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Le Voleur de bicyclette

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Le Voleur de bicyclette
Description de l'image Ladri-biciclette.jpg.
Titre original Ladri di biciclette
Réalisation Vittorio De Sica
Scénario Cesare Zavattini, Vittorio De Sica, Oreste Biancoli, Suso Cecchi D'Amico, Adollo Franchi, Gherardo Gherardi et Gerardo Guerrieri d’après un roman de Luigi Bartolini
Acteurs principaux Lamberto Maggiorani
Enzo Staiola
Sociétés de production PDS Produzioni De Sica
Pays de production Drapeau de l'Italie Italie
Genre Drame social
Durée 93 minutes
Sortie 1948

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Le Voleur de bicyclette (en italien Ladri di biciclette, signifiant « Voleurs de bicyclettes ») est un film italien de Vittorio De Sica sorti en 1948. Le film retrace l'histoire d'un père de famille pauvre de l'immédiat après-guerre, en plein désarroi à la suite du vol de son outil de travail indispensable à la survie de sa jeune famille, sa bicyclette. Il est considéré comme un des chefs-d'œuvre du néoréalisme italien.

Adaptation pour le cinéma par Cesare Zavattini du roman de Luigi Bartolini avec Lamberto Maggiorani dans le rôle du père désespéré et Enzo Staiola dans le rôle de son courageux jeune fils, Le Voleur de bicyclette est récompensé d'un Oscar d'honneur (du film en langue étrangère le plus remarquable) en 1950, et est élu en 1952 comme le plus grand film de tous les temps par un sondage auprès de cinéastes et critiques de la revue Sight and Sound[1]. Cinquante ans plus tard, un autre sondage organisé par le même magazine le classe au sixième rang des plus grands films de tous les temps[2]. Dans la réactualisation de la liste en 2012, le film est classé 33e parmi les critiques et 10e parmi les réalisateurs.

Le film est également cité par la chaîne Turner Classic Movies comme l'un des films les plus influents de l'histoire du cinéma[3] et est considéré comme faisant partie du canon du cinéma classique[4]. Il est élu numéro 3 sur la prestigieuse liste Bruxelles 12 à l'Exposition universelle de 1958, et numéro 4 dans « Les 100 meilleurs films du cinéma mondial » du magazine Empire en 2010[5]. Il est également inclus dans la liste du ministère italien du patrimoine culturel des 100 films italiens à sauver ayant « changé la mémoire collective du pays entre 1942 et 1978[6] ».

Antonio Ricci, quarante ans, vit dans une banlieue populaire de Rome, à Val Melaina, avec sa femme et ses deux enfants. Au chômage depuis deux ans, il a finalement la chance de trouver un emploi de colleur d'affiches, à condition qu’il ait une bicyclette. La sienne étant gagée au mont-de-piété, Maria, sa femme, y porte trois paires de draps afin de récupérer l’indispensable vélo. Le lendemain matin, il se rend à son travail, accompagné de Bruno, son fils de 7 ans, qui travaille dans une station-service. Ce même matin, alors qu’il a commencé sa tournée, sa bicyclette lui est volée, anéantissant d’un coup tous ses espoirs. Vainement, il se lance à la poursuite du voleur dans les rues de Rome, il doit se résoudre à porter plainte auprès de la police, qui lui laisse peu d’espoir.

Enzo Staiola dans le rôle de Bruno.

Le lendemain dimanche, avec son fils, son ami Baiocco et deux autres compères, ils vont au marché aux puces de la Piazza Vittorio, où pourrait se trouver le voleur désirant vendre le vélo. Ils trouvent un vélo qui semble celui d'Antonio auprès d'un revendeur, font appeler un policier pour vérifier le numéro de série mais il ne correspond pas. Après d’infructueuses recherches, Antonio se rend au marché de Porta Portese et aperçoit le voleur en pleine discussion avec un mendiant. Le garçon s’enfuit et le vieux mendiant ne veut rien dire, Ricci le harcèle jusque dans l’église pendant un office destiné aux pauvres. Le vieil homme ne dit rien et Bruno fait des reproches à son père. Ce dernier, excédé, gifle son fils.

Antonio demande à son fils de l'attendre près d'un pont pendant qu'il recherche le vieil homme, lorsque soudain il entend les cris de gens qui disent qu'un garçon est en train de se noyer. Se ruant sur les lieux, il se rend compte que ce n'est pas Bruno. Antonio propose à Bruno de déjeuner au restaurant, où ils oublient momentanément leurs problèmes, mais en voyant une riche famille se régalant devant un fin repas, il est de nouveau ramené à sa précarité et torturé par la perspective de redevenir chômeur.

Désespéré, Antonio consulte une voyante qui lui dit : « Tu trouveras ton vélo aujourd'hui, ou jamais ». En quittant la maison, le hasard lui fait retrouver son voleur qui se réfugie dans un bordel d'où ils sont expulsés par les femmes. Bruno va chercher un carabinier, qui inspecte l'appartement du voleur, sans résultat, et explique à Antonio que sans témoin pour lui et avec le voisinage comme alibi pour le voleur, il ne peut rien faire. Les hommes du quartier se liguent contre Ricci qui doit s’en aller.

Désabusé, il erre avec son fils du côté du Stadio Nazionale PNF où a lieu un match de football, tandis qu'à l'extérieur une nuée de bicyclettes attendent leurs propriétaires sur le parking. Il fait les cent pas distraitement alors que Bruno est assis sur le trottoir, son chapeau dans les mains. Il regarde de nouveau le parking et voit la foule de propriétaires récupérer leur vélo dans un flot ininterrompu. Il se dit que le monde est rempli des bicyclettes des autres. Il se remet à faire les cent pas, angoissé et agité, puis donne à Bruno de l'argent pour prendre le tramway et lui demande de l'attendre à Monte Sacro.

Antonio tourne autour d'une bicyclette qui semble abandonnée et, rassemblant son courage, s'en empare, mais il est rattrapé par des passants. Bruno, qui a raté le tramway, revient vers son père. Malmené par les personnes qui l'ont appréhendé, son chapeau roule par terre. Bruno le ramasse et essaye de le rendre à son père. Finalement, le propriétaire, dans un moment de compassion, décide de ne pas porter plainte, il est relâché, par pitié.

Ricci est libre, honteux, tandis que son fils, en pleurs, tient son chapeau dans la main. Ils se regardent brièvement. Antonio retient ses larmes. Bruno lui prend la main et le film se termine sur l'image de ce père qui continue son chemin vers l'inconnu, le bruit, la foule, la rue, l'incertitude du lendemain la plus totale.

Différences avec le roman de Luigi Bartolini

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Le roman de l'écrivain, graveur et artiste peintre Luigi Bartolini (traduit par René Jouan et publié en France dès 1949 aux éditions Corréa) présente de notables différences avec le film scénarisé par Cesare Zavattini même si la toile de fond reste la même : l'Italie misérable des lendemains de la seconde guerre mondiale, la débrouille, les bandes de petits voleurs de bicyclettes, plaie des quartiers défavorisés de Rome, la prostitution, l'occupation par les Américains venant après celle des Allemands.

Le personnage principal (le récit est à la première personne) est un peintre et professeur d'art, pauvre mais plutôt rattaché à la petite bourgeoisie la plus modeste. Il possède deux bicyclettes et a des revenus faibles mais réguliers, il vit en couple et a deux enfants qui n'interviennent pas dans le récit.

Alors qu'il s'achète des chaussures dans un magasin de la via dei Baullari, près du Campo de' Fiori, son meilleur vélo (une machine semi-course en aluminium) lui est dérobé sous son nez par un gang d'enfants qui l'empêchent de poursuivre le voleur. Il se lance tout seul dans une quête pour retrouver sa bicyclette, qui pour lui a une valeur bien plus grande que son prix réel.

Au cours de son enquête, qui devient obsessionnelle, il croise des policiers fatalistes et indifférents, voire corrompus, progresse dans la connaissance des ruses des voleurs de bicyclette (démontage et mélange des pièces détachées, maquillage, revente au « marché aux voleurs » de la Porta Portese) et devient familier avec le milieu louche des mécaniciens-voleurs qui survivent de ce trafic dans une ville et une époque où la frontière entre malfaiteurs et honnêtes gens est brouillée par le contexte d'après-guerre et d'extrême pauvreté des années 1940, avant le sursaut du miracle économique italien.

Au détour de l'enquête, on apprend qu'il s'était déjà fait voler un premier vélo, qu'il a fini par récupérer. Sa précédente bicyclette (qu'il avait mise sous clef dans la cave au lieu de la hisser au septième étage de l'immeuble où il habite) avait été volée par Assira, une jeune prostituée romaine qui a posé comme modèle pour un de ses tableaux et qui est en cheville avec un jeune mécanicien-voleur nommé Pappa, qui s'avèrera être aussi le voleur de la seconde bicyclette.

Le narrateur est obligé de se faire policier, et même de rétribuer des indicateurs, pour rentrer en possession de sa chère bicyclette en aluminium, dont chaque pièce est pourtant repérée ou marquée à son nom, en subissant nombre d'humiliations. Les voleurs font, par exemple, semblant de reconnaitre en lui un ex-squadriste des chemises noires pour s'enfuir en le laissant en butte à la vindicte populaire, lui qui a été antifasciste et partisan, comme l'auteur du roman.

Au final il rentre en possession de son trésor, même si l'enquête et la rétribution de ses informateurs lui ont coûté quasiment les deux tiers du prix de sa bicyclette et qu'il a été plusieurs fois tenté de faire comme tant d'autres et de racheter un vélo volé aux recéleurs de la Porta Portese.

Tout comme le film, le roman pose la question de la frontière (en fait extrêmement ténue) entre l'honnêteté et la délinquance et présente aussi les effets psychologiques de la dépossession d'un bien matériel, qui remet en cause jusqu'à la propre identité d'une personne.

Fiche technique

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Distribution

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Une scène du film.

Le Voleur de bicyclette est l'œuvre la mieux connue du néoréalisme italien, un mouvement initié par Roberto Rossellini en 1945 avec Rome, ville ouverte et qui tente de donner au cinéma un style beaucoup plus réaliste. De Sica vient tout juste de réaliser le très controversé Sciuscià et il est incapable d'obtenir le soutien financier de studios importants pour son film. Aussi il finance son projet lui-même et avec l'aide d'amis[7]. Son projet est de montrer le chômage et la pauvreté de l'Italie de l'après-guerre. Pour cela, il choisit un roman de Luigi Bartolini comme base générale pour son scénario qu'il co-écrit avec Cesare Zavattini et d'autres[7]. Suivant les principes du néoréalisme, De Sica tourne seulement en décors extérieurs naturels dans les rues de Rome (aucune scène en studio) et avec des acteurs non professionnels (Lamberto Maggiorani, par exemple, est un ouvrier d'usine). De Sica cherche à recréer un parallèle entre leurs vies réelles et leurs vies à l'écran toujours dans l'optique de plus de réalisme[8]. De Sica auditionne Maggiorani alors que ce dernier amène son jeune garçon pour auditionner. Plus tard, il auditionne Enzo Staiola, âgé de huit ans, qu'il remarque en train d'aider son père à vendre des fleurs, lors de ses repérages dans les rues de Rome. La scène finale dans laquelle Antonio et Bruno s'éloignent de la caméra en marchant main dans la main est un hommage à de nombreux films de Charlie Chaplin qui est un des réalisateurs préférés de De Sica[9].

Parallèlement, il prend des contacts à Hollywood, et notamment avec le producteur David Selznick qui, s'étant déclaré intéressé, veut imposer Cary Grant dans le rôle d’Antonio Ricci. Le réalisateur trouve finalement les moyens nécessaires en Italie et tourne dans les rues de Rome avec des acteurs non professionnels.

Traduction du titre

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Les pluriels de ladri et de biciclette dans le titre original étaient particulièrement signifiants : loin de s'en tenir à décrire le parcours d'un seul voleur de bicyclette, le film dressait symboliquement le constat plus global du marasme social de cette Italie d'après-guerre. La question sous-jacente posée par le titre était donc : « l'Italie n'est-elle plus peuplée que de voleurs de bicyclettes ? », une nuance perdue dans la traduction française.[réf. souhaitée]

Commentaires

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En cette période d’après-guerre, le néoréalisme s’impose dans une Italie vaincue. Le Voleur de bicyclette, au même titre que Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini, est emblématique d’un cinéma qui se veut plus proche de la réalité : tournages en extérieur dans des décors naturels, lumières naturelles, acteurs non professionnels. Consacré à la pauvreté, au chômage et à la vie dans les banlieues populaires, on a parfois conféré à ce film une valeur quasi documentaire.

À sa sortie en Italie, il suscite une polémique, les communistes lui reprochant de n’être qu’une peinture de la vie des classes les plus pauvres sans apporter de propositions, et d’autres lui reprochant son misérabilisme[10]. Le film connaît un grand succès international. Woody Allen le considère comme le plus beau film de l'histoire du cinéma[11].

Au moment où il se fait voler sa bicyclette, le personnage principal colle des affiches de Rita Hayworth pour la sortie du film Gilda en Italie.

Distinctions

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Notes et références

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  1. Roger Ebert, « The Bicycle Thief / Bicycle Thieves (1949) review », Chicago Sun-Times,‎ (lire en ligne [archive], consulté le )
  2. Sight and Sound Top Ten Poll, director's list 2002. Last accessed: 2014-01-19.
  3. Roger Ebert, « TCM's 15 most influential films of all time, and 10 from me », Chicago Sun-Times,‎ (lire en ligne)
  4. Roger Ebert, « The Bicycle Thief / Bicycle Thieves (1949) », Chicago Sun-Times,‎ (lire en ligne [archive du ])
  5. « The 100 Best Films Of World Cinema – 60. Jean de Florette », sur Empire,
  6. « Ecco i cento film italiani da salvare Corriere della Sera », sur www.corriere.it (consulté le )
  7. a et b Wakeman, John. World Film Directors, Volume 1. The H. W. Wilson Company. 1987. pp. 232.
  8. AP, « Lamberto Maggiorani Dead; Starred in 'The Bicycle Thief' », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  9. Wakeman. pp. 232.
  10. Sonia Bledniak, « 26 août 1949. Voleur(s) de bicyclette(s) », dans Sonia Bledniak, Isabelle Matamoros, Fabrice Virgili, Chroniques de l'Europe, CNRS Éditions, , 269 p. (ISBN 978-2-271-14011-1), p. 203
  11. Georges Ayache, Le cinéma italien appassionato, Artège, , p. 87.

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Articles connexes

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Liens externes

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