Mikhaïl Khodorkovski

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Mikhaïl Borissovitch Khodorkovski
(en russe : Михаил Борисович Ходорковский)

Description de cette image, également commentée ci-après

Mikhaïl Khodorkovski avec Vladimir Poutine, alors président de Russie, le 20 décembre 2002.

Naissance 26 juin 1963
Moscou

Mikhaïl Borissovitch Khodorkovski (en russe : Михаил Борисович Ходорковский) est un oligarque russe né le 26 juin 1963 à Moscou. Khodorkovski est l'ancien PDG de Ioukos. Après avoir été la première fortune russe, il est en prison depuis 2004 pour « vol par escroquerie à grande échelle » et « évasion fiscale », accusations qu'il conteste.

Sommaire

Jeunesse [modifier]

Son père et sa mère étaient ingénieurs chimistes dans une usine de Moscou. Il fait de brillantes études, notamment en génie chimique, qui lui permettent de rejoindre l'Institut d'économie Plekhanov tout en menant en parallèle un grand activisme militant au sein du Komsomol (les jeunesses communistes). Il était en outre membre du Parti communiste.

Vie active [modifier]

Sa première expérience dans la vie économique est la création, dans le cadre du Komsomol, d'un Centre d'innovation technique, pratiquant essentiellement des activités de conseil aux entreprises d'État, ainsi que du commerce de matériel technique (ordinateurs) occidental. Selon certaines sources, il aurait également créé un café coopératif vers 1985, en pleine Perestroïka. Il aurait profité de ces structures pour faire de l'importation et de la revente de faux cognac et d'autres produits occidentaux. Ce trafic lui aurait permis d'amasser assez d'argent pour fonder, en 1988, Menatep, la banque qui deviendra par la suite le holding de son groupe.

En 1995, lors de la privatisation des entreprises russes par distribution de parts aux habitants puis ventes aux enchères, Khodorkovski rachète le groupe Ioukos (en russe : Юкос) pour 360 millions de dollars lors d'une vente critiquée : les deux seuls acheteurs autorisés par le pouvoir de Boris Eltsine à participer aux enchères étaient des compagnies détenues à 51 % par la Menatep[1]. En 2004, la valeur de Ioukos est estimée à 27 milliards de dollars, soit une multiplication par 75 par rapport au prix d'achat lors de cette vente controversée.

Mikhaïl Khodorkovski fait par ailleurs partie d'un groupe de sept oligarques, appelé Semibankirchtchina, qui aide et finance la réélection de Boris Eltsine en 1996. Il a aussi siégé au conseil d'investissement du Groupe Carlyle, dans la branche énergétique[2].

Affaire Ioukos [modifier]

Mikhaïl Khodorkovski

L'affaire Ioukos commence par l'arrestation du numéro 2 de l'entreprise pétrolière, Platon Lebedev, le 2 juillet 2003. Suite à cette arrestation, Khodorkovski est entendu comme témoin. Trois mois plus tard, le 25 octobre 2003, il est arrêté à l'aéroport de Novossibirsk, en Sibérie, alors qu'il est au faîte de sa gloire. Quelques mois plus tôt, il est le premier Russe à participer au forum de la Sun Valley, rencontre réunissant les plus grands patrons du monde. Dix jours plus tard, il démissionne de son poste de PDG de Ioukos en déclarant vouloir se consacrer dorénavant qu'à son ONG « Russie ouverte » (Otkrytaïa Rossia). Vers la fin de novembre 2003, un sondage annonçait que 54 % des Russes étaient favorables à l'arrestation et à l'emprisonnement de Khodorkovski.[réf. nécessaire]

Pour certains, son arrestation s'inscrivait dans une chasse aux sorcières contre les oligarques qui avaient financé et soutenu l'ascension politique de Boris Eltsine, obtenant ainsi que l'État russe fermât les yeux sur leurs pratiques mafieuses.

D'autres rappellent que Ioukos, sous la direction de Mikhaïl Khodorkovski, fut une entreprise criminelle[3]. En particulier, le chef de la sécurité de la banque Menatep puis de Ioukos, Alexeï Pitchouguine, est condamné en 2005 à 20 ans de réclusion pour le meurtre de Sergueï Gorine, un dirigeant de la banque Menatep, et de sa femme Olga. Cette sentence est commuée en 2007 à une peine de prison à vie après avoir été reconnu coupable de trois autres meurtres :

  • Valentina Korneyeva, une femme d'affaires moscovite qui avait refusé une vente immobilière à la banque Menatep ;
  • Vladimir Petoukhov, le maire de Nefteïougansk (bâtie près d'un des plus grands gisements de pétrole de Russie), qui avait entamé une grève de la faim pour que Ioukos paie ses impôts locaux ;
  • Nikolaï Fedotov, chauffeur, tué dans l'explosion de la voiture d'Evgeny Rybin — un manager de la compagnie East Petroleum (basée à Vienne) qui avait lancé plusieurs plaintes en justice contre Ioukos (ce dernier s'en tirant miraculeusement sauf, l'explosion s'étant produite pendant qu'il avait arrếté la voiture pour sortir acheter des fleurs).

Vladimir Poutine a estimé que le chef de la sécurité de Khodorkovski n'avait sûrement pas agi de sa propre initiative[4], concluant que ce dernier avait « du sang sur les mains » et avait « tué des gens pour protéger les intérêts économiques de sa compagnie »[5].

Le 1er novembre, les agences de presse Reuters et AFP annoncent que le tribunal de Moscou venait de prolonger de trois mois l'enfermement de Khodorkovski, ce qui repoussait sa détention jusqu'au 14 février. Jugé au printemps 2005, il est condamné le 31 mai 2005 à 9 ans de prison. Il fait appel, et le tribunal de la ville de Moscou le 22 septembre de la même année, ramène sa peine à 8 ans fermes[6].

En décembre 2010, Khodorkovski est condamné à 6 ans de prison supplémentaires pour « vol de pétrole » et « blanchiment d'argent », puis à 5 ans en appel[7].

Conditions de détention [modifier]

Après avoir été incarcéré à Matrosskaïa Tichina, Mikhaïl Khodorkovski est emprisonné, depuis octobre 2005, dans la colonie pénitentiaire IaG 14/10 établie à Krasnokamensk, en Sibérie, située à, respectivement, 30 et 105 km environ des frontières chinoise et mongole et à plus de 6 500 km de Moscou.

Un droit de visite trimestriel est accordé à sa famille. Les communications avec ses avocats sont, comme l'exige la procédure, filtrées et enregistrées[8].

Khodorkovski est, selon le magazine L'Express, fréquemment astreint au quartier d'isolement de façon arbitraire[9],[10].

Le 17 avril 2006, Khodorkovski s'est disputé avec un codétenu. Selon ses avocats, son visage aurait été entaillé à l'aide d'un couteau[11] et la blessure, toujours selon ses avocats serait d'une profondeur de 4 mm et aurait exigé des points de suture. Pour sa part, la direction de la colonie pénitentiaire a refusé d'ouvrir une enquête et a déclaré, qu' « une dispute a éclaté entre un jeune codétenu et Khodorkovski, et que ce dernier s'est pris un coup dans le nez. Aucune blessure ouverte n'a été infligée. Il n'a qu'une égratignure. » [11] Aucune arme blanche n'a été trouvé, par ailleurs, selon la direction.

Khodorkovski est souvent présenté par les opposants du gouvernement Poutine, dont des oligarques russes comme Kakha Bendukidze comme une victime politique du « régime russe ». Certains décrivent son procès, comme un procès politique. Depuis mai 2011, Amnesty International considère Khodorkovski et Lebedev comme des prisonniers d'opinion[12]. Dans un arrêt du 31 mai 2011, la Commission européenne des droits de l'homme critique les conditions de l'arrestation et de la détention préventive de Khodorkovski. À ce titre la Russie est condamnée à 10 000 euros d'amende. La Cour européenne des droits de l'homme ne considère pas quant à elle la condamnation comme politique[13].

Documentaire [modifier]

Bibliographie [modifier]

Liens externes [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Voir, par exemple, Jacques Sapir, Le Chaos Russe (Éd. La Découverte, p. 110).
  2. Bush, Khodorkovsky & Associates
  3. Brève histoire de l'oligarchie en Russie, Xavier Moreau
  4. Poutine énonce son verdict à Khodorkovski: "le voleur doit aller en prison", Le Nouvel Observateur, 16 décembre 2010.
  5. Russie: Poutine accuse Khodorkovski d'avoir commandité des meurtres, La Libre Belgique, 6 septembre 2010.
  6. (en) OBSERVATIONS FROM THE COURTROOM, 22 septembre 2005.
  7. Russie : pas de clémence pour Khodorkovski, Le Figaro, 24 mai 2011.
  8. BBC - Russian Godfathers II
  9. « Le prisonnier de Poutine », l'Express, 11 juillet 2006
  10. « Mikhaïl Khodorkovski aurait été agressé dans sa cellule », Le Figaro, 15 avril 2006.
  11. a et b « Mikhaïl Khodorkovski harcelé dans sa prison sibérienne », Le Figaro, 18 avril 2006
  12. Deux hommes d'affaires russes adoptés en tant que prisonniers d'opinion après confirmation de leur condamnation, Amnesty International, 24 mai 2011.
  13. (en) European Court Finds Grave Violations Of Fundamental Human Rights In First Khodorkovsky Case, Khodorkovski Center, 31 mai 2011.