Dolomie

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7092 pieskovna Dolinka pri Hradisti pod Vratnom dolomit.JPG

La dolomie est une roche sédimentaire carbonatée composée d'au moins 50 % de dolomite, c'est-à-dire d'un carbonate double de calcium et de magnésium, de composition chimique CaMg(CO3)2, qui cristallise en prismes losangiques (rhomboèdres).

Gîtologie[modifier | modifier le code]

La dolomie est donc une roche sédimentaire composée principalement de dolomite (entre 90 et 100 %) et de calcite, qui n'ont pas la même densité (dolomite : 2,87 ; calcite : 2,71), jouant un rôle fondamental dans l'érosion de la roche.

Elle ne fait pas effervescence à froid avec l'acide chlorhydrique dilué à 10 % comme le calcaire. La dolomie est insensible à la cryoclastie, et n'a donc pas subi les gels du quaternaire.

Son nom vient de l'espèce minérale dominante : la dolomite et, au-delà, au géologue et naturaliste français Déodat Gratet de Dolomieu, qui l’analysa le premier à la fin du XVIIIe siècle.

Selon la genèse des dolomies on distingue :

  • les dolomies primaires issues de la précipitation de dolomite dans des lagunes côtières des pays chauds. La précipitation directe de dolomite a longtemps été mise en question, considérant qu'il ne se formait plus de dolomite à la surface de globe. Entre 1909 et 1987, la thèse du gradualisme conduisait même la communauté géologique mondiale à accepter le fait que le taux de dépôt de dolomite était en diminution constante. Cette hypothèse a été profondément bousculée suite aux travaux effectués par Judith McKenzie et Crisogno Vasconcelos sur la base de nouvelles analyses effectuées en 1987[1]. Ces deux chercheurs ont mis en évidence que la dolomite se formait dans des régions hostiles à toute forme de vie  : aridité, pression, salinité, anaérobie, telles que la région sabkha sur la côte de la Trêve du Golfe Persique, à Abu Dhabi, ou dans le Laggoa Vermelha, un petit lagon côtier près de Rio de Janeiro sur lequel Vasconcelos travailla pour son doctorat. À partir du prélèvement de carottes sédimentaires, il démontra la présence concomitante de dolomite et de bactéries susceptibles de réduire le sulfate. Avec l'aide de l'Idaho National Engineering Laboratories et de l'Eidgenössische Technische Hochschule, il obtint une image secondaire de microscope électronique à balayage montrant des grains de quartz couverts d'une couche "qui semblait être colonisée par des nanobactéries sous-sphériques."[2]. Ce qui les menaient à conclure que "prises ensemble, nos analyses fournissent une preuve concluante que la production bactérienne de la dolomite peut être réalisée dans des conditions anoxiques à basse température dans un temps relativement bref." À partir de ces travaux, d'autres chercheurs tels Robert Folk, se sont alors emparés de cette découverte pour asseoir l'existence des nanobactéries[3]. Ainsi, au moment même où le mythe de la formation de la dolomite trouvait une résolution possible, il reprécipitait immédiatement sous la forme des nanotubes qui devenaient une nouvelle hypothèse à prouver pour la communauté scientifique.
  • les dolomies secondaires issues du remplacement d'une partie de la calcite par de la dolomite lors du processus de diagenèse (dolomitisation). Au cours de ce processus, le carbonate de calcium (CaCO3) est transformé en carbonate double de calcium et de magnésium par remplacement de la moitié des ions Ca2+ par des ions Mg2+.
Dolomie à Mourèze, Hérault, France.
  • La dolomie est le nom donné en français à une roche formée uniquement de dolomite. La langue anglaise ne différencie que très rarement les deux et seul le terme dolomite est généralement utilisé, même si le vocable dolostone existe toutefois.

Calcaires dolomitiques et dolomies sont généralement plus poreux et perméables que les calcaires, et sont donc des cibles dans l'exploration pétrolière. Près de 70 % des réservoirs pétroliers carbonatés du globe concernent des dolomies ou calcaires dolomitiques.

Gisement[modifier | modifier le code]

On trouve de grandes formations de dolomie dans le Trias des Alpes, notamment les Dolomites dans le nord de l'Italie. On observe aussi des paysages dits « ruiniformes » sur les causses (Larzac par exemple) dont certains sont fameux : le cirque de Mourèze dans l'Hérault, Montpellier-le-Vieux sur le causse Noir, ou encore Nîmes-le-Vieux sur le causse Méjean ; il s'agit de lapiaz géants creusés par l'érosion dans la dolomie, véritables labyrinthes de rocs dont certains affectent parfois des formes excentriques: arches, silhouettes anthropomorphes, visages, etc.

Les massifs provençaux : Alpilles aux Baux-de-Provence ; massif de l'Étoile : Pilon du Roi, montagne du Baou Traouquas, massif de la Sainte-Baume localement au massif secondaire de la Lare ; plateau d'Agnis et de Siou Blanc, montagne de la Loube, Barre de Cuers, Gros Bessillon, etc.

Le long de la Meuse, en Belgique, et plus particulièrement dans le Namurois, à Marche-les-Dames.

Synonymie[modifier | modifier le code]

  • Ridolphite[4]
  • Calcaire dolomitique
  • Calcaire magnésien
  • Chaux dolomitique
  • Chaux magnésienne
  • Pierre du Levant

Végétation associée[modifier | modifier le code]

La végétation sur sol dolomitique se caractérise par la présence de plantes calcicoles comme, par exemple, le ciste de Montpellier dans le sud de la France.

Exploitation et utilisation[modifier | modifier le code]

Les dolomies, constituées de carbonate de calcium et de magnésium, sont utilisées en tant que charge minérale dans de nombreuses applications: peintures et enduits, élastomères, papiers et revêtements de sol.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. McKenzie Judith A., 1991. "The dolomite problem : an outstanding controversy", in D. W. Müller, J. A. McKenzie, H. Weissert (eds.), Controversies in modern geology, Academic press, Londres
  2. Vasconcelos Crisogno, McKenzie Judith A., 1997. "Microbial mediation of modern dolomitic precipitation and diagenesis under anoxic conditions, Lagoa Vermelba, Rio de Janeiro, Brazil" in Journal of sedimentary research, 67, p. 378-390.
  3. Sillitoe Richard H., Folk Robert L., Saric Nicolà, 1996. "Bacteria as mediators of copper sulfide enrichlent during weathering", in Science, 272, p. 1153-1155.
  4. Manuel de Minéralogie Par Alf Louis Olivier Legrand Des Cloizeaux p.136 2009