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Grannos

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Grannos
Dieu de la mythologie celtique gauloise
Inscription mentionnant le dieu Grannos.
Inscription mentionnant le dieu Grannos.
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) Grannus
Fonction principale Dieu guérisseur
Lieu d'origine Gaule
Période d'origine Antiquité celte et gauloise
Parèdre Sirona
Associé(s) Vesunna
Équivalent(s) par syncrétisme Apollon, Mogons, Mac Greine
Culte
Région de culte Gaule antique
Lieu principal de célébration Aix-la-Chapelle, Grand, Limoges
Date de célébration decamnoctiacis Granni (fête des dix nuits)

Grannos (latinisé en Grannus) est, dans la mythologie celtique gauloise, un dieu solaire et un dieu guérisseur, associé aux sources thermales. Il est très souvent adoré en conjonction avec Sirona qui apparait comme sa parèdre.

Il est considéré comme une équivalence du dieu grec Apollon à l’époque gallo-romaine, alors identifié comme Apollo Grannus.

Nom[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le théonyme Grannus est une forme latinisée du Grannos gaulois[1]. La même racine apparaît dans les noms personnels Grania, Grannia, Grannicus et Grannica, ainsi que dans les noms de lieux Grignols (de *Granno-ialon clairière de Grannos), Aquae Granni (> Aix-la-Chapelle) et Granejouls[2].

Son étymologie reste controversée. Le nom pourrait être lié au proto-celtique *grand-/grend-, signifiant « barbe » (cf. moyen irlandais grend, moyen gallois grann « menton, barbe, joue », moyen breton grann « sourcil »), bien que certains érudits aient souligné que le dieu n’est jamais représenté avec une barbe. L'ancien français grenon (« petite barbe »), l'ancien espagnol greñon (« barbe ») et l'occitan gren (« moustache ») sont dérivés d'un *grennos antérieur, censé être gaulois, mais le vocalisme est difficile à concilier avec les autres formes[2],[3],[4]

Une étymologie alternative relie le nom à une forme reconstruite *gra-snó- (< *gwhr-snó-), qui pourrait être liée au proto-celtique *gwrīns-/gwrens-, signifiant « chaleur » (cf. moyen irlandais grīs ' chaleur, lueur, braise', moyen gallois gwres 'chaleur [du soleil, du feu], passion, luxure')[1],[5]. Jürgen Zeidler soutient qu'il s'agirait d'une « référence probable à la chaleur du soleil et à ses propriétés curatives »[6]. Dans les études du début du XXe siècle, le théonyme était souvent comparé au vieil irlandais grían (« soleil »)[2], qui, selon le linguiste Ranko Matasović, devrait être dérivé du proto-celtique *gwrensā (> irlandais primitif (en) *gwrēnā)[5].

Épithètes[modifier | modifier le code]

À Monthelon, Grannos s'appelle Deus Apollo Grannus Amarcolitanus[7] (« Celui au regard perçant ou lointain »[8]), et à Horbourg-Wihr Apollo Grannus Mogounus[9],[10].

Dans tous ses centres de culte où il est assimilé à un dieu romain, Grannos a été identifié à Apollon[9], vraisemblablement dans le rôle d'Apollon en tant que divinité curative ou solaire. À Trèves, il est identifié plus spécifiquement à Phoebus comme Apollo Grannus Phoebus[11],[9].

Culte[modifier | modifier le code]

Un temple partiellement reconstruit d'Apollon Grannus à Faimingen (« Phoebiana ») près de Lauingen

Grannos était un dieu guérisseur important pour les celtes. Son culte semble avoir débuté chez les Ligures, puis chez les Leuques à Grand, puis a essaimé dans toute la Gaule et le reste du territoire celte. Il est ainsi célébré notamment à Aquae Granni (Aix-la-Chapelle), Astorga, Bitburg, Ennetach, Horbourg-Wihr, Lauingen, Limoges, Monthelon, Sarmizegetusa et Trèves.

Les divinités traditionnelles des Gaulois ont continué d'être honorées après la conquête. Cela ne dérangeait pas l'autorité romaine dans la mesure où la religion ne servait pas de prétexte à comploter contre elle et n'excluait pas le culte fédérateur à l'empereur. Il arrivait certainement que les Romains installés en Gaule adoptassent dans leur pratique religieuse une divinité locale[12].

Selon Dion Cassius (Histoire romaine, LXXVIII, 15, 6), l’empereur romain Caracalla (186 - 217), qui était né à Lugdunum[12], aurait rendu un culte à Apollon Grannus[13]. Ainsi, l'empereur (188 à 217 apr. J.-C.) demanda en vain l'aide d'Apollon Grannus, ainsi que celle d'Esculape et de Sarapis, au cours d'une crise de maladie physique et mentale, visitant le sanctuaire du dieu et faisant de nombreuses offrandes votives ; Dion Cassius affirme que les dieux ont refusé de le guérir parce qu'ils savaient que les intentions de Caracalla étaient maléfiques[14]. La visite de Caracalla au sanctuaire du « dieu guérisseur celtique » Grannus a eu lieu pendant la guerre avec la Germanie en 213[15].

À Aix-la-Chapelle[modifier | modifier le code]

On pense que les sources chaudes telles que celles d'Aquae Granni (aujourd'hui Aix-la-Chapelle) étaient dédiées à Grannos.

L'un des centres de culte de Grannos les plus célèbres se trouvait à Aquae Granni (aujourd'hui Aix-la-Chapelle, en Allemagne). Aachen, le nom de la ville en allemand, signifie « eau » en vieux haut allemand, un calque du nom romain « Aquae Granni »[16].

Les sources chaudes de la ville, avec des températures comprises entre 45 °C et 75 °C, se trouvent dans la zone marécageuse quelque peu inhospitalière autour de la région de la vallée en forme de bassin d'Aix-la-Chapelle[16]. Aix-la-Chapelle est devenue un centre curatif pour la première fois à l'époque de Hallstatt (soit entre environ 1200 et 450 av. J.-C.)[16]. Les tumulus de la région datent des âges du bronze et du fer. Vers 600 av. J.-C., les Celtes arrivèrent. Environ un siècle avant Jésus-Christ, la zone située entre le Rhin et la Meuse était la zone d'implantation des Éburons, une tribu celto-germanique. Il se peut qu'il y ait eu ici à cette époque un sanctuaire dédié au dieu celtique Grannos.

Plus tard, au Ier siècle apr. J.-C., les Romains décidèrent la fondation d'un vicus romain important, à l'écart des grandes voies de transport romaines, fondation due à l'existence des sources chaudes d'Aix-la-Chapelle et de Burtscheid. Ils établirent alors une grande station thermale pour les militaires à Aix-la-Chapelle. Ces bains pouvaient accueillir 6 000 soldats à la fois[17].

À Grand[modifier | modifier le code]

L'amphithéâtre de Grand, dédié à Apollon.

Le nom de Grand, dans les Vosges a été relié à Grannos.

Selon une légende, c'est à Grand que Constantin aurait eu en 309 une vision du dieu Apollon lui conférant un signe solaire de victoire[18].

Autres pays : Granéjouls dans le Tarn (commune de Cahuzac-sur-Vère, + -ialo). Grane dans la Drôme[19].

Festival[modifier | modifier le code]

Une inscription latine du Ier siècle apr. J.-C. provenant d'une fontaine publique de Limoges mentionne une fête gauloise de dix nuits de Grannus (légèrement latinisée en decamnoctiacis Granni) :

POSTVMVS DV[M]
NORGIEN F(ilius) VERG(obretus) AQV
AM MARTIAM DECAM
NOCTIACIS GRANNI D(e) S(ua) P(ecunia) D(edit)[20]

Traduction : « Le vergobretus Postumus, fils de Dumnorix, a donné de son propre argent l'Aqua Martia pour la fête de dix nuits de Grannus » (« L'Eau de Martius [ou Mars] » est un aqueduc)[21].

Divinités associées[modifier | modifier le code]

Équivalents[modifier | modifier le code]

Grannos est considéré comme une équivalence du dieu grec Apollon à l’époque gallo-romaine, alors identifié comme Apollo Grannus. Il semble être, à la même époque, également identifié avec certains autres dieux guérisseurs celtes, comme Mogons, parfois en même temps qu'avec Apollon, comme Apollin(i) Gran/no Mogouno [10].

Il pourrait aussi être identifié avec Borvo, autre important dieu des sources curatives pour les gaulois également assimilé à Apollon et présentant de grandes similitudes avec la déesse Sirona, la parèdre de Grannos[22]. Cependant, selon certains chercheurs, Sirona pourrait être la mère de Borvo[23].

En tant que dieu solaire, Grannos a aussi été associé à Belenos, dont il n’est peut-être qu’un surnom ou une représentation. La relation est parfois également faite avec Mac Greine, surnommé « fils du Soleil », dans la mythologie celtique irlandaise.

Compagnons[modifier | modifier le code]

Le nom de Grannos est parfois accompagné de ceux d'autres divinités dans les inscriptions. À Augsbourg, on le retrouve à la fois avec Diane et Sirona[24] ; il est de nouveau invoqué avec Sirona à Rome[25], à Bitburg[26], Baumberg (en)[27],[9], Lauingen[28], et Sarmizegetusa (deux fois)[29]. A Ennetach il est associé avec les Nymphes[30], à Faimingen avec Hygie et la Mère des Dieux[31] et à Grand avec Sol[9]. Un autel votif à Astorga l'invoque après « le saint Sérapis » et « la Isis aux nombreux noms », et avant « la Coré invaincue et Mars Sagatus »[32].

Grannos est aussi associé chez les Pétrocores à la déesse locale Vesunna[33].

Autel d'Apollon Grannus et Sirona, Baumberg (en)(Allemagne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Zeidler 2003, p. 82–83.
  2. a b et c Delamarre 2003, p. 183.
  3. Zeidler 2003, p. 78–80.
  4. Matasović 2009, p. 166.
  5. a et b Matasović 2009, p. 147.
  6. Zeidler 2003.
  7. CIL 13, 02600
  8. Zeidler, Jürgen, "Sur étymologie de Grannos", Zeitschrift für celtische Philologie, Volume 53 (1), de Gruyter. 2003, p. 86.
  9. a b c d et e Patrice Lajoye. Un inventaire des divinités celtes de l’Antiquité. Société de Mythologie Française. Voir aussi l' introduction de l'inventaire.
  10. a et b CIL 13, 05315
  11. CIL 13, 03635
  12. a et b Pierre GASTAL, Noms de lieux de l'espace français, origine et sens des Toponymes de nos régions, PBtisk en Union Européenne, éditions désiris, , 448 p. (ISBN 978-2-36403-174-6), p. 206
  13. Jeanne-Marie Demarolle, « Caracalla consulte Apollon Grannus en 213 : À Grand ou à Faimingen (Rhétie) ? », La mosaïque de Grand : actes de la table ronde de Grand, 29-31 octobre 2004, p. 63-82
  14. Dion Cassius, Histoire de Rome 78.15.
  15. CIL VI 2086; IvEph 802
  16. a b et c Dr. Rita Mielke. History of Bathing (en anglais). Aachen.
  17. Eva G. Fremont, « In Aachen, the legacy of Charlemagne », The Los Angeles Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. Panégyrique de Constantin, VII, 21, 3-4. " Le lendemain du jour où, informé de cette agitation, tu avais fait doubler les étapes, tu appris que tous ces remous étaient calmés et que la tranquillité était revenue, telle que tu l'avais laissée <à ton départ>. La fortune elle-même réglait toute chose de telle façon que l'heureuse issue de tes affaires t'avertit de porter aux dieux immortels les offrandes que tu leur avais promises <et que la nouvelle t'en parvint> à l'endroit où tu venais de t'écarter de la route pour te rendre au plus beau temple du monde, et même auprès du dieu qui y habite, comme tu l'as vu. Car tu as vu, je crois, Constantin, ton protecteur Apollon, accompagné de la Victoire, t'offrir des couronnes de laurier dont chacune t'apporte le présage de trente années" (Texte : Galletier, Éd., Panégyriques latins, II, VII, 21, l-4 ; Paris, Les Belles Lettres, 1952, p. 72)
  19. Pierre GASTAL, Noms de lieux de l'espace français, origine et sens des Toponymes de nos régions, PBtisk en Union Européenne, éditions désiris, , 448 p. (ISBN 978-2-36403-174-6), p. 188 et 206
  20. AE 1989: 521; AE 1991: 1222.
  21. Laurent Lamoine, Le pouvoir local en Gaule romaine, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2009, pp. 114-115.
  22. Paul-Marie Duval. 1957-1993. Les dieux de la Gaule. Presses Universitaires de France / Éditions Payot. Paris.
  23. MacKillop 2004, voir Borvo.
  24. AE 1992, 01304
  25. CIL 06, 00036
  26. CIL 13, 04129
  27. CIL 03, 05588
  28. CIL 03, 11903
  29. AE 1983, 00828
  30. CIL 03, 05861
  31. CIL 03, 05873
  32. AE 1968, 00230
  33. (en) John Arnott MacCulloch, The Religion of the Ancient Celts, The Floating Press, , 574 p. (ISBN 978-1-77541-401-8, lire en ligne), p. 69.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]