Islam en Inde

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Musulmans chiites indiens en procession pour la fête de l’achoura, à Barabanki, en 2009.

L’islam est en Inde la deuxième religion après l’hindouisme. D'après le recensement de 2001, 13,4 % de la population indienne est musulmane, soit environ 138 millions de personnes. Après l’Indonésie et le Pakistan, l’Inde est le troisième pays ayant la communauté musulmane la plus importante. Depuis son introduction en Inde au début du VIIIe siècle, l’islam a contribué à de nombreux apports à la culture, à la société et à la vie politique indienne. Mais il y eut aussi des conflits entre musulmans et hindous tout au long de l'histoire de l’Inde, jusqu'à aujourd'hui. La raison principale est que la cessation britannique de l’Inde en 1947 a eu pour conséquence un déplacement de populations musulmanes dans le nouvel État du Pakistan puis du Bengladesh, de façon que ces deux pays soient majoritairement musulmans tandis que l’Inde restait majoritairement hindoue. L’opposition religieuse entre l'Inde et le Pakistan est un facteur essentiel des relations entre les deux pays, alors qu’en Inde même, des conflits parfois violents persistent entre les membres des deux religions.

Premiers contacts[modifier | modifier le code]

Dans la suite de l’expansion musulmane des débuts de l’islam et de la victoire des arabes sur l’empire perse des Sassanides, les conquérants musulmans réussirent à atteindre en 712 le fleuve Indus, qui marque la frontière du monde indien. Très tôt, des contacts commerciaux se développèrent entre les Arabes et les Indiens, où les ports indiens de la côte Ouest ont joué un rôle prépondérant. L'État du Kerala fut le premier à franchir le pas de la religion musulmane. Déjà en 642, une première mosquée avait été élevée à Kasagorod. La pénétration musulmane y a été facilité par l'existence des chrétiens de saint Thomas qui continuaient à respecter les interdits alimentaires du judaïsme et pour qui Jésus-Îsâ était le Messie, mais pas le fils charnel de Dieu. Les comportements dans le haut-Indus se révélèrent moins paisibles : les puissances musulmanes de Perse étaient en conflit permanent dans le Sindh, sans le moindre gain territorial.

La ville de Ghazna dans l’actuel Afghanistan, qui était le siège de la dynastie Ghaznévides, prit une importance particulière. Elle fut fondée en 977, et sous l'ère de Mahmûd de Ghaznî (998-1030), attaqua en 17 campagnes le fossé de l’Indus. Avec ses éléphants, la cavalerie des envahisseurs se montra largement supérieure à l'armée indienne, uniquement terrestre. La dynastie Ghaznévide réussit ainsi à s’assurer le Penjab. La dynastie Ghaznévide atteignit à ce moment-là son apogée culturel : témoins le poète Firdausi et le mathématicien Al-Biruni. À côté des affrontements guerriers, des échanges culturels avaient aussi lieu.

Au début, les attaques de la dynastie ghaznévide représentaient pour les indiens un phénomène plutôt caduc. En revanche, au début du XIIe siècle, ces attaques avaient un objectif de conquête générale. Mais en 1186, les ghurides dominèrent de peu les ghaznévides, et Muhammad Ghûrî put vaincre en 1192 une confédération des indiens Râjputs menée par le prince de Delhi, Prithviraj III, à la bataille de Taraori. Muhammad Ghûrî entra dans Delhi. En 1206, il fut assassiné par son général Qûtb-ud-Dîn Aibak, qui fonda le sultanat de Delhi et régna sur l'Indus.

Le sultanat de Delhi[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sultanat de Delhi.
La mosquée Quwwat ul-Islam, à Delhi, construite en 1311, et qui abrite la tombe de l’imam Zamin.

Jusqu’à environ 1230, le sultanat musulman de Dehli avait gagné le contrôle sur le territoire du Nord du Narmada, alors que dans le Sud, le sous-continent indien connaissait une partition avec deux princes, qui allait être caractéristique des périodes suivantes. Les sultans encouragèrent une extension de l’islam et mirent en place un système strict de vassalité, dont les caractéristiques connues sont l’attribution de territoires aux chefs de villages (jaghir) par le mérite. Cette façon de procéder fut aussi une garantie de contrôle sur l'étendue du royaume. Les commerçants arabo-indiens vivaient dans une relative aisance et le monde arabe profitait de l’accroissement du commerce avec l’Inde. En revanche, les paysans et les ouvriers vivaient pour la plupart dans la misère, puisque par exemple sous le sultan Ala ud-Din Khalji, ils devaient fournir la moitié de leur revenu à l’impôt. Pour des raisons religieuses, de nombreux couvents et temples hindouistes furent détruits avec leurs livres sacrés. En outre, les hindous devaient payer la Jizya, l’impôt des incroyants, ce qui suscita une haine envers les conquérants. Comme dans le Sud la résistance de l’empire hindou s’organisait, à partir de 1325, le sultan régnant Muhammed Tughluk se mit à chercher à assujettir aussi l’empire hindou qui persistait. En fait, en l’espace de quelques années, il put conquérir l’ensemble du sous-continent, mais peu de temps après il apparut que cette victoire avait étouffé les ressources du sultanat. Au Bengale apparut en 1338 un autre sultanat, et en 1347 un troisième dans l’actuel État du Maharashtra : le sultanat Bahmani.

Cependant, le royaume hindou de Vijayânaga ("ville de la victoire") devenait de plus en plus puissant ; il était jusqu’alors était le symbole de la résistance hindoue contre les musulmans. Le sultan Firuz III, qui régna jusqu’en 1351, essayait entre-temps de rétablir la puissance islamique en Inde en freinant la réforme en cours. Il construisit Firouzabad dans le Deccan, nouvelle capitale, développa l’économie, et abandonna les mesures hostiles aux hindous de son prédécesseur. Le déclin du sultanat ne put pourtant qu’être différé, sans être complètement stoppé. En 1398 le souverain mongol Timour Lenk fut déposé, ce qui servit aux hindous pour proclamer des états indépendants dans le Gujarat, le Malwa et le Jaunpur, de sorte que le sultanat de Dehli ne régnait plus qu’à peine sur la ville de Dehli au début du XVe siècle. Une nouvelle agression extérieure entraîna une innovation fondamentale de la royauté islamique. En 1526, Bâbur, un lointain descendant de Timour, s’aventura de sa résidence de Kaboul vers l'Inde, et vainquit le sultan de Dehli, Ibrahim Lodi, grâce à son artillerie, lors de la première bataille de Panipat. C’est ainsi que Bâbur fondit l’empire Moghol, qui allait persister jusqu’à la domination britannique.

Il est notable que l’islam soit alors dominant en Inde tout en étant minoritaire, cas unique dans l’histoire. La dispersion des musulmans parmi des contrées et des langues très différentes ne put contribuer à réaliser un ensemble musulman cohérent. Par ailleurs, les hindous étant polythéistes, s’ils n'avaient été majoritaires, le droit islamique aurait recommandé de les tuer, puisqu'ils ne sont pas des gens du livre permettant le statut de dhimmi. La nécessité a voulu que l’islam s’accommode du polythéisme exacerbé des hindous[1].

L’empire moghol[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire moghol.

Humayun, le successeur de Bâbur, avait à combattre la résistance âpre des hindous. C’est le vassal Sher Khan, sous le règne d’Akbar, qui réussit à la repousser hors d’Inde, en 1556, lors de la seconde bataille de Panipat. L’empire moghol réussit à établir une souveraineté plus stable que la sultanat de Dehli, avec alors un gouvernement orienté plus politiquement que religieusement. En 1563, l'impôt spécial pur les hindous fut abrogé, et des mesures furent prises pour permettre aux hindous l’accès au service de l'État. Par exemple, au début du XVIIe siècle, le premier ministre de la région Malwa était hindou. De cette façon, on en vint à augmenter les mariages entre princesses hindoues et responsables officiels musulmans. En 1583, Akbar annonça un édit de tolérance religieuse dans une société de plus en plus diverse religieusement. En effet, avec la création de comptoirs portugais le long de la côte depuis l’arrivée de Vasco de Gama, le christianisme trouva des premiers adeptes en Inde, pendant qu’à l’intérieur de l’hindouisme, de nouvelles sectes se formaient, ainsi que des courants syncrétistes islamo-hindous. Dans le Nord de l’Inde, Ramananda propagea au début du XVe siècle le mouvement Bhakti, qui était aussi ouvert aux musulmans. Ce mouvement critiquait les pratiques toujours plus protocolaires des temples hindous, au profit de l’établissement d'une relation des croyants à Dieu sans intermédiaires humains. L’élève de Ramananda Kabir combina vers l’an 1500 le monothéisme musulman avec l’enseignement du karma. Le soufisme joua aussi un rôle non négligeable, car ce courant mystique aux contenus moins orthodoxes était plus acceptable pour de nombreux hindous que la doctrine islamique traditionnelle.

Le Taj Mahal, chef-d’œuvre de l’architecture islamique, achevé en 1648 par Shah Jahan.

Cette période ne se passa pas non plus sans conflits entre musulmans et hindous, qui arrivèrent en fait dans le Sud, comme déjà au temps du sultanat de Dehli, toujours par le biais d'États hindous autonomes qui menèrent régulièrement la guerre contre l’empire moghol. Déjà sous le règne d'Akbar, vers 1568, il y a eu en répression un massacre de 30 000 râjpouts. Jahangir succéda en 1605 à Akbar. Étant fils du grand moghol musulman et d’une princesse râjpout, il poursuivit la politique de tolérance de son père, mais son addiction à l’alcool et à l’opium fut mal perçue à la fois par les musulmans et par les hindous. Dans le même temps, l’influence perse dans la cour moghole augmenta, qui contribuait à l’apogée des arts et des sciences. Le successeur de Jahangir, Shah Jahan, mit en œuvre de la construction du Taj Mahal, un tombeau achevé en 1648 pour sa femme préférée, qui resta comme l’emblème majeur de l’architecture musulmane en Inde. Sous l'influence du clergé musulman orthodoxe, Shah Jahan s'engagea durement contre les hindous et les chrétiens. À la suite de cela, il concentra pourtant son pouvoir à un style de vie plus luxurieux. Son armée obtint des progrès dans la conquête de plusieurs états hindous de l'Inde centrale. L’opposition entre hindous et musulmans se renforça sous le règne de Aurangzeb, qui renversa son père Shah Jahan en 1657, et comme croyant musulman mena une politique d’intolérance religieuse. En 1679, il réintroduisit l’impôt religieux sur les hindous, de même qu’il fit détruire des temples hindous et interdit des pèlerinages. La charia fut introduite comme fondement du droit de l’empire. Pendant son règne de presque 50 ans, le moghol Aurangzeb se suscita de nombreux ennemis, parmi les sikhs du Penjab, parmi les râjpouts (après la destitution du vassal hindou de Jaipur), et dans le Sud, le nouvel empire marathe de Shivaji. Après la mort de Aurangzeb en 1707, il y a eu une succession de souverains insignifiants, qui passèrent chacun la main rapidement, alors que des princes indiens gagnaient du pouvoir et que le pouvoir colonial grandissait — la France, après la Grande-Bretagne dès 1763. Ce fut favorable aux pouvoirs autochtones qui avaient besoin d’étendre leur pouvoir. À Dehli, toutefois, Shah Alam II, de nouveau musulman, régna plus longtemps, de 1759 à 1806. Malgré cela, l’empire moghol n’était plus qu’une ombre, impuissant face aux incursions des Afghans, qui réussirent à piller Dehli en 1788, et à tétaniser l'empire.

La souveraineté britannique (Raj)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Inde britannique.

Pendant ce temps, les Britanniques construisaient leur domination de façon systématique, en partant de leur positions en Bengale, à Madras et à Bombay. Ils prirent Dehli en 1803 (même si l’empire moghol perdura de façon formelle jusqu’à la révolte des cipayes), et deviennent les maîtres incontestés du sous-continent après leur victoire sur les marathes en 1818. Ils introduisent la culture et la technologie occidentale, améliorèrent les infrastructures, et abolirent les lourdes peines qui touchaient aussi bien les musulmans que les hindous : supplice du poteau, mutilation, immolation des veuves, … L'esclavage, dont ils avaient profité un premier temps, tomba en désuétude avec l’aide de l'esprit des Lumières qui vint un peu plus tôt en Europe. La jeune opposition politique contre la souveraineté britannique fut interdite. La révolte des Cipayes en 1857-1858 fut réprimée dans le sang ; elle fit des victimes aussi bien parmi les musulmans que les hindous. L’adoption du titre d’impératrice des Indes par la reine Victoria en 1877 marqua la fin de cette politique.

La contribution musulmane au mouvement indien d'indépendance[modifier | modifier le code]

Des fondateurs de la Ligue musulmane.

La souveraineté britannique réussit, par les conséquences d’une politique de bénéfices élevés, à appauvrir les masses de paysans (la production locale de textile aurait été ruinée). Pourtant, il apparut dans le même temps une citoyenneté éduquée, qui voyait d’un bon œil les écoles construites par les britanniques en vue de diffuser les idées occidentales. Elle se les appropria cependant pour ses propres fins. En 1885, les musulmans et les hindous d’Inde fondèrent ensemble le congrès national indien, qui se prononça pour l’indépendance de l’Inde. Comme les hindous se mirent à dominer franchement le CNI, les opposants musulmans à la domination britannique fondèrent en 1906 à Dacca la Ligue Musulmane, qui fut sous la direction de Ali Jinnah jusqu’en 1916. Cette même année, au pacte de Locknow, le CNI et la Ligue Musulmane exigèrent ensemble catégoriquement l’autonomie pour l’Inde, d'autant plus que les troupes indiennes avaient contribué de façon significative à la victoire alliée lors de la Première Guerre mondiale. Le traumatisme de 1857 de la perte du pouvoir par les musulmans les conduisit à un communautarisme renforcé par le communalisme mis en place par les colons britanniques, qui étaient très inférieurs en nombre et opposaient les différentes communautés pour asseoir leur pouvoir. Ce communautarisme conduisit à ce que les musulmans participent à la vie politique par une entité distincte des non-musulmans, nonobstant la grande variété des identités culturelles des différentes communautés musulmanes d'Inde[2].

La poursuite de la colonie royale, qui résidait depuis 1911 dans la vieille ville moghol de Dehli, réagit avec dureté à ce développement de revendications. En 1919, les soldats britanniques commirent à Amritsar un massacre qui vit la mort d’environ 300 sikhs, musulmans et hindous. À la suite de cela, Mahatma Gandhi commença à être au centre de l’attention par sa politique de résistance non-violente, même si des hommes politiques musulmans contribuèrent aussi au mouvement d’indépendance. Parmi eux figurent Abdul Kalam Azad, le futur ministre de l'éducation de la république indienne, Hakim Ajmal Khan, fondateur de la Jamiya Millia Islamiya, première grande école islamique d’Inde, Rafi Ahmed Kidwai, qui propagea les idées socialistes, Khan Abdul Ghaffar Khan, qui s’associa à la lutte non-violente de Ghandi et passa de longues années en prison, Maulavi Barkatullah, qui était le premier ministre d’un gouvernement en exil en Afghanistan pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui fonda aussi le parti Ghadar, Syed Rahmat Shah, autre activiste du parait Ghadar, qui fut pendu par les britanniques en 1915 pour tentatie de coup d’état, et le riche commerçant Umar Subhani de Bombay. Des femmes musulmanes participèrent aussi de façon significative au combat pour l'indépendance, après que Hazrat Mahal eut joué un rôle majeur lors de la révolte des Cipayes.

Très tôt, des oppositions se firent ressentir entre hindous et musulmans au sein du mouvement pour l’indépendance, comme ce fut le cas pendant la rébellion malabare, qui fit plusieurs milliers de victimes musulmanes et hindoues dans le Kerala en 1921. C’était un signe avant-coureur des conflits qui allaient éclater ouvertement en 1947. Alors que la conduite britannique de la question indienne se mit sur la défensive sous la pression de la popularité grandissante de Ghandi, les musulmans indiens voyaient venir la perspective d'être en position de minorité lors de l’indépendance future de l’Inde. Ils envisagèrent alors plus sérieusement de vivre dans un état séparé, qui serait établi dans les régions d’Inde où ils formaient une majorité. En raison du développement historiquement complexe de cette idée, la frontière correspondante resta équivoque, et les plans prévus rencontrèrent la résistance des hindous, de sorte qu’Ali Jinnah et sa Ligue Musulmane décidèrent en 1936 de rompre la collaboration avec le CNI. La domination du CNI se manifesta particulièrement en 1937, lorsqu’il remporta 6 des 11 provinces aux élections régionales. Devant ce résultat, Ali Jinnah propose une Résolution du Pakistan, dans laquelle il proposa au gouvernement colonial l’indépendance d’un état musulman au côté d’un état hindou. Il fonde la théorie des deux nations avec deux modes de vie distincts pour les deux communautés religieuses :

Les hindous et les musulmans ont des fonds religieux différents, une vie quotidienne et une littérature différente. Ils ne se marient pas entre eux et ne mangent pas non plus ensemble, car ils appartiennent à deux cultures différentes, qui reposent sur des idées et des concepts contradictoires. [..] Les contraintes de cohabitation de tels peuples dans un seul état — l'un en forte minorité, l'autre en majorité, doit mener un tel État à des insatisfactions croissantes et finalement à une destruction des structures de gouvernement.

La menace du Japon, qui occupait la Birmanie pendant la Seconde Guerre mondiale, donna certes un certain soutien aux Britanniques, mais la fin de la guerre rendit les exigences de cessation de la colonisation d’autant plus fortes. Les Britanniques se virent contraints à abandonner leur occupation coloniale de l’Inde le 15 août 1947, et l’indépendance se fit, selon la proposition de Jinnah, avec une partition en deux États indien et pakistanais (plan Mountbatten).

Les musulmans dans l’Inde indépendante[modifier | modifier le code]

La conduite de cette décision conduisit rapidement à une escalade de tensions au niveau des relations entre hindous et musulmans. Cela aboutit à des massacres et à la déportation de millions d’hindous et de musulmans : jusqu’en 1963, environ 7,5 millions de musulmans indiens fuirent vers l’Ouest du Pakistan, et 5,5 millions d'hindous du Pakistan fuirent vers l’Inde. Pour la partie orientale du Pakistan, le compte des réfugiés est d’un million de musulmans et de 3,3 millions d’hindous. Le nombre de personnes ayant péri à la suite de la partition est estimé jusqu’à 750 000 personnes. Le Cachemire est jusqu'à aujourd'hui encore une pomme de discorde. Un vote populaire échoua, et des miliciens pro-pakistanais affrontèrent les Maharaja pro-indiens, ce qui donna lieu à la première guerre indo-pakistanaise, qui cessa en 1948 avec la médiation de l’ONU et la mise en place d’une armistice. Dans le même temps, le gouvernement indien avança avec la force des armes contre l’État princier des Indes d’Hyderabad, qui comme le petit État princier de Junagadh sur la presqu’île de Gujarat, fut incorporé à l’État indien.

Pendant ce temps, Ali Jinnah fut élu président de l’État du Pakistan tandis qu’en Inde, c'est Jawarharlal Nehru qui comme premier ministre mena la politique indienne jusqu'en 1964. Comme chef du presque séculaire CNI, il lui était opportun d’œuvrer à un apaisement des conflits religieux. La constitution avortée de 1950 prévoyait une tolérance religieuse et une égalité pour les différentes religions. Pourtant, la situation des musulmans en Inde restait souvent critique. Parmi les musulmans, ceux qui ont fui vers le Pakistan voisin (appelés Muhajirs), étaient avant tout des gens aisés, de sorte qu'il resta encore moins de musulmans fortunés, qui dans un environnement majoritairement hindouiste suscitaient encore davantage de suspicion. Des entrepreneurs musulmans réussirent tout de même à assurer un fonctionnement industriel, comme Wipro Technologies, Wockhardt, Himalaya Health Care, Hamdard Laboratories, ou les tanneurs Mirza. Cela suscitait la défiance de beaucoup d’hindous. Malgré tout, la politique de l’Inde démontrait une volonté d’égalité religieuse au travers de gestes politiques symboliques. Ainsi, la vice-présidence de l’Inde fut dans les mains des musulmans de 1967 à 1969 avec Zakir Hussain, de 1974 à 1977 avec Fakhruddin Ali Ahmed, et de 2002 à 2007 avec A. P. J. Abdul Kalam. Dans d’autres domaines de la société indienne aussi, les musulmans réussirent de temps à autres à mener de belles carrières. Parmi eux, on peut citer : Mohammed Khan, Muzaffar Ali et Rafeeq Ellias dans la publicité, M.F. Husain, S. H. Raza, Akbar Padamsee, Ghulam Mohammed Sheikh et Tyeb Mehta dans les arts, Irfan Habib, Mushirul Hasan, Shahid Amin et Zoya Hasan comme intellectuels, Habib Tanvir, Ebrahim Alkazi, Jabbar Patel et Zohra Sehgal dans le théâtre, Rahi Masoom Reza, Ali Sardar Jafri, Kamala Suraiya et Kaifi Azmi comme écrivains, M. J. Akbar et Zahid Ali Khan comme journalistes, et enfin Mohammed Azharuddin, Sayyed Kirmani et Mushtaq Ali dans le sport. La célèbre industrie cinématographique de Bollywood, quant à elle, compte énormément d’acteurs et d’actrices musulmans : Aamir Khan, Shahrukh Khan, Salman Khan, Zayed Khan, Saif Ali Khan, Fardeen Khan, et Naseeruddin Shah, et pour les femmes Tabu, Shabana Azmi, Zeenat Aman, Waheeda Rehman et Meena Kumari, ou encore les réalisatrices Farhan Akhtar, K. Asif et Akbar Khan.

Ces exemples d’intégration sont à mettre en comparaison avec des conflits souvent sanglants, qui durent encore. La question du Cachemire et un tracé des frontières indécis dans le territoire du Rann de Kutch furent la cause de la seconde guerre indo-pakistanaise en 1965. Le gouvernement d’Indira Gandhi, la fille de Nehru, intervint en 1971 dans le conflit avec le gouvernement pakistanais après l’indépendance du "Pakistan de l'Est", ce qui déclencha la seconde guerre indo-pakistanaise. Elle se termina par la création du Bangladesh, qui obtint l’autonomie avec l'aide de l'Inde. Alors qu’à la suite de cette guerre, l’opposition entre musulmans et hindous était largement apaisée, un conflit grandissant se manifesta entre les sikhs et les hindous, qui s’embrasa autour du temple d’or d’Amritsar et avec l’assassinat d’Indira Gandhi.

Dans les années 1990, les conflits entre musulmans et hindous reprirent leur virulence. Une occasion de combats fut la mosquée de Ayodhya, une ville au bord du Gange que les hindous considèrent comme sacrée. Le chef hindou Lal Krishna Advani, l’un des cadres dirigeants du parti BJP, qui milite pour un retour aux traditions hindoues, exigea dans les années 1990 la démolition de la mosquée de Babri, construite en 1528 par Bâbur sur les restes d’un vieux temple hindou. On devait construire à la place un nouveau temple hindou, le temple Ram-Janmabhumi. Le 6 décembre 1992, une foule fanatisée se déchaîna et détruisit la mosquée, mais le gouvernement central interdit la construction d’un temple hindou à cette place. Des hostilités reprirent en 2002, quand des terroristes musulmans attaquèrent un train de pèlerins hindous et que les fanatiques hindous répondirent à Gujarat par des massacres de musulmans. L’opposition entre hindous et musulmans reste encore aujourd’hui dans la société indienne aussi virulente que l’opposition entre l’Inde et le Pakistan, qui disposent tous deux de la bombe atomique. néanmoins, en concession à leur statut de minorité forte dans la population, les musulmans indiens ont un droit qui leur permet de vivre le mariage islamique.

Statistiques de population[modifier | modifier le code]

Parmi les 135,5 millions de musulmans indiens, la plupart vivent de l’État de l’Uttar Pradesh (30,7 millions), dans le Bengale occidental (20,2 millions), et le Bihar (13,7 millions). Les musulmans constituent une majorité de la population dans Jammu-et-Cachemire (67 %), et Lakshadweep (95 %). Il existe également de fortes proportions de musulmans dans l’Assam (31 %), au Bengale occidental (25 %) et au Karnataka (15 %)[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. À l’Ouest d’Allah, de Gilles Kepel, p. 123, Éd. Seuil, 1994, Paris.
  2. À l’Ouest d’Allah, de Gilles Kepel, p. 129, Éd. Seuil, 1994, Paris.
  3. Ces données statistiques datent de 2001.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Gaborieau, Un autre islam. Inde, Pakistan, Bangladesh, éd. Albin Michel, 2007