Genre (sciences sociales)
Le genre est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences non biologiques entre les femmes et les hommes.
Alors que le sexe fait référence aux différences biologiques entre femmes et hommes, le genre réfère aux différences sociales, psychologiques, mentales, économiques, démographiques, politiques, etc.
Le genre est l'objet d'un champs d'études en sciences sociales, les études de genre.
Le genre est une notion fréquemment utilisée par les féministes pour démontrer que les inégalités entre femmes et hommes sont issus de facteurs sociaux, culturels et économiques plutôt que biologiques.
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Étymologie [modifier]
Le mot « genre » vient du latin « genus », devenu en ancien français « gendre ». Le mot a d'abord le sens de « catégorie, type, espèce » puis le sens de « sexe »[1].
Le mot a longtemps été majoritairement associé au genre grammatical. L'utilisation scientifique du mot, dans le contexte des rôles sociaux des femmes et des hommes, date de son emploi par John Money en 1955 et a été popularisé par le mouvement féministe dans les années 1970 et a progressivement remplacé l'usage du mot « sexe » dans les sciences sociales[2].
Le genre comme donnée sociale [modifier]
Construction sociale [modifier]
En 1972, Ann Oakley[3] explique que masculinité et féminité ne sont pas des substances « naturelles » inhérentes à l’individu, mais des attributs psychologiques et culturels, fruits d’un processus social au cours duquel l’individu acquiert les caractéristiques du masculin ou (et) du féminin.
Selon Simone de Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient »[4]. Le sociologue Pierre Bourdieu estime que cela est également vrai pour les hommes : c'est à travers toute une éducation, composée de rituels d'intégration de la norme masculine, que se façonne l'identité masculine, et que l'homme assure dans la société une fonction de reproduction de la domination[5].
Ainsi considéré, le « genre » est l'identité construite par l'environnement social des individus, c'est-à-dire la « masculinité » ou la « féminité », qui ne sont pas des données « naturelles » mais le résultat de mécanismes extrêmement forts de construction et de reproduction sociale, au travers de l'éducation. L'identité de genre a traits aux comportements, pratiques, rôles attribués aux personnes selon leur sexe, à une époque et dans une culture donnée.
La norme sociale de genre peut être non seulement constructive mais aussi punitive : la déviation des rôles de genre (c'est-à-dire, un désaccord entre la présentation de genre d'une personne et la présentation de genre exigée d'une personne de son sexe) n'est pas toujours tolérée et certaines attitudes sont réprimées par la société. Un exemple simple est la « tenue » sociale : une blague sur le sexe sera vue comme relativement acceptable de la part d'un homme, mais sera mal acceptée si elle provient d'une femme.
Catégorisation [modifier]
Le sexologue John Money a inventé le terme « rôle de genre » en 1955. Il désigne les caractéristiques assignées aux genres, généralement vues comme une dualité femme-homme. Ces caractéristiques peuvent inclure les vêtements, les modes d'expression, les professions et la sexualité.
Vu ainsi, la norme sociale du genre peut être non seulement constructive mais aussi punitive, la construction du genre étant alors un impératif social : la déviation des rôles de genre (c'est-à-dire, un désaccord entre la présentation de genre d'une personne et la présentation de genre exigée d'une personne de son sexe) n'est pas toujours tolérée et certaines attitudes sont réprimées par la société.
La plupart des sociétés ne considère que deux grandes catégories de rôles de genre, masculin et féminin, correspondant aux deux sexes biologiques des hommes et des femmes. Toutefois, certaines sociétés intègrent des personnes qui adoptent le rôle de genre opposé à leur sexe biologique, par exemple les personne bispirituelles de certains peuples Autochtones d'Amérique. D'autres sociétés peuvent inclure un troisième sexe avec des rôles qui sont considérés comme distincts des rôles typiquement féminins ou masculins[6] (et qui incluent parfois les intersexes ou les eunuques[7]). Un exemple en sont les Hijras du sous-continent indien ou les Muxe de l'Oaxaca (Mexique)[8].
Relations entre sexe et genre [modifier]
Pour Christine Delphy « Le genre précède le sexe ; dans cette hypothèse le sexe est simplement un marqueur de la division sociale »[9]. Penser le sexe en termes de donnée biologique est une impasse : pour elle le sexe est avant tout une représentation de ce que la société se fait de ce qui est « biologique ».
Selon Judith Butler, « Le genre, c’est la stylisation répétée des corps, une série d’actes répétés à l’intérieur d’un cadre régulateur plus rigide, des actes qui se figent avec le temps de telle sorte qu’ils finissent par produire l’apparence de la substance, un genre naturel de l’être. »[10]. Ici les actes et les discours relatifs au genre sont performatifs ; cela signifie que non seulement ces derniers décrivent ce qu’est le genre (performance) et par là même ont la capacité de produire ce qu’ils décrivent. Mais pour Judith Butler, « il faut aussi que le genre désigne l’appareil de production et d’institution des sexes eux-mêmes […] c’est aussi l’ensemble des moyens discursifs/culturels par quoi la « nature sexuée » ou un « sexe naturel » est produit et établi dans un domaine « pré discursif », qui précède la culture, telle une surface politiquement neutre sur laquelle intervient la culture après coup. »[11].
Questions diverses posées par la notion de genre [modifier]
Questions juridiques [modifier]
Le sexe d'une personne comporte des conséquences légales : le sexe est indiqué sur les documents d'identité, la loi prescrit parfois des mesures différentes pour les hommes et les femmes (en termes de pension de retraite par exemple), le mariage n'est souvent possible qu'entre personnes de sexe différent. La question est ainsi de déterminer quels sont les critères pour déterminer qu'une personne est homme ou femme : dans la plupart des cas la réponse est évidente, mais la question peut être plus complexe en cas de transidentité ou de personne intersexe.
La plupart des pays permettent à une personne intersexe de changer de sexe légal quand il établit que le sexe attribué à la naissance n'est pas le sexe réel. Mais il ne s'agit pas là d'un changement de sexe, plutôt d'une rectification.
Dans certains cas, des personnes transgenres peuvent faire changer leur sexe légal. Les conditions diffèrent d'un pays à l'autre et il peut arriver que le sexe légal d'une personne ne corresponde pas à son genre social.
Répartition des rôles sociaux [modifier]
Le genre est parfois perçu comme induisant une répartition des rôles sociaux profondément inégalitaire. L'historienne Joan W. Scott présente cette dimension de la notion en ces termes : « le genre est un élément constitutif de rapports sociaux fondés sur des différences perçues entre les sexes, et le genre est une façon première de signifier des rapports de pouvoir[12]. »
Conséquences économiques [modifier]
Le genre, et en particulier le statut des femmes, est reconnu comme un facteur important dans le développement économique et social.
Critiques de la notion de genre [modifier]
Réception scientifique [modifier]
La notion de genre trouve un accueil contradictoire chez des chercheurs en neurobiologie ou en psychiatrie.
Le psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik considère « que le "genre" est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas »[13]. Des recherches récentes soulignent des « différences dues à l'action des gènes, des hormones, voire à une organisation neuronale sexuée »[14]. Lise Eliot, neurobiologiste, précise que le processus de différenciation sexuelle s'enclenche dès le milieu du premier trimestre de grossesse, que « garçons et filles sont influencés dans l'utérus par différents gènes et différentes hormones qui leur sont propres », notamment par la testostérone. Son influence a pour conséquence durant la période de quatre mois, avant la naissance, durant laquelle les fœtus sont exposés à la testostérone, de les « masculiniser entre les jambes et, dans une certaine mesure, dans leurs cerveaux embryonnaires ». Lise Eliot montre les différences très sensibles entre garçons et filles depuis le fœtus jusqu'aux premières années après la naissance et conclut que « longtemps avant qu'ils n'entrent en contact avec notre culture très codifiée entre masculin et féminin, leurs cerveaux sont préparés à ne pas réagir tout à fait de la même manière à certains aspects de notre environnement »[15].
À l'inverse, la neurobiologiste Catherine Vidal, en se basant sur des techniques d’imagerie cérébrale comme l'IRM, démontre que « les différences entre les individus d’un même sexe sont tellement importantes, qu'elles dépassent les différences entre les deux sexes », ce qui s'explique par ce qu'elle appelle la « plasticité » du cerveau : à la naissance, seules 10 % des terminaisons nerveuses entre neurones sont faites et les 90 % se construisent « progressivement au gré des influences de la famille, de l'éducation, de la culture, de la société ». Ainsi, « À la naissance, le bébé humain ne connaît pas son sexe » et si les femmes et des hommes adoptent des comportements de genre stéréotypés, « la raison tient d'abord à une empreinte culturelle rendue possible grâce aux propriétés de plasticité du cerveau humain »[16],[17].
Critiques politiques [modifier]
La notion de genre est critiquée par certains milieux, notamment de droite humaniste chrétienne, car considérée comme une conception « contestable de l’homme, de la sexualité et de la société »[18]. Ces critiques considèrent que « garçons et filles sont différents. Ils ont des centres d'intérêt différents, des niveaux d'activité différents, des seuils sensoriels différents, des forces physiques différentes, des styles relationnels différents, des capacités de concentration différentes et des aptitudes intellectuelles différentes »[19]. Opérer une différenciation entre sexe biologique et genre social, psychologique et culturel serait donc complètement artificiel, ce qui fait appeler le genre par ces critiques « théorie du genre » ou « théorie du gender ».
En France, en 2012, affirmant que certains manuels scolaires de SVT intègrent l'enseignement de la « théorie du genre », des députés UMP demandent l'ouverture d'un débat[20].
Notes et références [modifier]
- Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Robert, p. 881.
- David Haig, The Inexorable Rise of Gender and the Decline of Sex: Social Change in Academic Titles, 1945–2001, Archives of Sexual Behavior 33 (2): 87–96.
- Ann Oakley, Sex, Gender and society, Temple Smith, 1972. Gower, Londres, 1985.
- Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe II L'expérience vécue, Gallimard, Folio, 1949 (renouvelé en 1976), p. 13.
- Pierre Bourdieu, La domination masculine.
- Gilbert Herdt (ed.), Third Sex Third Gender: Beyond Sexual Dimorphism in Culture and History, 1996
- Will Roscoe, Changing Ones: Third and Fourth Genders in Native North America, Palgrave Macmillan, 2000.
- A Lifestyle Distinct: The Muxe of Mexico, The New York Times, 6 décembre 2008
- Delphy, 2003, Penser le genre: quels problèmes?, pp. 94-95, in M.-C. Hurtig, M. Kail, & H. Rouch, Sexe et genre. De la hiérarchie entre les sexes (pp. 89-102). Paris: CNRS Editions.
- Butler J., 2006 Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l'identité. Paris: La Découverte, p. 109
- Butler J., 2006 Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l'identité. Paris: La Découverte, p. 69
- J.W. Scott, « Genre : une catégorie utile d'analyse historique », Les cahiers du GRIF, 37-38, 1988, p.125.
- Boris Cyrulnik face au suicide des enfants entretien, Le Point.fr, 29 septembre 2011
- Y a-t-il un éternel féminin ? Sarah Chiche, scienceshumaines.com
- Lise Eliot, Cerveau rose, cerveau bleu : Les neurones ont-ils un sexe ?, éd. Robert Laffont, 2011
- Femmes, hommes : nos cerveaux sont-ils différents ? Les réponses de Catherine Vidal, neurobiologiste à l'Institut Pasteur, consulté le 20 décembre 2012.
- Catherine Vidal - Le cerveau a-t-il un sexe ?, TEDxParis 2011
- Théorie du gender : Christine Boutin refuse le diktat de la pensée unique. Lettre ouverte à Luc Chatel, consulté le 15 décembre 2012.
- Qu’est-ce que la théorie du "gender" ?, consulté le 15 décembre 2012
- Deux députés remettent en cause «la théorie du genre», Raphaël Gibour, Le Figaro.fr, 19 décembre 2012
Annexes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Pierre Bourdieu, La domination masculine, Paris, coll. Liber Le Seuil, 1998.
- Goffman, E., L'arrangement des sexes. Paris: La Dispute, (2002).
- Delphy, C., Penser le genre: quels problèmes? Dans M.-C. Hurtig, M. Kail, & H. Rouch, Sexe et genre. De la hiérarchie entre les sexes (pp. 89-102). Paris: CNRS Éditions, (2003).
- Guilbert, G.-C, C'est pour un garçon ou pour une fille? La Dictature du genre. Paris: Autrement, (2004).
- Butler, J., Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l'identité. Paris: La Découverte (2006).
- Paul-Edmond Lalancette, La nécessaire compréhension entre les sexes, Québec, 2008, (ISBN 978-2-9810478-0-9)
- Butler, J., Ces corps qui comptent. De la matérialité et des limites discursives du "sexe"., Paris: Éditions Amsterdam (2009).
- Éric Fassin avec Véronique Margron, Homme, femme, quelle différence ? La théorie du genre en débat, coll. controverses éditions Salvator, septembre 2011 (ISBN 978-2-70670850-3)
Articles connexes [modifier]
- Différence des sexes, Comparaison biologique entre la femme et l'homme
- Inégalités homme-femme, Sexisme
- Identité sexuelle, Transgenre
- Études de genre
- Virilité, Masculinité, Féminité
- Féminisme
- Queer
Liens externes [modifier]
- Parvenir à l'égalité entre les sexes (IIPE-UNESCO)
- L'école et les filles : quelle formation pour quels rôles sociaux ? (petite étude sociologique)
- La construction-déconstruction des genres et le plaisir qu'on peut y prendre
- Prendre en compte le genre dans l'amélioration des conditions de travail (ANACT)
- Réseau transnational et transdisciplinaire de jeunes chercheur-e-s travaillant sur le concept d'intersectionnalité : www.intersectionality.org
- Emmanuelle Vilain - Frozine Prod - Cornélia Schneider. Identités Remarquables Part 1 (MP3). YouTube: Frozine Prod.
