Révolte de Münster

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Cages, dans lesquelles les cadavres des meneurs de la révolte de Münster furent exposés, accrochées au clocher de l'église Saint-Lambert.

La révolte de Münster est une tentative de la part des anabaptistes pour établir une théocratie dans la ville allemande de Münster en Westphalie. L'épisode dura de février 1534 à juin 1535. Sous la conduite de Jean de Leyde, qui prétendait être directement inspiré par des visions divines, la ville fut administrée sous la terreur dans un climat délirant où la polygamie fut légalisée. La ville fut reprise par les armes en juin 1535 par son ancien archevêque et les meneurs mis à mort. Cet épisode de la révolte de Münster a laissé une image déplorable de l'anabaptisme, malgré le fait que cette communauté religieuse se soit dans son immense majorité engagée dans une non-violence absolue. Il a aussi été une source d'inspiration pour de nombreuses œuvres littéraires ou cinématographiques.

La rébellion[modifier | modifier le code]

La situation à Münster vers 1530[modifier | modifier le code]

Après la guerre des Paysans allemands (1524-1525), qui avait surtout touché le sud de l'Allemagne, une deuxième révolte survint plus au nord à Münster, en Westphalie (1532-1535). Münster était sans doute à cette époque la plus riche et la plus influente ville de toute la riche région agricole de Westphalie, siège d'un puissant évêque qui était aussi le suzerain de la ville[1] La ville avait été touchée par la Réforme dès 1531 par l'arrivée du prédicant luthérien Bernt Rothmann. La vive opposition de l'évêque et de ses partisans, qui tentèrent de l'expulser, le conduisit à se radicaliser. À partir de 1532, il devint le chef d'un parti d'opposition ; en 1533, il embrassa l'anabaptisme. Cette adhésion à l'anabaptisme reflète d'une part la recherche d'une adhésion à un christianisme radical, prenant au pied de la lettre le baptême des adultes - seul à être mentionné dans la Bible - mais aussi l'annonce de l'imminence de la fin du monde (ou millénarisme), tout comme la recherche de la perfection morale, mais il reflète aussi la meilleure expression disponible à ce moment des aspirations politiques et sociales de populations lassées de la corruption des élites[1].

En janvier 1533, le prince-évêque François de Waldeck avait été obligé d'accorder la liberté de culte dans la ville. Cette décision fit augmenter rapidement la population anabaptiste de Münster, tant les persécutions étaient vives partout ailleurs. Parallèlement, de nombreux catholiques et luthériens trouvaient plus prudent de quitter Münster, contribuant ainsi au basculement du rapport de force en faveur des anabaptistes. Fin 1533, le conseil qui réunissait des protestants modérés et des catholiques avait voulu expulser un nouveau prédicateur anabaptiste mais celui-ci avait été aussitôt réintroduit en ville par ses partisans. Impuissant, le conseil s'était tourné vers la force, mais les mercenaires engagés par François de Waldeck avaient été défaits et chassés de la ville en janvier 1534.

L'arrivée des anabaptistes néerlandais[modifier | modifier le code]

Simultanément, l'anabaptisme s'était rapidement développé aux Pays-Bas sous l'impulsion de Melchior Hoffman, né en Franconie, qui, converti au luthéranisme puis à l'anabaptisme, s'était lancé au milieu des années 1520 dans une grande tournée pour prêcher la nouvelle foi. Pourchassé, il était arrivé en Hollande, où il avait trouvé un terrain favorable et fait de nombreuses conversions. Ses disciples, les « melchiorites », formaient un groupe particulier parmi les anabaptistes; ils rejetaient le pacifisme des autres anabaptistes et, au contraire, préconisaient la violence pour renverser les dirigeants de la société et la préparer à l'arrivée imminente du Royaume de Dieu[1]. Très durement réprimés aux Pays-Bas, les melchiorites étaient venus nombreux chercher refuge à Münster. Leur chef s'appelait Jan Matthijs (également orthographié Matthys, Mathijsz, Matthyssen, Mathyszoon) ; il était secondé par un boulanger de Haarlem et par un tailleur de Leyde, Jan Bockelson ou Beukelszoon, dit Jean de Leyde.

La prise de contrôle de Münster par les anabaptistes[modifier | modifier le code]

Jan Matthijs avait identifié Münster comme « la nouvelle Jérusalem » dont il est question dans le livre de l'Apocalypse, et le 5 janvier 1534, un certain nombre de ses disciples entra dans la ville et y introduisit le baptême des adultes, baptisant notamment le prédicant Rothmann et plus de mille adultes. Des préparatifs énergiques commencèrent, non seulement pour maintenir ce qui avait été gagné, mais afin de conquérir le monde à partir de Münster. La ville fut aussitôt assiégée par le prince-evêque François de Waldeck. En avril 1534, le dimanche de Pâques, Jan Matthijs, qui avait prophétisé le jugement de Dieu à venir sur les méchants ce jour-là, fit une sortie avec seulement trente hommes, croyant qu'il était un deuxième Gédéon. Coupé du reste de ses partisans, il fut tué, sa tête coupée et placée sur un poteau bien en vue des assiégés, et ses organes génitaux cloués sur la porte de la ville. Jean de Leyde fut alors intronisé comme son successeur politique et religieux, justifiant son autorité et ses décisions par des visions célestes. Son autorité augmenta, au point où il se proclama lui-même le successeur de David et adopta des insignes et des honneurs royaux, et assuma le pouvoir absolu dans la « nouvelle Sion ». Il légalisa la polygamie, et prit lui-même seize femmes. Cette polygamie lui permettait, à lui et à ses principaux sbires, d'épouser de force les veuves de ses opposants décapités. On lui attribue aussi la décapitation publique d'une femme qui aurait refusé ce mariage. La communauté des biens fut également établie. Pendant ce temps, la plupart des habitants de Münster mouraient de faim en raison des privations causées par un siège qui devait se prolonger plus d'un an.

La fin de la rébellion[modifier | modifier le code]

Après une résistance opiniâtre, la ville fut prise le 24 juin 1535 par l'archevêque dont la faible armée avait été renforcée par les princes allemands, particulièrement Philippe de Hesse. Le prédicant Bernt Rothman mourut pendant la bataille. En janvier 1536, Jean de Leyde, le drapier Bernhard Knipperdolling et le chancellier Krechting, les trois plus importants dirigeants survivants de la « nouvelle Sion », furent torturés et exécutés sur la place du marché de Münster. Leurs cadavres furent exposés dans des cages suspendues au clocher de l'église Saint-Lambert. Les cages sont encore là, bien que les ossements aient été retirés entretemps[2].

Les conséquences[modifier | modifier le code]

La révolte de Münster a marqué un tournant dans l’histoire du mouvement anabaptiste. Il n'aura plus jamais l'occasion d'assumer le pouvoir politique, les pouvoirs civils en adoptant des mesures strictes pour réprimer toute tentative. Il est difficile de retracer l'histoire ultérieure du groupe comme un corps religieux, par des changements dans les noms utilisés et les croyances.

Le mouvement des Batenburgers, disciples de Jan van Batenburg, conserva les vues millénaristes de l'anabaptisme de Münster, de même que le principe de la polygamie et de l'usage de la force contre les non-anabaptistes. Leur mouvement était entré dans la clandestinité après la répression de la révolte de Münster, ses membres se présentant comme catholiques ou luthériens si nécessaire. Certains anabaptistes non-violents ont trouvé comme chef Menno Simons et les frères Obbe et Dirk Philips, des dirigeants anabaptistes hollandais qui avaient répudié les doctrines distinctives des anabaptistes de Münster. Ce groupe prit le nom de Mennonites. Ils rejettent toute utilisation de la violence, et prêchent une foi basée sur l'amour de l'ennemi et la compassion.

En août 1536 les dirigeants des différents groupes anabaptistes se sont réunis à Bocholt dans une tentative de maintenir l'unité. La réunion comprenait adeptes de Batenburg, des survivants de Münster, David Joris et ses sympathisants et les anabaptistes non-violents[3]. Lors de cette réunion, les principaux différends entre les groupes furent le mariage polygame et l'usage de la force contre les non-croyants. David Joris proposa un compromis en déclarant que le temps n'était pas encore venu pour se battre contre les autorités, et qu'il serait imprudent de tuer tous les non-anabaptistes. Les anabaptistes réunis acceptèrent ce compromis[4], mais la réunion n'empêcha pas la fragmentation de l'anabaptisme.

L'impact littéraire[modifier | modifier le code]

Hors du commun, la révolte de Münster a frappé les esprits et inspiré maint ouvrage lyrique, littéraire ou cinématographique.

Opéra et théâtre[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

  • Rules for a Film about Anabaptists de Georg Brintrup, Allemagne 1975-1976
  • König der letzten Tage (Roi des derniers jours), série TV de Tom Toelle, Allemagne, 1993 (mini-série historique)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c The Anabaptist Commune of Münster 1534 -1535, par Komnenos
  2. E.G. Léonard, Histoire générale du Protestantisme, tome 1, Presses Universitaires de France, Paris 1961, pages 187-188
  3. The Radical Reformation, by George Hunston Williams (ISBN 0-940474-15-8), p. 582
  4. The Radical Reformation, by George Hunston Williams (ISBN 0-940474-15-8), p. 583

Sources[modifier | modifier le code]

  • La base de cet article est l'article anglais de Wikipedia. Les faits ont été toutefois contrôlés au travers des sources suivantes, ce qui a pu conduire à des enrichissements :
  • Sébastien Fath, "Anabaptisme, le soulèvement des convertis", revue SCIENCES HUMAINES, avril 2016, no 280, p. 40-43
  • E.G. Léonard, Histoire générale du Protestantisme, tome 1, Presses Universitaires de France, Paris 1961, pages 187-188
  • Article en anglais bien documenté sur le contexte historique: The Anabaptist Commune of Münster 1534 -1535, par Komnenos [1]

Liens externes[modifier | modifier le code]