Judith Butler

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Judith Butler

Philosophe américaine

Philosophie contemporaine

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Conférence à l'université de Hambourg en avril 2007.

Naissance 24 février 1956 à Cleveland en Ohio
Nationalité Drapeau des États-Unis États-Unis
École/tradition philosophie postmoderne
Principaux intérêts philosophie féministe, philosophie politique, Gender studies, Queer, subjectivation, philosophie du langage
Idées remarquables Performativité du genre
Œuvres principales Trouble dans le genre, Défaire le genre, Le pouvoir des mots, Le récit de soi
Influencé par Hegel, Kafka, Freud, Adorno, Arendt, Beauvoir, Austin, Foucault, Derrida, Wittig, Irigaray, Kristeva

Judith Butler est une philosophe juive américaine, née le 24 février 1956 à Cleveland et professeure à l'Université Berkeley depuis 1993. Une thématique importante de sa réflexion est celle de la vulnérabilité.

Ses premiers écrits portent, dans le sillage de la French theory, sur l'ambivalence du sujet en tant que soumis à un pouvoir et produit par cette soumission même. Sa théorisation de la « performativité du genre », à partir du triple héritage de la théorie austinienne des actes de langage, du féminisme français et de la déconstruction, a constitué un apport majeur dans le champs des études féministes et queer.

Ses écrits ultérieurs, qui sont l'occasion d'une critique de la politique étrangère des États-Unis de l'après–“11 septembre”, traitent de la guerre, du deuil et des figures de la dépossession comme le prisonnier extra-juridique ou le réfugié. Judith Butler est intervenue publiquement sur des questions politiques contemporaines, comme celle des droits des homosexuels et, plus récemment, sur le conflit israélo-palestinien.

Aperçu biographique[modifier | modifier le code]

Judith Butler est issue d'une famille juive et a reçu une éducation religieuse. Elle se définit aujourd'hui comme « juive anti-sioniste »[1]. Elle est professeur, titulaire de la chaire Maxine Elliot dans les départements de Rhétorique et de Littérature comparée à l'université de Californie à Berkeley. Butler a reçu son Ph.D. en philosophie à l'université Yale en 1984, et sa thèse a été plus tard éditée sous le titre Sujets du désir : Réflexions hégéliennes au vingtième siècle en France. À la fin des années 1980, elle entretenait différents efforts poststructuralistes dans la théorie féministe occidentale, ayant pour but l'interrogation des « termes présuppositionnels » du féminisme. Pour Butler, remettre en cause les présuppositions fondamentales du féminisme occidental signifiait l'ouverture du féminisme vers la théorie Queer et les Gender Studies, dont elle est devenue une figure importante[2]. Elle est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009. Depuis octobre 2011, elle est Docteur honoris causa de l'Université Bordeaux III.

Théorie et réception[modifier | modifier le code]

En 1990, la parution de Gender Trouble a marqué un tournant important, se vendant à plus de 100 000 exemplaires et dans plusieurs langues à travers le monde. Publié en français en 2005 (sous le titre Trouble dans le genre), cet ouvrage critique les travaux de Simone de Beauvoir, Julia Kristeva, Sigmund Freud, Jacques Lacan, Luce Irigaray, Jacques Derrida, et, surtout, de Michel Foucault. Cela dit, il n'empêche que son écriture, considérée par beaucoup de lecteurs comme inutilement complexe et dense [3],[4], est très influencée par la psychanalyse française. Sa popularité a même inspiré un fanzine intellectuel, Judy!, contribuant ainsi à en faire une célébrité dans le monde universitaire.

L'aspect le plus commenté de son travail théorique est sa lecture de Derrida, du rapport performatif de la théorie de John Langshaw Austin et de l'histoire de Franz Kafka, Le Procès ; tous les deux en convergence avec les lectures de Butler sur Surveiller et punir de Michel Foucault et Histoire de la sexualité, vol. 1, La Volonté de savoir. Cette convergence est le creuset de la théorie de Butler sur la performance de genre. Par cette expression, il faut comprendre le genre comme une performance sociale apprise, répétée, et exécutée (d'où paraît sa lecture de Foucault). L'établissement d'une exécution de performance « obligatoire » de la féminité et la masculinité produit la fiction de genres « naturels » aussi bien que la distinction entre le sexe extérieur et biologique et le « genre intérieur ». Pour mieux caractériser le genre comme un « choix volontaire et quotidien », Butler renforce sa théorie de la performativité de genre dans ses ouvrages suivants.

En 2010, elle refuse le prix du courage lors de la Gay Pride de Berlin et dénonce un "nationalisme gay" issu de la lutte contre l'homophobie qui a dégénéré en action xénophobe et même raciste[5].

Critique[modifier | modifier le code]

Sur la forme, Butler est célèbre dans certains milieux pour sa « prose impénétrable, jargonnante »[6], qui a également suscité certaines controverses[7]. En 1998, la revue de Denis Dutton Philosophy and Literature a décerné à Butler le premier prix de son "Concours de mauvaise rédaction", qui prétend « célébrer le mauvais style dans les passages stylistiques les plus lamentables trouvés dans des livres savants et des articles. »[8] Ces critiques d'une prose « lourde et obscure » sont partagées par d'autres commentateurs[9].

Récompense[modifier | modifier le code]

Elle remporte le Prix Adorno en 2012[10].

Arrêt sur certains de ses livres[modifier | modifier le code]

Trouble dans le genre (1990) et Ces corps qui comptent (1993)[modifier | modifier le code]

Trouble dans le genre ; pour un féminisme de la subversion est le livre qui a fait connaître Judith Butler, et dans lequel elle a proposé pour la première fois ses analyses du caractère performatif du genre. Il a fait l'objet d'interprétations et de réappropriations diverses, voire contradictoires. Judith Butler a, elle-même, repris ses analyses dans Bodies that Matter (Ces Corps qui comptent), notamment pour lever certaines ambiguïtés (interprétation volontariste de sa théorie de la « performativité du genre ») et répondre aux critiques adressées à Trouble dans le genre.

Ces corps qui comptent ; de la matérialité et des limites discursives du « sexe » est le deuxième essai de Judith Butler. Il s'agit d'une reprise critique des thèses de Trouble dans le genre. Butler y développe des analyses vigoureuses et originales sur la matérialité du corps dans une perspective constructiviste. Cet ouvrage contient aussi l'ébauche de réflexions qui aboutiront à l'écriture du livre Le Pouvoir des mots. Certains activistes queer considèrent que Bodies that Matter est en retrait par rapport à Trouble dans le genre[réf. nécessaire].

Le Pouvoir des mots (1997)[modifier | modifier le code]

Le Pouvoir des mots ; politique du performatif est un ouvrage qui traite de débats autour du pouvoir des mots et leurs portées : socioculturelle, politique, juridique et psychologique. Judith Butler y interroge les discours de haine (hate speech) homophobes, racistes ou sexistes, la pornographie et la censure. Elle y propose les grandes lignes d'une théorie de la « puissance d'agir » linguistique (linguistic agency), de politique de la résignation. Elle y opère une critique des tentatives d'imposer une police des discours (en tant que répression juridique de ces discours).

Ce livre rend manifeste la centralité dans l'œuvre de Judith Butler de la réflexion sur l'agency (l'« agence » individuelle ou collective, autrement dit la « capacité d'agir » (traduction de Cynthia Kraus) ou encore la « puissance d'agir » (traduction de Charlotte Nordmann et Jérôme Vidal, inspirée de la « potentia agendi » spinoziste) ou même « l'agentivité » (traduction du terme « agency » que l'on peut trouver dans des textes de linguistique, psychologie cognitive et théorie de l'action, et reprise par Maxime Cervulle dans sa traduction de « Undoing Gender »).

Vie précaire (2004)[modifier | modifier le code]

Vie précaire ; les pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001 est une réflexion sur les transformations de la souveraineté et les conditions du maintien d'une sphère publique critique après le 11 septembre 2001. Elle s'inscrit, au dire même de l'auteure, dans le droit fil des préoccupations qui animent son œuvre depuis Trouble dans le genre : la question de la vulnérabilité et de la vivabilité de la vie, la définition normative de l'humain, le deuil et la mélancolie comme constitutifs des sujets.

Humain, Inhumain (2004)[modifier | modifier le code]

Humain, inhumain ; le travail critique des normes possède un caractère autobiographique fort. Ce recueil inédit d'entretiens de 1994 à 2004 est une synthèse qui couvre l'ensemble de son travail de Trouble dans le genre à Vie Précaire. Cet ouvrage constitue un bon moyen de s'initier à la pensée de Judith Butler tout en évitant les mésinterprétations récurrentes (Judith Butler ignorerait la matérialité du corps ; tout ne serait pour elle que langage ; elle nierait la violence et même la réalité de la domination masculine ; le genre ne serait qu'un jeu, un rôle ou une performance théâtrale dont on pourrait changer comme on change de chemise...).

Défaire le genre (2004)[modifier | modifier le code]

En comparaison de ses précédents livres, Défaire le genre est plus immédiatement ancré dans l'actualité des politiques du genre et de la sexualité que Trouble dans le genre ou Bodies that Matter. Il s'engage dans une double perspective, théorique et pratique : déconstruire le genre (faire la genèse de sa production) et défaire l’emprise des formes de normalisation violentes dont il est le vecteur. Judith Butler manifeste ainsi une vive inquiétude quant à la façon dont les luttes pour accéder à la reconnaissance du genre en général et pour obtenir un statut légitime sont susceptibles de contribuer à la perte de visibilité et à l’exclusion de certains[11].

L'État global (2007)[modifier | modifier le code]

Ce livre est issu du dialogue entre les féministes Gayatri Chakravorty Spivak et Judith Butler qui s’interrogent sur ce que les philosophes contemporains peuvent dire quant au phénomène des migrations (permanentes, dues à une pluralité de raisons comme les pressions économiques, culturelles, militaires ou climatiques) qui concerne aussi bien les Palestiniens que les membres de l’Union européenne. Elles soulèvent des questions autour du sentiment d’appartenance à une nation précise, de l'identité de celui qui exerce réellement le pouvoir aujourd’hui, de la possibilité d'avoir toujours le droit d’avoir des droits et enfin de la signification du fait de chanter l’hymne américain en espagnol. Leur questionnement se penche également sur le rôle de l’État qui se transforme de plus en plus en lieu transitoire, temporaire, et qui se compose des habitants qui sont de plus en plus des apatrides.

Publications[modifier | modifier le code]

En langue anglaise[modifier | modifier le code]

  • Subjects of Desire: Hegelian Reflections in Twentieth-Century France, 1987.
  • Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity, 1990, Routledge.
  • Bodies That Matter: On the Discursive Limits of 'Sex', Routledge, 1993.
  • Excitable Speech: A Politics of the Performative, Routledge, 1997.
  • The Psychic Life of Power, Routledge, 1997.
  • Antigone's Claim: Kinship Between Life and Death, 2000.
  • Contingency, Hegemony, Universality: Contemporary Dialogues on the Left (with Ernesto Laclau and Slavoj Žižek), Verso, 2000.
  • The Judith Butler Reader, Sara Salih et Judith Butler (éd.), Blackwell Publishing, 2004.
  • Precarious Life: The Powers of Mourning and Violence, Verso, 2004.
  • Undoing Gender, Routledge, 2004.
  • Giving an Account of Oneself. A Critique of Ethical Violence, Fordham University Press, 2005.
  • Frames of War: When Is Life Grievable?, Verso Books, 2009, 192 p. (ISBN 978-1-84467-333-9)
  • Parting Ways: Jewishness and the Critique of Zionism, Columbia University Press, 2012, 251 p. (ISBN 978-0-231-14611-1)
  • Dispossession: The Performative in the Political, avec Athena Athanasiou, (ISBN 978-0745653815)

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

  • Sara Salih,Judith Butler, Londres et New York, Routledge, coll. Critical Thinkers, 2002.
  • The Judith Butler reader, edited by Sara Salih with Judith Butler, Blackwell Publishing Ltd, 2003, 384 p.
  • Paula-Irene Villa, Judith Butler, Campus Verlag GmbH, 2003, 160 p. (ISBN 978-3-593-37187-0) (ISBN 978-3-593-37187-0)
  • Stéphane Haber, Critique de l'antinaturalisme: études sur Foucault, Butler, Habermas, Paris, PUF, coll. Pratiques théoriques, 2006
  • Jérôme Vidal, « Judith Butler en France: Trouble dans la réception » in Mouvements, Paris, La Découverte, no 47-48, septembre 2006.
  • Gill Jagger, Judith Butler : sexual politics, social change and the power of the performative, Routledge, 2008.
  • Fabienne Brugère, Guillaume Le Blanc, Judith Butler. Trouble dans le sujet, trouble dans les normes, PUF, Coll.Débats Philosophiques, 2009, 135 p. (ISBN 978-2-13-057348-7)

Colloque autour de Judith Butler[modifier | modifier le code]

Le colloque international:Questions à Judith Butler (« en sa présence ») a été organisé par Kim Sang Ong Van Cung, Jean-Claude Bourdin et Simon Lemoine (et CRHIA, le Département de philosophie; UFR Sciences humaines & Arts; Université de Poitiers). Questions à Judith Butler : Colloque à Poitiers, en sa présence, mars 2008, vidéos disponibles.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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