Joseph Zobel

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Joseph Zobel
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Biographie
Naissance
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Nationalité
Activité

Joseph Zobel, né le à Rivière-Salée Martinique et mort le à Alès, est un romancier et poète martiniquais, considéré comme l'un des auteurs les plus significatifs de la littérature antillaise.

Né dans un foyer martiniquais très modeste, il tire de son enfance un roman, La Rue Cases-Nègres porté à l'écran par Euzhan Palcy en 1982.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts littéraires[modifier | modifier le code]

Élève brillant, soutenu par l'amour inconditionnel de sa grand-mère et aussi de sa mère Acelia qui est forcée de travailler comme nourrice dans une famille (Des Grotte) de Békés (blancs créoles) à Fort-de-France, le jeune Joseph Zobel obtient une bourse modeste lui permettant de poursuivre ses études jusqu'au baccalauréat. Lycéen, il quitte Petit-Bourg (village de Rivière-Salée) pour rejoindre sa mère, Man Celia, à Fort-de-France.

Bachelier, il rêve d'études d'architecture à Paris. Mais aucune bourse ne lui est accordée, alors que ses ressources sont inexistantes. Un premier emploi au service des Ponts et Chaussées le fait vivre dans les communes du Diamant et de Saint-Esprit, au Sud de la Martinique[1]. Au contact des pêcheurs du Diamant, il découvre un mode de vie différent, quoique empreint des valeurs du monde rural qu'il a connu à l'intérieur des terres.

La Seconde Guerre mondiale, imposant un blocus aux Antilles Françaises, interdit tout projet de départ vers l’hexagone[1]. Joseph Zobel travaille alors comme aspirant répétiteur puis maître d’internat au lycée Schœlcher. Les aspirations artistiques de Joseph Zobel trouvent à s’exprimer dans quelques nouvelles qu’il fait lire à ses amis. Un professeur d'éducation physique et sportive portera les textes au journal Le Sportif, qui les publiera avec un certain succès populaire. Le public martiniquais apprécie que, pour la première fois, un auteur mette en scène ses us et coutumes, sans pour autant céder à un exotisme facile. Joseph Zobel s’inscrit alors dans le courant de la littérature régionaliste ou « de terroir ».

Aimé Césaire, jeune agrégé de lettres enseignant dans le même lycée, apprécie les premières nouvelles de Zobel et l'encourage à écrire un roman. S'inspirant de son expérience dans le village de pêcheurs du Diamant, Joseph Zobel écrit en 1942 Diab'-là, l'histoire d'un paysan qui décide de conquérir sa liberté par le travail de la terre, auprès d'une communauté de pêcheurs dont il partage la vie. La Martinique étant gouvernée par l'Amiral Robert, représentant autoritariste du Gouvernement de Vichy, le roman est censuré et n'est publié qu'en 1947[2].

Le départ vers l'Hexagone et la carrière littéraire[modifier | modifier le code]

Profitant d'un congé administratif, Joseph Zobel rejoint Paris en 1946 pour reprendre ses études. Suivant des cours de littérature, d'art dramatique et d'ethnologie à la Sorbonne, il est en même temps professeur adjoint au Lycée François Ier de Fontainebleau.

Installé à Fontainebleau avec son épouse et ses trois enfants, Joseph Zobel consacre les années 1950 à une activité littéraire intense. Il publie des romans, notamment Les Jours immobiles, La Fête à Paris, et écrit des poèmes qu'il déclame dans divers festivals en France, en Suisse et en Italie. Mais surtout, il met à profit ses souvenirs d'enfance pour en extraire la matière d'une de ses principales oœuvres, La Rue Cases-Nègres, publiée pour la première fois en 1950. Il recourt dans cette œuvre à un duo idéal : l’enfant, qui n'a pas encore une grande expérience du monde, et la grand-mère, expérimentée mais qui tente d'adoucir les angles. Le résultat est un témoignage, très rare à l'époque sur la communauté noire antillaise. Les éditions Albin Michel refusent le manuscrit en raison de l'usage de tournures inspirées du créole dans le texte. C'est Alioune Diop qui édite finalement La Rue Cases-Nègres dans sa maison d'édition, toute récente, Présence africaine. Le roman fait date en France, et sur le continent africain[3],[2].

L'expérience africaine[modifier | modifier le code]

En 1957, porté par son désir de connaître l'Afrique, Joseph Zobel profite de ses nombreuses relations parmi les Sénégalais de Paris et est recruté par le Ministre sénégalais de l'Éducation, Amadou Matar M'bow, comme directeur du collège de Ziguinchor (actuellement Lycée Djignabo) en Casamance. Installé finalement à Dakar comme surveillant général du lycée Van Vollenhoven, il devient quelques années plus tard producteur d'émissions éducatives et culturelles à la Radio du Sénégal, dont il crée le service culturel. Les émissions de Joseph Zobel sont écoutées dans toute l'Afrique Occidentale francophone. Quelques anecdotes de cette vie à Dakar sont relatées dans les recueils de nouvelles Mas Badara (1983) et Et si la mer n'était pas bleue (1982)[4].

La retraite, dernières publications[modifier | modifier le code]

Installé dans le village de Générargues (proche d'Anduze, dans le Gard) depuis sa retraite en 1974[4], Joseph Zobel poursuit son travail littéraire de façon originale en réécrivant ses romans : Les Jours immobiles devenant Les Mains pleines d'oiseaux et La Fête à Paris devenant Quand la neige aura fondu[2].

En 1995, Joseph Zobel publie à compte d'auteur D'Amour et de Silence, un livre d'art combinant poèmes inédits, extraits de son journal personnel et aquarelles. Les deux derniers livres de Joseph Zobel ont été publiés en 2002 : Gertal et autres nouvelles rassemble cinq nouvelles inédites et des extraits de son journal, tenu de 1946 à 2002 ; Le Soleil m'a dit rassemble son œuvre poétique complète[2].

Importance littéraire[modifier | modifier le code]

Joseph Zobel ne semble pas avoir reçu des milieux universitaires et littéraires l'attention réservée aux auteurs du mouvement de la Créolité (Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, Ernest Pépin et Jean Bernabé).

Cependant, une analyse objective des thèmes et des procédés de ses premières œuvres révèle pourtant qu'il peut être identifié comme un des précurseurs de la Créolité, d'une part du fait de la simple vertu de son projet d'expression de l'âme populaire martiniquaise, et d'autre part par certains procédés de langage apparaissant dans Diab'la et La Rue Cases-Nègres.

Un exemple de ce fait est le prologue du roman Diab'la (1942), qui se présente comme une conversation ou une ébauche de narration orale. Le procédé empruntant tant à la littérature écrite qu'à l'oralité créole est marqué au coin de ce que les promoteurs de la Créolité appellent « oraliture ».

Par ailleurs, si l'originalité de certaines tournures, inspirées du Créole, a empêché que son roman La Rue Case Nègres ne soit publié en 1950 aux Éditions Albin Michel[3], les versions successives du texte ont atténué le parti pris originel.

Écrivant dans une langue de facture classique, Joseph Zobel a su donner à ses textes une puissance d'évocation qui explique que ses romans soient aujourd'hui considérés comme des classiques de la littérature martiniquaise.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Année Titre
Romans
1946 Les Jours immobiles (Fort-de-France: Imprimerie officielle)
1947 Diab'-là (Paris: Nouvelles Éditions Latines)
1950 La Rue Cases-Nègres (Paris: J.Froissard) (présence africaine)
1952 La Fête à Paris (Paris: La Table Ronde)
1978 Les Mains pleines d'oiseaux (Paris: Nouvelles Éditions Latines)
1979 Quand la neige aura fondu (Paris: Nouvelles Éditions Latines)
Nouvelles
1946/1978/1996 Laghia de la Mort (Fort-de-France: Imprimerie Officielle / Paris: Présence Africaine)
1964/1984 Le Soleil Partagé (Paris: Présence Africaine)
1982 Et si la mer n'était pas bleue (Paris: Éditions caribéennes)
1983 Mas Badara (Paris: Nouvelles Éditions Latines)
2002 Gertal et autres Nouvelles - Suivi de Journal 1946-2002 (Matoury: Ibis Rouge Éditions)
Poésie
2002 Le Soleil m'a dit. Œuvre poétique (Matoury: Ibis Rouge Éditions)

Hommages[modifier | modifier le code]

Le 14 avril 2000, le Lycée Polyvalent de Rivière-Salée est rebaptisé en son nom[5] .

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-France Bishop, « Joseph Zobel », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de Corinne Blanchaud, (dir.), Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, Éd. H. Champion, Paris, 2010, p. 447-450 (ISBN 978-2-7453-2126-8)
  • Lilyan Kesteloot, « Joseph Zobel », in Anthologie négro-africaine. Histoire et textes de 1918 à nos jours, EDICEF, Vanves, 2001 (nouvelle éd.), p. 181-185
  • José Le Moigne, Joseph Zobel : le cœur en Martinique et les pieds en Cévennes, Ibis rouge, Matoury (Guyane), 2008, 172 p. (ISBN 978-2-84450-334-3)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Zobel : « d'amour et de silence », film réalisé par Kamel Kezadri, Bibliothèque publique d'information, Paris, 2010, 52 min
  • Stadt Land Kunst Spezial Martinique / Indikation auch Vorlage auch weekend; Regie : Fabrice Michelin

Land : Frankreich Jahr : 2018 Herkunft : ARTE FRANCE "Linda Lorin lädt in einer Sendung zu einem einzigen Reiseziel ein. In dieser Folge: Martinique, zurück in Joseph Zobels Straße der Kindheit; die Klänge der Beguine und die Geschichte von La Martinique; das absolute Muss: Die Bucht von Fort–de-France auf Martinique" (quelle: https://www.arte.tv/de/videos/083485-002-A/stadt-land-kunst-spezial/)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Joseph Zobel », sur Île en Île, le site des littératures insulaires francophones (CUNY).
  2. a, b, c et d Véronique Larose, « «Pawol Kreyol». Joseph Zobel, artisan du Temps », sur potomitan.info, site de promotion des cultures et des langues créoles
  3. a et b Kidi Bebey, « La Rue Cases-Nègres passe par la case bande dessinée », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  4. a et b « L'écrivain Joseph Zobel est mort », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  5. « Rivière-Salée célèbre le centenaire de la naissance de Joseph Zobel », Martinique La Première,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]