Seconde guerre de Tchétchénie

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Seconde guerre de Tchétchénie
Carte de la Tchétchénie et des autres régions du Caucase
Carte de la Tchétchénie et des autres régions du Caucase
Informations générales
Date Août 1999 - mai 2000
Lieu Tchétchénie, Daghestan
Issue Victoire russe
Belligérants
Flag of Russia.svg Fédération de Russie
Flag of Chechen Republic before 2004.svg Loyalistes tchétchènes
Flag of Chechen Republic of Ichkeria.svg République tchétchène d'Itchkérie
Flag of the Caucasian Emirate.svg Émirat du Caucase
Flag of Jihad.svg Moudjahidines
Commandants
Flag of Russia.svg Vladimir Poutine
Flag of Russia.svg Général Gennadi Trochev[1]
Flag of Russia.svg Général Alexandre Baranov[2]
Flag of Russia.svg Valentin Korabelnikov
Flag of Russia.svg Iouri Boudanov
Flag of Chechen Republic before 2004.svg Akhmad Kadyrov
Flag of Chechen Republic before 2004.svg Ramzan Kadyrov
Flag of Chechen Republic before 2004.svg Djabrail Iamadaev
Flag of Chechen Republic before 2004.svg Soulim Iamadaev
Flag of Chechen Republic before 2004.svg Ruslan Iamadaev
Flag of Chechen Republic before 2004.svg Said-Magomed Kakiev
Flag of Chechen Republic of Ichkeria.svg Aslan Maskhadov
Flag of Chechen Republic of Ichkeria.svg Abdoul-Khalim
Flag of Chechen Republic of Ichkeria.svg Rouslan Guélaev
Flag of Chechen Republic of Ichkeria.svg Chamil Bassaïev
Flag of the Caucasian Emirate.svg Dokou Oumarov
Flag of the Caucasian Emirate.svg Aslambek Vadalov
Flag of the Caucasian Emirate.svg Ilyas Gorchkhanov
Flag of the Caucasian Emirate.svg Akhmed Yevloyev White flag icon.svg
Flag of the Caucasian Emirate.svg Rasul Makasharipov
Flag of the Caucasian Emirate.svg Rappani Khalilov
Flag of the Caucasian Emirate.svg Ilgas Malachiyev
Flag of the Caucasian Emirate.svg Muslim Atayev
Flag of the Caucasian Emirate.svg Alan Digorsky
Flag of Jihad.svg Ibn Al-Khattab
Flag of Jihad.svg Abu al-Walid
Flag of Jihad.svg Abu Hafs
Flag of Jihad.svg Muhannad
Forces en présence
93 000 hommes 22 000 hommes
Pertes
4 700 militaires tués selon le gouvernement Russe[3]

12 000 militaires tués Selon l'association des mères de soldats russes[4]

13 000 tués[3]

La Seconde guerre de Tchétchénie (ou Deuxième guerre de Tchétchénie) est un conflit armé qui opposa l'armée fédérale russe aux indépendantistes tchétchènes le 26 août 1999 au 1er février 2000, jour de la prise de Grozny, la capitale de la république, par les troupes russes. Des opérations de contre-insurrection perdurent jusqu'au 16 avril 2009[5] et des combats continuent cependant encore dans la région.

Contexte[modifier | modifier le code]

Combattants tchétchènes priant à l'extérieur du palais présidentiel de Grozny pendant le premier conflit tchétchène en décembre 1994

Le premier conflit qui a embrasé la petite république de Tchétchénie, située dans le Caucase du Nord russe, s'est achevé une première fois en novembre 1996. Aslan Maskhadov, chef de l’armée tchétchène séparatiste et Alexandre Lebed, général des forces armées de la fédération de Russie ont signé les accords de Khassaviourt, qui ne prévoyaient cependant aucune indépendance formelle immédiate pour la Tchétchénie. En janvier 1997, le président russe Boris Eltsine avait autorisé l’élection présidentielle en Tchétchénie avec la participation comme candidats des anciens combattants, y compris les criminels de guerre. Aslan Maskhadov est élu avec 54 %.

Mais Maskhadov n'arrive pas à maîtriser ses chefs de guerre qui réclamèrent l’instauration d'un Caucase islamique destiné à regrouper toutes les républiques voisines, à l'image de l'ancienne Circassie démantelée au XIXe siècle lors de la Guerre du Caucase. Ils organisèrent des intrusions armées souvent sous forme d'attaques et d'attentats contre les civils russes en Tchétchénie et surtout dans les régions voisines.

Les éléments les plus radicaux, dirigés par les chefs de guerre Chamil Bassaïev et Salman Radouïev, commirent alors des attentats considérés par les Russes comme terroristes, non seulement contre les troupes russes, mais aussi contre les populations civiles des républiques autonomes et des régions russes limitrophes. Ainsi, deux ans après les accords de paix, des attentats terroristes ont endeuillé plusieurs villes de Russie, y compris à Moscou faisant 293 morts. Ils ont été attribués par les autorités russes aux indépendantistes tchétchènes, ces derniers y voyant une manipulation[6]. Des doutes subsistent néanmoins sur l'implication réelles des tchétchènes dans ces attentats en Russie en 1999, et le rôle des services de sécurité russes a été reconnu formellement (Riazan, septembre 1999) et fortement suspecté dans d'autres cas. À cela s'ajoutent les incursions des troupes de l'indépendantiste wahhabite Chamil Bassaïev dans la république du Daghestan voisine.

Déroulement de la guerre[modifier | modifier le code]

BTR-70 russe mis hors de combat après une embuscade en mars 2000.

Pour rétablir le contrôle russe sur la Tchétchénie, l'armée russe intervenait dans la république séparatiste avec 80 000 hommes le 1er octobre 1999. La seconde guerre (officiellement appelée « opération anti-terroriste ») commençait. Ayant rapidement rétabli le contrôle du nord de la République (les plaines au nord de la rivière Terek), l'opération russe dans le sud montagneux se solda par un lent succès après des combats acharnés. Le bilan fut plus meurtrier que lors du premier conflit. Initialement, les Russes pensaient que les séparatistes quitteraient Grozny de leur propre initiative par crainte de faire face à une bataille tous azimuts[7] et mettent en place un corridor sécurisé pour permettre l'évacuation des civils[8]. Finalement, après une stratégie de bombardements intensifs et d'envoi de petits groupes d'infanteries spécialisés en combat urbain précédant les blindés, la capitale tchétchène tomba après un siège qui dura du 25 décembre 1999 au 6 février 2000. Transformée en forteresse, les séparatistes tchétchènes s'étant préparés à l'assaut russe, le siège et les combats ont dévasté la capitale tchétchène comme aucune autre ville européenne depuis la Seconde Guerre mondiale ; en 2003, les Nations Unies ont qualifié Grozny de « ville la plus détruite sur Terre[9] ». Le bombardement de Katyr-Yurt, qui atteint une certaine notoriété en raison de la condamnation ultérieure de la Russie par la Cour européenne des droits de l'homme, eut lieu dans ce contexte, le 4 février 2000. Le 2 mars 2000, 27 membres d'une colonne motorisée de l'OMON originaire de Serguiev Possad sont tués par tir ami d'une autre unité de l'OMON originaire de Podolsk alors qu'ils étaient venus prendre la relève[10]. Les rebelles tchétchènes ont d'abord été accusés de l'attaque[11] mais les journalistes indépendants ont découvert les faits, forçant les autorités à admettre la vérité[12].

Vladimir Poutine rétablit l'autorité de Moscou dans la totalité du territoire de la République, mais la guérilla séparatiste continua jusqu'en 2006, voire plus tard, principalement dans les montagnes. Ainsi, le 29 mars 2000 des séparatistes prennent en embuscade un convoi russe près de Zhani-Vedeno dans le district de Vedenski, tuant 43 soldats russes, en blessant 17 autres et faisant 11 prisonniers[13].

Victimes[modifier | modifier le code]

Les statistiques officielles russes recensaient 4 280 morts et 12 368 blessés. Vladimir Poutine affirma que l'armée russe avait tué plus de 13 000 combattants tchétchènes.

Selon les organisations non-gouvernementales, le nombre de civils qui ont péri pendant les deux guerres est estimé entre 100 000 et 300 000.

Le Comité des mères de soldats Russes avance le chiffre de 12 000 morts du côté des forces armées Russes, en se fondant sur les données recueillies dans les comités régionaux, en prenant en compte les soldats blessés au combat et morts des suites de leurs blessures. Le chiffre donné par les Mères a beaucoup circulé et a finalement été déclaré proche de la réalité[14].

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

La communauté internationale, et en particulier le Conseil de l'Europe, ont demandé de manière timide une solution pacifique. Certains médias internationaux et plusieurs autres associations (dont Amnesty International et le Comité Tchétchénie) ont réclamé de la communauté internationale, et en particulier des gouvernements américains et européens, une action diplomatique auprès du gouvernement russe pour mettre fin à de violations des droits de l'homme imputables aux militaires de l'armée fédérale et des milices tchétchènes pro-fédérales, en l'absence de recours judiciaires réels. Ils exigèrent également la médiation internationale afin que s'établissent des négociations entre les nouvelles autorités tchétchènes et les séparatistes. Son refus de négocier avec les rebelles, Vladimir Poutine le justifie en arguant un principe universel : « On ne négocie pas avec les terroristes et les criminels ». Il appelle les Occidentaux à ne pas faire preuve de « double morale ».

Événements postérieurs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guérilla en Ciscaucasie.
Aslan Maskhadov, chef du mouvement séparatiste tchétchène et président de la République tchétchène d'Itchkérie, tué le 8 mars 2005.

Immédiatement après la fin des opérations militaires majeures, le président Poutine réaffirma les bases de la nouvelle politique de Moscou en Tchétchénie : transfert du maintien de l’ordre à la milice locale, élection d’un président et d’un parlement au suffrage universel, traité de délimitation des pouvoirs entre la Fédération de Russie et la République de Tchétchénie et reconstruction. Environ 7 000 combattants (selon les sources russes, cependant le gouvernement tchétchène nie toutes ces affirmations) ont été amnistiés. Mais malgré les assurances de normalisation de la part du Kremlin, quelques groupes de combattants séparatistes armés n'ont pas déposé leurs armes et continuent toujours, de façon sporadique, à mener des actes de résistance.

En 2005, plus de 200 combattants indépendantistes ont été désarmés, selon le chef du FSB, Nikolaï Patrouchev. La mort d'Aslan Maskhadov le 8 mars 2005 a porté un coup dur à la logistique des rebelles. Les attaques contre les forces fédérales prennent de plus en plus un caractère sporadique et moins coordonné. Selon la déclaration du président tchétchène Alou Alkhanov faite le 25 décembre 2005, la diminution sensible des activités des combattants atteinte en 2005 grâce, notamment, à la neutralisation de leurs chefs, permettrait maintenant de réduire encore les effectifs des forces fédérales russes dans la république, les organes de l'ordre locaux étant dorénavant aptes à garder la situation en Tchétchénie sous leur contrôle.

Après la mort de Sadoullaïev, Dokou Oumarov devient le chef du mouvement séparatiste. En dépit de la mort de plusieurs chefs indépendantistes, les affrontements entre les forces de l'ordre - troupes russes ou milices locales - et la rébellion restent fréquents. Selon une source proche de l'État-major régional des Forces fédérales, il y aurait encore entre 1 000 et 1 500 combattants séparatistes en activité.

Le 16 avril 2009, le régime d'opération dit antiterroriste en vigueur en Tchétchénie depuis 1999 a été levé[15].

La Ciscaucasie reste, en 2012, la zone des conflits armés les plus meurtriers d'Europe. En 2011, on y compte 750 morts et au moins 628 blessés (forces de sécurité, insurgés et civils) et, du 1er janvier au 1er septembre 2012, 516 morts et 397 blessés[16].

Fait divers[modifier | modifier le code]

En 2001, Aïzan Gazoueva, une jeune tchétchène faisant partie du groupuscule armé « Les veuves noires », est devenue une figure mythique pour le mouvement séparatiste. Alors qu'elle n'avait que 18 ans, cette jeune mariée se fit exploser auprès du général Gadjiev et de ses hommes. Par cet acte, elle souhaitait venger à la fois son époux, son oncle et un de ses frères, « disparus » après une rafle dirigée par cet officier[17].

La capitale russe a été le théâtre de 25 attentats terroristes, constate Kavkazski Ouzel, un site de défense des droits de l’homme consacré au Caucase. Dix d’entre eux ont été l’œuvre de kamikazes. Huit se sont produits dans le métro. En tout, 592 personnes ont péri et 824 ont été blessées. Le premier attentat dans le métro moscovite a eu lieu en 1977. Les auteurs, des Arméniens d’Erevan, réclamaient le rattachement du Haut-Karabagh à l’Arménie. Ils ont été jugés et exécutés en 1979.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Commandant en chef du District militaire du Nord-Caucase de mai 2000 à décembre 2002
  2. Commandant en chef du District militaire du Nord-Caucase de juillet 2004 à mai 2008
  3. a et b http://www.liberation.fr/monde/2009/04/16/la-russie-annonce-la-fin-de-la-guerre-en-tchetchenie_553107
  4. http://www.grotius.fr/le-comite-des-meres-de-soldats-de-russie-tant-que-les-journalistes-viendront%E2%80%A6/
  5. (en) BBC, « Russia 'ends Chechnya operation' », BBC News,‎ 16 avril 2009 (lire en ligne)
  6. article Wikipedia Russian_apartment_bombings
  7. (en) Russian commanders predict Chechen forces will abandon Grozny, CNN, 22 novembre 1999
  8. (en) Russia offers civilians a chance to leave Grozny, CNN, 28 novembre 1999
  9. (en) Scars remain amid Chechen revival, BBC News, 3 mars 2007
  10. « Case Of Baysayeva V. Russia », Cmiskp.echr.coe.int (consulté le 24 février 2014)
  11. Michael R. Gordon, « Chechens Ambush Russian Convoy Near Grozny, Killing 20 », New York Times, Russia; Chechnya (Russia),‎ 2000-03-04 (consulté le 24 février 2014)
  12. « Chechen Friendly-Fire Trial Begins », Sptimes.ru (consulté le 24 février 2014)
  13. (en) Chechen ambush blamed on commanders, BBC News, 2 avril 2000
  14. http://www.grotius.fr/le-comite-des-meres-de-soldats-de-russie-tant-que-les-journalistes-viendront%E2%80%A6/
  15. (fr) URGENT Tchétchénie: levée du régime d'opération antiterroriste, RIA Novosti, 16 avril 2009
  16. (en) The North Caucasus : The challenges of integration (I) Ethnicity and conflit : Europe Report N°220, International Crisis Group,‎ 19 octobre 2012, 45 p. (lire en ligne), p. 5
  17. MOUN.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]