Monnaie numérique de banque centrale

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La monnaie numérique de banque centrale[1],[2], ou MNBC, est la forme numérique de l’argent fiduciaire, ou monnaie électronique, provenant d'une banque centrale. La « monnaie fiduciaire » étant une monnaie établie par la réglementation gouvernementale, l’autorité monétaire ou la loi[3]. La MNBC est la représentation virtuelle de cette monnaie fiduciaire matérielle (familièrement désigné par « espèces » ou « liquide »), sans quelques-unes de ses caractéristiques, notamment l’anonymat[4]. Plus simplement, c'est une pièce de monnaie dont la valeur serait représentée par un code chiffrée au moyen d’un algorithme, à la place de son matériau physique. Comme une pièce de monnaie matérielle, la pièce codée est issue de la banque centrale, qui en amont a décidé de sa valeur. Tout comme la monnaie traditionnelle, cette pièce numérique peut être utilisée à peu près n’importe où, tant que le point de vente où l'on veut payer propose cette option. Les principaux avantages d'une MNBC sont qu'elle permet de payer de manière sécurisée et instantanée (grâce à une blockchain, ou non).

La MNBC est également appelée « monnaie fiduciaire numérique » ou « monnaie de base numérique »[5] ou en anglais CBDC pour « Central Bank Digital Currency ».

La plupart des MNBC développées actuellement[Quand ?] par les pays du monde sont encore à l'état de test, mais une accélération s'est nettement fait sentir en 2020[6]. Cela veut dire qu'un trait de design[Quoi ?] comme les modalités d'utilisation de la monnaie peuvent encore être modifiées en fonction des décisions. Cependant, des scénarios majeurs se dessinent : le paiement à l’aide d’un dispositif tel qu’un smartphone, et celui à l'aide d'une carte bancaire. Dans l'absolu, une monnaie numérique de banque centrale existe en parallèle des espèces (pièces ou billets). Ne dépendant pas des règlements interbancaires, elle permet d'effectuer des transactions sans délai et à toute heure[7].

Les MNBC peuvent être de deux natures : de détail, ou de gros. Celles de gros seraient réservées aux intermédiaires financiers seuls, telles que les banques, tandis que celles de détail serait adressées aux particuliers (entreprises ou ménages). Les États pourraient ainsi choisir de développer un de ces deux types de devises, les deux, tout comme ils pourraient n’en développer aucun.

La création monétaire de la MNBC[modifier | modifier le code]

Comme leur nom l'indique, les MNBC sont émises par une banque centrale. La majorité de l’argent utilisé est créé par la banque commerciale, sous la forme électronique de dépôts. C'est la « monnaie scripturale » (le compte en banque, ou le chèque). L'argent qui s'y trouve ne devient réel que par voie d'écriture. Il se voit donner réalité lorsqu'il est transféré (par le biais d'un chèque, ou d'un virement), puis détruit matériellement lorsque ce transfert est fait. C'est en fait de l'argent abstrait.[Quoi ?]

Dans l’économie d’aujourd’hui[Quand ?], la monnaie est ainsi essentiellement scripturale (électronique ou dématérialisée) et la création monétaire est largement faite par les banques privées, par l’émission de crédits. Lorsqu’un crédit est accordé à quelqu’un, sa banque crée l’argent par un simple jeu d’écriture dans un livre comptable. C'est ce qui constitue la plupart de nos transactions, puisque les paiements se font de plus en plus par voie dématérialisée. Selon Statista, en 2018, 67 % des Français préféraient payer par carte bancaire plutôt que régler leurs achats en ligne par chèque ou en espèces[8]. Selon plus des trois quarts des Hexagonaux, la carte de paiement est un moyen plus simple et rapide à utiliser que les espèces, dont l'utilisation est déclinante. Or, le cash seul est émis par la Banque Centrale (elle l'imprime) : c'est donc de l'argent public.

Ce qu'une MNBC change, en pratique, c'est le rôle de la banque centrale. L'argent utilisé, scriptural comme fiduciaire, devient de l'argent public. Dans un tel système, les institutions publiques ont l’entier monopole de l’argent. Cela ne veut pas dire que les banques commerciales peuvent disparaître. L’une des options est celle du compte courant directement hébergé par la Banque Centrale, avec un rôle secondaire des banques privées. On parle alors d’un ledger centralisé, qui s’oppose au ledger distribué (Distributed Ledger Technology, DLT) utilisé par exemple par le Bitcoin. Chaque individu aurait un compte à la banque centrale, et cette monnaie numérique serait un nouveau modèle de paiement pour transférer de l’argent d’un compte à un autre. Les implémentations proposées peuvent même décider du type de registre distribué.[réf. nécessaire]

Une autre option possible examinée est celle de la tokenisation de cette monnaie numérique de banque centrale, de façon similaire au bitcoin. Les banques commerciales pourraient également se voir donner le rôle d'intermédiaire, gérant les comptes, les portefeuilles électroniques et, si elles existent, les cartes de paiement en MNBC. C'est le choix de la Chine, dont la banque centrale émet sa MNBC et en délivre aux banques commerciales qui, en retour, émettent l’argent destiné aux entreprises et aux particuliers sous la forme d'un portefeuille numérique, auquel ils accèdent via une application mobile autorisée par la banque centrale.

Technologies associées[modifier | modifier le code]

Les MNBC, qui sont inspirées des cryptomonnaies et en reprennent les technologies, peuvent recourir à la blockchain et aux CLT (Centralized ledger technologies). Elles sont cependant différentes des monnaies virtuelles et des cryptomonnaies, qui ne sont pas émises par l’État et n’ont pas le statut d’appel d’offres légal[Quoi ?]déclaré par le gouvernement.

Libre à chaque pays de dessiner sa MNBC : la Chine n'utilise pas de blockchain, en revanche, la Lituanie, qui a lancé en juillet 2020 sa monnaie numérique, le LBCOIN, utilise la blockchain NEM. À la différence des blockchains privées des cryptomonnaies, une MNBC est entièrement contrôlée par la banque qui l’émet : elle use ainsi de blockchains “permissionnées”, fonctionnant en général par preuve d’autorité, autorité localisée dans la banque centrale même.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'intérêt des États pour les MNBC à la fin des années 2010 s'explique par la menace en termes de souveraineté monétaire que constituent les cryptomonnaies telles que le Bitcoin ou les monnaies privées comme le projet Diem de Facebook[9]. Les MNBC se présentent ainsi comme une alternative, reprenant les avantages des cryptomonnaies (rapidité, sécurité et faible coût des transactions) mais pas leurs inconvénients, notamment les risques qu'elles font peser sur la stabilité financière[10]. D'après un rapport d'information de l'Assemblée nationale, les cryptomonnaies reposent sur une technologie (la blockchain) conçue à l’origine[11] « au service d’une pensée anarcho-libertarienne visant à s’extraire du carcan étatique en faisant l’expérience d’une monnaie virtuelle sans banque centrale, sans tiers de confiance, dont la masse monétaire serait fixée par un mécanisme informatique conçu par des acteurs privés »[12], difficilement conciliable avec la souveraineté de l'État.

D’après une étude de l’Université de Cambridge, le nombre de détenteurs de cryptomonnaies dans le monde a augmenté de 189% au premier trimestre 2020 par rapport à 2019[13]. On compte aujourd’hui[Quand ?] 191 millions de comptes ouverts sur les plateformes d’échange de cryptomonnaies, sans compter les portefeuilles numériques ou physiques privés. Selon le gouverneur de la Banque centrale du Costa Rica, Rodrigo Cubero, les monnaies virtuelles privées adossées aux monnaies traditionnelles (les stablecoins, des cryptomonnaies soutenues par une monnaie nationale) pourraient potentiellement menacer la souveraineté monétaire des États, et se substituer aux monnaies nationales, comme le yuan, ou transnationales, comme l’euro numérique. Les États sont ainsi témoins des tentatives de décentralisation financière engagées par les crypto-monnaies, des nouveaux usages incessants des blockchains, et du récent intérêt des GAFA pour la monnaie numérique privée (notamment avec le développement de la Libra[14], rebaptisée Diem[15] par Facebook). Menacés par les progrès liant finance et technologie, ils développent leurs propres monnaies numériques[16].

Développement mondial[modifier | modifier le code]

En janvier 2020, six grandes banques centrales, dont la Banque du Japon, la Banque centrale européenne, la Banque nationale suisse et la Banque d'Angleterre, ainsi que la Banque des règlements internationaux ont lancé un groupe de recherche conjoint. La Réserve fédérale américaine a rejoint le groupe plus tard.

Lituanie[modifier | modifier le code]

C’est la Lituanie qui a été le premier pays d’Europe à lancer sa devise numérique. Elle permet d’échanger des tokens soit sur la blockchain privée de la Banque de Lituanie, soit sur la blockchain publique NEM.

Chine[modifier | modifier le code]

La Chine travaille depuis 2014 sur la MNBC. En 2017, elle crée le « Digital Currency Research Institute ». Depuis mai 2020, le pays intensifie ses recherches, jusqu'à organiser des loteries à Shenzhen et Suzhou[17], dont les prix sont en yuan numérique. De plus, un amendement a été déposé à la Banque Populaire de Chine afin de donner une existence légale[18] à ce que le pays appelle DCEP (Digital Currency Electronic Payment). En janvier 2021, la Chine a mis en place les premiers distributeurs automatiques de yuan numérique[19].

En octobre 2021, 140 millions de portefeuilles étaient ouverts pour un total de 62 milliards de yuans[20].

Suède[modifier | modifier le code]

En Suède, la MNBC est en phase de test depuis février 2020[21].

BCE[modifier | modifier le code]

En janvier 2021, la Banque centrale européenne annonce la mise en place d'un euro numérique d'ici 2026[22]. D'octobre à décembre, l'Union Européenne a tenu une consultation publique sur la MNBC, dont sont ressorti des tendances majeures dans les préoccupations de la populations : la confidentialité, la sécurité, et la disponibilité de l'euro numérique. La notion de souveraineté monétaire, économique et technologique est très forte, dans le cas de l'Europe[23]. L'euro numérique est en cours d'expérimentation en avril 2022[24].

Ukraine[modifier | modifier le code]

Le 6 janvier 2021, l'Ukraine choisit la blockchain Stellar pour sa MNBC, version numérique de la hryvnia[25].

Japon[modifier | modifier le code]

La banque centrale du Japon devait commencer à tester sa MNBC en 2021[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://publications.gc.ca/collections/collection_2020/banque-bank-canada/FB1-2019-fra.pdf
  2. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52020DC0591&from=FR
  3. Central Bank Digital Currencies (CBDCs) Monetary Economics: Central Banks - Policies & Impacts eJournal. Social Science Research Network.
  4. « MNBC : tout comprendre de la monnaie numérique de demain », sur Siècle Digital, (consulté le )
  5. https://publications.gc.ca/collections/collection_2020/banque-bank-canada/FB3-7-2020-21-eng.pdf
  6. « «L’avenir des monnaies numériques se joue maintenant». La tribune de Marion Labouré (Deutsche Bank) », sur L'Opinion, (consulté le )
  7. Florian Cazeres et AFP, « Des euros numériques ? L'idée d'une monnaie électronique émise par la Banque centrale, boostée par la pandémie », sur latribune.fr, (consulté le ).
  8. Ce texte fournit des informations générales Statista ne peut garantir que les informations soient complètes ou exactes En raison de cycles de mise à jour variables et Les Statistiques Peuvent Afficher Des Données Plus Récentes Que Celles Référencées Dans Le Texte, « Thème: Les moyens de paiement en France », sur Statista (consulté le )
  9. « Libra : une menace pour la souveraineté monétaire et la confidentialité ? », sur Les Echos, (consulté le )
  10. « Qui a besoin de l’euro numérique ? », sur France Culture, (consulté le )
  11. Satoshi Nakamoto, Bitcoin : un système de paiement électronique pair-à-pair, , 10 p. (lire en ligne)
  12. Assemblée Nationale, « Rapport d'information déposé en application de l'article 145 du règlement en conclusion des travaux de la mission d'information commune sur les chaînes de blocs (blockchains) (Mme Laure de La Raudière et M. Jean-Michel Mis) », sur Assemblée nationale (consulté le )
  13. (en) Apolline Blandin, Dr. Gina Pieters, Yue Wu, Thomas Eisermann, Anton Dek, Sean Taylor, Damaris Njoki, 3rd Global Cryptoasset Benchmarking Study, University of Cambridge, , 71 p. (lire en ligne), p. 0-71
  14. « Libra : tout comprendre sur la cryptomonnaie de Facebook », sur Siècle Digital, (consulté le )
  15. « L’association Libra se rebaptise Diem », sur Siècle Digital, (consulté le )
  16. Deloitte, CBDC : outil de souveraineté des banques centrales sorti de la crypte, , 11 p. (lire en ligne)
  17. « Le yuan numérique poursuit sa progression », sur Siècle Digital, (consulté le )
  18. « Yuan numérique : un nouvel outil de contrôle prêt à être légalisé », sur Siècle Digital, (consulté le )
  19. « La Chine met en place les premiers distributeurs de yuan numérique », sur Siècle Digital, (consulté le )
  20. « Le yuan numérique, nouvelle arme géopolitique de la Chine », sur BFM BUSINESS (consulté le )
  21. « La banque centrale suédoise est la première à tester une monnaie numérique », sur Siècle Digital, (consulté le )
  22. Yvonne Gangloff, « Euro numérique : la Banque centrale européenne mise sur 2026 », sur siecledigital.fr, (consulté le ).
  23. (en-GB) « Défendre la souverainité économique de l’Europe : de nouvelles voies pour résister à la coercition économiques », sur ECFR (consulté le )
  24. « « La guerre en Ukraine va accélérer l’ascension du yuan à l’international et le déclin du dollar roi » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  25. « L’Ukraine choisit la blockchain Stellar pour son projet de MNBC », sur Siècle Digital, (consulté le )
  26. Valentin Cimino, « À son tour le Japon veut émettre sa propre monnaie numérique », sur Siècle Digital, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Aglietta, Guo Bai, Camille Macaire, La Course à la suprématie monétaire mondiale — À l’épreuve de la rivalité sino-américaine, Odile Jacob, avril 2022, 304 p., (ISBN 978-2-415-00173-5)