Incident de l'île d'Hainan

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Incident de l'île d'Haïnan
Description de cette image, également commentée ci-après

Un Lockheed EP-3 similaire à celui impliqué dans l'incident.

Informations générales
Date
Lieu Haïnan, RPC, mer de Chine méridionale
Issue Capture de l'équipage du EP-3 américain
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Forces en présence
1 Lockheed EP-3 2 Shenyang J-8
Pertes
1 EP-3 endommagé et capturé
24 membres d'équipage capturés
1 J-8 détruit
1 pilote disparu

L’incident de l'île d'Haïnan est un incident diplomatique survenu entre les États-Unis et la République populaire de Chine (RPC). Il fait suite à une collision entre un Lockheed EP-3 de l'United States Navy et un Shenyang J-8 de la Marine chinoise le près de l'île d'Haïnan, lors duquel un pilote chinois a trouvé la mort, et où l'avion américain a procédé à un atterrissage d'urgence sur le sol chinois. L'origine de l'incident tourne autour d'une question d'interprétation du droit aérien, et de la définition de l'espace aérien international. Il s'agit de la crise diplomatique le plus grave entre les États-Unis et la République populaire de Chine depuis la fin de la guerre froide en 1991.

Déroulement de l'incident[modifier | modifier le code]

Position approximative de l'incident entre l'île de Hainan, au nord-ouest, et les îles Paracels au sud-est.

L'EP-3 volait en direction d'Okinawa à environ 70 kilomètres de l'île d'Hainan et à 160 kilomètres des installations militaires chinoises des îles Paracels lorsqu'il a été intercepté par deux J-8 chinois. Une collision entre l'EP-3 et l'un des J-8 a causé la destruction du J-8 et la mort de son pilote, tandis que l'EP-3 a été forcé de faire un atterrissage d'urgence à Haïnan. Les 24 membres d'équipage ont été détenus et interrogés par les autorités chinoises jusqu'à ce que le gouvernement des États-Unis publie une déclaration concernant l'incident.

Contexte juridique[modifier | modifier le code]

La convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNDUM) de 1973 fixant la zone économique exclusive de la République populaire de Chine en mer de Chine méridionale avait été signée par la Chine, mais n'avait pas été signée par les États-Unis, ces derniers déclarant que la convention accorde la liberté de navigation pour les avions de tous les pays et les navires, y compris militaires, au sein de la zone économique exclusive d'un État[1]. Du point de vue américain, l'avion se trouvait dans l'espace aérien international. Pour la Chine, la zone économique exclusive n'appartenait pas à l'espace aérien international, et l'autorisation de survoler la zone prévue dans la Convention ne s'appliquait pas aux avions militaires, l'espionnage étant invoqué. De plus, la Chine réfutait l'argument du cas de force majeure ayant entraîné l'atterrissage d'urgence, et contestait dans ces conditions que l'appareil ait pu jouir de l'immunité diplomatique réclamée par les États-Unis[2].

Réactions des États-Unis[modifier | modifier le code]

L'ambassadeur américain Joseph Prueher (en) a remis au ministre des Affaires étrangères chinois Tang Jiaxuan une lettre dans laquelle les États-Unis affirmaient regretter la mort du pilote chinois, sans toutefois en reconnaître la responsabilité, le secrétaire d'État Colin Powell ayant déclaré : « Nous n'avons rien fait de mal, et il n'est donc pas possible de présenter des excuses[3]. »

La formulation exacte de ce document a été volontairement ambiguë afin de « sauver » les relations sino-américaines[4],[5]. La remise de la lettre a permis la libération de l'équipage américain le 11 avril, ainsi que la restitution de l'avion endommagé, qui avait été démonté par les militaires chinois[6].

Perte d'informations sensibles[modifier | modifier le code]

Selon le journaliste d'investigation Kim Zetter l'avion américain menait au large des côtes chinoises une mission d'espionnage consistant à intercepter et décrypter des communications militaires. Après la collision et après que le pilote ait décidé d'atterrir sur la base aérienne de Lingshui sur l'île de Hainan l'équipage se mit en devoir de détruire les documents sensibles comme les codes de communication ainsi que le matériel informatique et de décryptage se trouvant à bord de l'appareil N'ayant toutefois jamais suivi d'exercices sur la façon de procéder les membres de l'équipage ne purent y parvenir entièrement. Il est vraisemblable qu'une partie des données papier et informatiques se trouvant à bord de l'avion tombèrent aux mains des chinois, ce qui a pu compromettre au moins partiellement la sécurité des transmissions américaines ou révéler aux renseignements chinois des informations sur les capacités d'interception et de décryptage de leurs communications par les États-Unis. Il est toutefois difficile d'évaluer comment la Chine a pu exploiter ces informations[7].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « UNITED NATIONS CONVENTION ON THE LAW OF THE SEA », consulté le 21 avril 2012.
  2. L'analyse d'un spécialiste sur l'incident de collision d'avions : « les prétextes des États-Unis sont sans fondement » , Le Quotidien du Peuple, 27 avril 2001.
  3. (en) « Bush pleased by release of U.S. crew from China », Thefreelibrary.com, 12 avril 2001.
  4. (en) « Our unimpressive president », Salon Media Group, 11 avril 2001.
  5. (en) Culture and apology: The Hainan Island incident. doi:10.1111/1467-971X.00222.
  6. (en) Andrew Brookes, Destination Disaster. Ian Allan, 2002. p. 101–110, (ISBN 0-7110-2862-1).
  7. Burn after reading, Kim Zetter, The Intercept, 10 avril 2017

Liens externes[modifier | modifier le code]