Nouvelle économie

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Nouvelle économie

Historique des débuts de la Nouvelle économie[modifier | modifier le code]

Les mutations structurelles de croissance inaugurées par la « nouvelle économie »[modifier | modifier le code]

Croissance tendancielle des PIB et baisse des prix[modifier | modifier le code]

Trois pays de l’OCDE (Australie, Irlande et Pays-Bas) ont connu une croissance tendancielle du PIB/hab. nettement plus forte au cours de la décennie passée que dans les années 1980. La croissance s'est également améliorée dans plusieurs autres pays, notamment les EU. En revanche, elle s’est ralentie dans un grand nombre d’autres pays, dont le Japon et une grande partie de l’Europe. (graph. 1) Si l’on prend l’exemple des EU, on remarque une croissance forte et durable du PIB, dans un contexte d’inflation maîtrisée. Depuis 1996, le PIB a progressé à un rythme annuel supérieur à 4 %, les prix ont décéléré, et les gains de productivité ont été élevés. La constatation d’une croissance importante des PIB renvoie sûrement aux changements de tendance initiés par la nouvelle économie depuis les années 1990. Mais d’autres changements notables de l’économie peuvent aussi amener à penser un nouveau cycle dans l’économie mondiale.

Changement dans le marché du travail[modifier | modifier le code]

La décennie 90 a vu la baisse du taux de chômage aux États-Unis, qui est passé de 7,5 % à moins de 4,5 % entre 1992 et 1999. On a pu également constater une hausse du taux de participation à la population active. En France, cette évolution est aussi remarquable. Les estimations de la Direction de la Prévision suggèrent que le chômage structurel a baissé de près de 2 points depuis le milieu des années 1990, sous l’effet des allègement de charges et de la baisse du coût du capital. Quant au chômage d’équilibre, il aurait baissé de près de 2 points également pour s’établir en 2000 à un niveau proche de 8,5 %. « L’enrichissement de la croissance en emplois » s’est traduit par une baisse de la productivité du travail et un ralentissement de la Productivité générale des facteurs. En revanche, la hausse du taux d’emploi élève le niveau de la production potentielle et donc, à titre transitoire, le rythme de la croissance potentielle. Mais c’est un phénomène distinct de celui de la nouvelle économie qui est supposée élever de manière permanente le taux de croissance. Les progrès réalisés sur les marchés du travail sont de véritables indicateurs de changement. Il contribuent notamment à une meilleure productivité multi-factorielle.

Productivité multi-factorielle (PMF) en hausse[modifier | modifier le code]

L’utilisation combinée du capital et du travail semble plus efficace aujourd’hui. La PMF s’est accélérée dans les pays de l’OCDE au cours des années 1990. Dans les nouvelles activités, la croissance de la PMF tient en partie aux jeunes entreprises, qui combinent plus facilement le travail et le capital que les entreprises bien établies. Selon l’OCDE, cette amélioration de la PMF tient beaucoup aux nouveaux modes d’organisation et aux niveaux de qualifications élevés initiés par les TIC. La diffusion de ces technologies a abouti à une modération des prix des biens technologiques, ce qui conduit à un investissement plus dynamique que l’investissement traditionnel. On observe un ajustement très important du capital productif : depuis le milieu des années 1980, les investissements en biens de technologies de l’information ont une croissance beaucoup plus élevée que celle de l’investissement global. L’essor des TIC au cours des années 1990 semble ainsi se trouver au cœur de la croissance potentielle de l’économie américaine.

Productivité et compétitivité en France[modifier | modifier le code]

En France, les notions de productivité et de compétitivité ont particulièrement été mises en avant par le Conseil national du numérique (CNN) et son président Gilles Babinet. Relativement ignorées auparavant, la nouvelle économie intrinsèquement liée aux TIC a été mise en avant depuis, au travers de plusieurs études conduites par le CNN ainsi que par les rapports issus de think tank reconnus tels que Terra Nova ou L'Institut Montaigne.

Les facteurs explicatifs de ce changement et le rôle des TIC[modifier | modifier le code]

Environnement international[modifier | modifier le code]

Depuis 1996, l’économie américaine a bénéficié d’un environnement macro-économique favorable à la prolongation du cycle de croissance. Les prix à l’importation ont reculé de 10 % de 1996 à 1999, ce qui a permis d’atténuer les tensions inflationnistes. Ceci s’explique par la combinaison de trois facteurs : l’appréciation du $ en termes effectifs nominaux depuis 1995, la chute du cours du pétrole entre 1997 et 1998, la croissance plus faible dans les autres économies qu’aux EU, qui a intensifié le commerce international. Les États-Unis ont par ailleurs bénéficié d’entrées massives de capitaux dans la foulée de la crise asiatique (phénomène de « fuite vers la qualité »), qui ont soutenu l’économie. Ce contexte international a pu également profiter aux économies européennes, avec cependant un léger décalage.

Policy-mix aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Dès la fin de l’administration Reagan, s’opère un changement dans le policy mix des États-Unis. Les politiques économiques semblent mieux accompagner la croissance de l’économie américaine tout au long de la décennie 1990. Les conditions monétaires sont moins restrictives durant les années 1990 que dans les années 1980(taux d’intérêts à court terme plus faibles). La politique monétaire devient pragmatique et s’adapte aux données contemporaines. En revanche, la politique budgétaire est plus stricte : Redressement des finances publiques (dépenses structurelles diminuées, recettes structurelles augmentées). Ce changement de policy-mix, en favorisant l’accumulation du capital, pourrait expliquer l’avènement d’une nouvelle économie aux États-Unis, scénario plus pessimiste par rapport aux nouvelles technologies. Ces arguments rendent caduque l’idée d’une nouvelle économie fondée sur les nouvelles technologies exclusivement. Ils marquent l’importance d’un accompagnement en termes de politique publique de la croissance. Le policy-mix aurait créé un environnement sans lequel la nouvelle économie n’aurait pu éclore.

Impact de l’essor des TIC et concurrence[modifier | modifier le code]

Pourtant, dans certains pays, il est indéniable que les NTIC ont un effet sur la croissance : Les industries américaines liées aux NTIC, qui représenteraient aujourd’hui environ 8 % du PIB, ont contribué pour plus d’un tiers à la croissance de l’économie entre 1995 et 1998. Outre l’effet direct des NTIC sur l’accumulation du capital, leur diffusion à l’ensemble du processus de production aurait entraîné une accélération durable du progrès technique, grâce notamment aux économies d’échelle et externalités de réseau engendrées. Il est possible que la plus grande partie de ce potentiel est sans doute à venir (Paul David démontre d’après les révolutions technologiques précédentes que l’incorporation de nouvelles technologies prend toujours plusieurs années avant de se traduire en accélération du progrès technique). Il est donc possible que les investissements considérables réalisés dans les NTIC depuis le début des années 1990 finissent par entraîner une accélération de la productivité plus forte qu’elle ne l’a été récemment. Les évolutions observées en France sont semblables qualitativement à celles observées aux États-Unis mais nettement moins impressionnantes quantitativement. Le poids des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’économie est passé de 3,5 % en 1980 à 4,8 % en 1999. La croissance du capital informatique en France ne contribue qu’à une augmentation de 0,3 % de la croissance d’ensemble de l’économie française (contre 0,6 % aux États-Unis). De plus l’INSEE a montré que la diffusion de l’informatique se faisait de façon hétérogène. On constate également un essor du commerce électronique, qui modifie les conditions d’échange en intensifiant la concurrence mais aussi en favorisant les collusions entre les vendeurs. Les marchés électroniques concernent majoritairement les transactions entre entreprises (B2B) et dans une moindre mesure les particuliers (B2C). Au milieu des années 1990, Robert Solow a formulé son célèbre paradoxe : « Je vois des ordinateurs partout, sauf dans les chiffres de la productivité ». Le développement des NTIC semble engagé, mais ses effets d’entraînement réels sur les économies en général restent discutable. Ceci peut s’expliquer par la nécessité d’un temps d’adaptation ; il est très difficile de prévoir l’effet des TIC sur l’économie en général. Le ralentissement américain ramène le débat à plus de réalisme.

Changement radical et nouveau cycle ? la fragilité de la nouvelle économie[modifier | modifier le code]

Le surinvestissement américain[modifier | modifier le code]

L ’enrichissement en capital de la croissance américaine semble s’expliquer largement par la baisse du prix des matériels liés aux NTIC. Le phénomène d’enrichissement de la croissance américaine en capital (capital deepening) n’est pas nouveau : cette évolution s’explique largement par la baisse du prix du capital relativement à celui du PIB : en valeur, ce ratio ne présente pas la tendance haussière observée sur les données en volume. La baisse du prix relatif du capital provient elle-même en grande partie d’un progrès technique plus rapide dans le secteur des biens d’équipement - (NTIC). Même si la baisse du prix relatif des biens d’équipement justifie que l’investissement des entreprises soit dynamique, il est probable que la très forte accumulation de capital réalisée au cours de la seconde moitié des années 1990 a été excessive, du fait notamment des anticipations de profits irréalistes qui ont accompagné la bulle boursière dans le secteur des NTIC. krach des valeurs Internet en mars 2000. L’excès d’accumulation aurait commencé à se résorber depuis le début 2001, principalement à cause du recul de l’investissement, mais aussi grâce à la poursuite de la baisse du prix du capital qui, toutes choses égales par ailleurs, tend à faire monter le stock de capital « d’équilibre », c’est-à-dire le stock dont l’économie a besoin pour croître à son rythme tendanciel. Le véritable krach des valeurs de la nouvelle économie tend à ramener les investisseurs vers plus de réalisme. La nouvelle économie peut entraîner un excès d’accumulation de capital.

L'accroissement de la volatilité[modifier | modifier le code]

La réduction des coûts de transaction qu'offre la nouvelle économie entraine un accroissement de la volatilité. Les mouvements importants à la baisse ou à la hausse sont plus faciles, d'où l'apparition d'un « capitalisme de bulle » avec de nombreuses bulles spéculatives, sur les actions des entreprises de la nouvelle économie à la fin des années 1990 (voir bulle internet), sur les matières premières durant les années 2000.

La hausse des inégalités ?[modifier | modifier le code]

L’augmentation de l’intensité capitalistique a un coût, qui est souvent ignoré, et qu’il faut mettre en face de la baisse induite du coût du travail. Elle peut être à l’origine d’un conflit de répartition : elle nécessite une hausse de la part des profits dans la valeur ajoutée pour maintenir la rentabilité du capital alors que le plein emploi pousse plutôt à une baisse de la part des salaires. On sait aussi que la nouvelle économie utilise des technologies qui ont un « biais de qualification » au profit des salariés plus qualifiés. Il y a donc un risque d’ouverture des inégalités.
L’écart de rémunération entre travailleurs qualifiés et non qualifiés s’est fortement accentué lors des deux dernières décennies. La prime à la qualification est devenue un facteur non négligeable de creusement des inégalités. À ceci s’ajoute une possibilité de développement inégal selon les secteurs. Les secteurs s’adaptant le plus rapidement aux TIC semblent les plus performants sur les marchés. Le processus engagé par les TIC induit des mouvements de concentration et d’externalisation des entreprises qui mesurent les économies d’échelles associées au coûts fixes réalisables. Ainsi se constituent les entreprises dominantes et les inégalités entre secteurs.

Qui est entré dans la nouvelle économie ? Un rattrapage possible ou une domination écrasante des États-Unis ?[modifier | modifier le code]

La diffusion des nouvelles technologies et plus généralement de la nouvelle économie reste très hétérogène selon les pays. En ce qui concerne l’évolution du revenu par tête (en dollars) dans les différentes zones (émergents d’Asie, d’Amérique latine, et d’Europe centrale, États-Unis, Japon et zone euro) de 1987 à 2000 on voit : -que dans les zones émergentes, celles qui ont le rattrapage le plus rapide (Asie) ont cependant un rattrapage lent. -Que, en ce qui concerne les pays de l’OCDE en dollars de PPA (parité de pouvoir d’achat), l’écart de revenu par tête entre les États-Unis et la zone € a peu varié, que le Japon a rattrapé les États-Unis entre 1980 et 1993. Nb : cette évolution est considérée à court terme et non à long terme comme sur l’échelle de Madisson.

Il demeure donc des inégalités frappantes des pays devant la nouvelle économie. La convergence évoquée par Solow est impossible, seule la convergence conditionnelle (entre économies similaires) s’avère réelle. Les États-Unis sont les chefs de file de l’expansion. Le dynamisme des économies semble dépendre de leur rattrapage.

Une économie immatérielle ?[modifier | modifier le code]

Une opinion couramment répandue est que la nouvelle économie serait devenue « immatérielle »[1], avec le remplacement massif de l'information sur support papier par de l'information sur support électronique, particulièrement dans le secteur des services. Pourtant, force est de constater que les productions de biens matériels ont continué à augmenter en volume dans les pays développés. D'autre part, les produits électroniques sont eux-mêmes matériels. On a donc complexifié l'économie, on ne l'a pas rendue immatérielle.

La nouvelle économie serait ainsi un mythe, qui serait à l'origine de la bulle (économie) internet.

Des études montrent que l'économie « dématérialisée » continue d'avoir des effets importants sur l'environnement[2].

La croissance future pourrait être créée dans une notion collaborative, systémique, et humaine. Un partage des ressources dans une dynamique d'intelligence collective pourrait créer de nouvelles pistes porteuse pour le monde occidental, créant ainsi plus d'engagement, de partage et d'épanouissement humain déclencheur de croissance humaine et immatérielle [3].

Voir aussi : Dématérialisation

Notes[modifier | modifier le code]


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]