Anna Politkovskaïa

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Anna Politkovskaïa

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Anna Politkovskaïa pendant une interview en 2005 à Leipzig

Nom de naissance Anna Stepanovna Mazepa
Naissance 30 août 1958
New York, États-Unis
Décès 7 octobre 2006 (à 48 ans)
Moscou, Russie
Nationalité Drapeau de Russie Russe
Drapeau des États-Unis Américaine
Profession
Formation

Anna Stepanovna Politkovskaïa (en russe : Анна Степановна Политковская), née Mazepa (Мазепа) le 30 août 1958 à New York, assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou, est une journaliste russe et une militante des droits de l'homme connue pour son opposition à la politique du président Vladimir Poutine, sa couverture du conflit tchétchène et ses critiques virulentes envers les autorités actuelles de la république caucasienne. Le procureur général de Russie, Iouri Tchaïka, supervise l'enquête sur ce meurtre, confiée au service des affaires particulièrement graves du Parquet général de Russie. Les enquêteurs privilégient l'hypothèse selon laquelle sa mort est liée à ses activités professionnelles. Le 9 octobre 2007 le procureur général Tchaïka a déclaré que l'« affaire Politkovskaïa » a été élucidée. Auparavant, il a annoncé l'arrestation de dix suspects dont les noms n'ont pas été divulgués. Le Parquet déclara cependant être en train de rechercher le commanditaire du meurtre[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Née à New York, elle est fille de diplomates. Son père, Stepan Mazepa, travaillait à la mission de la RSS d'Ukraine auprès de l'ONU. Après des études de journalisme à Moscou qu'elle termine en 1980, elle commence sa carrière au journal Izvestia. Depuis juin 1999, elle écrivait des articles pour le journal en ligne Novaïa Gazeta.

En 2001, elle s'était réfugiée plusieurs mois en Autriche après avoir reçu des menaces par courriers électroniques. Les messages affirmaient qu'un officier de police, qu'elle avait accusé de commettre des atrocités contre des civils, avait l'intention de se venger. Sergueï Lapine avait été interpelé en 2002 à propos de ces accusations, mais les charges contre lui avaient été abandonnées l'année suivante. Celles-ci furent reprises en 2005 et Sergueï Lapine fut condamné à une peine de onze années d'emprisonnement.

Anna Politkovskaïa fut détenue plusieurs jours en février 2001 par les forces russes en Tchétchénie dans la région de Chatoï (sud de la Tchétchénie) pour avoir « enfreint les règlements en vigueur pour les journalistes », alors qu'elle effectuait une enquête sur un centre de détention de l'armée. Elle dit avoir été menacée de viol et de mort, et qu’on s’en prendrait à ses enfants, fait remarquer la Fondation internationale des femmes œuvrant dans les médias (International Women's Media Foundation, IWMF). Elle avait reçu en 2002 le prix Courage en journalisme de l’IWMF.

Elle s'est engagée dans de nombreuses affaires, notamment en défendant les victimes de la guerre en Tchétchénie. Elle a participé aux négociations lors de la prise d'otages du théâtre de la rue Melnikov en 2002 à Moscou. Lors de la prise d'otages de l'école de Beslan en 2004, Anna Politkovskaïa a été empoisonnée[2], probablement en buvant un thé, dans l'avion qui l'amenait à Rostov-sur-le-Don, sur la route de Beslan pour participer aux négociations avec les preneurs d'otages. Elle est tombée gravement malade et n'a donc pas participé à ces négociations. La nature du poison n'a jamais été déterminée, les analyses de sang ayant été détruites « par mégarde ». La journaliste considère avoir été victime des services spéciaux, qui voulaient à tout prix l'empêcher de se rendre à Beslan.

Son dernier ouvrage Douloureuse Russie, est paru en septembre 2006 aux éditions Buchet-Chastel. Dans ce livre, véritable réquisitoire contre la politique de Vladimir Poutine en Russie aujourd'hui, la journaliste prédit que si une révolution éclate en Russie, elle ne sera ni orange, ni de velours, mais rouge comme le sang.

Elle a été plusieurs fois primée pour ses enquêtes, notamment en 2002 par le Pen Club International, et en 2003 au Danemark, où elle a reçu le prix du journalisme et de la démocratie, décerné par l'OSCE[3]. En 2004, Anna Politkovskaïa avait reçu le prix Olof Palme pour les droits de l'Homme[4]. Elle avait partagé ce prix avec ses compatriotes Lyudmila Alekseyeva et Sergey Kovalyov. Le prix Olof Palme, doté de 50 000 dollars, avait récompensé par le passé Amnesty International.

Anna Politkovskaïa restera synonyme des années Poutine et des guerres de Tchétchénie. Elle aura sans relâche dénoncé les dérives du pouvoir russe. Elle était connue pour sa couverture critique des campagnes du pouvoir russe en Tchétchénie. Ironie du sort - Polikovskaïa a été assassinée le 7 octobre, le jour de l'anniversaire de Vladimir Poutine (né le 7 octobre 1952).

Assassinat[modifier | modifier le code]

Tombe d'Anna Politkovskaïa

Anna Politkovskaïa a été assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou, jour de l'anniversaire du chef de l'État Vladimir Poutine. Son corps a été découvert dans la cage d'escalier, devant l'ascenseur de son immeuble, dans le centre de Moscou, rue Lesnaïa, a expliqué à l'Associated Press l'officier de permanence au commissariat central de la capitale russe. Un pistolet et quatre balles ont été retrouvés à ses côtés. Ces informations ont été relevées par Interfax[5], Associated Press, Reuters, puis AFP[3].

Anna Politkovskaïa, mère de deux enfants (une fille, Vera, et un garçon, Ilia), avait dénoncé à plusieurs reprises les violations des droits de l'Homme dont se rendaient coupables les forces fédérales en Tchétchénie, ainsi que la milice de Ramzan Kadyrov.

Selon l'agence de presse Interfax[6], c'est une voisine qui a découvert son corps dans l'ascenseur de son immeuble samedi 7 octobre à 17 h 10. Les policiers ont retrouvé dans l'ascenseur un pistolet Makarov 9 mm et quatre douilles, ajoute l'agence.

Anna Politkovskaïa est la 21e journaliste assassinée en Russie depuis l'élection de Vladimir Poutine en 2000[7]. Pour certains de ces journalistes, il n'est pas avéré qu'ils aient été tués pour des motifs liés avec leur activité professionnelle[8].

Anna Politkovskaïa repose désormais au cimetière Troïekourovskoïe (en) de Moscou.

Réactions à son assassinat[modifier | modifier le code]

  • Reporters sans frontières : « Nous sommes abasourdis par cette nouvelle tragique, qui est annoncée le jour même de l'inauguration à Bayeux, par l'organisation, du Mémorial des reporters, bâti pour rendre hommage aux journalistes tués dans le monde depuis 1944. Les meurtres de nos confrères (...) doivent faire réaliser à la communauté internationale à quel point il est urgent d'agir pour assurer la protection des reporters. »
  • « Il est temps aujourd'hui de passer des mots aux actes pour que les incidents macabres que nous avons connus aujourd'hui ne puissent plus se reproduire. C'était l'une des rares journalistes indépendantes en Russie et elle s'était fait un nom. Elle voyageait souvent en Tchétchénie et avait publié un livre », a déclaré à Paris Jean-François Julliard, de Reporters sans frontières (RSF).
  • « À chaque fois que la question se posait de savoir s'il y avait un journaliste honnête en Russie, le premier nom qui venait à l'esprit était pratiquement toujours celui de Politkovskaïa », selon Oleg Panfilov, directeur du Centre pour le journalisme dans des situations extrêmes, qui lui rendait hommage, lui aussi basé à Moscou. Selon lui, elle avait reçu des menaces à plusieurs reprises et des inconnus avaient tenté il y a plusieurs mois de pénétrer dans la voiture que sa fille Vera conduisait.
  • Vitali Tretiakov, rédacteur en chef du journal Novost : « Il est évident que la première version qui vienne à l'esprit est celle d'un meurtre lié à ses activités professionnelles. »
  • Tatiana Lokchina, directrice de l'ONG Demos et auteur de nombreux rapports sur les violations des droits de l'Homme en Tchétchénie: « Elle a écrit tant de choses la mettant en danger, elle était devenue si célèbre ces dernières années, qu'il semblait qu'elle était intouchable. Elle ne disait pas se sentir menacée. Pour la Tchétchénie, c'est une grande tragédie, c'était une des dernières journalistes à couvrir la guerre, à rapporter avec constance les violations des droits de l'Homme. Elle critiquait beaucoup Kadyrov, elle était l'une des rares à se le permettre. »
  • La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), rappelle que la journaliste avait été « victime de représailles dans le cadre de son travail au cours de ces dernières années. Les autorités russes, doivent se conformer aux instruments internationaux et régionaux relatifs aux droits de l'Homme, afin de garantir en toutes circonstances les libertés d'expression et de la presse[9]. »
  • « Aujourd'hui, nous ne savons pas qui l'a tuée », écrit l'équipe de Novaïa Gazeta sur son site Web, en avançant tout de même deux scénarios. « C'était soit une vengeance de Ramzan Kadyrov (l'homme fort et Premier ministre à Grozny, soutenu par le Kremlin), dont elle a beaucoup parlé et écrit, ou de ceux qui voulaient que le soupçon tombe sur lui », écrit le bi-hebdomadaire. L'hebdomadaire en ligne a par ailleurs déclaré qu'il publierait certaines de ses notes et de ses photographies.
  • « Ce qui vient immédiatement à l'esprit, est qu'Anna avait beaucoup d'ennemis », notait Joel Simon, directeur exécutif du Comité pour la protection des journalistes (CPJ). « Anna était une héroïne pour beaucoup d'entre nous, et elle nous manquera », a-t-il ajouté.

« Aucun de ces meurtres n'a fait l'objet d'une enquête correcte », ajoute Simon. « Nous savons que cela crée un environnement dans lequel ceux qui auraient voulu mener à bien ce meurtre pourraient avoir l'impression qu'il n'y aurait guère de conséquences. » Selon le CPJ[10], Anna Politkovskaïa est au moins la 13e journaliste victime d'un assassinat de ce type depuis l'arrivée au pouvoir du Président Vladimir Poutine.

  • Buchet-Chastel, éditeur d'Anna Politkovskaïa : « Elle dérangeait beaucoup de monde en Russie, surtout dans les hautes sphères, elle ne voulait pas d'une Russie bâtie sur le sang et le mensonge[11]. »
  • Amnesty International a exprimé sa « colère après le meurtre à Moscou d'Anna Politkovskaïa, visée en raison de son travail de journaliste[13]. »
  • Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de la radio Écho de Moscou, a déclaré à l'agence Associated Press qu'Anna Politkovskaïa était « un reporter infiniment honnête (...) Chacun des faits (qu'elle relatait) était le fruit d'une enquête. C'était aussi une médiatrice et une militante des droits de l'Homme. On avait confiance en elle. Elle était unique. »
  • Le 7 décembre 2006, l'Institut international de la presse (IPI), organisation principale de défense de la liberté de la presse selon l'UNESCO[14] déclarait Anna Politkovskaïa 51e Héros de la liberté de la presse mondiale[15].

Réactions officielles[modifier | modifier le code]

  • Sean McCormack, porte-parole du Département d'État des États-Unis : « Les États-Unis sont choqués et profondément attristés par la nouvelle du meurtre brutal de la journaliste russe indépendante, Anna Politkovskaïa, une journaliste d'investigation, infatigable et hautement respectée, ayant travaillé sous la pression constante de menaces de mort. Les États-Unis demandent de toute urgence au gouvernement russe de mener une enquête immédiate et exhaustive afin de retrouver, poursuivre et juger tous les responsables de ce meurtre haineux. » (Déclaration, 7 octobre 2006)
  • Alou Alkhanov, le Président tchétchène : « Bien que notre approche sur les événements en Tchétchénie fût complètement différente, Anna Politkovskaïa n'était pas indifférente au sort du peuple tchétchène. Mes collègues et moi regrettons sincèrement ce qui est arrivé et transmettons nos condoléances à sa famille et ses amis. Une enquête doit être ouverte et tous ceux qui sont derrière doivent être punis. On ne doit pas tuer les journalistes[16]. »
  • Thomas Hammarberg, Commissaire européen aux droits de l'homme : « Ce meurtre est le signal d'une crise majeure concernant la liberté d'expression et la sécurité des journalistes en Russie[17]. » Les autorités russes ne sont jamais parvenues à enquêter sur des « tentatives de meurtre » visant Anna Politkovskaïa et des « menaces » d'attenter à sa vie, regrette le commissaire.

« Maintenant, elles n'ont plus d'excuses pour enquêter en profondeur sur les circonstances de sa mort et de punir ceux qui ont commis ce crime déplorable. » Se déclarant « triste et en colère », il salue en Anna Politkovskaïa « un des plus importants défenseurs des droits de l'homme dans la Russie d'aujourd'hui ». « Si tout le monde ne partageait pas ses analyses, personne ne remettait en cause son professionnalisme, son courage et son engagement personnel pour faire la vérité sur des questions politiques controversées. Sa mort est une grande perte pour la Russie et pour la cause des droits de l'homme[18]. » (Communiqué, 8 octobre 2006).

  • Terry Davis, secrétaire général du Conseil de l'Europe : « Je suis très inquiet quant aux circonstances dans lesquelles cette journaliste d'un courage et d'une détermination exceptionnels a perdu la vie ». « Ses reportages ont permis à la population russe, mais aussi au monde entier d'avoir un regard indépendant sur le sort des gens ordinaires piégés dans le conflit en Tchétchénie » et « nous perdons une voix forte, de celles qui sont nécessaires dans toute démocratie authentique. » Terry Davis considère comme étant « essentiel que les circonstances de son décès soient rapidement éclaircies et de façon convaincante[19] (Communiqué, 8 octobre 2006). »
  • En France, le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a fait part de sa « vive émotion » et de sa « profonde tristesse ». « La brutalité même de ce crime horrible bouleverse tous ceux qui sont attachés à la liberté de la presse », souligne le ministre dans un communiqué. « Nous souhaitons que les autorités russes mettent en œuvre au plus vite tous les moyens nécessaires pour faire la lumière sur cet assassinat et identifier les coupables », a ajouté le ministre des Affaires étrangères pour qui « ce crime ne peut rester impuni[20] ». Lors du lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Dominique de Villepin a fait part de sa « très profonde émotion », en rendant hommage à « une femme remarquable, une grande journaliste ». « Le combat qu'elle menait pour cette liberté d'informer était un combat essentiel », a-t-il souligné.
  • Lundi 9 octobre 2006, le président de la République française, Jacques Chirac, se disant profondément ému et choqué par l'assassinat de Madame Anna Politkovskaïa, a demandé à l'ambassadeur de France en Russie, M. Jean Cadet, de remettre le lendemain en son nom un message de condoléances et de solidarité à ses enfants. Il souhaite que toute la lumière soit faite sur ce crime odieux qui porte gravement atteinte à la liberté de la presse. Mais l'ambassadeur ne s'est pas déplacé pour les obsèques, se contentant de s'y faire représenter (Le Figaro du 11 octobre 2006).

Réactions du Kremlin[modifier | modifier le code]

Vladimir Poutine n'a réagi que le 10 octobre à l'occasion d'un voyage officiel en Allemagne, il a déclaré « quel que soit l'auteur du crime et ses motivations, nous devons déclarer que c'est un crime horrible et cruel. Bien sûr, il ne doit pas rester impuni[21] ». Par ailleurs, il a estimé que cet assassinat était plus préjudiciable aux autorités établies à Moscou et en Tchétchénie que ses publications, car leur influence sur l'opinion russe était selon lui insignifiante[22].

En visite à Helsinki le 24 novembre 2006, Vladimir Poutine a appelé à conjuguer les efforts dans la lutte contre les meurtres commandités, au lieu de les politiser.

Sergueï Iastrjembski, représentant spécial du président russe, a qualifié de « coïncidence inquiétante » les décès d'opposants au régime russe en place avec la tenue de forums internationaux où le président de la Fédération de Russie participe.

« Un nombre manifestement excessif de coïncidences de morts retentissantes de personnes qui, de leur vivant, se sont positionnées en opposants au pouvoir russe en place, avec les manifestations internationales auxquelles participe le président de la Fédération de Russie est pour le moins inquiétant », a notamment déclaré le représentant spécial du président russe pour les relations avec l'Union européenne, intervenant vendredi devant les journalistes à Helsinki à l'issue du Sommet Russie-UE.

Sergueï Iastrjembski, conseiller du président Vladimir Poutine, a dit ne pas être partisan de ce qu'il appelle la théorie des complots. « Quoi qu'il en soit, on a bien l'impression d'être en présence d'une campagne bien orchestrée ou même de tout un plan de dénigrement continu de la Russie et de sa direction », a-t-il ajouté[23].

La suite après sa mort[modifier | modifier le code]

Procédure judiciaire[modifier | modifier le code]

L'enquête sur l'assassinat de la journaliste a été close en juin 2008 par la mise en examen de quatre suspects, dont trois originaires de Tchétchénie et un officier du FSB. Aucun commanditaire n'a été retrouvé ni inculpé. Le principal exécutant de l'assassinat, identifié, demeure en fuite[24]. Puis le 19 février 2009, un tribunal militaire de Moscou a acquitté les suspects, les frères (Djabraïl et Ibraguim) Makhmoudov et Sergueï Khadjikourbanov[25].

En 2010, la Cour suprême russe a renvoyé l'affaire au parquet et l'enquête a été rouverte avec les mêmes suspects, les frères Roustam, Ibraguim et Djabraïl Makhmoudov.

Le 14 décembre 2012, l'ancien lieutenant-colonel Dmitri Pavlioutchenkov a été condamné à 11 ans de camp à régime sévère par un tribunal de Moscou pour avoir organisé l'assassinat d'Anna Politkovskaïa. Il a reconnu l'avoir prise en filature, et remis l'arme au tueur. Auparavant, Lom-Ali Gaïtoukaïev a été condamné pour avoir recruté Dmitri Pavlioutchenkov pour organiser l'assassinat. Le commanditaire de l'assassinat reste lui, inconnu[26].

Dernier article d'Anna Politkovskaïa[modifier | modifier le code]

  • Le journal russe d'opposition Novaïa Gazeta a publié jeudi 12 octobre 2006 une ébauche du dernier article de la journaliste Anna Politkovskaïa, où elle accusait les forces tchétchènes de recourir à la torture contre des civils ou des rebelles.

Le bi-hebdomadaire a publié à partir des notes laissées par la journaliste une pleine page sur la politique antiterroriste de torture dans le Caucase du Nord.

L'article, intitulé « Nous te nommons terroriste », n'est pas complet, puisque Anna Politkovskaïa n'a jamais pu le finir, et reprend essentiellement la lettre d'un prisonnier tchétchène qui affirme que des hommes des forces de l'ordre lui ont soutiré des aveux de « terrorisme » après l'avoir longuement torturé.

Le journal publie également quatre photos, floues, tirées d'une vidéo montrant un homme qui a été, selon Novaïa Gazeta, arrêté par des policiers tchétchènes puis tué.

Après sa mort, son journal Novaïa Gazeta avait écrit qu'« il s'agissait d'une vengeance de Ramzan Kadyrov, sur lequel elle a beaucoup écrit et parlé, ou bien (d'une vengeance de la part) de ceux qui veulent que les soupçons se portent sur le Premier ministre tchétchène » Ramzan Kadyrov.

Ce dernier a déclaré mercredi 11 octobre 2006 qu'il n'avait pas commandité le meurtre de la journaliste, affirmant qu'elle ne le « dérangeait » pas.

Le président russe Vladimir Poutine a également exclu toute implication du Premier ministre tchétchène dans l'assassinat.

« Les balles ont arrêté la journaliste Anna Politkovskaïa, mais personne n'a pu arrêter ce sur quoi elle travaillait », a lancé le militant des Droits de l'homme Chamil Tangiev. « Les organisations de défense des droits de l'homme n'arrêteront pas tant que la vérité sur les violations des droits dans notre république n'aura pas été rendue publique ».

  • samedi 21 octobre 2006 - La secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a profité d'une visite à Moscou consacrée au dossier nord-coréen pour mettre l'accent sur les atteintes aux libertés en Russie en rencontrant la famille et les collègues de la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa.

Selon un haut responsable du Département d'État, Mme Rice considérait cette initiative comme une possibilité « d'une part de présenter ses condoléances et d'autre part de soutenir ce qu'il reste de presse libre en Russie ». Il a nié cependant que cette entrevue symbolique soit un affront infligé au président russe. C'était « juste la bonne chose à faire », a-t-il dit.

Née à New York de parents diplomates soviétiques, Anna Politkovskaïa possédait également la nationalité américaine.

En annonçant dans la matinée son intention de voir les journalistes de Novaïa Gazeta, la secrétaire d'État américaine avait déclaré que « le sort des journalistes en Russie est un sujet majeur d'inquiétude » pour les États-Unis. Après le meurtre de Mme Politkovskaïa, elle avait averti la Russie que la communauté internationale suivait avec attention le déroulement de l'enquête, soulignant qu'Anna Politkovskaïa était « l'incarnation de ce que doit être la presse libre en Russie ».

Mme Politkovskaïa qui avait publié plusieurs articles à ce sujet entre 2002 et 2005 dans Novaïa Gazeta estimait que les officiers pouvaient être impliqués dans le meurtre de « plusieurs dizaines de civils tchétchènes », ajoute le journal russe Kommersant.

  • Près de trois cents médias russes ont publié jeudi 26 octobre 2006 une édition spéciale consacrée à l'assassinat de leur collègue Anna Politkovskaïa, critique acerbe du Kremlin et réputée pour ses enquêtes sur les exactions en Tchétchénie.

« Nous avons été agréablement surpris que près de 300 médias russes, principalement de la presse régionale, aient mis leur logo sur notre édition spéciale, même si leurs rédacteurs comprenaient que cela ne serait pas bien vu » par le pouvoir, a déclaré à l'AFP le secrétaire de l'Union russe des journalistes Pavel Goutiontov, citant en exemple le quotidien russe Izvestia, proche du Kremlin.

Tirée à 100 000 exemplaires et distribuée gratuitement dans toute la Russie, cette édition spéciale financée par l'Union des journalistes évoque sur 16 pages les enquêtes les plus retentissantes de Mme Politkovskaïa et son dernier texte non-publié sur la liberté de la presse (peut-être destiné à une tribune en Occident) qu'elle avait écrit avant d'être tuée.

« Cette édition est un test sur la liberté d'expression », estime M. Goutiontov, notant cependant que les quotidiens les plus lus en Russie, Komsomolskaïa Pravda et Moskovski Komsomolets, ainsi que le journal d'opposition Kommersant « n'ont pas participé à cette action ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages d'Anna Politkovskaïa publiés en français[modifier | modifier le code]

Les références indiquées sont celles des éditions en français.

Ouvrage sur Anna Politkovskaïa[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://fr.rian.ru/russia/20071009/83127829.html Le meurtre d'Anna Politkovskaïa "élucidé" (procureur général). RIA Novosti. Le 9 octobre 2007.
  2. (en) Journalist reportedly poisoned en route to hostage negotiations, another journalist detained at Moscow airport, IFEX, 2 septembre 2004
  3. a et b « La journaliste Politkovskaïa tuée pour "son travail" », Le Monde (Amnesty International) AFP 7 octobre.06
  4. « Lauréats du prix Olof Palme 2004 »
  5. Russian journalist Anna Politkovskaya found dead
  6. « Une journaliste d'opposition abattue à Moscou »
  7. Reporters Sans Frontières Russie - Rapport annuel 2007
  8. http://www.rsf.org/IMG/pdf/rapport_fr_europe.pdf Lire la section sur la Russie, ainsi que les rapports des autres années.
  9. « Assassinat d’Anna Politkovskaïa »
  10. Russian war critic writer murdered
  11. « Réactions de RSF et des éditions Buchet-Chastel à la mort de trois journalistes »
  12. (en) Murdered Russian Journalist Was Finishing Article on Torture in Checnnya
  13. « La journaliste Politkovskaïa tuée pour "son travail" (Amnesty International) »
  14. Fiche de l'IPI sur le site de l'UNESCO.
  15. Communiqué de presse sur le site de l'IPI. Le 52e héros de l'IPI sera en 2007 le journaliste arménien de Turquie Hrant Dink, lui aussi assassiné pour ses articles.
  16. « Le président tchétchène regrette l'assassinat de Anna Politkovskaïa »
  17. Outspoken Putin critic shot dead in Moscow
  18. « Assassinat d'Anna Politkovskaïa : "le signal d'une crise" (Hammarberg) »
  19. « La communauté internationale indignée après le meurtre d’Anna Politkovskaïa »
  20. « Dominique de Villepin a jugé dimanche très important que la lumière puisse être faite »
  21. « Déclaration de V. Poutine le 10 octobre 2006 »
  22. Emmanuel Carrère, Limonov, éditions P.O.L, 2011, page 13
  23. (fr) http://fr.rian.ru/world/20061124/55970675.html
  24. Le Monde, édition du 20 juin 2008, Le parquet russe clôt l'enquête sur le meurtre d'Anna Politovskaïa
  25. Le juge chargé de l'enquête a alors demandé qu'elle soit rouverte. Tribune de Genève, 20 février 2009.
  26. Dmitri Pavlioutchenkov, l'organisateur de l'assassinat d'Anna Politkovskaïa condamné en Russie

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]