Villa romaine

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Le mot latin villa désigne un domaine foncier comportant des bâtiments d'exploitation et d'habitation. À l'époque romaine une villa était un règlement rural formé par un bâtiment résidentiel principal et une série de bâtiments secondaires. Son origine est romaine et constituait alors le centre depuis lequel on administrait une exploitation agricole. Il a postérieurement perdu ses fonctions agricoles et a été réduit à son activité résidentielle. Avec la consolidation de la grande propriété pendant l'Empire romain, la villa s'est transformée en centre des grandes exploitations agricoles.

Maquette du Fishbourne Roman Palace, West Sussex.
Plan de la Villa Voscoreale.

Prospérité[modifier | modifier le code]

Héritage historique[modifier | modifier le code]

La villa rustica, prise dans le sens du noyau d'un Latifundium, a eu une influence structurante sur l'aménagement du territoire.

À partir du Ier siècle, la grande propriété territoriale a été divisée entre le secteur directement exploité par le seigneur et celle cédée à des colons locataires. Les villas urbaines se sont transformées en centres du pouvoir administratif des seigneurs. Ainsi apparaissant les formes de vassalité propres du féodalisme du IVe siècle.

Héritage linguistique[modifier | modifier le code]

Le terme français villa désignant une maison cossue dans un lieu de villégiature ou éventuellement une habitation individuelle de qualité située en banlieue, est un emprunt tardif à l'italien au XVIIIe siècle.

Le terme de villa (rustica) a donné le mot ville (prononcé /vilə/ en ancien français) au sens tout d'abord de « domaine rural », attesté dans les formations toponymiques médiévales en -ville, puis dès le Xe siècle (ancien français vile) au sens de « réunion de maisons habitées disposées par rue », et « village ».

Cependant, cette signification serait attestée dès l'époque mérovingienne, tandis que le sens de « maison de campagne, propriété rurale » est encore connu à la fin du XIIe siècle, d'où le dérivé vilain, au sens de « paysan du Moyen Âge » (dont la graphie avec un seul L, conserve un caractère médiéval). La "ville" proprement dite est traduite par bourg ou cité, ce n'est qu'à la toute fin du Moyen Âge qu'elle prend le sens qu'on lui connaît aujourd'hui.

Les toponymes en -ville sont sans rapport avec l'époque de l'Empire Romain, sauf, peut-être, à de très rares exceptions près. Ils correspondent pour l'essentiel à des formations médiévales, dont la création remonte à l'époque mérovingienne, essentiellement sur la base d'anthroponymes germaniques (et anglo-scandinaves en Normandie) jusque vers la fin du XIe siècle.

Typologie des villas romaines[modifier | modifier le code]

Diversité et complexité de la typologie[modifier | modifier le code]

On distingue, à l'époque romaine, la villa rustica (villa rustique) de la Villa urbana (villa urbaine ou suburbaine).

  • Villa rustica : ce terme a plusieurs sens. Il s'agit soit d'une exploitation agricole modeste, où la partie résidentielle ne présente pas d'aménagements luxueux, soit de la partie d'une grande villa consacrée aux travaux agricoles (bâtiments d'exploitation et habitat du personnel). Dans ce second cas, le terme de pars rustica (part rustique) est plus souvent employé.
  • Villa urbana : là aussi deux acceptions sont en usage. Il peut s'agir soit d'une résidence périurbaine (villa suburbaine), soit de la partie réservée à la résidence du maître. Dans ce second cas, le terme de pars urbana est généralement utilisé.

On insiste désormais plus sur la diversité des exploitations, la définition même de la villa pouvant poser problème tant au niveau supérieur - comment différencier une très grande villa d'une petite agglomération secondaire - qu'au niveau inférieur - à quel moment passe-t-on de la villa modeste à la ferme indigène aménagée ?

Recherches archéologiques[modifier | modifier le code]

Les recherches archéologiques récentes ont en effet révélé un vaste spectre de situations très diverses : il est possible de dresser une typologie complexe des villages et il faut prendre en compte, à leurs côtés de nombreuses exploitations agricoles plus simples mais nombreuses et qui ne leur sont pas nécessairement subordonnées.

Ainsi une étude des villae autour d'Augustonemetum (actuelle Clermont-Ferrand) en territoire arverne révèle à côté de 134 villae (type A et B), 156 sites ne témoignant pas des aménagements esthétique ou luxueux qui permettent de parler de villa[1].

Si les grandes villae apparaissent de manière relativement précoce, les deux premiers siècles du haut-empire voient en général le réseau des établissements ruraux se densifier, un maximum étant souvent atteint au IIe siècle de notre ère, la période suivante témoignant le plus souvent d'une baisse dans le nombre d'établissements. La moyenne vallée de l'Hérault illustre bien cette dynamique. Les prospections révèlent une première densification des sites agricoles au Ier siècle av. J.-C., s'ajoutant à une occupation assez lâche. Le nombre maximal de nouvelles implantations se trouve dans la première moitié du Ier siècle, il est complété par une dernière vague de création de sites entre 50 et 100.

À partir de la seconde moitié du IIe siècle le nombre d'exploitations révélées par les prospection diminue. « À la fin du IIIe siècle, seuls subsistent moins de 40 % des établissements qui étaient occupés aux alentours des années 100 »[2]. Les causes de cette évolution assez générales sont discutées : conséquences de changements économiques ? d'une concentration de la propriété foncière ? Ou conséquences d'un changement démographique (on se situe après la peste antonine) ? Il faut prendre garde aussi à ne pas masquer des évolutions locales et régionales parfois très diverses derrière un constat très général.

La villa romaine ne peut donc pas résumer à elle seule l'évolution et la romanisation des campagnes des provinces de l'empire. Elles n'en restent pas moins un élément significatif qui ne doit pas nécessairement être vu comme le signe d'une rupture avec l'époque antérieure.

Ainsi « les villae gallo-romaines de la plaine de la Limagne ne résultent bien souvent que d’un habillage “ à la romaine ” de structures préexistantes appartenant à l’élite arverne »[3]. Elles témoignent aussi de l'intégration des territoires ruraux dans un cadre social et économique transformé.

Si les villae ne se répartissent pas de manière préférentielle sur certains terroirs et ne se trouvent pas qu'à proximité des centres urbains, l'analyse spatiale des réseaux de villa met souvent en évidence l'importance de la proximité avec un axe de communication routier ou fluvial. Les propriétaires devaient par ailleurs contribuer à l'entretien des routes. La grande villa de Tourmont dans le Jura peut constituer un exemple de cette proximité entre villa et route, située sur la voie Lyon-Strasbourg elle se trouve entre l'emplacement de deux bornes milliaires[4]. Cette constatation archéologique recoupe les indications des autres sources historiques. Varron précisait que la proximité avec une route praticable ou avec une voie navigable augmentait la valeur d'une terre[5].

Villa urbana[modifier | modifier le code]

Villa urbana.

On appelle villa urbana, pars urbana ou praetorium, la partie d'une villa romaine qui était réservée à la résidence du maître.

Elle était donc au centre d'une entreprise agricole (mais pas nécessairement un latifundium) et se composait généralement d'un bâtiment principal et d’une cour au centre. La maison principale était construite généralement dans un style classique. L'avant s'est subdivisé en tours d'affilage plus ou moins hautes et en portique. On y accédait par un portique conduisant à une cour intérieure. Les villae urbanae pouvaient disposer de bain chauffés ; il existait également un chauffage de plancher (Hypocauste).

La villa urbana est un lieu de séjour d'agrément à la campagne doté d'un aménagement de qualité et même de luxe, comme en témoignent les correspondances de Cicéron ou de Pline le Jeune : mobilier de prix, mosaïques, marbres, piscine, gloriette et pièces dédiées à un point de vue esthétique sur le paysage, jardins et bassins, autant de manière d'aménager à la campagne un lieu qui combine le confort de la vie urbaine et le charme d'une nature domestiquée, idéal de la civilisation antique.

Villa suburbaine[modifier | modifier le code]

Plan et maquette d'une villa de type pompéien/document Ohto Kokko

Située en ville au milieu d'insulae, la villa suburbaine de la Rome Antique était réservée, par sa superficie, à une famille riche.

Cette habitation se composait d'un à deux niveaux ; elle occupait pratiquement toute la parcelle de l'insula.

La première partie, sur la rue, était composée d'échoppes (tabernae)(2) (généralement louées à des artisans et marchands avec la pièce supérieure) encadrant le vestibule d'entrée (fauces)(1). Le visiteur atteignait ensuite l'atrium (3), pièce à demi protégée par un toit. L'ouverture du toit permet à l'eau de pluie de remplir le bassin (impluvium) (4), élément central de l'atrium. De chaque côté sont distribuées les pièces de réception ( salle de réunion ou tablinium (5), salon ou œcus, salle à manger (6) ou triclinium) ainsi que les cuisines (9), et des chambres à coucher (cubicula) (8). La chapelle domestique (lararium ou laraire) occupe un angle de l'atrium (7).

Au fond de la villa se trouvait éventuellement des bains (l'habitude étant de se rendre aux thermes publics) et/ou un petit jardin (hortus) entouré d'une colonnade (11) et parfois décoré d'un bassin (12) ou d'une fontaine. À l'étage, de petites pièces de réception et des chambres.

Exemple de villa à Pompéi

Villa maritime[modifier | modifier le code]

Consacrées uniquement à la plaisance, les villas maritimes se caractérisent par leur plan en longueur et le portique de la façade tourné vers la mer. Ouverte vers l'extérieur, la façade permettait de contempler la Méditerranée.

Villa rustica[modifier | modifier le code]

Article connexe : Latifundium (Antiquité).
Villa rustica

Villa rustica (au pluriel villae rusticae) ou pars rustica désigne la partie d'une villa romaine qui était consacrée aux travaux agricoles, par contraste avec la villa urbana ou pars urbana qui était destinée à accueillir le propriétaire et pouvait être somptueusement aménagée.

Ce type d'exploitation agricole est apparu en Italie dans les derniers siècles de la République romaine, puis s'est diffusé dans tout l’Empire romain.

Architecture[modifier | modifier le code]

L'architecture des villae rusticae est bien moins connue que celle des parties résidentielles, pars urbana : d'une part longtemps la partie agricole fut négligée par les fouilles plus soucieuses de retrouver de beaux objets que la trace d'un quotidien trivial, et d'autre part les bâtiments qui la composent sont parfois moins bien conservés ou moins facilement identifiables.

La composition de la villa rustica est aussi variable. Elle dépend en partie du type de cultures pratiquées : pressoirs (pour l'huile et le vin), celliers, greniers, étables, écuries, volières, ateliers de réparation, ateliers de céramique (amphores et tuiles), logement des esclaves sont quelques-uns des bâtiments que l'on peut s'attendre à retrouver. Les pressoirs sont assez souvent conservés en partie et facilement identifiables en raison des deux grandes pierres qui soutenaient l'axe du pressoir, appelées les jumelles, et qui sont souvent restées en place en raison de leur taille. Elles permettent ainsi d'identifier nombre d'huileries en Afrique romaine. La fouille minutieuse d'une pars rustica peut donc apporter des données considérables sur l'économie agricole romaine : ainsi la fouille de la villa esclavagiste de Settefinestre, vers Cosa en Étrurie reste comme un modèle et une référence.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Les maîtres de maison (dominus) de ces villae rusticae sont souvent de riches propriétaires qui en confient l'administration et le bon fonctionnement à un intendant (vilicus) qui est un de leurs affranchis ou un esclave. Dans les provinces, les villae qui se trouvent autour des colonies appartiennent aux notables de la cité, parfois des vétérans, parfois des notables locaux romanisés. Les plus riches, tels les sénateurs et d'autres hauts personnages politiques, comme les membres de l'ordre équestre possédaient de nombreuses villae rusticae, puisque leur position sociale dépendait en dernier lieu de leur cens, c'est-à-dire de leur patrimoine foncier. Soucieux de la mise en valeur de leur terre, ils n'en étaient pas moins attachés à un mode de vie fastueux et utilisaient leur villa comme de grandes maisons de campagne, souvent équipées luxueusement et servant au séjour d'été : il s'agit de la pars urbana. Compte tenu du mode de vie de ces grands personnages, et du nombre de villa qu'ils possédaient la pars urbana n'était pas très souvent occupée dans de nombreuses villae, elle témoignait cependant, face à la pars rustica de la puissance du maître et de son arrivée toujours possible.

Ajoutés aux découvertes archéologiques, les textes des agronomes latins, comme Caton l'Ancien, Varron, Columelle ou Palladius nous permettent d'imaginer le fonctionnement de la pars rustica ; ils peuvent parfois être complétés par d'autres documents, comme des mosaïques détaillant les travaux des champs.

À la fin de l'époque républicaine, les villae rusticae basées sur une exploitation intensive et réfléchie du travail servile étaient capables d'une productivité forte et furent consacrées à des cultures spéculatives (vignes, oliviers) sur des superficies moyennes. Il faut les distinguer à cet égard du latifundium, très grande exploitation, et comprendre qu'aucune de ces formes d'exploitation agricole ne représenta l'ensemble des exploitations, ne serait-ce qu'en raison de la diversité géographique de l'Italie romaine. Les villae rusticae avaient aussi besoin de main d'œuvre saisonnière que pouvaient fournir des exploitations individuelles voisines (petits propriétaires). Si l'évolution de l'économie romaine, et du système esclavagiste romain, reste un objet de débat chez les historiens, il semble que le système purement esclavagiste fut sérieusement concurrencé par la mise à ferme (lotissement de colons), système pratiqué par Pline le Jeune. Les provinces ne connurent sans doute jamais une présence aussi forte de la villa rurale esclavagiste.

Variété géographique[modifier | modifier le code]

Italie[modifier | modifier le code]

  • Villa d'Hadrien de l'empereur Hadrien à Tivoli : n'est pas à proprement parler, une villa, mais un palais impérial aux dimensions grandioses.

Gaule[modifier | modifier le code]

Les villae gallo-romaines de l'intérieur de la Gaule (hors de la périphérie méditerranéenne, soit, en gros, la province de Narbonnaise) ne sont pas des imitations strictes du modèle prévalant en Italie. Elles présentent une organisation spatiale héritée des fermes gauloises antérieures à la conquête, caractérisée par la dispersion des bâtiments autour d'une très vaste cour centrale (qui contraste avec le plan « ramassé » des fermes italiennes). Les différences de plan observées à l'intérieur de la Gaule suggèrent le développement d'écoles régionales.

En Gaule franque, le terme perdure dans la toponymie (cf. cartulaire de Saint-Cyprien) jusqu'à la fin de l'époque carolingienne.

Les villae ou curtis, mérovingiennes et carolingiennes, rappellent le modèle des villae gallo-romaines de type latifundiaire[6]. Elles serviront de matrice aux premières seigneuries ou fiefs locaux vivant en autarcie agricole et artisanale.

Bretagne (actuel Royaume-Uni)[modifier | modifier le code]

Les villae de Grande-Bretagne ressemblent à celles de la Gaule, avec toutefois des particularités propres à cette province.

Exemples[modifier | modifier le code]

Villae rusticae trouvées[modifier | modifier le code]

Exemples en France[modifier | modifier le code]

Exemples en Belgique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. B. Dousteyssier, M. Segard, F. Trément, « Les villae gallo-romaines dans le territoire proche d'Augustonemetum-Clermont-Ferrand. Approche critique de la documentation archéologique », R.A.C.F., 43, 2004, p. 115-147 lire en ligne
  2. S. Maune, « La villa gallo-romaine de "Vareilles" à Paulhan (Hérault ; fouilles de l'autoroute A75). Un centre domanial du Haut-Empire spécialisé dans la viticulture ? », Revue archéologique de Picardie, 1, 1-2, 2003, p. 309-337 ici p. 311 lire en ligne
  3. B. Dousteyssier, M. Segard, F. Trément, « Les villae gallo-romaines dans le territoire proche d'Augustonemetum-Clermont-Ferrand. Approche critique de la documentation archéologique », R.A.C.F., 43, 2004, p. 115-147 §55 lire en ligne
  4. R. Compatangelo, « Un domaine romain en Gaule du centre-est : Tourmont (Jura) », D.H.A., 11, 1985, p. 24-67 ici p. 34 sq. lire en ligne
  5. Rust. I, 16 cité par S. Maune, « La villa gallo-romaine de "Vareilles" à Paulhan (Hérault ; fouilles de l'autoroute A75). Un centre domanial du Haut-Empire spécialisé dans la viticulture ? », Revue archéologique de Picardie, 1, 1-2, 2003, p. 309-337 ici p. 314 lire en ligne
  6. Emmanuel Litoux - Gaël Carré, Manoirs médiévaux - Maisons habitées, maisons fortifiées (XIIe ‑ XVe siècles), Paris, Rempart, 2008, (ISBN 978-2-904365-47-8), p. 14.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La maison romaine, textes de Jean-Pierre Adam, photographies d'Hervé Hôte, restitutions 3D d'Hubert Naudeix, Éd. Honoré Clair, 2012, 224 p., 300 ill. en couleurs.
  • Pascal Vipard, Maison à péristyle et élites urbaines en Gaule sous l’Empire, p. 227-277, Gallia, année 2007, no 64 [1]
  • La villa rustica in locità villa regina a boscoreale de De Caro
  • La conception de la villa rustica chez Caton.Entreprise agricole ou simple ferme rurale? de EL BOUZIDI Saïd

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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