanuel Macron et un ancien combattant à Verdun au sujet des sans-papiers, dénonçant le mépris à l'encontre de ces derniers[3]. En octobre 2019, elle s'oppose publiquement à l'expulsion de Samira, une fillette ivoirienne de 10 ans finalement autorisée à rester en France[3].

En , Leïla Slimani reçoit l'Out d'or du « coup de gueule » de l'Association des journalistes LGBT, pour avoir critiqué la pénalisation de l'homosexualité au Maroc et le contrôle du corps des femmes[25].

En janvier 2018, peu après la naissance du mouvement #MeToo, elle publie dans Libération un texte dans lequel elle réclame le droit de ne pas être importunée[26], en réponse à une tribune portée notamment par Catherine Deneuve et Catherine Millet[3].

Polémiques[modifier | modifier le code]

La sortie en 2017 de son essai Sexe et Mensonges : La Vie sexuelle au Maroc, encensé par l'écrivain Kamel Daoud[27] et remarqué par la critique[28], déclenche une polémique avec les Indigènes de la République après que Houria Bouteldja, porte-parole de l'association, a qualifié la romancière de native informant[29] — anglicisme signifiant littéralement informateur autochtone  — notion que les études post-coloniales ont forgée pour désigner les personnes de couleur qui, surcompensant un complexe d'infériorité à l'égard des Blancs, imitent ces derniers pour leur plaire et être reconnues par eux, observe Fatiha Boudjahlat[29]. Sur les réseaux sociaux, elle est régulièrement insultée par des racistes et par des islamistes[7].

Dès 2016, Leila Slimani contribue au site d'information Le360.ma où elle tient un blog[30].

Interrogée au micro de RTL au sujet du mouvement populaire du Rif qui apparaît en 2016 au Maroc, Leïla Slimani déclare : Ah non, je fais le débat, par contre le Rif je ne connais pas […]. Je ne connais pas malheureusement les tenants et les aboutissants de ces contestations, je me renseignerai de manière un peu plus profonde, et voilà[31]. Cette déclaration est interprétée par plusieurs internautes et journalistes[32] critiques vis-à-vis du régime marocain comme une manière d'épargner le roi Mohammed VI. Cette position lui sera de nouveau reprochée après sa prise de position sur l'affaire de la journaliste marocaine Hajar Raissouni (en).

En mars 2020, lors du confinement en France pour lutter contre la pandémie de Covid-19, le journal Le Monde lui ouvre ses colonnes pour un « journal du confinement »[33]. Plusieurs critiques jugent, sur les réseaux sociaux, la chronique indécente[34].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Leïla Slimani, l’altérité pour patrie », La Grande Table, France Culture, .
  2. a b c d et e Alexandra Schwartzbrod, « Leïla Slimani. “Madame Bovary X” », Libération, (consulté le 3 novembre 2016).
  3. a b c d et e Vanessa Schneider, « Auteure à facettes », M, le magazine du Monde, no 426,‎ , p. 51-57 (lire en ligne, consulté le 1er avril 2020).
  4. a et b Thomas Savage, « Leïla Slimani: “Je suis entrée chez Gallimard par moi-même” », Telquel, 3 novembre 2016.
  5. Mehdi Ouassat, « “Dans le jardin de l’ogre” de Leila Slimani bientôt sur grand écran », Libération, 30 septembre 2015.
  6. « Leïla Slimani », La Bande originale, France Inter, .
  7. a b c d e et f Marie-France Etchegoin et Gaspard Dhellemmes, « “Je ne servirai pas d'alibi” », Vanity Fair, no 64,‎ décembre 2018-janvier 2019, p. 120–125.
  8. Houda Benjelloun, « Leïla Slimani, l’ogre littéraire », À nous Paris, .
  9. Sanaa Eddaïf, « Un beau livre consacré à la baie de Dakhla », L'Économiste, 12 novembre 2013.
  10. « “Par confort, on délègue l’amour” », Sciences Po, (consulté le 26 décembre 2016)
  11. a et b Laurent De Saint Perier, « Leïla Slimani : une « Chanson douce » qui fait du bruit », Jeune Afrique, .
  12. a et b Samir El Ouardighi, « Leïla Slimani, le poids lourd de la rentrée littéraire », sur Médias 24, .
  13. a et b David Caviglioli « 10 choses à savoir sur Leïla Slimani, prix Goncourt 2016 », BibliObs, 3 novembre 2016.
  14. Marianne Payot, Jérôme Dupuis, Delphine Peras et Baptiste Liger, « Premiers romans : l'audace des débutants », L'Express, .
  15. Séverine Kodjo-Grandvaux, « Livres : sexe dans la cité », Jeune Afrique, .
  16. Grégoire Leménager, « Leïla Slimani : la vie sexuelle d'Adèle R. », sur BibliObs, .
  17. « Le prix Goncourt attribué à Leïla Slimani pour "Chanson douce" », Franceinfo, (consulté le 3 novembre 2016).
  18. « « Chanson douce », le roman glaçant de Leïla Slimani, adapté au théâtre », TV5 Monde Culture (consulté le 25 mars 2019).
  19. Geoffroy Clavel, « La lauréate du Goncourt 2016 Leïla Slimani nommée représentante de Macron pour la francophonie », sur HuffPost, .
  20. Gilles Djéyaramane, « Francophonie : Leïla Slimani, une représentante personnelle très attendue », sur Les Échos, (consulté le 15 février 2018).
  21. Daphné Cagnard-Budiman, « Festival du cinéma américain de Deauville : le jury dévoilé », sur Ouest-France, (consulté le 26 juillet 2018).
  22. a et b Raphaëlle Leyris, « « Le Pays des autres », de Leïla Slimani : les fracas de l’histoire marocaine », Le Monde, .
  23. Arrêté du 23 mars 2017 portant nomination et promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres.
  24. « Présidentielle 2017 : 32 personnalités s'engagent pour le second tour », Le Parisien, (consulté le 29 juin 2017)
  25. Mélissa Perraudeau, « Les premiers Out d’or ont été décernés lors d’une cérémonie forte et inspirante », sur Konbini, .
  26. Leïla Slimani, « “Un porc, tu nais ? », Libération, (consulté le 26 avril 2020).
  27. Kamel Daoud, « Entre YouPorn et "You Pray" », sur BibliObs, .
  28. (en) Ursula Lindsey, « Sex, Lies and Scholarship », sur Al-Fanar Media, .
  29. a et b Fatiha Boudjahlat, « Leïla Slimani, nouvelle cible de la censure antiraciste », Le Figaro, 4 septembre 2017.
  30. « Leila Slimani », sur Le360.ma (consulté le 7 janvier 2020).
  31. Khadija Khettou, « Quand Leila Slimani se fait massacrer sur la toile pour "son manifeste", mais aussi le Hirak », Hespress, (consulté le 7 janvier 2020).
  32. Ali Lmrabet, « Mouvement du Rif : la trahison des clercs », sur Middle East Eye (en), (consulté le 7 janvier 2020).
  33. Leïla SLimani, « Le “Journal du confinement” de Leïla Slimani, jour 1 : “J’ai dit à mes enfants que c’était un peu comme dans la Belle au bois dormant” », Le Monde, (consulté le 20 mars 2020).
  34. A.D., « Le “journal de confinement” de Leïla Slimani suscite l'indignation », 20 Minutes (consulté le 20 mars 2020).

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]