Necmettin Erbakan

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Necmettin Erbakan, né le à Sinop et mort le 27 février 2011[1], est un homme politique turc, fondateur et membre successivement de différents partis politiques islamiques. Il est également fondateur du mouvement islamique Milli Görüş. Il fut Premier ministre de Turquie de juin 1996 à juin 1997. Il est titulaire d'un doctorat obtenu en Allemagne. Il était père de trois enfants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Milli Görüş est la première plus grande organisation turque d'Europe. Fondée en 1971, à Braunschweig, à l'initiative de Necmettin Erbakan en tant qu'Union turque d'Allemagne, elle a pris son nom actuel en 1994. Le terme milli görüş signifie « voie nationale religieuse ».

Le PJ[modifier | modifier le code]

Le PJ s'est constitué depuis sa création en 1961 sur une alliance de principe entre la petite bourgeoisie commerciale de province et les grands propriétaires terriens (très religieux) et la haute bourgeoisie capitaliste industrielle (plus occidentale). Le PJ, dirigé par l'équipe du premier ministre Demirel tient un discours ambiguë sur la religion pour favoriser la domination de la haute bourgeoisie sur la bourgeoisie provinciale, et limiter les nombreux antagonismes qui les opposent.

Mais, le développement du capitalisme accentue les inégalités existantes, entre la grande bourgeoisie occidentalisée qui s'accapare tout les bénéfices de la croissance et la petite bourgeoisie religieuse qui s'appauvrit.

La bourgeoisie de province (liés aux grands propriétaires), qui s’oppose de plus en plus à la direction du PJ (accusée de défendre les intérêts des classes dominantes occidentalisées et anti religieuses) trouve son porte-parole en la personne de Necmettin Erbakan. Il milite depuis les années 60 au sein de la section jeunesse du Parti de la Justice et s'était déjà fait remarquer par ses discours religieux virulents contre la laïcité kémaliste et l’impérialisme des grands bourgeois.

La direction du PJ, pour mettre un terme au mouvement de sécession qui s'est entamé en son sein, fait élire en 1968 Erbakan (qui s’est fait le porte parole de la petite bourgeoisie) au poste de secrétaire de la chambre du commerce et de l'industrie. Le premier ministre Demirel croit pouvoir manipuler Erbakan et ainsi contrôler le mécontentement de la petite bourgeoisie.

Mais Necmettin Erbakan refuse de se soumettre aux injonctions du PJ et commence à formuler de violents réquisitoires contre lui (et donc contre la grande bourgeoisie occidentalisée), ce qui lui permet d’asseoir sa popularité sur les classes populaires religieuses.

Ces antagonismes de classes au sein du parti provoquent une scission du PJ en 1969, et donnent naissance au Parti Démocratique. Ce dernier constitue en quelque sorte l'alliance entre les grands propriétaires terriens et une couche de bourgeoisie commerciale de province.

Le Parti de l'Ordre National[modifier | modifier le code]

Expulsé par le premier ministre Demirel du PJ, Erbakan fonde le 26 janvier 1970 sa première formation politique, le Milli Nizam Partisi (ou MNP, « Parti de l’ordre national », membre du Milli Görüş). Cette nouvelle formation politique, créée au nom de la bourgeoisie provinciale, s'ouvre à l’ensemble de la classe moyennes en proie au désarroi devant l'évolution des mœurs et des valeurs de la société turque et qui se sentent exclue du développement économique sur connait le pays. Le Parti de l’ordre national prône un retour au valeurs traditionnelles de l’ancien empire ottoman (et de l'islam), couplé à un développement économique axé sur l'industrie lourde et exportatrice.

Son rejet catégorique des réformes kémalistes (dont la laïcité) fait remarquer le MNP par les forces de sécurité. Le coup d’Etat de l'armée en 1971 provoque sa dissolution par la cour constitutionnelle le 20 mai 1971 pour atteinte au principe fondateur de la laïcité turque. Ses dirigeants restent cependant en liberté.

Le Parti du salut National[modifier | modifier le code]

En 1973, Necmettin Erbakan fonda, en compagnie des anciens dirigeants du MNP, le Milli Selamet Partisi (ou MSP, « Parti du salut national »). Le nouveau parti politique, bien que très proche des principes de l'ancien, resta très prudent à l'égard de l’idéologie islamiste et essaya de s'intégrer davantage au système politique parlementaire (pour limiter les risques de dissolution).

Le PSN rationalise l'idéologie religieuse pour la diriger contre ses adversaires (le PJ et le PRP), et défend une société utopiste égalitaire et juste fondée sur les principes de l'islam.

Cette approche est couronnée de succès puisque le part obtient 10 % des suffrages aux élections législatives de 1973 et s’intègre aux coalitions politiques du parlement. Erbakan fut ainsi adjoint au Premier ministre lors de trois coalitions différentes de 1974 à 1978.

Après 1980[modifier | modifier le code]

À la suite du coup d’État militaire du , Le PSN fut une nouvelle fois dissous par la cour constitutionnelle. Cette fois-ci, Erbakan fut arrêté pour activités anti laïques (notamment pour une interview donnée au journal Milliyet en 1973 où Erbakan critiquait la réforme d’habillement d’Atatürk) et se vit signifier en 1982 une interdiction d’exercer des activités politiques pendant dix ans. Cette interdiction fut levée en 1987 à la suite d'un référendum.[réf. souhaitée].

Mais la légitimation politique de l’idéologie islamiste par les militaires (synthèse turco-islamiste) provoque un important engouement pour l'islam populaire et les partis qui s'est réclament. Le Refah Partisi, crée en 1983 après le retrait de l'armée de la vie politique, profite de cette vague populaire islamique.

En 1987, Erbakan fut élu président du Refah Partisi (ou RP, « Parti de la prospérité »), sous les couleurs duquel il fut premier ministre entre 1996 et 1997. Il est partisan d’un grand marché commun islamique du Maroc à l’Indonésie et s’oppose à la politique kémaliste favorable à l’Europe et à l’Occident : « Nous ne sommes pas occidentaux, nous ne sommes pas européens. » Il qualifie alors l’Union européenne de groupe maçonnique. En 1989, dans la ville néerlandaise d'Arnhem, il tint un discours aux accents djihadistes qui fit scandale : « Les Européens sont malades… Nous leur donnerons les médicaments. L’Europe entière deviendra islamique. Nous conquerrons Rome. »

Le , il démissionna sous la pression des militaires ; le RP fut alors interdit et Erbakan se vit signifier une nouvelle interdiction de son activité politique pour cinq ans.

Erbakan fut condamné à un an de prison en 2000 pour incitation à la haine raciale et religieuse[2].

Necmettin Erbakan était le président du Saadet Partisi (ou SP, « Parti de la félicité »).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Décès d'un ex-premier ministre turc dépêche AFP du 27 février 2011.
  2. Turquie: prison pour l'islamiste Erbakan dans Libération du 6 juillet 2000.