Fracture numérique (générationnelle)

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La fracture numérique générationnelle ou plutôt culturelle est un clivage fort dans la société sur les usages d'Internet. Cette fracture est due au fait que la nouvelle génération est née avec Internet. Ils sont appelés "natif numérique" (ou "digital native" en anglais), tandis que l'ancienne génération est appelée immigrant du numérique.

La fracture numérique générationnelle peut être aussi appelée l'autre fracture numérique ou la nouvelle fracture numérique par opposition à la fracture numérique géographique et sociale qui concernait l'accès à Internet et non ses usages.

Rapport à la gratuité[modifier | modifier le code]

Dans son livre, Free! Entrez dans l'économie du gratuit, Chris Anderson souligne les rapports qu'ont les générations vis-à-vis d'Internet et de la gratuité. Alors que l'ancienne génération se méfie de tout ce qui est gratuit, la nouvelle génération l'utilise sans se poser de question. Entre autres exemples, Chris Anderson utilise les sondages sur les tranches d'âges des lecteurs et des contributeurs de Wikipedia.

Rapport aux réseaux sociaux[modifier | modifier le code]

Jean-Marc Manach dans son livre La vie privée, un problème de vieux cons ?[1], développe l'idée selon laquelle l'ancienne génération aurait peur d'aller sur des réseaux sociaux. Entre deux sentiments contradictoires, l'envie de communiquer et la peur d'être fiché, Jean-Marc Manach explique comment la jeune génération arrive très bien à protéger sa vie privée tout en gérant ses communications publiques et privées.

Rapport aux droits d'auteur[modifier | modifier le code]

Lawrence Lessig montre dans sa conférence[2] que la nouvelle génération s'est approprié les outils numériques comme les logiciels de montage vidéo, et ils se servent de ses outils comme un moyen d'expression et de créativité artistique sans tenir compte des droits d'auteur. Tout comme l'apparition des avions a remis en cause la notion de propriété des terres, qui estimait que le propriétaire avait un usage et un droit de passage exclusif de ses propriétés du centre de la terre jusqu'au ciel, la notion de propriété intellectuelle devrait être revisitée à cause des technologies que sont les ordinateurs et Internet.

Rapport à la diffusion de l'information[modifier | modifier le code]

Alors que les média de masse étaient essentiellement du haut vers le bas (top-down), Internet permet la diffusion du bas vers le haut (bottom-up) et la création par la foule (crowd-sourced). Ainsi, les intellectuels et les hommes politiques établis peuvent avoir des difficultés à aborder les média numériques, qui ne répondent pas aux mêmes critères de sélection pour choisir son élite[3].

Critique[modifier | modifier le code]

Dans les milieux universitaires, informatiques et médiatiques, cette notion de fracture numérique générationnelle est de plus en plus critiquée parce qu'elle présente les "jeunes" et les "vieux" comme des groupes homogènes fondamentalement différents l'un de l'autre, alors que l'âge constitue plutôt l'un des différents éléments qui influencent le rapport aux technologies[4],[5],[6]. La perception de division et d'homogénéité est renforcée par le design des études statistiques et sondages qui placent tous les gens de 60 ans et plus dans une même catégorie (30 ou 40 ans et plus dans le cas de Wikipédia) alors que les autres catégories, plus jeunes, sont plus raffinées[7],[8],[9].

Politique[modifier | modifier le code]

La réponse politique de l'ancienne génération est souvent très mal perçue par la nouvelle génération. La phobie d'Internet étant souvent l'occasion de prendre des mesures radicales et inadaptées.

En 2008, le secrétariat d’État à la Famille en France diffuse une publicité anxiogène[10].

En France, les lois LCEN, HADOPI reçoivent une forte opposition sur Internet.

Au Canada, la loi C-61 a été bloqué avant son passage à l'assemblée[11].

Aux États-Unis, les loi PIPA, SOPA, CISPA reçoivent une forte opposition.

L'accord international ACTA comporte un chapitre sur la contrefaçon sur Internet. Plusieurs pays ayant commencé le processus de ratification, l'ont annulé face à l'opposition de la population.

Ne voyant pas leur rapport à Internet compris et défendu, des citoyens ont formé le Parti pirate d'abord en Suède, puis partout dans le monde.

Transfert intergénérationnel des connaissances technologiques[modifier | modifier le code]

Avec les départs à la retraite des baby-boomers, les organisations ont réalisé qu'une partie de leurs connaissances disparaissent. Ainsi certaines personnes dans l'entreprise disposent à la fois d'informations clés mais aussi d'une expérience et d'une réflexion propres à leurs vécus qui s'apparentent à une forme de sagesse. Cette « sagesse » est alors significative pour l'entreprise et intervient positivement dans ses processus décisionnels. Or ces connaissances sont parfois implicites, des échanges intergénérationnels deviennent alors essentiels à la compétitivité de l'entreprise. La mise en œuvre de dyade junior-sénior a ainsi permis de dégager un modèle abouti de transmissions des connaissances à travers l'utilisation des technologies de l'information et de la communication comme mode de communication et de diffusion de l'information[12].

Le fossé générationnel n'en demeure pas moins prégnant car les personnes âgées sont de loin les moins connectées puisque les plus de 75 ans (11,25 % de la population) sont 83,3 % à ne jamais avoir utilisé un ordinateur et 89 % à ne jamais avoir utilisé Internet. Le cumul avec un autre facteur d'exclusion (faibles revenus) diminue l'inclusion de ces populations dans la société de l'information : la part des 65-74 ans à faible revenu (0,7 % de la population) n'ayant jamais utilisé un ordinateur ou Internet est de respectivement 91,5 % et 94,8 % contre 56,5 % et 70,2 % pour les 65-74[13].

Diverses associations œuvrent aux côtés des séniors pour leur proposer des formations adaptées :

  • E-Seniors[14]
  • Fraternité numérique[15]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/07/02/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons-le-livre/
  2. http://blog.ted.com/2007/11/06/larry_lessig/
  3. http://owni.fr/2010/09/11/intellectuels-fr-vs-culture-internet-l%E2%80%99autre-fracture-numerique/
  4. Loos, E. (2012). Senior citizens: Digital immigrants in their own country? Observatorio (OBS*) Journal, vol.6 - no 1, 001-023.
  5. Beware Digital Ageism. Digital Pivot, the new media e-zine: http://www.talentzoo.com/digital-pivot/blog_news.php?articleID=7763
  6. Digital Ageism: Technology and the Older Worker. Talent Tribune: https://talenttribune.softwareproviders.com/digital-ageism-technology-older-worker/
  7. Sawchuk, K., & Crow, B. (2010). Into the grey zone: Seniors, cell phones and milieus that matter. In B. Poppinga (ed.), Observing the mobile user experience: Proceedings of the 1st international workshop held in conjunction with NordiCHI (p. 17–20). Oldenburg, Germany: HaptiMap. Retrieved from http://omue10.offis.de/files/OMUE10-Proceedings.pdf [archive].
  8. Wikipedia Survey: http://www.ris.org/uploadi/editor/1305050082Wikipedia_Overview_15March2010-FINAL.pdf
  9. Editor Survey 2011: https://meta.wikimedia.org/wiki/Editor_Survey_2011
  10. https://www.youtube.com/watch?v=cE6fQwWggVM
  11. https://www.youtube.com/watch?v=KLvagHWuab0
  12. URL : www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2012-1-page-89.htm
  13. Centre d'Analyse stratégique « Le fossé numérique en France », La Documentation française, 2011 ; page 41 voir http://www.strategie.gouv.fr/content/le-fosse-numerique-en-france
  14. http://www.e-seniors.asso.fr/main.htm
  15. http://www.fraternitenumerique.org