Grandes Jorasses

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Grandes Jorasses
La face Nord des Grandes Jorasses et le glacier de Leschaux
La face Nord des Grandes Jorasses et le glacier de Leschaux
Géographie
Altitude 4 208 m, Pointe Walker
Massif Massif du Mont-Blanc
Coordonnées 45° 52′ 08″ N 6° 59′ 17″ E / 45.86889, 6.98806 ()45° 52′ 08″ Nord 6° 59′ 17″ Est / 45.86889, 6.98806 ()  
Administration
Pays Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Région
Région autonome
Rhône-Alpes
Vallée d'Aoste
Département Haute-Savoie
Ascension
Première 30 juin 1868 par Horace Walker, avec Melchior Anderegg, Johann Jaun et Julien Grange
Voie la plus facile Face Sud (mixte ; AD-) depuis le refuge des Grandes Jorasses

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Les Grandes Jorasses sont un sommet des Alpes dans le massif du Mont-Blanc, entre la France (Haute-Savoie) et l'Italie (vallée d'Aoste).

Situation[modifier | modifier le code]

La face est des Grandes Jorasses depuis le val Ferret italien

Les Grandes Jorasses sont une arête faîtière orientée est-ouest longue d'environ un kilomètre et sur laquelle se détachent successivement six pointes :

  • Pointe Walker (4 208 m, point culminant) ;
  • Pointe Whymper (4 184 m) ;
  • Pointe Croz (4 110 m) ;
  • Pointe Hélène (4 045 m) ;
  • Pointe Marguerite (4 066 m) ;
  • Pointe Young (3 996 m).

Cette arête marque la frontière entre la France et l'Italie. Elle domine, du côté français, le glacier de Leschaux, affluent de la Mer de Glace, du côté italien le val Ferret et la vallée de Courmayeur.

Ces six pointes sont encadrées par le col des Hirondelles (3 480 m), au nord-est, et le col des Grandes Jorasses (3 825 m), à l'ouest, sur lequel on trouve le bivouac E. Canzio.

La face Nord (versant français) est l'une des plus grandes faces granitiques des Alpes : 1 200 m de haut sur près d'un kilomètre de long.

Ascensions[modifier | modifier le code]

Face nord[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Face nord des Grandes Jorasses.

L'ascension de la face nord fut considérée comme l'un des « grands défis des Alpes » jusqu'à la première en 1935. Elle fait toujours partie des trois grandes faces nord des Alpes.

Conquête[modifier | modifier le code]

Après une compétition entre alpinistes de plusieurs pays, la face Nord est gravie pour la première fois par l'itinéraire de l'éperon Croz (Martin Meier et Rudolf Peters, les 28 et 29 juin 1935). Le point culminant, la pointe Walker, sera atteinte par son éperon nord trois ans plus tard, du 4 au 6 août 1938, faisant connaître trois alpinistes italiens : Riccardo Cassin, Luigi Esposito et Ugo Tizzoni qui arrivèrent au sommet à 14 h 00. Cet itinéraire reste le plus célèbre et le plus parcouru de la face.

La renommée de la face Nord des Grandes Jorasses allait par la suite attirer tous les alpinistes de haut niveau, au point qu'aujourd'hui elle comporte un très grand nombre de lignes d'ascensions, rocheuses, glaciaires ou mixtes, gravies en toutes saisons et parfois en solitaire.

Après l'ascension des pointes Walker et Croz par leurs éperons nord, les alpinistes vont s'intéresser au versant nord des autres pointes : pointe Marguerite en 1958 (René Desmaison et Jean Couzy), pointe Young la même année (Enrico Cavalieri et Andre Mellano), pointe Whymper en 1964 (Walter Bonatti et Michel Vaucher), pointe Hélène en 1970 par une cordée polonaise.

La pente de glace raide située à gauche de la pointe Walker a été baptisée « le Linceul ». René Desmaison fait équipe avec Robert Flematti et s'engage dans la pente en hiver, pour réduire les risques de chutes de pierre. Grimpant avec la technique ancienne des crampons dix pointes et des tailles de marches, ils seront pris par le mauvais temps et mettront neuf jours pour gravir les 800 mètres de glace (17-25 janvier 1968). Ayant emporté avec eux deux radios (3 kg par poste), ils purent communiquer avec les médias durant toute leur ascension, une autre première.

Les huit premières ascensions de l'éperon Walker[modifier | modifier le code]

Directes et directissimes[modifier | modifier le code]

L'imagination des grimpeurs étant sans limites, de nouveaux défis allaient marquer notamment les années 1960 et 70 : tracer la « ligne » la plus directe possible de la base au sommet de la montagne. C'est le concept des directes — et des directissimes (encore plus directes si cela est possible).

Dès 1971, René Desmaison s'attaque avec Serge Gousseault à un itinéraire direct dans le flanc nord-est de la pointe Walker, choisissant de surcroît la saison hivernale. L'entreprise allait malheureusement se conclure par un drame : les alpinistes restèrent bloqués à peu de distance de la pointe Walker après avoir passé quinze jours dans la paroi. Serge Gousseault devait y trouver la mort. René Desmaison raconta la tragédie dans son ouvrage 342 heures dans les Grandes Jorasses. Il retourna deux ans plus tard dans la face pour achever sa première, en compagnie de Michel Claret et Giorgio Bertone, parvenant au sommet le 17 janvier 1973, après huit bivouacs[réf. nécessaire].

Un autre alpiniste renommé, Yannick Seigneur, s'est illustré dans la face Nord de la pointe Whymper, en ouvrant la « Directe de l'amitié » avec ses compagnons Louis Audoubert, Marc Galy et Michel Feuillarade, en plein hiver, du 19 au 27 janvier 1974. Ils résolvent ainsi de façon élégante le tracé d'une ligne directe sous cette pointe. Deux ans plus tôt, une importante équipe japonaise avait tenté le même objectif, sans parvenir à gravir la face proprement dite, se rabattant sur le grand couloir central (19-29 mars 1972).

En 1979, une cordée tchèque inaugure une voie directe de haute difficulté sur l'éperon Walker, la voie « Rolling Stones » (24-29 juillet). Sept ans plus tard, Patrick Gabarrou réussit un tracé encore plus rectiligne avec la « directissime » qu'il ouvre du 27 juin au 1er juillet 1986 avec Hervé Bouvard.

Grand amateur de belles lignes, Patrick Gabarrou est également l'auteur :

Mais ce n'est pas tout : hivernales, solitaires et solitaires hivernales ont été l'occasion de nombreux exploits, ainsi que toutes les voies tracées dans la face, spécialement nombreuses : fin 2004, la face Nord des Grandes Jorasses comptait plus de 40 itinéraires distincts sur son versant nord !

Hivernales[modifier | modifier le code]

Cette face Nord est très intéressante en hiver car l'impression de solitude et d'isolement est exceptionnelle pour les Alpes. La raison en est que depuis cette face, on ne peut voir aucune vallée alpine habitée, contrairement à la face Nord du Cervin ou de l'Eiger par exemple. La première hivernale de l'éperon Walker fut réalisée par les Italiens Walter Bonatti et Cosimo Zappelli en 1963[1], la seconde étant réalisée le même hiver par les français René Desmaison et Jacques Batkin[2].

Solitaires[modifier | modifier le code]

Cette face ne comporte aucun itinéraire facile, aucune voie de dégagement. L'engagement est donc certain. Un solo aux Grandes Jorasses par la face Nord est réservé aux alpinistes d'exception. Signalons, par exemple, les solos de Valery Babanov à la pointe Whymper ou le solo de Slavko Sveticic avec ouverture d'une voie nouvelle à la pointe Croz.

Hivernales solitaires[modifier | modifier le code]

Dès 1975, le guide Ivano Ghirardini réussit la première hivernale solitaire du Linceul et en 1978, lors de sa trilogie, celle de l'éperon Croz. Le guide Tsunéo Hasegawa fera la première hivernale solitaire de l'éperon Walker en 1979.

Trilogie[modifier | modifier le code]

La face Nord des Grandes Jorasses, avec celles du Cervin et de l'Eiger, fait partie d'un triptyque « magique » nommé trois grandes faces nord des Alpes. C'est le rêve de tout alpiniste dans les Alpes. La première trilogie hivernale solitaire fut réussie par Ivano Ghirardini (hiver 1977-1978), la seconde par Tsunéo Hasegawa (1977-1978-1979).

Goulottes[modifier | modifier le code]

Ce sont des merveilles d'environ un kilomètre de haut. La pente moyenne de la face est d'environ 70 degrés et seuls certains ressauts sont verticaux. L'ambiance est toujours sévère dans ces fins boyaux de glace qui s'élèvent entre les éperons abrupts. L'une des plus difficiles est « Rêve Ephémère », ouverte par Ivano Ghirardini et Slavko Sveticic entre les pointes Marguerite et Young.

Face sud[modifier | modifier le code]

L'itinéraire normal des Grandes Jorasses se situe sur son versant sud.

La première descente de la face sud en ski[modifier | modifier le code]

Le 11 avril 1971, un hélicoptère pose Sylvain Saudan surnommé le « skieur de l'impossible » à 30 minutes du sommet de la pointe Walker. Il effectue 5 h 30 de descente très difficile, environ 2 500 virages, en partie dans le brouillard, avant de rejoindre le pied du sommet.

Face est[modifier | modifier le code]

En 1983, Christiano et Fabio Delisi ouvrent Groucho-Marx, cotée ED. Sébastien Bohin, Sébastien Ratel et Dimitri Munoz, tous trois membres du GMHM, en ont réalisé la première hivernale en mars 2012[3].

Anecdote[modifier | modifier le code]

En 1974, le chanteur Pierre Perret a donné une certaine notoriété à ce site montagneux, grâce à deux vers de sa chanson humoristico-éducative le Zizi : « L'alpiniste et son beau pic à gla-ace, magnifique au-d'ssus des Grandes Jora-asses ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Walter Bonatti, Montagnes d'une vie, Arthaud, Paris, 1997 (ISBN 2-7003-1144-2) chapitres XIV Dans la face nord des Grandes Jorasses en hiver (1963)
  2. René Desmaison, Les forces de la montagne, Hoëbeke, 2005, (ISBN 2-84230-229-X) chapitres 18 Tempête sur les Grandes Jorasses
  3. {{Article}} : paramètre « titre » manquant, Montagnes Magazine, Grenoble, Éditions Nivéales, no 378,‎ mai 2012, p. 9 (ISSN 0184-2595)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Walter Bonatti, Montagnes d'une vie, chapitres XIV Dans la face nord des Grandes Jorasses en hiver (1963) et XV Éboulements et tempêtes à l'éperon Whymper (1964), Arthaud, Paris, 1997 (ISBN 2-7003-1144-2)
  • Philippe Bonhème, La face Nord de René Demaison, Ramsay, 2009 (ISBN 978-2-8122-0002-1)
  • René Desmaison, 342 heures dans les Grandes Jorasses, Hoëbeke, coll. « Retour à la montagne », 2003, (ISBN 2842301420)
  • René Desmaison, Les forces de la montagne, chapitres 10 Margherita, notre dernière cordée, 18 Tempête sur les Grandes Jorasses, 26 Le Linceul des Grandes Jorasses et 29 Ascension vers l'enfer, Hoëbeke, 2005, (ISBN 2-84230-229-X)
  • Robert Flematti, Flemattissime, chapitre 8 Le Linceul, Guérin, 2006, (ISBN 2-911755-98-7)
  • Roger Frison-Roche, Retour à la montagne
  • Ivano Ghirardini, Thanatos, 1986
  • Jean-Marie Defossez, Face Nord

Liens externes[modifier | modifier le code]