Odilon Redon

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Odilon Redon
Odilon Redon.jpg

Autoportrait (1880), Musée d'Orsay

Naissance
Décès
(à 76 ans)
Paris
Nom de naissance
Bertrand Jean Redon
Nationalité
Activité
Maître
Mouvement
Conjoint
Camille Redon (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction
Œuvres réputées

Odilon Redon, né Bertrand Jean Redon le à Bordeaux, et mort le à Paris est un peintre et graveur symboliste de la fin du XIXe siècle. Son art explore les aspects de la pensée, l'aspect sombre et ésotérique de l'âme humaine, empreinte des mécanismes du rêve.

Biographie[modifier | modifier le code]

Odilon Redon, Mon portrait (1867), huile sur bois, musée d'Orsay).

Son père épouse une créole d’origine française, en Amérique. Ils reviennent en France cinq ou six ans plus tard. Ce voyage aura une influence sur le peintre : le goût de rêve fécond, le besoin d'évasion, le motif récurrent de la barque dans son œuvre, s’inscrivent dans cette perspective. Redon est dès le départ un artiste spirituellement apatride.

De nature fragile, il est confié à une nourrice puis à son oncle, à la campagne. Il passe son enfance entre Bordeaux et le domaine de Peyrelebade, près de Listrac-Médoc ; c’est là, vers six ans, « en plein isolement de la campagne », que les fusains voient le jour, dans cette nature pleine de clair-obscur et de nuances propres à éveiller chez le jeune garçon ce monde étrange et fantasmagorique, ce sentiment subjectif qui est l'essence même de son œuvre, et qui est encore aujourd'hui une énigme.

Il s’en va à travers champs, vignes et bois, observe, considère les ombres, apprécie le contraste de la terre avec l'azur du ciel et de la lumière. À sept ans, une vieille bonne le mène à Paris pour quelques mois, il découvre les musées. Il reste devant les toiles, silencieux et sous le charme. Les tableaux figurant des drames frappent l’esprit de l'enfant. De retour à Bordeaux, scolarisé, il obtient un prix de dessin avant même de savoir lire ; il est morose, inattentif, et garde le souvenir « le plus triste et le plus lamentable » de cette période. Il décide d'être artiste, sa famille y consent, il continue ses études et prend des leçons de dessin et d’aquarelle avec son premier maître, Stanislas Gorin, élève d’Eugène Isabey. Il découvre Millet, Corot, Gustave Moreau.

Sous l'influence de son père, il tente des études d'architecture, mais contrairement à son frère cadet, Gaston, devenu architecte et Prix de Rome, il échoue à l'examen. Il se lie d’amitié avec le botaniste Armand Clavaud qui l'initie aux sciences et à la littérature, se passionne pour Darwin et Lamarck, pour les recherches de Pasteur, lit Les Fleurs du mal de Baudelaire, dont il illustrera certains poèmes, se forme à la technique de l'eau-forte et à la sculpture. À Paris, il entre dans l’atelier de Jean-Léon Gérôme, mais les relations entre le maître et l'élève sont difficiles.

L’araignée qui pleure, fusain (1881).

À Bordeaux, très lié avec Rodolphe Bresdin qui lui apprend la gravure, il commence sous la direction de cet artiste — dont l’art onirique est libre de tout formalisme —, une série de onze eaux-fortes : Le Gué, tirées en 1866, dans une inspiration orientaliste et romantique venue de Delacroix qu’il connaît de vue.

Redon participe comme simple soldat aux combats sur la Loire pendant la guerre de 1870. Après la guerre, il s’installe à Montparnasse, jusqu'en 1877, mais l'été, il retourne à Peyrelebade et passe l’automne en Bretagne. Il fréquente le salon littéraire et musical de madame de Rayssac, rencontre Fantin-Latour, Paul Chenavard, le musicien Ernest Chausson. Il séjourne à Barbizon pour y étudier les arbres et les sous-bois. En 1878, il voyage pour la première fois en Belgique et en Hollande. L'année suivante, il est remarqué pour son premier album de lithographies, intitulé Dans le rêve — il fait de la « lithographie de jet » —, les rêves, la descente dans l'inconscient, lui permettent de révéler les sources de son inspiration et de décrire son monde personnel voué à l'exploration de l’imaginaire.

En 1884, Joris-Karl Huysmans publie À rebours, avec un passage consacré à Odilon Redon.

Il y a une scission très forte entre le début de son œuvre et la fin. Pendant la première moitié de sa vie, il est le peintre du noir, et ne cesse d'utiliser cette teinte. Son passage à la couleur correspond à la naissance de son premier fils. Après n'avoir jamais utilisé la couleur, il va à la fois en faire un usage très complexe, mais aussi créer des tableaux les plus colorés qui soient. L'artiste qualifiera ce passage à une peinture entièrement colorée de « déclic ».

En 1886, Odilon Redon participe à la huitième et dernière exposition des impressionnistes[1].

Les années 1890 et le début du siècle sont une période de transformation, de mutation, il abandonne ses « noirs » et commence à utiliser le pastel et l'huile, et la couleur domine les œuvres du reste de sa vie. Il réalise Ève, son premier nu féminin d’après modèle. En 1899, Maurice Denis le présente au groupe des nabis et le peint, en 1900, dans l’Hommage à Cézanne, debout devant une toile de Cézanne, entouré de Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel, Paul Sérusier, André Mellerio et Ambroise Vollard. Avec Maurice Denis, il exécute des peintures décoratives pour son ami le compositeur Ernest Chausson, dans son hôtel particulier du 22, boulevard de Courcelles, ainsi que dans le château de Domecy-sur-Cure, en Bourgogne, de son ami et mécène, Robert de Domecy, avec qui il a voyagé en Italie.

Redon travaille avec Mallarmé et expose à la galerie Durand-Ruel en 1900.

En 1901, il participe au salon de la Libre Esthétique à Bruxelles et au salon de la Société nationale des beaux-arts à Paris. Son ami d’enfance, le peintre Charles Lacoste, l’introduit en 1903 auprès de Gabriel Frizeau, mécène bordelais passionné d'art et de belles-lettres. La légion d'honneur lui est attribuée et, en 1904, une salle lui est entièrement consacrée au Salon d'automne avec soixante-deux œuvres.

En 1908, Odilon voyage à Venise, en Italie avec sa femme, son fils et Arthur Fontaine, il réalise ses premiers cartons de tapisserie pour la manufacture des Gobelins à la demande de Gustave Geffroy.

Portrait de Violette Heymann.

Il passe l'été à Bièvres à la villa Juliette qu'il loue, n'ayant pu la racheter, après le décès de Juliette Dodu, la demi-sœur de son épouse.

André Mellerio, en 1913, publie un catalogue de ses eaux-fortes et lithographies. La même année, l'Armory Show présente quarante de ses œuvres sur le continent américain à New York, dans le cadre de l'International Exhibition of Modern Art, puis à Chicago et Boston.

Dans À soi-même, une intéressante autobiographie publiée de son vivant, il évoque ses rapports avec le milieu artistique et les ambitions artistiques et spirituelles de son époque.

Il meurt le 6 juillet 1916, à Paris ; son fils Ari, mobilisé, n’a pu arriver à temps du front. Une huile sur toile, La Vierge, reste inachevée sur son chevalet. Il est inhumé dans le petit cimetière de Bièvres, l’« âme du roi des mondes imaginaires » repose là sous une pierre tombale régulièrement fleurie.

Les Galeries nationales du Grand Palais de Paris lui consacrent une rétrospective exceptionnelle entre mars et juin 2011, mettant en avant le passage du noir profond aux teintes colorées et lumineuses[2].

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

Peintures[modifier | modifier le code]

La Naissance de Vénus (1912).

Écrits[modifier | modifier le code]

  • « Autobiographie », dans Van onzen Tijd, De Katholieke Illustratie, 's-Hertogenbosch, 1909.
  • À soi-même, autobiographie, introduction de Jacques Morland, Paris, éditions Henri Floury, 1922 ; réédition chez José Corti, [1961-1989].
  • Lettres d'Odilon Redon, 1878-1916, publiées par sa famille, préface de Marius-Ary Leblond, Paris et Bruxelles, G. Van Oest, 1923.
  • Lettres inédites d'Odilon Redon à Bonger, Jourdain, Viñes…, établie et présentée par Suzy Lévy, Paris, José Corti, 1987.
  • Écrits, édition critique établie et présentée par Claire Moran, collection MHRA Critical Texts, Londres, Modern Humanities Research Association, 2005.
  • Il rêve et autres contes, présentation par Alexandra Strauss, Paris, Libretto, 2016, (ISBN 9782369142652).

L'œuvre gravé, estampes[modifier | modifier le code]

L'Œuf (1885), lithographie non insérée dans l'Hommage à Goya (fonds BNF).

Odilon Redon a produit vingt-sept eaux-fortes, trois pointes sèches, ainsi que cent quatre-vingt-dix-sept lithographies, sans compter les neuf dessins reproduits dans Les Fleurs du mal chez Deman, à Bruxelles, en 1890[4].

Contrairement à ce qu'écrit son biographe André Mellerio[5], les premières productions gravées de Redon remonteraient à 1865, et non à 1861. Depuis 1863, il travaille à Bordeaux aux côtés du graveur Rodolphe Bresdin dont il utilise la presse à bras, mais sans doute n'est-il pas emballé par la technique de la plume sur pierre employée par ce dernier. Par la suite, s'il est en contact avec l'imprimeur Auguste Delâtre, qui produit Le Gué (avec petits cavaliers), l'essentiel des premières eaux-fortes est tiré à Bordeaux. Intitulée Paysage, l'une d'entre elles est présentée au Salon de 1867[4].

En 1874, il s'installe définitivement à Paris et produit moins de dix eaux-fortes jusqu'en 1893, abandonnant cette technique au profit de la pierre lithographique, et sa première composition remonte à 1879. Le marchand d'art Ambroise Vollard se porte acquéreur du cuivre de Perversité (1891) mais ne l'insère pas dans ses albums. Redon chercha à transcrire ses dessins et fusains sur la pierre et ce fut Henri Fantin-Latour qui lui montra l'utilisation du crayon gras, seul capable de rendre le noir intense de ses traits originaux. En 1879, la série des dix planches intitulée Dans le rêve, tirée chez l'imprimeur parisien Lemercier et auquel il fut fidèle durant presque dix ans, introduit à son style si particulier, alliant mystères et choses du quotidien[4].

Vollard et Redon vont travailler ensemble à plusieurs reprises, servis par le talent de tireur d'Auguste Clot : ainsi, au printemps 1897, Redon s'applique à produire une suite de dessins lithographiés en noir pour l'édition illustrée du Coup de dés, de Stéphane Mallarmé, qui ne vit pas le jour et seules quatre planches purent être conservées[6]. Vollard pousse également Redon à se lancer dans la lithographie en couleurs, mais l'artiste résiste, trouvant difficile de restituer l'éclat de ses fusains sur la pierre[7].

Principales séries et pièces isolées[5][modifier | modifier le code]

  • Dans le rêve, dix planches lithographiées en album, Paris, Lemercier (1879), tirage à 25 exemplaires.
  • À Edgar Poe, six lithographie et un frontispice, Paris, Lemercier (1882), tirage à 50 ex.
  • Les Origines, huit lithographies et un frontispice, Paris, Lemercier (1883), tirage à 25 ex.
  • Hommage à Goya, six lithographies, Paris, Lemercier (1885), tirage à 50 ex.
  • La Nuit, dix lithographies, Paris, Lemercier (1886), tirage à 50 ex.
  • L'araignée, elle sourit, les yeux levés, lithographie, Paris, Lemercier (1887) ; fonds musée d'Orsay / département des arts graphiques du musée du Louvre.
  • La Tentation de saint Antoine, dix lithographies tirées chez Becquet, et un frontispice, texte de Gustave Flaubert, Bruxelles, Deman (1888), tiré à 58 ex.
  • À Gustave Flaubert, 2e série pour les Tentations, six lithographie et un frontispice, Paris, Becquet (1889), tiré à 60 ex.

Redon et la musique[modifier | modifier le code]

Redon avait été formé très tôt à la musique, grâce à son frère Ernest. Les chants sacrés exercent également une influence profonde sur son adolescence ; la joie des chants sacrés « [lui] révélait alors un infini sans mélange, découvert comme un absolu réel, le contact même avec l'au-delà ». Il se décrit lui-même comme « fidèle écouteur aux concerts » et il ajoute : « […] Jamais je n'ai résisté aux attirances que je sentais venir des autres arts[8]. » Bien entendu, Redon suit avec attention l'évolution du wagnérisme et l'orientation de la Revue wagnérienne, dans laquelle Théodore de Wyzewa écrit notamment un article, dans le numéro de mai 1886, sous le titre « Art wagnérien : la peinture[9] ».

Ses maîtres les plus chers furent Mozart, Beethoven et surtout Schumann, qui avait été le dieu de sa jeunesse, écrit Roseline Bacou. Vers 1904, il exécute son Hommage à Schumann (pastel). En 1911, peignant le panneau La Nuit, dans la bibliothèque de l'abbaye de Fontfroide, chez ses amis Gustave Fayet et son épouse, il évoque (à droite) le visage de Robert Schumann de même que, sous forme de feux follets, ceux de Déodat de Séverac et de Ricardo Viñes[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Signac, D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, Paris, Hermann, , p. 147.
  2. Marion Point, « La palette enchantée », le 26 avril 2011, présentation de l'exposition au Grand Palais, à lire sur L'Intermède.
  3. « Notice Vieillard ailé barbu », sur www.musee-orsay.fr
  4. a, b et c « Redon, Odilon », dans Janine Bailly-Herzberg, Dictionnaire de l'estampe en France (1830-1950), Paris, Arts et métiers graphiques / Flammarion, 1985, p. 274-277.
  5. a et b « Catalogue de l'œuvre gravé », dans Odilon Redon. Peintre, dessinateur et graveur, Paris, Henri Floury, 1923, p. 177-194, sur archive.org, en ligne.
  6. Voir trois planches dans la notice du catalogue général de la BnF, en ligne.
  7. André Mellerio, La Lithographie originale en couleurs, Paris, Éditions de L'Estampe et l'Affiche, 1898.
  8. Cité dans Roseline Bacou, Odilon Redon, Genève, édition Pierre Cailler.
  9. Redon donne au no 7, publié en août 1885, un beau frontispice : Brunhilde.
  10. Cf. Mario d'Angelo (coord.), La Musique à la Belle Époque. Autour du foyer artistique de Gustave Fayet (Béziers, Paris, Fontfroide), Narbonne, MAGFF, 2010.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sophie Barthélémy, Sandra Buratti-Hasan, Guillaume Ambroise et Sophie Kervran, Nature silencieuse. Paysages d'Odilon Redon, Snoeck, coll. « Catalogue de musée », , 264 p. (ISBN 9789461613448).
  • Frédéric Canovas, L'Écriture rêvée, Paris, L'Harmattan, coll. « Espaces littéraires », 2000, 328 p. (ISBN 978-2738497895).

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Odilon Redon, peintre des rêves, film documentaire de Michaël Gaumnitz, 2011.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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