Théorie des intelligences multiples

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La théorie des intelligences multiples suggère qu'il existe plusieurs types d'intelligence chez l'enfant d'âge scolaire et aussi, par extension, chez l'adulte. Cette théorie fut pour la première fois proposée par Howard Gardner en 1983, et enrichie en 1993.

Cette théorie est devenue un outil utilisé dans de nombreux établissements scolaires afin de développer, de réparer l'estime de soi des élèves, de leur apprendre à apprendre, de les aider à réfléchir à leur parcours scolaire[1].

Sur le plan scientifique, la théorie des intelligences multiples de Howard Gardner fait l'objet de très nombreuses critiques, car sa théorie n'est pas validée par les recherches expérimentales sur l'intelligence humaine.

Origine de la théorie[modifier | modifier le code]

En 1983, Howard Gardner publie le livre Frames of Mind : the Theory of Multiple Intelligence, où il critique l'emploi des tests d'intelligence dans le cadre de l'orientation scolaire des enfants. Il y défend l'idée que l'intelligence des enfants en échec scolaire aux États-Unis soit comprise différemment. Selon lui, les tests d'intelligence ne mesureraient pas plusieurs types d'intelligences qui ont également un impact sur la vie de l'enfant. Il décrit sept types d'intelligence. En 1993, il complète sa théorie et parle d'un huitième type d'intelligence (naturaliste).

Une traduction française de ce livre a été publiée en 1997 sous le titre Les formes de l'intelligence (Odile Jacob). Il y présente huit types d'intelligence.

Description des intelligences décrites par Howard Gardner[modifier | modifier le code]

Gardner définit l'intelligence comme « an ability or set of abilities that permits an individual to solve problems or fashion products that are of consequence in a particular cultural setting » (une habileté ou ensemble d'habilités qui permet à une personne de résoudre des problèmes ou concevoir un produit qui sont conséquents dans un certain contexte culturel)[2],[3].

Intelligence linguistique[modifier | modifier le code]

L'intelligence linguistique est définie par Gardner comme la « capacité à utiliser et comprendre les mots et les nuances de sens »[2]. Elle est appliquée en écriture, édition et traduction en particulier[2]. Elle concerne l'input ou entrée des stimuli linguistiques (écouter ou lire), et l'output ou la production de langage (parler, écrire)[4]. L'intelligence linguistique est aussi la capacité à comprendre comment le langage affecte les émotions dans le cas des rhétoriciens, écrivains et poètes par exemple[5].

L'intelligence linguistique consiste à utiliser le langage pour comprendre les autres et pour exprimer ce que l'on pense. Elle permet l'utilisation de la langue maternelle, mais aussi d'autres langues.

C'est l'intelligence la plus mise en avant et utilisée à l'école (après l'intelligence logico-mathématique).[réf. nécessaire]

On la retrouve chez les écrivains et les poètes, les traducteurs et les interprètes. Tous les individus qui manipulent le langage à l'écrit ou à l'oral utilisent l'intelligence linguistique : orateurs, avocats, poètes, écrivains, mais aussi les personnes qui ont à lire et à parler dans leur domaine respectif pour résoudre des problèmes, créer et comprendre.

Intelligence logico-mathématique[modifier | modifier le code]

L'intelligence logico-mathématique permet de résoudre des problèmes abstraits de nature logique ou mathématique[4]. C'est la capacité de manipuler les nombres et de résoudre des problèmes logiques[2]. Gardner souligne que « mathematics involves more than logic, such as the capacity to entertain long chains of logical relations expressed in symbolic form » (les mathématiques ne font pas appel seulement à la logique mais également à la capacité de manipuler de longues chaînes de relations logiques exprimées sous des formes symboliques)[5].

Les personnes qui ont une intelligence logico-mathématique développée possèdent la capacité de calculer, de mesurer, de faire preuve de logique et de résoudre des problèmes mathématiques et scientifiques. Elles analysent les causes et les conséquences d'un phénomène ou d'une action. Elles peuvent catégoriser et ordonner les objets.

L'intelligence logico-mathématique est, selon Gardner, particulièrement utile dans les sciences, les affaires ou encore en médecine[2].

Intelligence spatiale[modifier | modifier le code]

L’intelligence spatiale est la « capacité de trouver son chemin dans un environnement donné et d'établir des relations entre les objets dans l'espace »[2]. Elle permet de voir la continuité d'une image en rotation dans l'espace, de créer une image mentale[5]. Par exemple, elle permet de bien arranger des objets dans un espace comme des valises dans un coffre de voiture, un plan de route pour aller d'un point à un autre, etc.[4]

Elle est utilisée dans des domaines comme l'architecture, la menuiserie ou l'urbanisme[2]. Elle est utile en mathématiques et dans le jeu d'échecs[5].

Intelligence intra-personnelle[modifier | modifier le code]

L'intelligence intra-personnelle permet de se former une représentation de soi précise et fidèle et de l'utiliser efficacement dans la vie[6]. Elle sollicite plus le champ des représentations et des images que celui du langage. Il s'agit de la capacité à décrypter ses propres émotions, à rester ouvert à ses besoins et à ses désirs. C'est l'intelligence de l'introspection, de la psychologie analytique. Elle permet d'anticiper sur ses comportements en fonction de la bonne connaissance de soi. Il est possible mais pas systématique, qu'une personne ayant une grande intelligence intrapersonnelle, soit qualifiée par son entourage de personne égocentrique.[réf. nécessaire]

L'intelligence intrapersonnelle est en rapport avec la sensibilité d'une personne à ses propres potentialités et ses limites, ses propres émotions[4],[5]. C'est la capacité de se comprendre soi-même[2]. Le contrôle de soi en fait également partie[5].

L'intelligence intrapersonnelle est très sollicitée dans les métiers de conseil, de psychologie et psychiatrie[2].

L'intelligence interpersonnelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : intelligence sociale.

L’intelligence interpersonnelle est la capacité de comprendre les autres et de communiquer avec eux[2].

Elle permet à l’individu d’agir et de réagir avec les autres de façon correcte et adaptée[4]. Elle l’amène à constater les différences et nuances de tempérament, de caractère, de motifs d’action entre les personnes. Elle permet l’empathie, la coopération, la tolérance. Elle permet de détecter les intentions de quelqu’un sans qu’elles soient avouées. Cette intelligence permet de résoudre des problèmes liés à nos relations avec les autres ; elle nous permet de comprendre et de générer des solutions valables pour les aider.

Les personnalités charismatiques ont toutes une intelligence interpersonnelle très élevée.[réf. nécessaire] L'intelligence interpersonnelle culmine chez les personnes faisant preuve de beaucoup d'empathie, ce qui caractérise les bons enseignants, les bons thérapeutes et les bons leaders[5].

L'intelligence interpersonnelle est importante dans les professions de politicien, commerçant, enseignant, manager d'équipe et guide spirituel[7],[2].

Intelligence corporelle-kinesthésique[modifier | modifier le code]

L’intelligence corporelle-kinesthésique est la capacité d’utiliser le contrôle fin des mouvements du corps dans les activités comme le sport et les danses[4]. Elle permet aussi d'utiliser son corps pour exprimer une idée ou un sentiment ou réaliser une activité physique donnée.[réf. souhaitée] Gardner a clarifié dans certaines publications ultérieures à son livre que l'intelligence corporelle-kinesthésique est celle qui se développe à force d'intense pratique et d'expertise[5].

Elle est particulièrement utilisée par les professions de danseur, d'athlète, de chirurgien et d'artisan[7],[2].

Intelligence musicale[modifier | modifier le code]

L’intelligence musicale constitue l’aptitude à percevoir et créer des rythmes et mélodies[2], de reconnaître des modèles musicaux, de les interpréter et d'en créer [8]. Cette intelligence engage des processus actifs et passifs : jouer d'un instrument, chanter ou composer (actif) mais également apprécier la musique écoutée (passif)[4].

Cette intelligence est développée et nécessaire chez les musiciens et compositeurs[2].

Intelligence naturaliste (1993)[modifier | modifier le code]

Dix ans après la publication de son premier ouvrage sur les intelligences multiples, Gardner ajoute une nouvelle intelligence à son modèle, l'intelligence naturaliste[9],[5]. « L'intelligence naturaliste, qui permet de classer les objets, et de les différencier en catégories. Très sollicitée chez les zoologistes, botanistes, archéologues » tel Darwin. « C’est l’intelligence qui permet d’être sensible à ce qui est vivant ou de comprendre l’environnement dans lequel l’homme évolue. C'est la capacité d’apprécier, de reconnaître et de classer la faune, la flore et le monde minéral. Cette capacité s’applique aussi, par extension, à l’univers culturel qu’il permet d’interpréter »[10].

Intelligence existentielle (ou spirituelle)[modifier | modifier le code]

L'intelligence existentielle, ou intelligence spirituelle, chez Howard Gardner, se définit par l’aptitude à se questionner sur le sens et l’origine des choses[11]. C’est la capacité à penser nos origines et notre destinée. Cette intelligence spirituelle, existentielle ou morale est encore définie comme l’aptitude à se situer par rapport aux limites cosmiques (l'infiniment grand et l'infiniment petit) ou à édicter des règles ou des comportements en rapport aux domaines de la vie.

Howard Gardner qualifie l'intelligence existentielle de « huitième et demi » dans son modèle. Elle n'est pas une intelligence à part entière[12].[réf. incomplète]

Autres théories des intelligences multiples[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Intelligence humaine.

Plusieurs autres théories mettent en cause l'approche psychométrique et considèrent que le modèle du facteur g pourrait être incomplet. Robert Sternberg a ainsi proposé la théorie triarchique de l'intelligence.

Dans le cas des adultes, Peter Koestenbaum a présenté la sienne[réf. nécessaire].

Tony Buzan dans Your Head First ajoute l'intelligence sexuelle. [réf. nécessaire]

Daniel Goleman parle d'intelligence émotionnelle.[réf. nécessaire]

Applications dans le domaine de l'éducation[modifier | modifier le code]

Critiques scientifiques[modifier | modifier le code]

La théorie de Gardner a fait l'objet de très nombreuses critiques dans le monde scientifique[13]. Ces critiques sont théoriques et pratiques[5].

Manque de preuves scientifiques invalidant le facteur g[modifier | modifier le code]

Les théories sur l'intelligence sont complexes et nombreuses. La plupart des scientifiques en psychologie s'appuient sur les modèles fondés sur les techniques de la psychométrie. L'intelligence est mesurée et ses composantes analysées. La mesure des comportements et compétences est en effet le fondement de la psychologie scientifique. Des études statistiques, portant sur des milliers d'études à travers le monde, démontre l'existence d'un facteur g commun à de nombreuses autres fonctions cognitives.

L'une des principales critiques de la théorie de Gardner est qu'elle n'a jamais été testée expérimentalement ni soumise à un examen par les pairs (ni par Gardner, ni par d'autres chercheurs indépendants). Elle est infalsifiable. Gardner reconnait lui-même les limites de son modèle et écrit dans plusieurs publications qu'il espère que les validations empiriques viendront étayer ses thèses.

Schmidt et Hunter (2004) suggèrent qu'un modèle où la validité prédictive des aptitudes spécifiques serait supérieure à celui de de la capacité mentale générale (facteur g), n'a pas reçu un appui empirique (en d'autres mots, n'a pas été démontrée par des données, des études scientifiques) : cent ans après sa mise en évidence, le facteur g continue à être solidement prédictif des performances professionnelles[14].

Linda S. Gottfredson (2006) défend que les résultats de milliers d'études démontrent l'importance de QI sur les résultats scolaires et le rendement au travail (voir aussi les travaux de Schmidt & Hunter, 2004). Elle souligne que le QI prédit ou est corrélé également avec avec de nombreux autres réussites dans la vie. Au contraire, les preuves empiriques à l'appui de la non-g intelligences sont absentes ou très faibles. Elle explique la popularité du modèle par le fait que la théorie suggère que tout le monde peut être intelligent, d'une certaine façon[15].

Manque de lien avec les neurosciences[modifier | modifier le code]

La théorie des intelligences multiples ne prend pas en compte les modèles des neurosciences cognitives[13]. Or ces modèles sont compatibles avec le modèle de Cattell-Horn-Carroll (CHC) qui est le modèle actuellement prédominant en psychométrie. Le modèle CHC et les modèles des neurosciences sont intégrés aux tests d'intelligence tels que le KABC de Kaufman.

Manque d'une hiérarchie des intelligences[modifier | modifier le code]

Sur le plan pratique, la liste des intelligences de Gardner manque d'une hiérarchie de l'importance de ces intelligences[5].

Dans son manuel de psychologie, Michael Eysenck présente les limites du modèle en expliquant que le problème du modèle est que tous les différents types d'intelligence présentés par Gardner ne sont pas tous aussi importants dans la société. Ainsi, des déficits des intelligences logique-mathématique, linguistique, visuo-spatiale et interpersonnelle peuvent avoir de sérieuses conséquences sur la vie quotidienne, tandis qu'il est peu probable que ce soit le cas des déficits des intelligences dites musicale ou kinesthésique[4].

Robert Sternberg (cité par Flynn), qui défend également l'idée que le facteur g n'est pas la seule source d'intelligence, souligne cependant les écueils théoriques de Gardner. Par exemple, il va de soi qu'un manque de compétences musicales ne peut pas être assimilé à une limitation mentale telle que le fait de ne pas pouvoir apprendre le langage[5].

James Flynn se montre également très critique de Gardner. Il reconnaît qu'il est utile que le modèle de Gardner permette aux enfants qui ne sont pas très performants sur le plan scolaire de savoir qu'ils peuvent néanmoins exceller dans d'autres domaines, restaurant ainsi leur moral. Cependant, sur un plan purement statistique, avoir un bon salaire en tant qu'adulte grâce à ces habilités non académiques (sport, musique, danse, dessin...) est d'une chance sur 10 000. Flynn met en garde contre le fait de mentir aux parents sur les chances de réussite de leur enfant : un enfant qui est dans le 64e percentile en basket-ball mais n'arrive pas à suivre en lecture et mathématiques n'est pas en bonne position pour obtenir un bon emploi et un bon salaire dans la vie, et dire le contraire revient à mentir aux parents. Il met en garde contre le fait qu'une telle théorie « dissimule la vraie hiérarchie des priorités sociales en Amérique »[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Keymeulen Renaud, Vaincre ses difficultés scolaires grâce aux intelligences multiples, Bruxelles, De Boeck, , 287 p. (ISBN 9782804176600)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Diane E. Papalia, Sally W. Olds et Ruth D. Feldman, Psychologie du développement humain, 7e édition., De Boeck, (ISBN 978-2-7651-0585-5), p. 212.
  3. (en) Robert J. Sternberg et Richard K. Wagner, Practical Intelligence: Nature and Origins of Competence in the Everyday World, CUP Archive, (ISBN 9780521302531, lire en ligne), p. 165 (Chapitre de Walters & Gardner : The theory of multiple intelligences : some issues and answers).
  4. a, b, c, d, e, f, g et h (en) Michael W. Eysenck, Psychology, a student handbook, Psychology Press, , 979 p. (ISBN 0-86377-475-X), p. 740.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Flynn 2016, p. 136-140.
  6. Nouvelles découvertes sur l'intelligence: interview de Howard Gardner, Sciences et Avenir, novembre 2008, page 69.
  7. a et b Nouvelles découvertes sur l'intelligence: interview de Howard Gardner, Sciences et Avenir, novembre 2008, page 69.
  8. Nouvelles découvertes sur l'intelligence: interview de Howard Gardner, Sciences et Avenir, novembre 2008, page 69.
  9. (en) Howard Gardner, Intelligence Reframed: Multiple Intelligences for the 21st Century, Basic Books, (ISBN 0465026117, lire en ligne)
  10. Jacques Belleau, « Les formes d’intelligence de Gardner : Présentation et réflexions quant aux applications potentielles », Publications du Cégep de Lévis-Lauzon,‎ , page 6 (lire en ligne [PDF]).
  11. Christophe Deville, l'Intelligence Existentielle en Martinique, UAG, Schœlcher, 2009, p. 54.
  12. À l'école des Intelligences multiples, Bruno Hourst, Hachette éducation, 2006.
  13. a et b Lynn Waterhouse, « Multiple Intelligences, the Mozart Effect, and Emotional Intelligence: A Critical Review », Educational Psychologist, vol. 41, no 4,‎ , p. 207–225 (ISSN 0046-1520, DOI 10.1207/s15326985ep4104_1, lire en ligne)
  14. (en) Frank L. Schmidt et John Hunter, « General Mental Ability in the World of Work: Occupational Attainment and Job Performance. », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 86, no 1,‎ , p. 162–173 (ISSN 1939-1315 et 0022-3514, DOI 10.1037/0022-3514.86.1.162, lire en ligne)
  15. Gottfredson, L. S. (2006).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) James R. Flynn, Does your family make you smarter? Nature, Nurture and Human Autonomy, Cambridge University Press, , 258 p. (ISBN 978-1-316-60446-5)
  • Vaincre les difficultés scolaires grâce aux intelligences multiples Keymeulen Renaud. De Boeck, mai 2013. (ISBN 978-2-8041-7660-0).
  • Motiver ses élèves grâce aux intelligences multiples Keymeulen Renaud. De Boeck, mars 2016.
  • Les intelligences multiples : La théorie qui bouleverse nos idées reçues. Howard Gardner. Retz, juin 2008. (ISBN 978-2-7256-2787-8).
  • À l'école des intelligences multiples. Bruno Hourst. Hachette Éducation, juillet 2006. (ISBN 978-2-01-170898-4).
  • Management et intelligences multiples : La théorie de Gardner appliquée à l'entreprise. Bruno Hourst, Denis Plan. Dunod, octobre 2008. (ISBN 978-2-10-052158-6).
  • L'Intelligence Collective en action. Vincent Lenhardt. Village mondial, février 2009. (ISBN 978-2-7440-6366-4).
  • Chakras & Intelligences Multiples. Patricia Chaibriant. Janvier 2016. (ISBN 978-1523245048)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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