Odilon Redon

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Odilon Redon
Odilon Redon.jpg

Autoportrait (1880), Musée d'Orsay

Naissance
Décès
(à 76 ans)
Paris
Nom de naissance
Bertrand Jean Rodon
Nationalité
Activité
Maître
Mouvement
Conjoint
Camille Redon (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction
Œuvres réputées

Odilon Redon, né Bertrand Jean Redon le à Bordeaux, et mort le à Paris est un peintre symboliste de la fin du XIXe siècle. Son art explore les aspects de la pensée, l'aspect sombre et ésotérique de l'âme humaine, empreinte des mécanismes du rêve.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père épouse une créole d’origine française, en Amérique. Ils reviennent en France cinq ou six ans plus tard. Ce voyage aura une influence sur le peintre : le goût de rêve fécond, le besoin d'évasion, le motif récurrent de la barque dans son œuvre, s’inscrivent dans cette perspective. Redon est dès le départ un artiste spirituellement apatride.

De nature fragile, il est confié à une nourrice puis à son oncle, à la campagne. Il passe son enfance entre Bordeaux et le domaine de Peyrelebade, près de Listrac-Médoc ; c’est là, vers six ans, « en plein isolement de la campagne », que les fusains voient le jour, dans cette nature pleine de clair-obscur et de nuances propres à éveiller chez le jeune garçon ce monde étrange et fantasmagorique, ce sentiment subjectif qui est l'essence même de son œuvre, et qui est encore aujourd'hui une énigme.

Il s’en va à travers champs, vignes et bois, observe, considère les ombres, apprécie le contraste de la terre avec l'azur du ciel et de la lumière. À sept ans, une vieille bonne le mène à Paris pour quelques mois, il découvre les musées. Il reste devant les toiles, silencieux et sous le charme. Les tableaux figurant des drames frappent l’esprit de l'enfant. De retour à Bordeaux, scolarisé, il obtient un prix de dessin avant même de savoir lire, il est morose, inattentif, et garde le souvenir « le plus triste et le plus lamentable » de cette période. Il décide d'être artiste, sa famille y consent, il continue ses études et prend des leçons de dessin et d’aquarelle avec son premier maître Stanislas Gorin, élève d’Eugène Isabey, il découvre Millet, Corot, Gustave Moreau.

Sous l'influence de son père, il tente des études d'architecture, mais contrairement à son frère cadet Gaston devenu architecte et Prix de Rome, il échoue à l'examen. Il se lie d’amitié avec le botaniste Armand Clavaud qui l'initie aux sciences et à la littérature, se passionne pour Darwin et Lamarck, pour les recherches de Pasteur, lit les Fleurs du mal de Baudelaire dont il illustrera certains poèmes, se forme à la technique de l'eau-forte et à la sculpture. À Paris, il entre dans l’atelier de Jean-Léon Gérôme, mais les relations entre le maître et l'élève sont difficiles.

L’Araignée qui pleure, fusain, 1881

À Bordeaux, très lié avec Rodolphe Bresdin qui lui apprend la gravure, il commence sous la direction de cet artiste dont l’art onirique est libre de tout formalisme, une série de onze eaux-fortes : Le Gué, tirées en 1866, dans une inspiration orientaliste et romantique venue de Delacroix qu’il connaît de vue.

Redon participe comme simple soldat aux combats sur la Loire pendant la guerre de 1870. Après la guerre il s’installe à Montparnasse, jusqu'en 1877, mais l'été, il retourne à Peyrelebade et passe l’automne en Bretagne. Il fréquente le salon littéraire et musical de Madame Rayssac, rencontre Fantin-Latour, Paul Chenavard, le musicien Ernest Chausson. Il séjourne à Barbizon pour y étudier les arbres et les sous-bois. En 1878, il voyage pour la première fois en Belgique et en Hollande. L'année suivante il est remarqué pour son premier album de lithographies intitulé Dans le Rêve — il fait de la « lithographie de jet » —, les rêves, la descente dans l'inconscient, lui permettent de révéler les sources de son inspiration et de décrire son monde personnel voué à l'exploration de l’imaginaire. En 1884, Joris-Karl Huysmans publie À rebours avec un passage consacré à Odilon Redon.

Il y a une scission très forte entre le début de son œuvre et la fin. Pendant la première moitié de sa vie, il est le peintre du noir, et ne cesse d'utiliser cette teinte. Son passage à la couleur correspond à la naissance de son premier fils. Après n'avoir jamais utilisé la couleur, il va à la fois en faire un usage très complexe mais aussi créer des tableaux les plus colorés qui soient. L'artiste qualifiera ce passage à une peinture entièrement colorée de "déclic".

En 1886, Odilon Redon participe à la huitième et dernière exposition des impressionnistes[1].

Les années 1890 et le début du siècle sont une période de transformation, de mutation, il abandonne ses « noirs » et commence à utiliser le pastel et l'huile, et la couleur domine les œuvres du reste de sa vie. Il réalise Eve son premier nu féminin d’après modèle. En 1899, Maurice Denis le présente au groupe des Nabis, et le peint, en 1900, dans l’Hommage à Cézanne, debout devant une toile de Cézanne, entouré de Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Roussel[Lequel ?], Paul Sérusier, André Mellerio et Ambroise Vollard. Avec Maurice Denis il exécute des peintures décoratives pour son ami le compositeur Ernest Chausson, dans son hôtel particulier du 22 Boulevard de Courcelles ainsi que dans le château, en Bourgogne, de son ami et mécène, Robert de Domecy avec qui il a voyagé en Italie.

Redon travaille avec Mallarmé et expose à la galerie Durand-Ruel en 1900.

En 1901 il participe au Salon de la Libre Esthétique à Bruxelles et au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts à Paris. Son ami d’enfance, le peintre Charles Lacoste, l’introduit en 1903 auprès de Gabriel Frizeau, mécène bordelais passionné d'art et de belles-lettres. La légion d'honneur lui est attribuée et, en 1904, une salle lui est entièrement consacrée au Salon d'Automne avec soixante-deux œuvres.

En 1908, Odilon voyage à Venise, en Italie avec sa femme, son fils et Arthur Fontaine, il réalise ses premiers cartons de tapisserie pour la manufacture des Gobelins à la demande de Gustave Geffroy.

Portrait de Violette Heymann

Il passe l'été à Bièvres à la villa Juliette qu'il loue, n'ayant pu la racheter, après le décès de Juliette Dodu, la demi-sœur de son épouse.

André Mellerio en 1913 publie un catalogue de ses eaux-fortes et lithographies. La même année, l'Armory Show présente quarante de ses œuvres sur le continent américain à New York (International exhibition of Modern Art), Chicago et Boston, où le Nu descendant l'escalier de Marcel Duchamp fait scandale.

Dans À soi-même, une intéressante autobiographie publiée de son vivant, il évoque ses rapports avec le milieu artistique et les ambitions artistiques et spirituelles de son époque.

Il meurt le 6 juillet 1916, à Paris ; son fils Ari, mobilisé, n’a pu arriver à temps du front. Une huile sur toile, La Vierge, reste inachevée sur son chevalet. Il est inhumé dans le petit cimetière de Bièvres, l’« âme du roi des mondes imaginaires » repose là sous une pierre tombale régulièrement fleurie.

Les Galeries Nationales du Grand Palais de Paris lui consacrent une rétrospective exceptionnelle entre mars et juin 2011, mettant en avant le passage du noir profond aux teintes colorées et lumineuses[2].

Citations[modifier | modifier le code]

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  • « L'artiste vient à la vie pour un accomplissement qui est mystérieux. Il est un accident. Rien ne l’attend dans le monde social. » (Odilon Redon, "Journal, 1867-1915 : notes sur la vie, l'art et les artistes")
  • « Il faut respecter le noir. Rien ne le prostitue. » (Odilon Redon, "Journal, 1867-1915 : notes sur la vie, l'art et les artistes")
  • « Ah ! Ces conversations avec Redon, quand il se sentait en confiance ! Quelles substantielles conversations ! Tout le ramenait à Montaigne, Shakespeare, Baudelaire, Flaubert, Rembrandt, Dürer, Delacroix, Berlioz, Schumann. (…) Il jouait du violon. Il aimait par dessus tout Bach, Monteverde, pas tout Wagner, les derniers quatuors de Beethoven. Berlioz aimé des peintres, Schumann, Debussy, de Séverac. Il ne prenait aucun plaisir à entendre les œuvres de Franck et encore moins celles d’Indy. « Ce sont des sacristains, disait-il. » Un jour Vollard vint le consulter sur une question de musique : «  Redon, dites-moi donc, beaucoup de gens me demandent quel musicien je préfère. Que faut-il leur répondre ? » - « Vollard, répondez seulement : Bach » Tout cela était dit de part et d’autre sur un ton de plaisanterie charmante. » (Gustave Fayet, "Souvenirs sur Odilon Redon", revue C.A.P, Paris, mai-juin 1924).

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

Peintures[modifier | modifier le code]

La naissance de Vénus, 1912

Redon et la musique[modifier | modifier le code]

Redon avait été formé très tôt à la musique, grâce à son frère Ernest. Les chants sacrés exercent également une influence profonde sur son adolescence ; la joie des chants sacrés « me révélait alors un infini sans mélange, découvert comme un absolu réel, le contact même avec l'au-delà ». Il se décrit lui-même comme « fidèle écouteur aux concerts » et il ajoute « ... jamais je n'ai résisté aux attirances que je sentais venir des autres arts[4] ». Bien entendu, Redon suit avec attention l'évolution du wagnérisme et l'orientation de la Revue wagnérienne dans laquelle Théodore de Wyzewa écrit notamment un article dans le numéro de mai 1886 sous le titre « Art wagnérien : la peinture »[5].

Ses maîtres les plus chers furent Mozart, Beethoven et surtout Schumann, qui avait été le dieu de sa jeunesse écrit Roseline Bacou. Vers 1904, il exécute son Hommage à Schumann (pastel). En 1911, peignant le panneau La Nuit dans la bibliothèque de l'abbaye de Fontfroide chez ses amis Gustave Fayet et son épouse, il évoque (à droite) le visage de Robert Schumann de même que, sous forme de feux follets, ceux de Déodat de Séverac et de Ricardo Viñes[6].

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Signac, D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, Paris, Hermann, , Page 147
  2. Marion Point, "La palette enchantée", le 26/04/2011, Présentation de l'exposition au Grand Palais, à lire sur L'Intermède.
  3. « Notice Vieillard ailé barbu », sur www.musee-orsay.fr
  4. Cité dans Roseline Bacou, Odilon Redon, Genève, édition Pierre Cailler.
  5. Redon donne au numéro VII, publié en août 1885, un beau frontispice : Brunhilde.
  6. Cf. Mario d'Angelo (coord.), La musique à la Belle Époque. Autour du foyer artistique de Gustave Fayet (Béziers, Paris, Fontfroide), Narbonne, MAGFF, 2010