Selahattin Demirtaş

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Selahattin Demirtaş
Illustration.
Selahattin Demirtaş.
Fonctions
Co-président général du Parti démocratique des peuples (HDP)

(3 ans, 7 mois et 20 jours)
Avec Figen Yüksekdağ
Serpil Kemalbay
Prédécesseur Ertuğrul Kürkçü
Successeur Sezai Temelli
Député de Diyarbakır

(4 ans)
Groupe politique Parti de la société démocratique - DTP
Député de Hakkari

(3 ans, 11 mois et 16 jours)
Groupe politique Parti de la paix et de la démocratie - BDP
Député d'Istanbul
En fonction depuis le
(3 ans, 1 mois et 12 jours)
Groupe politique HDP
Biographie
Date de naissance (45 ans)
Lieu de naissance Palu (Elâzığ)
Nationalité Turc
Parti politique Parti démocratique des peuples
Conjoint Başak Demirtaş
Diplômé de Faculté de droit à l'Université d'Ankara
Profession Avocat
Site web http://www.hdp.org.tr/

Selahattin Demirtaş

Selahattin Demirtaş (prononcé [selaha't̪in demiɾ'taʃ]), né le à Palu (Elâzığ)[1], est un homme politique turc d'origine kurde zaza[1], coprésident du Parti démocratique des peuples (HDP)[1] et président du groupe parlementaire de ce parti à la Grande Assemblée nationale de Turquie dans laquelle il siège comme député depuis 2007.

Arrêté en novembre 2016 dans le cadre des purges menées par le président Recep Tayyip Erdoğan contre l'opposition, officiellement accusé de « diriger », « soutenir » et « faire la propagande » du PKK, il est menacé de 142 ans de prison[2].

Il figure parmi les six candidats à l'élection présidentielle turque dont le premier tour est prévu le 24 juin 2018.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vie privée[modifier | modifier le code]

Selahattin Demirtaş est né à Palu, une ville rattaché à Elâzığ, dans une famille zaza. Il a effectué le début de sa scolarité dans cette même ville. Il explique qu'à la maison ils écoutaient secrètement en famille des chansons kurdes qu’il ne comprenait pas.

Sa famille s’installe à Diyarbakır, où il passera une grande partie de sa jeunesse. Ce n’est qu’au lycée que Demirtaş apprend ses origines kurdes.

Selahattin Demirtaş est marié depuis 2002 à Başak Demirtaş, institutrice[3], et ils ont deux filles, Delal et Dilda[1]. Il a rencontré sa femme durant ses années de faculté à Ankara. Ils se sont mariés en 2002. Il effectue son service militaire en 2006. Son petit-frère Nurettin, est aussi engagé en politique au sein du mouvement kurde.

Il parle couramment le zazaki et, à des niveaux intermédiaires, le kurde et l'anglais[1].

Début de l'engagement politique[modifier | modifier le code]

En 1991, Vedat Aydın, le responsable local du Parti populaire du travail (HEP) est kidnappé et tué par un groupe de paramilitaires. À la suite de ce meurtre des milliers de personnes descendent dans les rues de Diyarbakır parmi lesquelles Demirtaş. Pendant les trois jours où le corps de Aydın est recherché, Demirtaş affirme avoir connu un déclic émotionnel. Dans un entretien il affirme : « Alors que je me rendais sur la place où allait se dérouler l’enterrement, j’ai croisé un groupe de jeunes en train de courir. J’ai commencé à courir avec eux. Ils étaient poursuivis par des policiers en civil armés de kalachnikov. Après m’être enfui, j’ai participé avec eux à l’enterrement »[4]. Durant l’enterrement, des coups de feu sont entendus. Demirtaş affirme qu’après cet événement, « je suis devenu quelqu’un d’autre »[4]. Cet événement sera le déclic politique pour le jeune Demirtaş, âgé de 18 ans à l’époque.

Études[modifier | modifier le code]

À la fin du lycée Demirtaş désire étudier le droit mais il n’obtient que son 8e vœu : Commerce et Management Maritime à l’Université 9 Eylül, à Izmir. Alors qu’il est étudiant en classe préparatoire, Selahattin et son frère sont arrêtés respectivement à Izmir et à Muğla pour appartenance à une organisation terroriste. Le jeune étudiant d’origine zaza sera confronté à différents problèmes politiques durant ses années de faculté, ce qui l’oblige à rentrer à Diyarbakır où il repasse son examen d’admission à l’enseignement supérieur.

Quelques années plus tard, il devient diplômé de la Faculté de Droit de l'Université d'Ankara. Il exerce, durant quelques années, la profession d'avocat tout comme deux de ses sœurs.

Engagement associatif[modifier | modifier le code]

Au début des années 2000, Osman Baydemir devient président de l’Association des Droits de l’Homme (ADH) à Diyarbakır, et il ramène avec lui Demirtaş qui devient l’un des responsables de l’association.

En 2006, il en devient le président alors qu’Osman Baydemir est élu maire de Diyarbakır. Durant sa présidence, l’ADH met au cœur de son engagement la résolution des crimes non résolus durant les années 1990, dans la région. Demirtaş est aussi le fondateur d’Amnesty International à Diyarbakır.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

En 2007, lors des élections législatives turques Selahattin Demirtaş est élu député de Diyarbakır, et devient chef du groupe Parti de la société démocratique (DTP). La Cour constitutionnelle décide en 2009, d’interdire le DTP. Les députés du DTP passent sous l’étiquette du Parti de la paix et de la démocratie (BDP). Lors du premier congrès du BDP, en 2010, Selahatin Demirtaş est élu coprésident du parti avec Gültan Kışanak.

En 2011, il est réélu député lors des élections législatives turques sous l’étiquette de la coalition ‘Travail, Démocratie et Liberté’. Il a été coprésident du BDP durant le processus de négociation entre l’État turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

En 2014, Demirtaş est élu coprésident du Parti démocratique des peuples (HDP) avec Figen Yüksekdağ.

La même année, il se présente à la première élection présidentielle turque de 2014 au suffrage universel. Il arrive en 3e position avec 9,77% des suffrages exprimés.

Le 7 juin 2015 il est élu député à Istanbul sous l'étiquette du HDP.

Incarcération[modifier | modifier le code]

Dans le cadre des purges suivant la tentative de coup d'État, il a été arrêté chez lui à Diyarbakır le 4 novembre 2016 pour des liens supposés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)[5]. Son arrestation entraîne des émeutes dans plusieurs villes du sud-est de la Turquie, et possiblement l'attentat du 4 novembre 2016 à Diyarbakır.

En décembre 2017, il est jugé pour ces liens supposés avec cette organisation, considérée comme terroriste par le gouvernement turc. Demirtaş n'est pas physiquement présent dans le tribunal de Sincan (proche du centre de la Turquie) et comparaît via visioconférence depuis la prison d'Erdine (au nord-ouest de la Turquie) car les autorités craignaient des troubles à l'ordre public s'il venait[6]. L'audience est reportée au 14 février 2018. Le 10 janvier 2018, toujours en prison, il annonce qu'il ne participera à aucune des élections de 2019[7]. Le 12 janvier 2018, il comparaît physiquement devant le tribunal de Bakirkoy, à Istanbul, pour « insulte » au chef de l’État, Recep Tayyip Erdoğan[6]. Une foule scandant son nom l'accueille devant le tribunal pour le soutenir[6].

Malgré le fait qu'il soit incarcéré et qu'il ne soit plus officiellement le chef du parti, le HDP choisit Demirtaş comme candidat pour l'élection présidentielle anticipée de 2018[8]. Le , le HDP demande à la Cour constitutionnelle de le libérer, alors que la requête a été rejetée par les tribunaux, estimant qu'il est éligible et qu'il jouit encore de ses droits politiques et civiques[9]. Malgré sa situation carcérale, il parvient à tenir un "meeting téléphonique", en prononçant un discours électoral lors d'une conversation téléphonique avec sa femme Basak Demirtas, qui l'enregistre et le diffuse ensuite sur les réseaux sociaux[10].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (tr) Grande Assemblée nationale de Turquie, « Selahattin Demirtaş », sur tbmm.gov.tr (consulté le 19 juin 2015)
  2. « Turquie : les leaders pro-kurdes du HDP risquent de très lourdes peines de prison - France 24 », France 24,‎ (lire en ligne)
  3. (tr) « First Lady kim olacak », sur hurriyet.com.tr, (consulté le 30 juillet 2015)
  4. a et b (tr) « Haber 7 » (consulté le 13 avril 2015)
  5. « Turkey MPs held in probe after failing to answer summons », sur aa.com.tr, (consulté le 4 novembre 2016)
  6. a, b et c « En Turquie, un chef de l’opposition devant la justice », sur la-croix.com, (consulté le 14 janvier 2018)
  7. « Turquie: incarcéré, le chef du HDP Selahattin Demirtas renonce aux élections », sur rfi.fr, (consulté le 14 janvier 2018)
  8. « Turquie : le parti prokurde déclare son ex-chef emprisonné candidat à la présidentielle », sur lepoint.fr, (consulté le 2 mai 2018)
  9. Le Point, magazine, « Turquie: le parti prokurde demande à la cour constitutionnelle de libérer Demirtas », sur Le Point (consulté le 25 mai 2018)
  10. « Turquie: un candidat incarcéré tient un meeting téléphonique », sur lefigaro.fr, (consulté le 8 juin 2018)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Selahattin Demirtaş, « « L’homme qui se prend pour un sultan » : La sale guerre du président Erdoğan », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)