Conflit kurde en Turquie

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Conflit kurde en Turquie
Informations générales
Date Depuis
Lieu Turquie, Kurdistan irakien
Issue En cours
Belligérants
Drapeau de la Turquie Turquie













MHP flag.svg Loups gris

Flag of Kurdistan Workers Party (PKK).svg PKK

Drapeau du Parti pour une vie libre au Kurdistan - PJAK.png PJAK
TAK
PDK Bakur
PSK.png PSK
Tr pck.gif KKP
MLKP Banner.svg MLKP
Dhkp.svg DHKP-C
Tkp-ml-tikko.jpg TKP/ML


PIK
HIK

Commandants
Kenan Evren
Turgut Özal
Süleyman Demirel
Ahmet Necdet Sezer
Abdullah Gül
Recep Tayyip Erdoğan
Abdullah Öcalan White flag icon.svg
Forces en présence
Forces armées turques :
500 000 à 816 000
(selon les périodes)

Gardes de village :
45 000 hommes
(en 2013)
PKK :
5 000 hommes
(en 2014)[1]
Pertes
6 653 morts
13 327 blessés
(de 1984 à 2010)
29 639 morts
14 000 prisonniers
(de 1984 à 2010)
44 000 morts au total
Conflit kurde en Turquie

Le Conflit kurde en Turquie[2], a lieu au Kurdistan turc depuis 1984. La question kurde née principalement à la fin de la Première Guerre mondiale et de la chute de l'Empire ottoman, anime la vie géopolitique du pays depuis la naissance de la République turque en 1923.

Arrière-plan[modifier | modifier le code]

Zones revendiquées par les Kurdes.

Les Kurdes représentent une importante minorité en Turquie, 20 % de la population, mais le kémalisme menace depuis la création de l'État turc l'identité kurde notamment par le déni total de son existence, l'interdiction de la langue kurde ou les répressions permanentes par l'armée turque[3].

En 1978, Abdullah Öcalan fonde le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), union du nationalisme séparatiste kurde et du marxisme-léninisme. Voulant passer à l'action armée, ses membres subissent la répression qui suit le coup d'État du 12 septembre 1980.

Historique du conflit[modifier | modifier le code]

L'insurrection du PKK débute véritablement en août 1984 dans la Région de l'Anatolie du sud-est. L'état d'urgence s'étend au fur et à mesure à l'ensemble de la région et à quelques provinces voisines[4].

Durant la décennie 1990, le gouvernement turc reconnaît finalement l'identité kurde, promet un investissement économique dans la région et offre aux Kurdes la possibilité de s'organiser politiquement légalement, tout en menant des opérations offensives contre le PKK, jusque dans son sanctuaire irakien. L'organisation étend son action en Europe et vise directement les touristes (deuxième ressource du pays). Ses demandes de pourparlers sont toutes rejetées, l'armée menant une stratégie contre-insurrectionnelle tant dans le Kurdistan turc qu'irakien[5].

Le 15 février 1999, Abdullah Öcalan est capturé à Nairobi. Un an plus tard, le PKK annonce un cessez-le-feu[6]. Toutefois, ce dernier annonce mettre fin à son cessez-le-feu le 1er juin 2004[7]. Le gouvernement turc estime que les membres de l'organisation seraient de l'ordre de 3 000 à 4 000 rebelles (en 2004), opérant principalement dans le nord de l'Irak.

Depuis 2004, l'armée de l'air turque mène des bombardements contre les bases du PKK en Irak en réponse aux attentats perpétrés sur le sol turc. Elle affirme ainsi avoir tué près de 100 rebelles en août 2011 lors de raids transfrontaliers[8]. En 2012, la situation n'est toujours pas stabilisée.

Le 21 mars 2013, le chef du PKK, Abdullah Öcalan appelle à la signature d'un cessez-le-feu historique avec la Turquie[9].

Malgré l'annonce de ce cessez-le-feu, des raids aériens sont menés par des F-16 et F-4 Phantom II turcs le 14 octobre 2014 en réponse au bombardement par le PKK d'un avant-poste militaire turc[10], alors que le groupe armé est impliqué en Syrie (Kurdistan syrien) aux côtés des YPG dans la défense de Kobané contre l'organisation de l'État islamique dans le contexte de la guerre civile syrienne.

Le , l'attentat de Suruç, commis probablement par un kamikaze de l'État islamique, tue 32 volontaires de la Fédération des associations de jeunes socialistes venu pour participer à la reconstruction de Kobané. Le lendemain des milliers de manifestants, généralement issus de partis politiques de gauche, marchent dans plusieurs villes de Turquie pour dénoncent l'attentat de l'EI, mais ils accusent également le gouvernement turc de complicité[11],[12],[13]. Le 22, à Ceylanpınar, deux policiers sont retrouvés morts dans un immeuble, tués d'une balle dans la tête. L'attaque est revendiquée le même jour par le PKK qui déclare avoir voulu venger les jeunes militants tués à Suruç en menant une « action punitive » contre deux policiers « qui coopéraient avec le gang de Daesh »[14],[15],[16].

Le 23 juillet, des affrontements entre l'armée turque et l'État islamique éclatent pour la première fois et sur la frontière près de la ville de Kilis. La nuit suivant, trois ou quatre chasseurs F-16 frappent des positions de l'EI en Syrie, dans le village de Havar, et font au moins neuf morts dans les rangs djihadistes selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH)[17],[18],[19],[20],[21]. Le 24, la police turque lance une vaste opération antiterroriste dans 13 provinces du pays, au total 590 personnes liées à l'État islamique, au PKK et au DHKP-C sont arrêtées en trois jours. Une militante du DHKP-C est également tuée au cours d'une fusillade[22],[23],[24]. La nuit du 24 au 25, l'aviation turque poursuit ses frappes contre l'EI dans les environs de Jerablus, mais elle mène également un raid au Kurdistan irakien et bombarde sept camps du PKK, qui était intervenu en Irak pour affronter les djihadistes[25],[26]. En Turquie, plusieurs manifestations et incidents opposent des militants kurdes avec la police et le processus de paix entre l'État turc et le PKK semble alors grandement compromis[25],[27]. Le 25, les HPG, branche militaire du PKK, déclarent que « Les conditions de maintien du cessez-le-feu ont été rompues. Face à ces agressions, nous avons droit de nous défendre ». De son côté Massoud Barzani, président du Gouvernement régional du Kurdistan condamne les frappes aériennes turques et appelle à cesser l'escalade de la violence[24],[28]. Les États-Unis se déclarent quant à eux favorable à la « désescalade » et au retour au « processus de solution pacifique », tout en affirmant respecter « pleinement le droit de notre allié turc à l’autodéfense » et en condamnant les « attaques terroristes » du PKK en Turquie[29]. La nuit du 25 au 26, l'explosion d'un véhicule piégé Diyarbakır fait deux morts et quatre blessés selon l'armée turque et huit tués et onze blessés selon les HDP qui revendiquent l'attaque[30],[31]. Les frappes au Kurdistan irakien se poursuivent les jours suivant mais la nuit du 26 au 27, des positions tenues par les YPG près de Kobané sont également visées par des chars turcs, blessant quatre combattants et des civils selon le commandement des forces kurdes syriennes[32].

Mouvements politiques pro-kurdes[modifier | modifier le code]

Liste des partis politiques pro-kurdes : Parti du travail populaire (1990-1993), Parti de la démocratie (1993-1994), Parti de la démocratie du peuple (1994-2003), Mouvement de la Société démocratique (2005), Parti de la société démocratique (2005-2009), Parti pour la paix et la démocratie (2008-2014), Parti démocratique des régions (DBP, Demokratik Bölgeler Partisi) (2014-aujourd'hui).

Pertes[modifier | modifier le code]

Selon l'International Crisis Group, les pertes liées au conflit pour les 4 dernières années ont été les suivantes[33] :

Selon l'état-major général de la République de Turquie, la gendarmerie turque, la Direction générale de la sécurité et, depuis lors jusqu'à juin 2010, de l'analyse de Milliyet tirée des données de l'état-major général de la République de Turquie, les victimes du conflit entre 1984 et mars 2009 sont les suivantes[34] :

Violations des droits de l'homme[modifier | modifier le code]

À la fois la Turquie et le PKK ont commis de nombreuses violations des droits de l'homme pendant le conflit. L'ancien ambassadeur français en Turquie Éric Rouleau a déclaré que « selon le ministère de la Justice, en plus des 35 000 personnes tuées dans des campagnes militaires, 17 500 ont été assassinés entre 1984, lorsque le conflit a commencé, et 1998 et 1 000 personnes auraient été assassinées au cours des neuf premiers mois de 1999. D'après le presse turque, les auteurs de ces crimes, pour lesquels aucun d'entre eux n'ont été arrêtés, appartiennent à des groupes de mercenaires qui travaillent directement ou indirectement pour les agences de sécurité[35] ». En 2006, Rouleau déclare que la persistance des violations des droits des Kurdes ethniques constitue l'un des principaux obstacles à l'adhésion de la Turquie à l'UE[36].

L'ONG Human Rights Watch a déclaré ce qui suit à propos des tactiques du PKK :

  • Toutes les organisations économiques, politiques, militaires, sociaux et culturelles, institutions et ceux qui servent sont devenus des cibles. Le pays tout entier est devenu un champ de bataille.
  • Le PKK a également promis de « liquider » ou « éliminer » les partis politiques, les institutions « impérialistes » culturelles et éducatives, les organes législatifs et représentatifs, et « tous les collaborateurs locaux et les agents travaillant pour la République de Turquie[37]. »
  • Beaucoup de victimes sont des civils non armés, pris au milieu des combats entre les forces de sécurité et le PKK, ciblés par des attaques kamikazes du PKK[38].

Selon Amnesty International, le PKK a tué et torturé des paysans kurdes et certains de ses propres membres dans les années 1980. Un certain nombre de Kurdes ont été enlevés et tués parce qu'ils étaient soupçonnés d'être des « collaborateurs » ou « informateurs » et il s'agissait d'une pratique courante pour le PKK de massacrer toute leur famille[39].

Selon un rapport de 1996 d'Amnesty International, en janvier 1996, le gouvernement [turc] a annoncé que le PKK avait massacré 11 hommes près du village distant de Güçlükonak. Sept des victimes étaient des membres de la force d'autodéfense du village[40].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. France 24 : La Turquie veut-elle vraiment la paix avec les Kurdes ?
  2. Chronologie du Conflit kurde en Turquie, AFP, 8 mai 2013.
  3. (en) Kubilay Yado Arin, « Turkey and the Kurds – From War to Reconciliation? », UC Berkeley Center for Right Wing Studies Working Paper Series,‎ , http://escholarship.org/uc/item/3229m63b
  4. Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange, Mondes rebelles : L'encyclopédie des acteurs, conflits & violences politiques, Paris, Éditions Michalon,‎ , 1677 p. (ISBN 2841861422), p. 1309
  5. Jean-Marc Balencie, Arnaud de La Grange, op. cit. pp. 1310-1311.
  6. Jean-Marc Balencie, Arnaud de La Grange, op. cit. p. 1322.
  7. PKK Changes Battlefield Tactics to Force Turkey into Negotiations, The Jamestown Foundation, 24 octobre 2007
  8. Turkey says 90-100 Kurd rebels killed in north Iraq raids, Reuters, 23 août 2011
  9. (fr) Turquie: cessez-le-feu historique annoncé par le chef emprisonné du PKK, RFI.fr, 21 mars 2013
  10. (en) Turkish jets bomb Kurdish PKK rebels near Iraq, BBC News, 14 octobre 2014
  11. Turquie: hommage en pleurs et en colère aux victimes de l'attentat de Suruç, AFP, 21 juillet 2015.
  12. Après l’attentat à Suruç, la politique d’Ankara en Syrie mise en cause, RFI, 21 juillet 2015.
  13. PHOTOS. Turquie : après l'attentat, ils manifestent contre Erdogan, L'Obs, 21 juillet 2015.
  14. La colère persiste en Turquie après l'attentat de Suruç, Reuters, 22 juillet 2015.
  15. Le PKK revendique l'assassinat de deux policiers turcs, RTS avec AFP et Reuters, 22 juillet 2015.
  16. Le PKK revendique le meurtre de policiers turcs, Le Figaro avec AFP, 22 juillet 2015.
  17. Jérôme Bastion, La Turquie met un pied dans la guerre contre le groupe Etat islamique, RFI, 23 juillet 2015.
  18. Jérôme Bastion, La Turquie bombarde les positions du groupe EI en Syrie, RFI, 24 juillet 2015.
  19. Turquie : au moins neuf morts dans les bombardements contre l'Etat islamique, AFP, 24 juillet 2015.
  20. Marie Jégo, Les frappes turques en Syrie, tournant dans la guerre contre l’EI, Le Monde, 24 juillet 2015.
  21. Eugénie Bastié, Nicolas Hénin : «La tolérance turque envers Daech n'était plus tenable», Le Figaro, 24 juillet 2015.
  22. Turquie: 251 arrestations dans l’opération contre l’EI et les rebelles kurdes, AFP, 24 juillet 2015.
  23. Turquie: nouvelle vague d'arrestations de militants de l'EI et du PKK, AFP, 25 juillet 2015.
  24. a et b L’offensive turque en Irak brise le cessez-le-feu avec les rebelles kurdes, Le Monde avec AFP et Reuters, 25 juillet 2015.
  25. a et b Jérôme Bastion, La Turquie attaque sur deux fronts: le PKK en Irak et EI en Syrie, RFI, 25 juillet 2015.
  26. La Turquie frappe sept objectifs du PKK dans le nord de l'Irak, ATS, 25 juillet 2015.
  27. Céclie de Sèze, Turquie : vers la fin du cessez-le-feu avec le PKK, RTL, 25 juillet 2015.
  28. La Turquie continue à frapper l’EI et s’attaque au PKK en Irak, AFP, 25 juillet 2015.
  29. Les Etats-Unis condamnent mollement l’escalade entre Turques et rebelles kurdes, Le Monde avec AFP et Reuters, 26 juillet 2015.
  30. Deux soldats turcs tués dans un attentat du PKK, Reuters, 26 juillet 2015.
  31. Turquie : le PKK revendique l'attentat qui a tué 2 soldats, AFP, 26 juillet 2015.
  32. Ankara attaque la région de Kobane contrôlée par les Kurdes de l'YPG, RFI, 27 juillet 2015.
  33. http://www.ploughshares.ca/content/turkey-2003-%E2%80%94-first-combat-deaths-phase-conflict
  34. http://www.milliyet.com.tr/26-yilin-kanli-bilancosu/guncel/gundemdetay/24.06.2010/1254711/default.htm
  35. (en) Turkey's Dream of Democracy, Eric Rouleau, Foreign Affairs
  36. http://foreignaffairs.house.gov/archives/107/73068.pdf United States House Committee on Foreign Affairs (en)?
  37. (en) Letter to Italian Prime Minister Massimo D'Alema, Human Rights Watch.
  38. (en) Turkey: Human Rights Developments, Human Rights Watch.
  39. (en) Turkey campaign (Chapter 3), Amnesty International, 1997
  40. (en) Turkey campaign, Amnesty International, 1996

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Aliza Marcus: Blood and Belief: The PKK and the Kurdish Fight for Independence. New York 2007. (ISBN 978-0-8147-5711-6).
  • (en) Henri J. Barkey, Graham E. Fuller: Turkey’s Kurdish Question. Lanham 1998. (ISBN 978-0-8476-8553-0).
  • (en) Ferhad Ibrahim: The Kurdish Conflict in Turkey. Obstacles and Chances for Peace and Democracy. Münster 2000. (ISBN 978-0-312-23629-8).