Limonov (roman)

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Limonov
Image illustrative de l'article Limonov (roman)
Édouard Limonov en 2008.

Auteur Emmanuel Carrère
Genre Roman
Pays d'origine Drapeau de la France France
Éditeur éditions P.O.L
Collection Fiction
Date de parution 1er septembre 2011
Nombre de pages 488
ISBN 978-2-8180-1405-9

Limonov est un roman d'Emmanuel Carrère publié le 1er septembre 2011 aux éditions P.O.L et ayant reçu le prix Renaudot la même année.

Écriture du roman[modifier | modifier le code]

Biographie romancée de la vie de l'écrivain et homme politique russe Édouard Limonov, ce roman a remporté le Prix Renaudot le 2 novembre 2011 au deuxième tour de scrutin contre Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson[1].

Pour écrire ce livre, Emmanuel Carrère a passé deux semaines en Russie aux côtés de Limonov, qui dirigeait à l'époque le parti national-bolchevique, interdit par le pouvoir. Il avait déjà rencontré Limonov quand celui-ci était présent dans le cercle des écrivains parisiens à la mode à la fin des années 1980. Il avait aussi réalisé un reportage sur sa destinée en ex-URSS, sous le titre Limonov, l'agité des lettres. Grand lecteur de ses ouvrages, c'est à ce moment qu'il commence à éprouver une fascination pour l'écrivain désormais homme politique russe[réf. nécessaire].

En plus du prix Renaudot, le roman reçoit le prix de la langue française[2] et le Prix des prix littéraires, en décembre 2011[3] ainsi que, en août 2013, le prix de littérature européenne (Europese Literatuurprijs) décerné par la Fondation néerlandaise pour la littérature (Nederlands Letterenfonds)[4], à l'occasion de la traduction en néerlandais.

Résumé[modifier | modifier le code]

Ce livre raconte la vie d'Édouard Limonov, pour le moins surprenante : né en février 1943, fils d'un sous-officier du NKVD, après une enfance à Kharkov sous le régime communiste, il devient poète à Moscou, où il se fait rapidement connaître dans un cercle de dissidents au régime. Forcé de quitter l'URSS, il s'exile à New York où il se retrouve clochard puis travaille comme majordome d'un milliardaire, tout en écrivant des récits autobiographiques. Il part ensuite pour Paris où il devient un écrivain prisé, sans avoir non plus un immense succès. Après la chute du pouvoir communiste, il retourne voir ses parents et d'anciens amis à Kharkov, puis se retrouve soldat dans les Balkans aux côtés des forces serbes. À la fin du conflit, il décide de rentrer en Russie, où il forme le parti national-bolchévique. Son parti est interdit et Limonov est emprisonné durant quatre ans pour tentative de coup d'état. En prison, il passe de longs moments à méditer, écrit trois livres, et a une expérience mystique (« atteint le nirvāna »). Sorti, il se rapproche des libéraux et devient un leader de l'opposition à Vladimir Poutine.

Chacune des étapes de sa vie est rythmée par la présence d'une, ou de plusieurs femmes.

Thèmes[modifier | modifier le code]

Littérature russe[modifier | modifier le code]

Si Limonov est bel et bien le héros du roman, la description et l'analyse des grands auteurs de la littérature russe y prend une large part. Les principaux auteurs présentés sont ceux avec qui Limonov avait une animosité, bien qu'ils soient comme lui dissidents, à savoir Alexandre Soljenitsyne et Joseph Brodsky, qui recevront tous les deux un Prix Nobel. Mais on retrouve également de nombreux auteurs dissidents moins connus, comme le poète Arseni Tarkovski (père du cinéaste Andreï Tarkovski), qui dirigeait le club smoguiste de Moscou qu'à longuement fréquenté Limonov, ou encore Venedikt Erofeïev et Boris Pasternak.

URSS et Russie post-URSS, un peu d'histoire[modifier | modifier le code]

Dissident sous Brejnev puis opposant politique après l'URSS), Limonov traverse toutes ces époques dont Emmanuel Carrère explique en longueur l'histoire, et même celle de la Russie au XXe siècle. Commençant avec l'URSS sous Staline, à la naissance de Limonov, Emmanuel Carrère poursuit avec, du point de vue soviétique, la Seconde Guerre mondiale, ou Grande Guerre patriotique, sans s'étendre ensuite sur le règne de Khrouchtchev, époque où Limonov, adolescent, ne s'intéresse que peu à la politique. Carrère aborde ensuite le règne de Brejnev, ou « Stalinisme mou », sous lequel Limonov devient dissident. Sont notamment décrites les discussions précédant l'expulsion de Soljenitsyne, et les dissensions au sein du Politburo, entre conservateurs et progressistes. Gorbatchev, pour poursuivre, selon Carrère, est un homme politique médiocre, mais plein de bonnes intentions, et ses erreurs sont la cause de la chute de l'URSS. Plus critique encore à l'égard de Boris Eltsine, Carrère décrit la Russie post-URSS tombant sous la coupe d'oligarques mafieux. Enfin, concernant Vladimir Poutine, Carrère ne peut cacher une assez inhabituelle estime, opinion personnelle longuement étayée, certes, mais que Limonov lui-même critique à la sortie du livre[5].

Réaction de Limonov au livre[modifier | modifier le code]

Après la publication de ce livre, et son succès grandissant, Limonov redevient un auteur « respectable ». Alors qu'il n'était plus publié en France (les images de Limonov discutant avec Karadžić au-dessus de Sarajevo pendant les bombardements ont beaucoup choqué l'opinion française), certaines de ses œuvres sont rééditées chez Albin Michel.

Limonov se dit content de ce succès, et du fait d'être à nouveau reconnu en France ; jusque là il « avait l'impression d'être un écrivain du passé[5] » et vit cela comme « une revanche [6] ». Il refuse de donner son avis sur le livre ou de dire s'il y a des passages non-conformes à la réalité. En revanche, il a été surpris du parallèle que Carrère fait entre Poutine et lui, et lui trouve trop de sympathie pour le président russe. « C'est parce qu'il a un point de vue français, et qu'il ne voit pas les choses comme nous, Russes, les vivons[5] ».

Éditions[modifier | modifier le code]

Édition imprimée
Livre audio

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans les coulisses du Goncourt dans Le Figaro du 2 novembre 2011.
  2. AFP, « Le prix de la langue française à E. Carrère », Lefigaro.fr,‎ 5 octobre 2011 (lire en ligne)
  3. AFP, « Le premier "Prix des prix" littéraires consacre Emmanuel Carrère et "Limonov" », Lexpress.fr,‎ 14 décembre 2011 (lire en ligne)
  4. (nl) Nederlands Letterenfonds, « Europese Literatuurprijs 2013 naar Limonov van Emmanuel Carrère », sur www.letterenfonds.nl,‎ 4 août 2013 (consulté le 8 janvier 2014)
  5. a, b et c Interview donnée à la Matinale de Canal+ le 2 décembre 2011.
  6. Interview de Limonov dans Le Journal du dimanche du 6 décembre 2011.