Mikhaïl Khodorkovski

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Mikhaïl Khodorkovski

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Mikhaïl Khodorkovski en décembre 2013.

Nom de naissance Михаил Борисович Ходорковский
Naissance 26 juin 1963 (51 ans)
Moscou

Mikhaïl Borissovitch Khodorkovski (en russe : Михаил Борисович Ходорковский) est un oligarque russe né le 26 juin 1963 à Moscou. Khodorkovski est l'ancien PDG de Ioukos. Après avoir été la première fortune russe, il est emprisonné en 2004 pour « vol par escroquerie à grande échelle » et « évasion fiscale ». Après dix ans d'incarcération, il est gracié par le président Vladimir Poutine et libéré le 20 décembre 2013[1].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Son père, d'origine juive et sa mère, russe orthodoxe, étaient ingénieurs chimistes dans une usine de Moscou. Il fait de brillantes études, notamment en génie chimique, qui lui permettent de rejoindre l'Institut d'économie Plekhanov tout en menant en parallèle un grand activisme militant au sein du Komsomol (les jeunesses communistes)[2]. Il était en outre membre du Parti communiste.

Acquisition du groupe Ioukos[modifier | modifier le code]

Sa première expérience dans la vie économique est la création, dans le cadre du Komsomol, d'un Centre d'innovation technique, pratiquant essentiellement des activités de conseil aux entreprises d'État, ainsi que du commerce de matériel technique (ordinateurs) occidental. Selon certaines sources, il aurait également créé un café coopératif vers 1985, en pleine perestroïka. Il aurait profité de ces structures pour faire de l'importation et de la revente de faux cognac et d'autres produits occidentaux. Ce trafic lui aurait permis d'amasser assez d'argent pour fonder, en 1988, Menatep, la banque qui deviendra par la suite le holding de son groupe.

En 1995, lors de la privatisation des entreprises russes par distribution de parts aux habitants puis ventes aux enchères, Khodorkovski rachète le groupe Ioukos (en russe : Юкос) pour 360 millions de dollars lors d'une vente critiquée : les deux seuls acheteurs autorisés par le pouvoir de Boris Eltsine à participer aux enchères étaient des compagnies détenues à 51 % par la Menatep[3]. En 2004, la valeur de Ioukos est estimée à 27 milliards de dollars, soit une multiplication par 75 par rapport au prix d'achat lors de cette vente controversée.

Influence politique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1990, Mikhaïl Khodorkovski fait partie d'un groupe de sept oligarques, appelé Semibankirchtchina, qui aide et finance la réélection de Boris Eltsine en 1996.

Affaire Ioukos[modifier | modifier le code]

Mikhaïl Khodorkovski avec Vladimir Poutine, le 20 décembre 2002.

Investissements américains dans Ioukos[modifier | modifier le code]

Au début des années 2000, Khodorkowski se rapproche des États-Unis. Il siège au conseil d'investissement du groupe Carlyle[4], groupe d'investissement américain dans lequel siègent entre autres la famille Bush, la famille Ben Laden et George Soros[5].

À la même époque, le groupe Ioukos noue des alliances avec le groupe américain Exxon Mobil[6].

En 2003, Exxon Mobil et Chevron Texaco étaient supposés racheter la majorité des parts de Ioukos[7]. Cette vente de parts de Ioukos à hauteur de 20 milliards de dollars aurait mis l'une des plus importantes compagnies de ressources naturelles russe sous contrôle d'investissements américains[8].

Accusations de malversations financières[modifier | modifier le code]

Durant l'été 2003, l'entreprise Ioukos est soupçonnée de malversations financières. Le numéro 2 de l'entreprise pétrolière, Platon Lebedev (en), est arrêté par la justice le 2 juillet 2003. Suite à cette arrestation, Khodorkovski est entendu comme témoin. Trois mois plus tard, le 25 octobre 2003, il est arrêté à l'aéroport de Novossibirsk, en Sibérie.

L'avocate de Platon Lebedev, associé de Khodorkovski, déclare qu'il est une victime politique pour s'être opposé au président Vladimir Poutine[9].

En particulier, le chef de la sécurité de la banque Menatep puis de Ioukos, Alexeï Pitchouguine, est condamné en 2005 à 20 ans de réclusion pour le meurtre de Sergueï Gorine, un dirigeant de la banque Menatep, et de sa femme Olga. En 2007, cette sentence est commuée en peine de prison à vie après qu'il eut été reconnu coupable de trois autres meurtres :

  • Valentina Korneïeva, une femme d'affaires moscovite qui avait refusé une vente immobilière à la banque Menatep ;
  • Vladimir Petoukhov, le maire de Nefteïougansk (bâtie près d'un des plus grands gisements de pétrole de Russie), qui avait entamé une grève de la faim pour que Ioukos paie ses impôts locaux ;
  • Nikolaï Fedotov, chauffeur, tué dans l'explosion de la voiture d'Evgueni Rybine — un manager de la compagnie East Petroleum (basée à Vienne) qui avait lancé plusieurs plaintes en justice contre Ioukos (ce dernier s'en sort indemne car l'explosion s'est produite alors qu'il avait arrêté la voiture pour sortir acheter des fleurs).

Vladimir Poutine a estimé que le chef de la sécurité de Khodorkovski n'avait sûrement pas agi de sa propre initiative[10], concluant que ce dernier avait « du sang sur les mains » et avait « tué des gens pour protéger les intérêts économiques de sa compagnie »[11]. Dans les faits, il n'est jugé coupable que de délits financiers (blanchiment, évasion fiscale notamment) et condamné à quatorze années de prison[12]. Les avocats de Khodorkovski ont critiqué l'ingérence et les pressions du président dans le procès[13].

Le 1er novembre, les agences de presse Reuters et AFP annoncent que le tribunal de Moscou venait de prolonger de trois mois l'enfermement de Khodorkovski, ce qui repoussait sa détention jusqu'au 14 février. Jugé au printemps 2005, il est condamné le 31 mai 2005 à 9 ans de prison. Il fait appel, et le tribunal de la ville de Moscou le 22 septembre de la même année, ramène sa peine à 8 ans fermes[14].

En décembre 2010, Khodorkovski est condamné à 6 ans de prison supplémentaires pour « vol de pétrole » et « blanchiment d'argent », puis à 5 ans en appel[15]. Début août 2013, sa peine de onze ans de prison a été réduite de deux mois par la Cour suprême russe ; Khodorkovski dénonce alors à nouveau un procès honteux, selon lui motivé politiquement[16].

Conditions de détention[modifier | modifier le code]

Après avoir été incarcéré à Matrosskaïa Tichina, Mikhaïl Khodorkovski est emprisonné, depuis octobre 2005, dans la colonie pénitentiaire IaG 14/10 établie à Krasnokamensk, en Sibérie, située à, respectivement, 30 et 105 km environ des frontières chinoise et mongole et à plus de 6 500 km de Moscou.

Un droit de visite trimestriel est accordé à sa famille. Les communications avec ses avocats sont, comme l'exige la procédure, filtrées et enregistrées[17].

Khodorkovski est, selon le magazine L'Express, fréquemment astreint au quartier d'isolement de façon arbitraire[18],[19].

Le 17 avril 2006, Khodorkovski s'est disputé avec un codétenu. Selon ses avocats, son visage aurait été entaillé à l'aide d'un couteau[20] et la blessure, toujours selon ses avocats, serait d'une profondeur de 4 mm et aurait exigé des points de suture. Pour sa part, la direction de la colonie pénitentiaire a refusé d'ouvrir une enquête et a déclaré qu'« une dispute a éclaté entre un jeune codétenu et Khodorkovski et que ce dernier s'est pris un coup dans le nez. Aucune blessure ouverte n'a été infligée. Il n'a qu'une égratignure. » [20] Aucune arme blanche n'a été trouvée, par ailleurs, selon la direction.

Khodorkovski est souvent présenté par les opposants du gouvernement Poutine, dont des oligarques russes comme Kakha Bendukidze, comme une victime politique du « régime russe ». Certains décrivent son procès comme un procès politique. Depuis mai 2011, Amnesty International considère Khodorkovski et Lebedev comme des prisonniers d'opinion[21]. Dans un arrêt du 31 mai 2011, la Cour européenne des droits de l'homme critique les conditions de l'arrestation et de la détention préventive de Khodorkovski. À ce titre, la Russie est condamnée à verser à Mikhaïl Khodorkovski la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts. En revanche, la Cour ne considère pas la condamnation comme politique[22].

Libération[modifier | modifier le code]

Le 20 décembre 2013, Khodorkovski est gracié par Vladimir Poutine. « Il a déjà passé plus de dix ans en détention, c'est une punition sérieuse, il invoque des circonstances d'ordre humanitaire — sa mère est malade — et j'estime que l'on peut prendre cette décision » a déclaré le président russe. Toutefois, pour bénéficier de cette grâce, Mikhaïl Khodorkovski a dû en faire la demande, ce qui pour le Kremlin équivaut à ce qu'il admette sa culpabilité dans les affaires où il était impliqué et qu'il ne puisse plus se présenter en prisonnier politique. Le politologue Dmitri Orlov analyse cette libération : « Pour le pouvoir, il est très important que Khodorkovski reconnaisse sa faute car toute la campagne de propagande étrangère s'est construite sur l'idée que ce dernier était une victime politique innocente. Cette demande de grâce légalise l'enquête, le procès et le verdict »[23]. Le 30 décembre 2013, la Suisse lui accorde un visa valable trois mois à l'intérieur de l'espace Schengen [24].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • 2011 : Khodorkovski de Cyril Tuschi

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mikhaïl Khodorkovski (trad. Galia Ackerman, préf. Hélène Despic-Popovic), Paroles libres, Paris, Fayard, coll. « Documents »,‎ 2011, 309 p. (ISBN 978-2-213-66303-6).
  • Mikhaïl Khodorkovski (préf. Anastasia et Pavel Khodorkovski), Un prisonnier russe, Paris, Steinkis éditions, coll. « Sans filtre »,‎ 2013, 107 p. (ISBN 979-10-90090-35-4).
  • Mikhaïl Khodorkovski et Natalia Gevorkyan (trad. Luba Jurgenson), Prisonnier de Poutine, Paris, Denoël, coll. « Impacts »,‎ 2012, 414 p. (ISBN 978-2-207-11026-3).
  • Valery Paniouchkine (trad. Antonina Roubichou-Stretz), Le Prisonnier du silence : l'ascension et la chute de Mikhaïl Khodorkovski, Paris, Calmann-Lévy,‎ 2007, 280 p. (ISBN 978-2-7021-3810-6).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « En Russie, Khodorkovski libéré de son camp », sur Libération,‎ 20 décembre 2013
  2. Pierre Avril, « Dix ans de camp pour avoir osé défier le maître du Kremlin », in Le Figaro, samedi 21 / dimanche 22 décembre 2013, page 8.
  3. Voir, par exemple, Jacques Sapir, Le Chaos Russe (Éd. La Découverte, p. 110).
  4. Bush, Khodorkovsky & Associates
  5. The Economist "The Carlyle Group C for capitalism", 26 juin 2003
  6. Le Figaro Grandeur et chute de Mikhail Khodorkovski, 8 Novembre 2011
  7. Bloomberg Businessweek When Powers Collide: Putin vs. Khodorkovsky, 30 mai 2004
  8. The New York Times "Autumn of the Oligarchs?", Andrew Meier, le 5 novembre 2003
  9. « Affaire Ioukos, "une accusation absurde" », L'Express,‎ 4 mars 2010
  10. Poutine énonce son verdict à Khodorkovski: "le voleur doit aller en prison", Le Nouvel Observateur, 16 décembre 2010.
  11. Russie: Poutine accuse Khodorkovski d'avoir commandité des meurtres, La Libre Belgique, reprise d'une dépêche Belga, 6 septembre 2010.
  12. L'affaire Khodorkovski en quelques dates
  13. « Russie: Khodorkovski condamné à quatorze ans de prison », Libération, reprise de l'AFP,‎ 30 décembre 2010
  14. (en) OBSERVATIONS FROM THE COURTROOM, 22 septembre 2005.
  15. Russie : pas de clémence pour Khodorkovski, Le Figaro, 24 mai 2011.
  16. « Russie : la Cour suprême réduit la peine de Khodorkovski », in Le Figaro, 7 août 2013, page 6.
  17. BBC - Russian Godfathers II
  18. « Le prisonnier de Poutine », l'Express, 11 juillet 2006
  19. « Mikhaïl Khodorkovski aurait été agressé dans sa cellule », Le Figaro, 15 avril 2006.
  20. a et b « Mikhaïl Khodorkovski harcelé dans sa prison sibérienne », Le Figaro, 18 avril 2006
  21. Deux hommes d'affaires russes adoptés en tant que prisonniers d'opinion après confirmation de leur condamnation, Amnesty International, 24 mai 2011.
  22. (en) European Court Finds Grave Violations Of Fundamental Human Rights In First Khodorkovsky Case, Khodorkovski Center, 31 mai 2011.
  23. Pierre Avril, « Poutine se libère du fardeau Khodorkovski », in Le Figaro, samedi 21 / dimanche 22 décembre 2013, page 8.
  24. Mikhaïl Khodorkovski remercie la Suisse pour l'octroi de son visa », 24 heures, 30 décembre 2013