Échelle métrique de l'intelligence

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Test du carré pour enfant de cinq ans[1],[2].
Comparaisons esthétiques pour enfant de six ans [3],[2].

Alfred Binet et Théodore Simon proposent, en 1905, la première échelle métrique d'intelligence[4]. Cette échelle de développement sert à estimer le degré de développement intellectuel de l'enfant. Les items visent à mesurer le développement mental, sans faire appel aux connaissances de l'enfant. En 1916, le test de Stanford-Binet introduit la notion de quotient intellectuel, ou QI. Puis, en 1966, le psychologue et universitaire français René Zazzo introduit une « nouvelle échelle métrique de l'intelligence » (NEMI).

Diagnostic de niveau intellectuel de Binet et Simon[modifier | modifier le code]

« Tableau-type des résultats obtenus dans des expériences sur la mesure du niveau intellectuel, sur des enfants d'école primaire appartenant à un milieu médiocre de Paris. Les chiffres du tableau sont des proportions de réussite rapportées à 10. Ainsi, le chiffre 5 signifie que 5 enfants sur 10, soit la moitié, ont réussi l'épreuve »[5].
Articles détaillés : Test Binet-Simon et Quotient intellectuel.

Les recherches de Binet et Simon interviennent dans le contexte des travaux de la commission Bourgeois, auxquels participent Alfred Binet[6]. Cette commission interministérielle, dirigée par Léon Bourgeois, a été créée en 1904 pour étudier à quelles conditions l'obligation scolaire serait applicable aux enfants qualifiés d'« arriérés », différentes solutions étant alors envisagées : « un enseignement spécial dans les asiles, une école spéciale, une école avec internat,

des classes spéciales établies dans les écoles d'enfants normaux »[7]. Elle aura pour conséquence, en 1909, la promulgation d'une loi créant des classes de perfectionnement pour ces enfants[8]. La commission décide en 1905 « qu'aucun enfant suspect d'arriération ne serait éliminé des écoles ordinaires et admis dans une école spéciale sans avoir subi un examen pédagogique et médical attestant que son état intellectuel le rend inapte à profiter, dans la mesure moyenne, de l'enseignement donné dans les écoles ordinaires » ; dès lors, la question est de donner une méthode rigoureuse aux « futures Commissions d'examen »[9] Dans ce but — celui de détecter l'inintelligence —, Binet et Simon publient en 1905 une « méthode de diagnostic du niveau intellectuel des anormaux »[10],[11]. Ils appellent « échelle métrique de l'intelligence » leur série d'épreuves :

« L'idée fondamentale de cette méthode est l'établissement de ce que nous appellerons une échelle métrique de l'intelligence ; cette échelle est composée d'une série d'épreuves, de difficulté croissante, partant d'une part du niveau intellectuel le plus bas qu'on puisse observer, et aboutissant d'autre part au niveau de l'intelligence moyenne et normale, à chaque épreuve correspond un niveau mental différent. Cette échelle permet, non pas à proprement parler la mesure de l'intelligence, — car les qualités intellectuelles ne se mesurent pas comme des longueurs, elles ne sont pas superposables, — mais un classement, une hiérarchie entre des intelligences diverses ; et pour les besoins de la pratique, ce classement équivaut à une mesure[4]. »

La méthode de Binet et Simon fait l'objet d'améliorations successives, en 1908[2] puis en 1911[5], à l'occasion desquelles Binet s'éloigne progressivement « des références de l’asile psychiatrique pour adapter son échelle aux enfants des écoles »[12] : si le premier état de la méthode ne comporte aucune indication d'âge et vise principalement à faciliter le diagnostic d'arriération, les variantes ultérieures cherchent à mesurer le rapport entre le développement de l'intelligence cognitive de l'enfant et une norme à son âge[13], par des séries de questions dont les réponses sont comparées à un étalonnage effectué sur une population de référence, permettant d'indiquer l'âge mental réel de l'enfant au moment de la passation. Pour René Zazzo, la méthode mise au point par Binet représente une rupture épistémologique : « Avec Binet la coupure épistémologique est consommée. Il sera le premier à appliquer la mesure non pas à des phénomènes élémentaires, mais aux fonctions supérieures de l’esprit qui se manifestent dans la complexité de nos conduites »[14].

Ce travail est le point de départ de nombreux autres tests psychologiques, dont le test du QI[14] élaboré par le psychologue allemand William Stern. En effet, en 1916, le psychologue Lewis Terman, de l'université de Stanford met au point l'échelle d’intelligence Stanford–Binet, adapté du test Binet-Simon, qui permet de mesurer le quotient intellectuel[15].

Nouvelle échelle métrique de l'intelligence[modifier | modifier le code]

NEMI 1[modifier | modifier le code]

René Zazzo développe l'œuvre de Binet par ses travaux sur la NEMI 1 à partir de 1946[16]. En 1966, il introduit la « nouvelle échelle métrique de l'intelligence »(NEMI), dont les items sont détaillés comme suit[16],[15] :

  • À 3 ans, l'enfant peut :
    • Montrer son nez, sa bouche, son œil…
    • Est capable de nommer une clef, un couteau, etc.
    • Est capable d'énumérer une gravure
    • Répéter 2 chiffres
    • Dire son nom de famille
  • À 4 ans, l'enfant est capable de :
    • Comparer deux nombres
    • Répéter trois chiffres
    • Jouer à des jeux de patience
    • Recopier un carré
  • À 5 ans, l'enfant peut
    • Faire des comparaisons esthétiques
    • Compter jusqu'à 4 jetons
    • Nommer les couleurs
    • Distinguer matin, après-midi, soir
  • À 6 ans, il peut :
    • Compter 13 jetons
    • Différencier main droite et main gauche
    • Copier un losange
  • À 7 ans, il peut :
    • Décrire une gravure
    • Il a une logique verbale de 1er degré
    • Donner la date du jour

NEMI 2[modifier | modifier le code]

La NEMI 2 sera créée ultérieurement[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « C'est la première fois que nous mettons un porte-plume dans la main de l'enfant. On dessine à l'encre un carré, avec, pour chaque côté, une longueur de 3 à 4 centimètres ; et on invite le sujet à le reproduire, en se servant d'un porte-plume. L'emploi du porte-plume augmente la difficulté de la copie; et on n'a pas le droit de le remplacer par un crayon. Les sujets jeunes rapetissent les figures : peu importe, si on peut les reconnaître. Nous donnons quelques spécimens de reproduction que nous considérons comme tolérables (1, 2, 3) et d'autres reproductions qui nous paraissent si défectueuses qu'elles constituent un insuccès (4, 5, 6). »
  2. a b et c Alfred Binet et Théodore Simon, « Le développement de l'intelligence chez les enfants », L'Année psychologique, vol. 14,‎ , p. 1-95 (lire en ligne).
  3. « Il est incontestable que tous les jeunes enfants ont le sens du beau, et qu'on peut mettre ce sens en évidence, à la condition de présenter le problème sous une forme facile, par exemple celle d'une comparaison, d'un choix à faire, entre deux figures dont l'une est jolie et l'autre laide ; autre condition, il faut que le contraste des deux figures soit très grand. Cette question est bien intéressante au point de vue philosophique, et on montrerait facilement qu'il n'y a pas de faculté d'adulte qui n'existe à quelque degré chez l'enfant. Voici notre procédé. Nous employons 6 dessins (fig. 5) représentant des têtes de femmes ; les unes sont jolies, les autres sont laides et même difformes ; on fait faire les comparaisons des figures deux à deux, et on demande chaque fois : « De ces deux figures, laquelle est la plus jolie? » Il est nécessaire que l'enfant réponde trois fois exactement. On a eu soin de mettre la jolie figure tantôt à droite, tantôt à gauche, afin d'éviter que le sujet tombe juste par cela seul qu'il prendrait l'habitude de désigner toujours la figure du même côté. Il faut beaucoup se méfier de cette tendance automatique à aller dans le même sens; elle est extrêmement fréquente chez les enfants. A six ans, les enfants comparent avec exactitude nos trois figures : ils y réussissent mal à cinq ans ; une moitié seulement donne à cet âge des réponses justes. »
  4. a et b Alfred Binet et Théodore Simon, « Méthodes nouvelles pour le diagnostic du niveau intellectuel des anormaux », L'Année psychologique, vol. 11,‎ , p. 191-244 (lire en ligne).
  5. a et b Alfred Binet, « Nouvelles recherches sur la mesure du niveau intellectuel chez les enfants d'école », L'Année psychologique, vol. 117,‎ , p. 145-201 (lire en ligne).
  6. Bourgeois, « Préface », dans Alfred Binet, Les enfants anormaux: guide pour l'admission des enfants anormaux dans les classes de perfectionnement, Armand Colin, (lire en ligne), p. VI.
  7. Alfred Binet, « Sommaire des travaux en cours à la Société de psychologie de l’enfant », L'Année psychologique, vol. 10,‎ , p. 116-131 (lire en ligne).
  8. Monique Vial et Marie-Anne Hugon, La commission Bourgeois (1905-1905), CNTERRHI, .
  9. Alfred Binet, « Sur la nécessité d'établir un diagnostic scientifique des états inférieurs de l'intelligence », L'Année psychologique, vol. 11,‎ , p. 163-191 (lire en ligne).
  10. Patrice Pinell, « L'invention de l'échelle métrique de l'intelligence », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 108,‎ , p. 19-35 (DOI 10.3406/arss.1995.3145).
  11. Charles Gardou, « Alfred Binet : explorer l'éducabilité », Reliance, no 20,‎ , p. 111-119 (DOI 10.3917/reli.020.0111).
  12. Bernard Andrieu, « De la mesure de l'intelligence au développement mental : la mobilité épistémologique d'Alfred Binet », Enfance, vol. 53, no 1,‎ (DOI 10.3917/enf.531.0101).
  13. JACQUES LECOMTE, « La mesure de l'intelligence. Le QI en question(s) », sur Sciences Humaines (consulté le 7 janvier 2017)
  14. a et b René Zazzo, « Chapitre 2 de l'ouvrage inachevé Psychologie et idéologie : Tests et QI: L'intelligence en question », Enfance, vol. 49, no 2,‎ , p. 113–126 (DOI 10.3406/enfan.1996.3446, lire en ligne)
  15. a et b http://gappesm.net/QI/Tests/#StanfordBinet
  16. a b et c Georges Cognet, « « Les trois vies du Binet-Simon : Binet-Simon, Nemi, Nemi-2 » », Recherches & éducations,‎ octobre 2011, mis en ligne le 15 janvier 2012 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]