David Reimer

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David Reimer, né le 22 août 1965 à Winnipeg, dans le Manitoba, et mort le 5 mai 2004, est un Canadien connu pour avoir subi une réattribution sexuelle sans son consentement.

À la suite d'une circoncision ratée visant à combattre un phimosis, il subit une pénectomie à l'âge de 8 mois[1]. À la suite de cela, sur les recommandations du docteur John Money, un pionnier dans le domaine du développement sexuel et de l'identité de genre, ses parents lui firent retirer les testicules à l'âge de 22 mois et l'élevèrent ensuite en tant que fille, sous le prénom de Brenda[1]. Il suivit des séances régulières avec le psychologue John Money, qui voulait faire de cette réattribution sexuelle, pourtant forcée et incomplète, la preuve que l'identité sexuelle est essentiellement due à l'éducation et en parlait comme d'une réussite. Cependant, David Reimer, malgré l'ablation de ses organes génitaux mâles, ne s'est jamais considéré comme une fille ; à quinze ans il voulut reprendre son identité masculine. Par la suite il publia son histoire pour décourager les réassignations sexuelles faisant fi du consentement de la personne concernée. Il se suicida à l'âge de 38 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

David Reimer naquit à Winnipeg dans le Manitoba ; il avait un vrai jumeau, Brian, et son nom alors était Bruce. Quand ils eurent six mois on s’inquiéta de voir que les deux garçons avaient des difficultés à uriner et on diagnostiqua un phimosis. Il fut donc décidé de les faire circoncire à l'âge de huit mois. Le 27 avril 1966, le chirurgien Jean-Marie Huot et l'anesthésiste Max Cham pratiquèrent la circoncision à l'aide d'une machine à cautériser Bovie, alors que celle-ci n’était pas destinée à être utilisée sur les extrémités ni sur les organes génitaux. Le pénis de Bruce se retrouva irrémédiablement endommagé. On préféra alors ne pas faire circoncire Brian qui guérit fort bien sans traitement supplémentaire.

Money[modifier | modifier le code]

Les parents de Bruce le conduisirent au centre médical Johns-Hopkins à Baltimore pour soumettre son cas à John Money, un psychologue qui, dans le domaine du développement sexuel et de l'identité de genre, jouissait d’une réputation de pionnier fondée sur son travail avec des patients intersexués. Money était partisan de la pratique, aujourd'hui encore courante, de l'assignation forcée à un sexe mâle ou femelle des enfants afin de les rendre conformes au modèle binaire traditionnel des caractéristiques sexuelles[2] et de la théorie selon laquelle l'identité de genre est relativement plastique au cours de l'enfance et se développe essentiellement à la suite de l'apprentissage social qui la suit. Avec d'autres médecins qui travaillaient avec des enfants nés avec des organes sexuels ne correspondant pas à la norme binaire, il croyait que, si un pénis ne peut pas être remplacé, un vagin fonctionnel peut être réalisé par une opération et que Bruce atteindrait mieux son épanouissement sexuel fonctionnel en tant que fille plutôt que garçon.

Réattribution[modifier | modifier le code]

Une réattribution sexuelle est réalisée sur Bruce et, à l'âge de 22 mois, on lui enleva chirurgicalement les testicules. Jusqu'à son adolescence, Reimer devait uriner par un orifice artificiel que les chirurgiens avaient alors créé à son abdomen. On l'éleva, après presque deux ans de socialisation en tant que garçon, selon les codes genrés assignés aux filles et on lui donna le nom de « Brenda ».

Le soutien psychologique après sa réattribution chirurgicale est confié à John Money, qui continue à voir Brenda pendant plusieurs années, à la fois pour son traitement et pour écrire une étude. Cette réattribution était considérée comme un cas intéressant pour tester le concept d'apprentissage social d'identité de genre et pour deux raisons. D'abord, Bruce/Brenda avait un frère jumeau, Brian, ce qui constituait un contrôle idéal puisque les deux enfants ne partageaient pas seulement leurs gènes et l'environnement familial, mais ils avaient également eu le même environnement intra-utérin. Ensuite, il s'agissait de la première réattribution avec reconstruction exécutée sur un bébé garçon qui ne présentait aucune anomalie dans la différentiation sexuelle prénatale ou néo-natale.

Pendant plusieurs années, Money publia des rapports sur l'évolution de Brenda qu'il appelait « le cas John/Joan », décrivant un développement féminin apparemment réussi, et il utilisait cet exemple pour soutenir qu'une réttribution sexuelle avec reconstruction chirurgicale était parfaitement réalisable, même dans les cas où il n'y avait pas d'intersexuation. On donna des œstrogènes à Brenda à l'adolescence, pour provoquer le développement de sa poitrine. Pourtant Brenda ressentait les visites à Baltimore comme des traumatismes plutôt que comme une thérapie, si bien que sa famille arrêta le suivi.

Durant plusieurs années, Money reportait les progrès de Reimer en tant que cas “John/Joan”, décrivant un développement féminin apparemment réussi et utilisant ce cas pour soutenir la faisabilité des réattribution sexuelles et des reconstructions chirurgicales également pour les cas de non intersexuation. Money écrivit : « le comportement de l'enfant est si clairement celui d'une petite fille active et si différent du comportement masculin de son frère jumeau. » Des notes d'un ancien étudiant au laboratoire de Money font état de ce que, durant les visites de suivi, qui n'avaient lieu qu'une fois par an, les parents de Reimer mentaient systématiquement à l'équipe du laboratoire au sujet de la réussite de la procédure. Le frère jumeau de David, Brian, développa plus tard une schizophrénie[3].

Reimer a vécu les visites à Baltimore comme traumatisantes plutôt que comme thérapeutiques. Quand John Money commença à faire pression sur la famille pour lui faire subir une intervention chirurgicale de construction vaginale, la famille interrompit les visites de suivi. N'ayant pas de contact avec la famille à partir de l'interruption des visites de suivi, John Money cessa de publier au sujet de ce cas.

Ce que Reimer écrivit deux décennies plus tard, en collaboration avec John Colapinto, nous montre comment, et contrairement à ce que prétendait Money, Brenda n'avait pas l'impression d'être une fille. Elle était victime de l'ostracisme et des brimades des autres enfants, et ni les jolies robes ni les hormones féminines ne la faisaient se sentir une femme[4]. À l'âge de 13 ans, Brenda passa par une phase de dépression suicidaire et déclara à ses parents qu'elle se tuerait s'ils l'obligeaient encore à voir John Money. En 1980, les parents de Brenda lui apprirent la vérité sur sa réattribution sexuelle, sur les conseils de l'endocrinologue et du psychiatre de Brenda. Quand elle eut 15 ans, Brenda décida de reprendre une identité masculine et se fit appeler David. Après avoir appris à entretenir de nouvelles relations avec son ex-sœur, Brian commença à éprouver toute une série de troubles mentaux qui se développèrent plus tard en schizophrénie. À partir de 1997, David se soumit à un traitement pour inverser la réattribution, avec injections de testostérone, une double mastectomie et deux opérations de phalloplastie. Il se maria également avec une femme et devint le beau-père des trois enfants qu'elle avait.

En 1997 il raconta son histoire à Milton Diamond, sexologue connu, qui réussit à obtenir de lui l'autorisation de la publier, afin de dissuader les médecins de traiter de la même façon d'autres bébés. Peu après, David rendit publique son histoire et, en décembre 1997, John Colapinto publia dans Rolling Stone Magazine un compte-rendu qui connut une large diffusion et eut un grand impact. Ils continuèrent en exposant l'affaire plus en détail dans un livre.

Bien que cette publication eût donné à David Reimer une sécurité financière plus grande, il connaissait beaucoup d'autres problèmes dans sa vie, entre autres une séparation d'avec sa femme, de graves difficultés avec ses parents et la mort de son frère jumeau Brian, en 2002, victime d'une combinaison toxique d'alcool et d'antidépresseurs. David Reimer se suicida en 2004.

Impact social de l'histoire de David Reimer[modifier | modifier le code]

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Le rapport sur David Reimer et le livre qui l'a suivi ont influencé de nombreux cabinets médicaux et la compréhension actuelle de ce qui détermine l'identité sexuelle. Cette affaire a accéléré la défaveur de la réattribution sexuelle et de la chirurgie dans les cas de bébés XY, mâles sans équivoque mais avec un micropénis, et quand il s'agit de différentes autres malformations congénitales rares ou de la perte du pénis au cours de la petite enfance.

Ce cas est présenté comme argument par ceux qui estiment que les hormones prénatales et de la toute première enfance exercent une forte influence sur la différentiation du cerveau, l'identité de genre et peut-être d'autres conduites dues au dimorphisme sexuel. On hésite maintenant à pratiquer une réattribution sexuelle forcée dans les cas de situations intersexuées dues à une insuffisance sévère de testostérone ou à une insensibilité à ses effets. Pour certaines personnes, il est impossible de savoir à l'avance quelle sera l'identité ou la préférence sexuelle et elles doutent de la capacité des médecins à faire de telles prédictions, elles ne trouvent pas raisonnables d'utiliser la chirurgie génitale réparatrice pour assigner un sexe déterminé à un bébé qui présente un état intersexué ou un défaut de l'appareil génital : il faut attendre que l'individu soit assez âgé pour choisir lui-même.

Les intactivistes, qui s'opposent à la circoncision comme à la réassignation sexuelle qui n'est pas demandée par l'individu lui-même, voient dans l'histoire de David Peter Reimer la démonstration du fait qu'on ne doit pas modifier inutilement les organes sexuels de mineurs non consentants.

Cette affaire a causé un tort considérable à la réputation de John Money. Non seulement sa théorie de la plasticité du genre sexuel a reçu un coup sévère, mais dans son livre Reimer a raconté les séances de thérapie étranges et insupportables qu'il avait subies dans son enfance et il a montré que Money n'avait rien vu ou rien voulu voir alors qu'il était de plus en plus évident que la réattribution était un échec. Les partisans de Money ont supposé que certaines des allégations sur les séances de thérapie peuvent avoir été le résultat d'un syndrome des faux souvenirs.

La réputation du centre médical Johns-Hopkins, qui passait pour une institution d'avant-garde pour soigner les individus intersexués et les situations transgenres, a été elle aussi profondément atteinte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Dr. Money And The Boy With No Penis
  2. « Déclaration de Montréal sur les droits humains des LGBT », paragraphe 1 « Les droits essentiels », « a) La protection contre la violence d’État et la violence privée ».
  3. (en) « Dr Money and the Boy with No Penis », sur www.bbc.co.uk (consulté le 12 novembre 2012)
  4. Sex Reassignment at Birth: A Long Term Review and Clinical Implications

Liens externes[modifier | modifier le code]