Luce Irigaray

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Luce Irigaray

Philosophe occidentale

Époque contemporaine

Naissance 1930
Blaton (Belgique)
École/tradition déconstruction, French Theory, féminisme et yoga
Principaux intérêts épistémologie, amour, sexualité, schizophrénie, hystérie, différence des sexes en psychanalyse, linguistique, yoga, philosophie indienne, démocratie, philosophie politique
Idées remarquables speculum, amour et altérité
Influencé par Platon, Schopenhauer, Nietzsche, Freud, Heidegger, Krishnamacharia, Mircea Eliade, T.K.V. Desikachar
A influencé Judith Butler

Luce Irigaray (née en 1930) est une linguiste, philosophe et psychanalyste féministe française. Elle appartient au courant de la déconstruction et s'intéresse également au yoga et à la philosophie indienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Luce Irigaray est née en 1930 à Blaton en Belgique. Après des études à l'Université catholique de Louvain et un début de carrière en tant que professeur dans un lycée de Bruxelles, elle vient s'installer en France au début des années 1960. Elle devient, en 1964, analyste et maître de recherche en philosophie au Centre national de recherche scientifique. Elle soutient en 1968 un doctorat en linguistique. De 1970 à 1974, elle enseigne à l'université Paris VIII alors située à Vincennes.

Elle participe à la même époque au Séminaire de Jacques Lacan. Elle deviendra plus tard elle-même psychanalyste, membre de l'École freudienne de Paris et sera l'analyste d'Antoinette Fouque. Elle présente une seconde thèse un peu plus tard, Speculum. De l'autre femme. On lui retire en 1974 son enseignement à l'université à la demande de Jacques Lacan à cause de ses écrits critiquant les thèses freudiennes et lacaniennes[1]. Irigaray a une grande influence sur le féminisme international contemporain.

Travaux[modifier | modifier le code]

Les premiers travaux de Luce Irigaray sont marqués par l'étude de la différence sexuelle dans la langue : il y aurait une langue des hommes et une langue des femmes, différentes et il appartiendrait, selon elle, aux hommes de comprendre que leur langue ne serait pas la langue de toute l'humanité. En 1995, Luce Irigaray a établi un bilan en trois étapes de son cheminement[2] :

Critique du sujet masculin[modifier | modifier le code]

Œuvres majeures : Spéculum. De l'autre femme, Ce sexe qui n'en est pas un, en particulier.

« C'est la phase où j'ai montré que c'est un sujet unique, le sujet masculin, qui a créé le monde dans une perspective unique. ». La vérité comme une et unitaire, l'inexistence du multiple, l'illusion de la complémentarité des contraires sont autant de symptômes d'une omniprésence du sujet mâle.

Création d'un sujet féminin[modifier | modifier le code]

C'est le stade de la définition des « médiations qui permettraient l'existence d'une subjectivité féminine, c'est-à-dire, un autre sujet. » Il faut reconnaître ce qui est autre, qu'il y a (« au moins », ajoute-t-elle par moments) deux sexes.

Exploration de l'intersubjectivité[modifier | modifier le code]

Œuvres majeures : J’aime à toi, Être deux.

Cette dernière phase vise à définir un nouveau modèle de relations entre l'homme et la femme, sans soumission de l'un à l'autre.

Postérité et critiques[modifier | modifier le code]

Ses livres, traduits en anglais, ont influencé plusieurs universitaires et féministes aux États-Unis d'Amérique, et appartiennent à la French Theory. Irigaray est parfois classée dans le « féminisme différentialiste », avec Julia Kristeva, Antoinette Fouque ou Carol Gilligan : l'idée est que la féminité est traditionnellement et métaphysiquement définie comme l'Autre du patriarcat, et que sa libération passera par une redéfinition du féminin à partir de lui-même et non par une abolition de la différence sexuelle qui ne serait en fait qu'une « masculinisation » des femmes.

Elle fait partie des intellectuels critiqués par Sokal et Bricmont dans Impostures intellectuelles, notamment la phrase : « L’équation E=MC2 est-elle une équation sexuée ? Peut-être que oui. Faisons l'hypothèse que oui dans la mesure où elle privilégie la vitesse de la lumière par rapport à d’autres vitesses dont nous avons vitalement besoin… »[3] Les physiciens lui reprochent un usage métaphorique et infondé de propositions scientifiques afin de bluffer ses lecteurs sur le sérieux de ses théories. Irigaray veut cependant dire par là que tout discours, y compris scientifique, parle depuis une position sexuée, et que son universalité ou sa neutralité supposées sont illusoires[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une bibliographie non exhaustive.

  • Le Langage des déments (Mouton / De Gruyter, 1973.
  • Speculum. De l’autre femme (Éditions de Minuit, 1974).
  • Ce sexe qui n’en est pas un (Éditions de Minuit, 1977).
  • Et l’une ne bouge pas sans l’autre (Éditions de Minuit, 1979).
  • Amante marine de Friedrich Nietzsche (Éditions de Minuit, 1980).
  • Le Corps-à-corps avec la mère (La Pleine lune, 1981).
  • Passions élémentaires (Éditions de Minuit, 1982).
  • L’Oubli de l’air - chez Martin Heidegger (Éditions de Minuit, 1983).
  • La Croyance même (Éditions Galilée, 1983).
  • Éthique de la différence sexuelle (Éditions de Minuit, 1984).
  • Parler n’est jamais neutre (Éditions de Minuit, 1985).
  • Sexes et parentés (Éditions de Minuit, 1987).
  • Le Temps de la différence. Pour une révolution pacifique (L.G.F., « Le Livre de poche. Biblio », 1989).
  • Sexes et genres à travers les langues (Grasset, 1990).
  • Je, tu, nous. Pour une culture de la différence (Grasset, 1990 ; L.G.F., « Le Livre de poche. Biblio » n°4155, 1992).
  • J’aime à toi (Grasset, 1992).
  • Être deux (Grasset, 1997).
  • Entre Orient et Occident (Grasset, 1999).
  • Prières quotidiennes / Everyday prayers (Maisonneuve et Larose / University of Nottingham, 2004).
  • Il mistero di Maria (Editions Paoline, 2010)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie Beth Mader, « IRIGARAY LUCE (1930- ) » , Encyclopædia Universalis
  2. (en) Elizabeth Hirsch, « "Je-Luce Irigaray": A Meeting with Luce Irigaray », Hypatia, vol. 10, no 2,‎ 1995, p. 93–114
  3. Luce Irigaray, « L'ordre sexuel du discours », in Langages, le sexe linguistique, 1987, p. 110.
  4. Cf. « Le sujet de la science est-il sexué ? », in Parler n'est jamais neutre, 1985, Minuit.