Nekuia

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Ulysse sacrifiant un bélier pour appeler l'âme de Tirésias, cratère à figures rouges lucanien, IVe siècle av. J.-C., Cabinet des médailles de la BnF

En grec ancien, la nekuia ou nekyia est un rite "par lequel les fantômes sont appelés et interrogés sur l'avenir". Une nekuia n'est pas nécessairement la même chose qu’une catabase. Alors que les deux offrent la possibilité de parler avec les morts, seule une catabase est une descente réelle aux enfers entreprise par plusieurs héros grecs et romains anciens.

Chant XI de l’Odyssée[modifier | modifier le code]

La nekuia a été décrite par Homère au chant XI de l’Odyssée[1].

Après une belle journée de navigation, Ulysse débarque au pays des Cimmériens, plongé dans une nuit perpétuelle. Comme indiqué par Circé, il procède à un sacrifice chthonien et promet au devin Tirésias un bélier noir s'il accepte de se montrer à lui. Les ombres des morts s'approchent en foule, mais Ulysse leur défend de se nourrir du sang, qu'il réserve à Tirésias. L'ombre d'Elpénor réclame à Ulysse des funérailles convenables lorsqu'il retournera chez Circé. Puis l'ombre de Tirésias arrive, et fournit à Ulysse les indications qu'il recherchait. Ulysse apprend que lui et ses compagnons aborderont à l'île du Soleil, et qu'ils ne devront pas toucher au bétail d'Hélios s'ils veulent rentrer chez eux. Si jamais ils mangent les vaches du Soleil, Ulysse pourra tout de même rentrer, mais seul, misérable, après avoir perdu tous ses hommes, et il devra accomplir un long voyage afin d'offrir des sacrifices à tous les dieux pour les apaiser.

Ulysse parle ensuite avec le fantôme de sa mère, Anticlée. Elle lui annonce que Pénélope l'attend toujours fidèlement, et lui donne des nouvelles de son père, Laërte, et de son fils, Télémaque. Ulysse aperçoit ensuite plusieurs reines et héroïnes défuntes, dont les histoires sont racontées au passage : Tyro, Antiope, Alcmène, Mégara, Épicaste (c'est le nom de Jocaste chez Homère), Chloris, Léda qui est la mère d'Hélène de Troie, Iphimédie, Phèdre, Procris et Ariane, Maira, Clymène et Ériphyle. À ce stade de son récit, Ulysse fait une pause ; Arété, Alcinoos et les Phéaciens qui l'écoutent échangent des commentaires élogieux à son sujet, puis Alcinoos invite Ulysse à poursuivre son récit.

Le second groupe d'ombres que voit Ulysse comprend les héros de la guerre de Troie morts pendant ou après la guerre : Ulysse s'entretient avec le fantôme d'Agamemnon qui évoque sa mort sous la main d'Égisthe, puis avec l'ombre d'Achille, qui affirme qu'il préfèrerait être un bouvier misérable, mais vivant, plutôt que de régner sur les morts. Ulysse le réconforte en lui rapportant les prouesses de son fils Néoptolème. Ulysse aperçoit aussi Ajax, qui lui tient encore rigueur à cause de leur rivalité à propos des armes d'Achille.

Enfin, Ulysse voit les grandes figures des Enfers. Il voit Minos qui rend la justice chez les morts, puis le géant Orion, puis les damnés du Tartare en proie à leurs supplices : le géant Tityos dévoré par des vautours, Tantale affamé et assoiffé, Sisyphe poussant en vain son rocher. Il voit ensuite l'ombre d'Héraclès, qui chasse éternellement parmi les morts tandis que le véritable Héraclès, divinisé après sa mort, réside sur l'Olympe en compagnie d'Hébé. Après avoir vu tous ces défunts, Ulysse rentre au navire, de peur d'être changé en pierre par le fantôme de Gorgô.

Nekuia et Catabase[modifier | modifier le code]

La Nekuia est à ne pas confondre avec la catabase (du grec ancien κατάϐασις / katábasis, « descente, action de descendre »), qui traite de la descente du héros aux Enfers. L'invocation des morts est l'inverse de la catabase puisqu'elle consiste à faire venir à soi les morts, et non à descendre parmi eux.

Jung[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung a utilisé le concept de Nekuia comme une partie intégrante de sa psychologie analytique comme une « introversion consciente dans les couches profondes de la psyché inconsciente »[2]. Pour Jung « la Nekuia n'est pas la chute sans but dans l'abîme, mais une catabase significative ... Son objet est la restauration de l'homme »[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Gary A. Stilwell, Afterlife (2005) p. 11
  2. C . G. Jung, Analytical Psychology (London 1976) p. 41
  3. Quoted in D. R. Griffin, Archetypal Process (1990) p. 118

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