Épona

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Épona
Dieu de la mythologie celtique gauloise
Épona (Wetterau-Museum à Friedberg)
Épona (Wetterau-Museum à Friedberg)
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) Epone
Fonction principale Dieu du cheval
Symboles
Attribut(s) Corne d'abondance, corbeille de fruit
Animal Jument

Épona ou Épone (en latin Ĕpŏnă, en grec ancien Έπονα) était une déesse très populaire de la mythologie celtique gauloise dont le culte est attesté en Gaule par des sources gallo-romaines.

Épona est associée au cheval, animal emblématique de l’aristocratie militaire gauloise, dont les expéditions ont entraîné la diffusion de son culte, et plus tardivement à la mule[1].

Son culte cavalier a été accepté globalement par la civilisation romaine. Représentée par une jument et une corne d'abondance, celle-ci parfois remplacée par une corbeille de fruits, elle est la grande déesse cavalière ou déesse jument.

Les inscriptions lui donnent de nombreux qualificatifs souvent de basse latinité : Eponina (petite Épone), Atanta (sainte déesse), Potia (puissante dame, de l'épithète homérique ποτνία), Dibonia (bonne déesse), Catona (batailleuse) ou Voveria[2].

Plus tardivement lorsqu'elle fut intégrée dans la religion romaine elle reçut les titres d'Augusta et de Regina, comme d'autres divinités gauloises telle que Vesunna Augusta.

Sources[modifier | modifier le code]

Le plus ancien renseignement sur cette déesse gauloise se trouve chez Juvénal « ...iurat/ solam Eponam et facies olida ad praesepia pictas »[3]. On y fait aussi allusion chez Minucius Félix : « Nisi quod vos et totos asinos in stabulis cum vestra vel Epona consecratis »[4].

Selon le pseudo-Plutarque[5], Agésilaos, un historien grec dont il ne reste que des fragments, nous parle ainsi de sa naissance dans son Histoire d'Italie, livre III : « Comme il était misogyne, Fulvius Stellus eut commerce avec une jument, celle-ci, arrivée à son terme, mit au monde une belle petite fille et la nomma Épona ; et c'est elle, la déesse qui prend soin des chevaux »[6]. Cette source ancienne donne à Épona une origine purement italique et non celtique.

Émile Thevenot a créé un corpus de 268 inscriptions et représentations d'Épona.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Nous ne connaissons Épona que dans le contexte romain, bien que Jules César ne mentionne pas son existence dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, puisqu'il ne cite les dieux gaulois que sous le nom de leur équivalent romain. Son nom signifie « Grande jument » en gaulois, épos signifiant cheval[7]. Il est dérivé du proto-Celte *ekwos « cheval »[8] — qui a donné en gallois ebol « poulain » et en vieux gallois epa « voler des chevaux » ; en breton ebeul « poulain », ebeuliañ « pouliner ».

Contrairement aux apparences, le mot poney passé sous cette forme en 1822 de l'anglais au français ne provient pas d'Épona, mais du moyen français poulenet, diminutif de polain (poulain)[9].

Fonctions[modifier | modifier le code]

Epona était une déesse de la fertilité, comme le prouvent ses attributs : la patère et la corne d'abondance, ainsi que la présence d'un poulain sur certaines sculptures (Reinach, 1895).

À l'époque impériale, Epona devint la déesse protectrice des moyens de communications avec chevaux ou mules ainsi qu'une protectrice des écuries[10].

H. Hubert[11] attribue à la déesse et à ses chevaux un rôle de guide psychopompe, celui de guide des âmes vers les îles de l'autre monde[12].

Désignations[modifier | modifier le code]

Claude Sterckx (en 1986) et certains autres auteurs rapprochent le nom d'Épona du théonyme féminin celtique de Rigantona en breton (attesté au XIIe siècle) et de Rhiannon en gallois, qui signifierait « grande reine »[13]. Mais ce rapprochement est loin de faire l'unanimité et demande, selon d'autres auteurs, une analyse plus approfondie[14]. Selon Ronald Hutton, l'héroïne galloise Rhiannon chevauche certes un cheval blanc, mais n'a aucun autre attribut commun avec Epona[15]. Claude Sterckx, suggère également une survivance à travers Sainte Reine dont le culte était vivace à Alise-Sainte-Reine, peut-être l'Alésia antique, mais cela aussi est controversé[16], d'autant plus qu'aucun récit hagiographique ne font un rapport entre sainte Reine et les chevaux.

Ces déesses sont en effet décrites comme cavalières (Rhiannon chevauche une jument blanche). Sur une inscription de Docléa (Dalmatie), Epona est qualifiée, comme d'ailleurs de nombreuses déesses (par exemple Rosmerta, Junon, Némésis), de « Regina[17] » ; sur une autre, à Karlsburg (Transylvanie), de « Regina Sancta », ce qui rendrait évidente selon Yann Brekilien sa parenté avec Rigantona[18].

Localisation du culte[modifier | modifier le code]

Fernand Benoit a trouvé les plus anciennes traces du culte d'Epona dans la province du Danube, et affirme qu'il fut introduit en Gaule par des peuples cavaliers venus de l'est. Bien que le nom soit d'origine gauloise, on trouve des bas-reliefs d'Epona en latin et, plus rarement, en grec, qui ne furent pas toujours les œuvres des Celtes — le bas-relief d'Epona à Mayence est l'œuvre d'un Syrien[19] — mais aussi de Germains, de Romains et d'autres habitants de l'Empire romain.

De fait, on a retrouvé des inscriptions relatives à la déesse Épona en Lorraine, dans les provinces rhénanes d'Allemagne, en Suisse mais aussi dans les pays d'Europe centrale et jusqu'en Hongrie.

Galére pourrait avoir introduit le culte d'Épona à Salonique.

Intégration dans le panthéon romain[modifier | modifier le code]

Fait apparemment extraordinaire pour une divinité d'origine gauloise, Épona réussit à s'intégrer dans le calendrier romain et même à rejoindre le panthéon romain. Alors qu'à l'époque impériale, la tendance était plutôt à la romanisation des dieux gaulois traditionnels, Épona a gardé son identité propre. Les Romains associaient facilement le cheval aux peuplades gauloises. Son culte s'est transmis par les auxiliaires gaulois aux Romains entre le premier et le troisième siècle après Jésus-Christ.

Des traces de ce culte furent retrouvées au Latran dans la caserne des equites singulares Augusti[20] , cavaliers barbares de la garde impériale. Les palefreniers romains lui érigeaient des sanctuaires dans les étables.

Le calendrier romain lui aurait consacré le 18 décembre, comme le montre le calendrier agricole de Guidizzolo, en Italie[21] même si cela peut être une simple célébration locale.

Elle fut intégrée au culte impérial par les empereurs romains en tant que Epona Augusta ou Epona Regina.

Un lieu de culte lui fut consacré dans Rome elle-même[22].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Généralement, Épona est représentée de trois façons :

  • sous la forme d'une jeune femme assise sur le dos d'une jument parfois accompagnée de son poulain (type équestre),
  • sous la forme d'une jeune femme debout à côté d'un cheval,
  • sous la forme d'une jeune femme assise sur une chaise entre deux chevaux ou poulains (type impérial, inspiré des représentations de la "maîtresse des animaux" (ποτνία θηρών).

Un oiseau ou un petit chien peuvent accompagner les représentations d'Épona .

Culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Link, de la série de jeux vidéoThe Legend of Zelda, chevauche une jument nommée Epona dans The Legend of Zelda: Ocarina of Time (1998), The Legend of Zelda: Majora's Mask (2000), et The Legend of Zelda: Twilight Princess (2006). Dans Twilight Princess, le joueur a une option pour changer le nom mais Epona reste le nom par défaut.
  • Dans le roman de Morgan Llywelyn, The Horse Goddess, Epona est une femme celte qui possède des pouvoirs druidiques. Quand son peuple tente de la forcer à devenir druide, elle s'enfuit, et ses exploits donnent naissance à une légende qui fait d'elle une divinité.
  • Enya a composé une chanson intitulée 'Epona'.
  • Epona est la protectrice des chevaux dans le jeu de rôle en ligne 'Dark Age of Camelot'.
  • Le groupe de folk métal Heol Telwen a une chanson en deux parties dans l'album An Deiz Ruz respectivement intitulées Epona Part I et Epona Part II.
  • Le groupe de folk métal Eluveitie, fortement inspiré par la mythologie celtique, a une chanson sur leur album Helvetios nommée A Rose For Epona.
  • Le groupe folk-rock Tri Yann évoque Epona dans la chanson Cheveux d'or
  • Epona est un personnage secondaire des romans Divine et Partholon de P.C. Cast.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yann Brekilien, La mythologie celtique, Éditions du rocher, 462 p. (ISBN 978 2 268 06299 0)
  • Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, 736 p. (ISBN 2-221-08716-X)
  • Fernand Benoît, Les mythes de l'outre-tombe. Le cavalier à l'anguipède et l'écuyère Épona, Latomus Revue d'études latines, Bruxelles, 1950.
  • Xavier Delamarre, Dictionnaire de la Langue Gauloise, Éditions Errance, 2003.
  • Salomon Reinach, Épona in : Revue archéologique 1895.
  • Francisco Marco Simón, "Religion and Religious Practices of the Ancient Celts of the Iberian Peninsula" in : e-Keltoi: The Celts in the Iberian Peninsula, 6 287-345, section 2.2.4.1 (on-line)(en)
  • M. P. Speidel, Riding for Caesar: the Roman Emperors' Horse Guards. Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 1994. (en)
  • Dyfed Llwyd Evans, Epona: a Gaulish and Brythonic goddess (Divine Horse)(en), 2007.
  • M. J. Green, The Gods of the Celts, Stroud, Gloucestershire, 1986. (en)
  • Nantonos and Ceffyl, Epona.net, a scholarly resource(en), 2004.
  • L. S. Oaks, "The goddess Epona", in M. Henig and A. King, Pagan Gods and Shrines of the Roman Empire (Oxford), 1986, pages 77-84. (en)
  • Emile Thevenot, "Les monuments et le culte d'Epona chez les Eduens", L'antiquite Classique 18, 1949, pages 385-400.
  • Roger Vaillant, Epona-Rigatona, Ogam, Rennes, p. 190-205.
  • Venceslas Kruta, Les celtes, histoire et dictionnaire, Robert Laffont

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Prof. Dr. Fritz M. Heichelheim (Toronto), "Epona", dans : Der Kleine Pauly. Lexikon der Antike, Munich, 1979, vol. 2, p. 1582 : "Später wird Epona gelegentlich eine Maultiergöttin oder verschmilzt mit Maultiergöttinen".
  2. G.S. Olmsted, "Gaulish and Celtiberian poetic inscriptions", dans : Mankind Quarterly, XXVIII, 4, pp. 339–387.
  3. Modèle:JuvSat[Où ?].
  4. Minucius Felix, Octavius, XXVII, 7 (CXXVII, 8) : "Inde est, quod audire te dicis caput asini rem nobis esse diuinam. Quis tam stultus ut hoc colat? quis stultior ut hoc coli credat? nisi quod uos et totos asinos in stabulis cum uestra uel Epona consecratis et eosdem asinos cum Iside religiose devoratis".
  5. Pseudo-Plutarque, Parallela minora, 29.
  6. Lire en ligne, Pseudo-Plutarque, Parallela minora, 29. Texte grec et traduction anglaise.
  7. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la Langue gauloise (approche linguistique du vieux celtique continental), page 163, éditions Errance, Paris, 2003, (ISBN 2-87772-237-6).
  8. . Voir, en latin equus, et en grec hippos.
  9. Alain Rey, Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, Paris, 2000, vol. F-PR, p. 2842.
  10. Heichelheim, op. cit., ibidem : "In der Prinzipatzeit war Epona eine Göttin des friedlichen Transportverkehrs mit Pferden oder Maultieren und wohl Auch eine Stallbeschützerin".
  11. Hubert, "Le mythe d'Epona" Mélanges linguistiques offerts à M. J.Vendryes (1925) pages 187-198.
  12. Jean Chevalier et Alain Gheerbran, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, 736 p. (ISBN 2-221-08716-X)
  13. Claude Sterckx, Éléments de cosmogonie celtique, éditions de l'université de Bruxelles, 1986, p. 92 [lire en ligne]
  14. Heichelheim, op. cit., ibidem : "Die Stutensagen und Stutenmärchen Frankreichs, Englands, Süddeutschlands und aller andern Keltengebiede bedürfen ebenfalls noch eingehender Analyse".
  15. Ronald Hutton, Pagan Britain, Yale University Press, 2014, p. 366. ISBN 978-0300197716.
  16. Claude Sterckx, Éléments de cosmogonie celtique, Bruxelles : Éditions de l'université de Bruxelles, 1986, p. 47 : "Certains ont voulu nier cette filiation sous prétexte que l'épiclèse Regina a été attribuée à d'autres déesses gallo-romaines (Thévenot 1968, p. 187)".
  17. Exemple : "Iuno Regina"; "Nemesis, dea Regina Maxima".
  18. Yann Brekilien, La mythologie celtique, Éditions du rocher, 462 p. (ISBN 978 2 268 06299 0)
  19. CIL 13, 11801
  20. Micheal P. Speidel, Riding for Caesar: The Roman Emperor's Horseguard, p. 30.
  21. Vaillant, 1951.
  22. Phyllis Pray Bober, reviewing Réne Magnen, Epona, Déesse Gauloise des Chevaux, Protectrice des Cavaliers in : American Journal of Archaeology 62, juillet 1958, p. 349.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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