Monique Wittig

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Monique Wittig

Activités romancière, théoricienne
Naissance
Dannemarie, Haut-Rhin, France
Décès
Tucson, Arizona, États-Unis
Langue d'écriture française
Mouvement militante féministe et lesbienne
Genres roman, essai
Distinctions Prix Médicis

Œuvres principales

Monique Wittig (1935-2003) est une romancière et théoricienne féministe française, dont l'œuvre a beaucoup marqué le mouvement féministe et les théories de dépassement du genre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née le 13 juillet 1935 à Dannemarie dans le Haut-Rhin (France), Monique Wittig est l'une des initiatrices du Mouvement de libération des femmes[1],[2],[3].

Elle participe à partir d'octobre 1968 à un des nombreux groupes qui formeront le MLF[4]. En mai 1970, elle cosigne avec Gille Wittig, Margaret Stephenson (Namascar Shaktini) et Marcia Rothenburg, le premier texte du Mouvement français dans le mensuel L'Idiot international, « Combat pour la libération de la femme »[5]. Le 26 août 1970, en compagnie de quelques femmes, elle dépose à l'Arc de Triomphe une gerbe à la femme du soldat inconnu – évènement considéré comme le geste fondateur du mouvement féministe en France[6]. Elle porte la banderolle : « Un homme sur deux est une femme ». Une dizaine de manifestantes sont arrêtées.

En avril 1971, elle signe le Manifeste des 343 pour le droit à l'avortement, publié par le Nouvel Observateur[7]. En 1971, on la retrouve aux Gouines rouges, premier groupe lesbien constitué à Paris. Elle participe également aux Féministes Révolutionnaires et elle collabore à la revue Questions féministes.

Parcours littéraire[modifier | modifier le code]

En 1964, son premier roman, L'Opoponax, considéré comme un texte d'avant-garde sur les questions du genre, reçoit le Prix Médicis, avec le soutien de l'écrivain Marguerite Duras qui en dit : « C'est à peu près sûrement le premier livre moderne qui ait été fait sur l'enfance... C'est un livre à la fois admirable et très important parce qu'il est régi par une règle de fer, celle de n'utiliser qu'un matériau descriptif pur, et qu'un outil, le langage objectif pur... Un chef d'oeuvre. »[8] L'Opoponax a été traduit dans les pays suivants : Allemagne, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Suède et Tchécoslovaquie.

Ses œuvres littéraires suivantes ne passent pas inaperçues : Les Guérillères en 1969, un poème épique considéré comme une oeuvre majeure du féminisme, Le Corps lesbien en 1973, Brouillon pour un dictionnaire des amantes en collaboration avec Sande Zeig en 1975[9], Virgile, non en 1985, Paris-la-politique et autres histoires en 1999 et La pensée straight en 2001[10]. Le chantier littéraire : témoignage sur l'expérience langagière d'un écrivain, sa thèse rédigée pour le diplôme de l'École des Hautes Études en Sciences sociales de Paris obtenu en 1986 (avec Gérard Genette, directeur, Louis Marin et Christian Metz, lecteurs), est publiée en 2010[11]. Le chantier littéraire se veut, entre autres, un hommage de Monique Wittig à Nathalie Sarraute dont elle est l'amie depuis 1964[12].

En 1976, elle quitte Paris pour les États-Unis, où elle enseigne dans de nombreuses universités, notamment à l’Université de Californie, Berkeley et à l’Université de Tucson où elle donne ses derniers cours entre autres, au département des Études sur les Femmes.

Le film The Girl, tiré d'une nouvelle de Monique Wittig écrite en anglais, et réalisé par sa compagne Sande Zeig, sort en 2000.

Monique Wittig meurt d'une crise cardiaque le 3 janvier 2003 à Tucson (Arizona, États-Unis)[13].

Théories[modifier | modifier le code]

Monique Wittig s’autoproclame « lesbienne radicale », formule qui désigne autant une préférence sexuelle qu’un choix politique. Ce choix se retrouve dans ses livres, et Monique Wittig ne mettra plus en scène que des femmes. Pour éviter toute confusion, elle précise : « Il n’y a pas de littérature féminine pour moi, ça n’existe pas. En littérature, je ne sépare pas les femmes des hommes. On est écrivain, ou pas. On est dans un espace mental où le sexe n’est pas déterminant. Il faut bien qu’on ait un espace de liberté. Le langage le permet. Il s’agit de construire une idée du neutre qui échapperait au sexuel ».

Théoricienne du féminisme matérialiste, elle dénonce le mythe de « la femme », met en cause l'hétérosexualité comme régime politique, base d'un contrat social auquel les lesbiennes refusent de se soumettre : « La femme n'a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes » en 1978.

Cela doit se comprendre dans le sens où, pour elle, la catégorie « femme » a été créée par et pour la domination hétérosexuelle-masculine et que par conséquent, une femme qui ne répond pas aux critères de « féminité » dictés par l'hétéronormativité et qui ne se soumet pas à l'« homme » n'est pas une femme mais une lesbienne. Wittig appelle ainsi toutes les femmes à devenir « lesbiennes », le mot étant entendu d'un point de vue politique, pour un affranchissement de la classe femme, et non plus du point de vue de l'orientation sexuelle.

Monique Wittig développe une critique du marxisme (qui entrave la lutte féministe), mais aussi une critique du féminisme (qui ne remet pas en cause le dogme hétérosexuel), pour aboutir à une critique du dogme hétérosexuel, porté par la « pensée straight ».

À travers ces critiques, Wittig prône une position universaliste forte. L’avènement du sujet individuel et la libération du désir demandent l’abolition des catégories de sexe.

Controverses sur la « fondation » du MLF[modifier | modifier le code]

Monique Wittig raconte ses débuts au MLF dans un entretien recueilli en 1979 par la sociologue et militante Josy Thibaut, resté inédit jusqu'en 2008[14]. En réaction au dépôt d'une association "MLF" et de la marque et du logo à l'INPI par Antoinette Fouque (avec Sylvina Boissonnas et Marie-Claude Grumbach), elle affirme « [...] j'étais la seule à penser à un mouvement de libération des femmes à cette époque-là, c'est pour ça que je devrais revendiquer le MLF. Attends, je vais le dire, pour que ce soit polémique, et pour dire après pourquoi ça me paraît si injuste, pourquoi ça n'a pas de sens »[15]. Elle place quatre femmes à la première réunion d'octobre 1968 qu'elle a convoquée : Josiane Chanel, Suzanne Fenn et Antoinette Fouque chez qui la réunion a lieu. Le groupe s'agrandit et les réunions suivantes ont lieu rue de Vaugirard chez Monique Wittig[16],[17].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Articles, Essais et Critiques[modifier | modifier le code]

  • « Combat pour la libération de la femme », L'Idiot international n°6, avec Gille Wittig, Margaret Stephenson, Marcia Rothenburg, Paris, mai 1970, p. 13-16 ; « For a Women's Liberation Movement », traduction en anglais de Namascar Shaktini, On Monique Wittig, Theoretical, Political and Literary Essays, University of Illinois Press, 2005, p. 21-34.
  • « On ne naît pas femme », Questions féministes, 1980.
  • « Le Cheval de Troie », Vlasta n°4, Spécial Monique Wittig, mars 1985; « The Trojan Horse », Feminist Issues, 1985, p. 45-49.
  • « Quelques remarques sur Les Guérillères », L'Esprit créateur, 1996, p. 116-122.
  • « Avatars », L'esprit créateur, vol. 36, n°2, été 1996.
  • « Le déambulatoire : Entretien avec Natalie Sarraute », L'Esprit créateur, vol. 36, n°2, été 1996, p. 3-8.

Théâtre, cinéma[modifier | modifier le code]

  • Le Voyage sans fin, pièce de théâtre montée par la compagnie Renaud-Barrault ; publiée dans Vlasta n° 4, mars 1985.
  • The Girl, scénario du film de Sande Zeig d'après une nouvelle de l'auteur, 2000.

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Herbert Marcuse, L'Homme unidimensionnel, traduction de l'anglais (avec l'auteur), Minuit, 1968.
  • Isabel Barreno, Teresa Horta, Fatima Velho Da Costa, Nouvelles lettres portugaises, traduit du portugais avec Evelyne Le Garrec et Vera Alves da Nobrega, Seuil, 1974.
  • Djuna Barnes, La Passion, Flammarion, 1982.

Film en mémoire de Monique Wittig[modifier | modifier le code]

Les Égarés d'André Téchiné sorti en 2003

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gille Wittig, Ma sœur sauvage, texte et photos, Ateliers de Normandie, 2008, 48 pages.
  2. « Monique Wittig raconte », entretien inédit sur les origines du MLF dans la revue ProChoix no 46, décembre 2008 : http://prochoix.org/pdf/ProChoix.46.interieur.pdf
  3. « Un salut majeur à Monique Wittig, héroïne de notre histoire », Génération MLF 1968-2008, éditions des femmes, 2008, dédicace, p. 6.
  4. Jacqueline Feldman, « De FMA au MLF », Clio, Femmes, Genre, Histoire, p. 193-203.
  5. « Combat pour la libération de la femme », L'Idiot international n°6, Paris, Londres, mai 1970, p. 13-16 ; « For a Women's Liberation Movement », traduction en anglais de Namascar Shaktini, On Monique Wittig, Theoretical, Political and Literary Essays, University of Illinois Press, Urbana et Chicago, 2005, p. 21-34.
  6. L'Humanité du 5 février 2003 [1].
  7. « La liste des 343 Françaises qui ont le courage de signer le manifeste "Je me suis fait avorter" », Le Nouvel Observateur n°334, 5 avril 1971, couverture.
  8. L'Opoponax, édition de poche 10/18, 1971, 4è de couverture.
  9. Brouillon pour un dictionnaire des amantes, Grasset, Paris, 1975.
  10. La pensée straight, éditions Balland, Paris, 2001.
  11. « Histoire éditoriale », Audrey Lasserre, in Monique Wittig, Le chantier littéraire, Presses universitaires de Lyon, 2010, p. 173-180.
  12. « Avant-propos », Sande Zeig, Le chantier littéraire, Presses universitaires de Lyon, 2010, p. 7-9
  13. Suzette Robichon, « Monique Wittig, l'apologie du lesbianisme », Le Monde, 11 janvier 2003, p. 12.
  14. « Monique Wittig raconte », revue ProChoix no 46, décembre 2008 : http://prochoix.org/pdf/ProChoix.46.interieur.pdf
  15. « MLF, le mythe des origines, Entretien inédit sur sa fondation avec Monique Wittig », ProChoix no 46, décembre 2008, p. 5-76 : http://prochoix.org/pdf/ProChoix.46.interieur.pdf
  16. « La réunion de huit pour moi, c'est la deuxième, quelqu'un pourrait me contredire, je n'y verrai pas d'inconvénient. Mais je me souviens que cette réunion a eu lieu chez moi, et chez moi, c'était des chambres louées par Marguerite Duras. », Monique Wittig raconte, ProChoix n°46, décembre 2008, p. 67-69.
  17. Le jour où... le MLF est né dans un petit studio, par Antoinette Fouque, propos recueillis par Pépita Dupont, Paris Match, 28 octobre 2008.

Au sujet de Monique Wittig[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Marie-Hélène Bourcier et Suzette Robichon (dir.), Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes, autour de l'œuvre politique, théorique et littéraire de Monique Wittig, Actes du colloque des 16-17 juin 2001, Paris, éditions gaies et lesbiennes, 2002.
  • Catherine Écarnot, L'écriture poétique de Monique Wittig, À la couleur de Sapho (thèse de doctorat), L'Harmattan, 2002.
  • Namascar Shaktini (dir.), On Monique Wittig: Theoretical, Political and Literary Essays, Urbana et Chicago, University of Illinois Press, 2005.
  • Dominique Bourque, Écrire l'inter-dit. La subversion formelle dans l'œuvre de Monique Wittig, Paris, L'Harmattan, 2006.
  • Cécile Voisset-Veysseyre, Des Amazones et des femmes, L'Harmattan « Ouverture philosophique », 2010 (ISBN 978-2-296-10832-5)
  • Benoît Auclerc et Yannick Chevalier (dir.), Lire Monique Wittig, Presses universitaires de Lyon, 2012, 314 pages.

Revues et articles[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

L'Opoponax (p. 253 et fin du roman)

Il n'y a pas d'inscriptions sur les tertres pas de noms. Il tombe de la neige fondue. On enfonce dans la boue. Les coquelicots sont mouillés. On est debout, on serre les mains des parents de mademoiselle Caylus. On dit, les soleils couchants revêtent les champs, les canaux la ville entière d'hyacinthe et d'or le monde s'endort dans une chaude lumière. On dit, tant je l'aimais qu'en elle encore je vis.

Les Guérillères (p. 126-127)

Elsa Brauer dit quelque chose comme, il y a eu un temps où tu n'as pas été esclave, souviens-toi. Tu t'en vas seule, pleine de rire, tu te baignes le ventre nu. Tu dis que tu en as perdu la mémoire, souviens-toi. Les roses sauvages fleurissent dans les bois. Ta main se déchire aux buissons pour cueillir les mûres et les framboises dont tu te rafraîchis [...] Tu dis qu'il n'y a pas de mots pour décrire ce temps, tu dis qu'il n'existe pas. Mais souviens-toi. Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente.

Paris-la-politique et autres histoires (chap. La ligne, p. 42-44)

La ligne générale est maintenant réduite à un fil. Il était convenu de la faire assez large pour que tout le monde puisse y passer, même à plusieurs, de front. Les assemblées ont succédé aux assemblées, les cris aux cris, les arguments aux arguments, et le plus vaste dénominateur commun entre toutes n'a pas excédé la largeur d'un fil. Au lieu d'une vaste allée où on allait s'engager, il y a cette corde au-dessus du vide, tenue de chaque côté, sur laquelle il faut passer une à une.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]